Qui a fait quoi dans cette affaire de proxénétisme ? C’est ce qu’a tenté de comprendre le tribunal correctionnel, jeudi. Pas facile, pourtant, de savoir qui a eu l’idée de faire venir une jeune Roumaine à Tours et l’obliger à se prostituer.
A la barre, deux prévenus : Stelu Chiriac, mécanicien, de nationalité roumaine et Francisco Lino Torres, ouvrier, de nationalité portugaise, accusés tous deux de proxénétisme aggravé avec usage de menace, de contrainte et de violence.
Les faits remontent à 2006. Pendant un mois, une Roumaine de 19 ans a vécu un calvaire. Un mois après son arrivée à Tours, elle réussit à s’enfuir de l’appartement où elle était retenue avant de se réfugier dans un magasin et de demander la police. C’est là, au commissariat (le 7 février) qu’elle raconte son histoire. Elle dit avoir rencontré quelques mois auparavant en Roumanie un compatriote, Stelu Chiriac. L’homme habitant Tours lui promit du travail en France. Elle devait être aide à domicile auprès de personnes âgées. Mais une fois à Tours, elle dit avoir subi plusieurs relations sexuelles imposées, notamment avec Francisco Lino Torres, dès le premier jour.
Travailler dans un salon de massages
Jeudi, au tribunal, l’homme en question nie. « Elle ment », affirme-t-il. « Vous avez bien vu cette jeune femme ? Vous l’avez même emmenée chez le coiffeur », demande alors la présidente. « Oui, répond M. Lino Torres. J’avais demandé à M. Chiriac de faire venir une fille de son pays pour aider mon neveu handicapé. Il (Chiriac) s’est servi de moi pour faire venir cette fille. Nous avons avancé de l’argent. »
Justement l’argent. C’est un des motifs invoqués par Stelu Chiriac pour obligé la toute jeune majeure à se prostituer afin qu’elle rembourse les sommes investies pour la faire venir. Sans parler des menaces et des coups. « Je ne l’ai jamais frappée, a insisté le mécanicien roumain. Ni eu de rapport sexuel avec elle. Francisco m’a demandé de la faire venir pour travailler dans un salon de massages. »
Confuses, les explications. Les deux prévenus se rejetant la faute. Pour le procureur de la République, leurs versions ne tiennent pas la route. « Vous avez à juger une espèce d’associations de malfaisants : tous les deux ont déjà eu affaire à la justice. Ils ont contraint cette jeune fille à vendre son corps contre son gré ». Le procureur a requis quatre ans d’emprisonnement.
Les avocats des deux prévenus, eux, ont demandé la relaxe. Me Moysan, d’abord, pour Stelu Chiriac : « Mon client a servi d’intermédiaire pour faire venir une compatriote. Est-ce que cela relève du proxénétisme ? Non. En ce qui concerne la contrainte et la menace, j’aurai aimé que la victime soit là pour qu’elle s’explique. Et l’argent, dans tout ça ? ». De son côté, Me Lison-Croze, assurant la défense de Francisco Lino Torres, explique que « le délit reproché n’est pas constitué. Mon client dit, depuis le début, qu’il a simplement rempli le rôle d’agent matrimonial pour aider son neveu handicapé et, par la même occasion, une jeune fille de l’Est, malheureuse dans son pays. C’est un naïf qui s’est laissé embarqué dans une galère pas possible ».
Les prévenus ont effectué plus de cinq mois de détention provisoire. La victime était, elle, absente. Elle est retournée en Roumanie. Le jugement a été mis en délibéré au 10 juillet.
Source : http://www.lanouvellerepublique.fr/dossiers/journal/index.php?dep=37&num=815531&xtor=RSS-13
Tags: exploitation, Roumanie, Tours
Deniers commentaires