Gros dossier sur la prostitution à Montréal, constitué de témoignages de personnes exerçants diverses forme de prostitution : http://www.cyberpresse.ca/dossiers/la-prostitution-a-montreal/
Tags: Canada, Montréal, témoignage
Plusieurs jeunes femmes témoignent sur la prostitution à Aix, où tout se passe dans des appartements
Que ce soit comme activité principale ou en “revenu d’appoint”, nombre de jeunes femmes, à Aix, ne cachent pas qu’elles sont obligées de se livrer à la prostitution, le plus souvent chez elles ou dans des appartements en périphérie.
Photo Sophie Spitéri
Elles sont commerciales, mères de famille, vendeuses. Ou bien étudiantes. “Ça, c’est pour le côté officiel, sourit Nathalie (1). Pour le reste…” Pour le reste, ces jeunes femmes ont régulièrement recours à la prostitution. Discrètement, car un arrêté municipal leur interdit de se trouver dans la rue. Il n’empêche. Certaines d’entre elles ont accepté de témoigner. “Se prostituer, ce n’est pas anodin”, soupire Fadela. Un choix délicat, parfois assumé, parfois douloureux.
Vanessa, 25ans, est installée ici depuis un an. “Je n’ai jamais vendu mon corps avant. Mais Aix est une ville chère. Très chère, confie-t-elle. Je suis employée comme commerciale par une société et si je veux mener le train de vie que je désire, je n’ai pas le choix”, lâche la jeune femme. Avec une copine, elle loue un appartement à La Parade. “Les hommes téléphonent pour prendre rendez-vous, je discute avec eux quelques minutes, pour vérifier ce qu’ils attendent de la rencontre et voir à qui j’ai à faire.” Cette grande brune promet vivre sereinement cette activité: “Je l’ai choisie, je l’assume. Même le mot prostitution ne me choque pas.”
Pour Vanessa, prétendre le contraire serait se voiler la face: “Si cela me perturbait tant que ça, j’arrêterais.” Nathalie, jolie métisse, la trentaine, a décidé, voilà six ans, de “choisir la facilité”, confesse-t-elle. “J’ai quatre enfants et un loyer de 950€ à payer chaque mois. Je ne m’en sortirais pas si j’étais salariée à 1000€. Ici la vie est terriblement onéreuse et je veux que mes enfants ne manquent de rien.” Cette mère au foyer reçoit ses clients, des hommes mariés dans la plupart des cas, chez elle, quand les enfants dorment ou ne sont pas là. “Moralement c’est terrible, d’autant qu’on ne sait jamais qui va franchir la porte: de simples curieux, des très jeunes, des malades mentaux…”
Nathalie, en six ans, a été agressée une fois, chez elle. “J’aimerais décrocher, m’en sortir autrement. Je suis une formation mais qui ne m’assurera jamais de hauts revenus. Pour le moment, je tiens bon et je pense à mes gosses.” Marie, 23ans, vit avec ses trois enfants dans le centre aixois. Le loyer, l’école, les vêtements, la voiture, les activités extrascolaires… Elle a choisi, il y a cinq ans, de passer des annonces et de recevoir des hommes, quelques demi-journées par semaine. “J’ai commencé quand j’étais étudiante, pour avoir de l’argent de poche. Beaucoup d’argent de poche”, confie Marie.
Depuis, elle travaille comme vendeuse. “Mais cela ne suffirait jamais à faire vivre ma famille correctement. Je veux acheter une maison à mes enfants, c’est le seul moyen d’y parvenir rapidement.” Marie a choisi de louer un second appartement, “pour faire une distinction entre mes deux vies”, dit-elle. Dans un studio du centre-ville, elle reçoit des hommes, mariés et très aisés pour la plupart. Sa prestation est toujours la même: massages et relation sexuelle pour 500€. “J’ai choisi de l’avouer à mes proches. J’assume ce que je fais.” Impossible de quantifier le phénomène.
“Elles reçoivent leurs clients chez elles. Quand on est informé, c’est qu’il y a eu un problème: un vol, une agression…”, explique un policier. “On est de plus en plus nombreuses à se vendre comme ça”, lance Karine, 24 ans. La jeune femme, maman d’un enfant en bas âge, avait l’habitude, dit-elle, de “passer des soirées avec des hommes mûrs et aisés”, quand elle était étudiante. “Cela me payait mon loyer, mes sorties. Aujourd’hui j’ai un salaire. Comme si ça suffisait pour vivre ici…”
Tags: Aix, témoignage
Le point de vu d’une prostituée sur son métier :
Le blog de Laura
Tags: témoignage
De massothérapeuthe à escorte, Cibelle nous exprime avec sincérité l’importance du toucher…
Source : http://citoyen.onf.ca/le-sexe-rue-sherbrooke-est
Tags: Canada, Quebec, Sex-Therapy, témoignage
Marianne Matte, travailleuse du sexe pendant 15 ans, nous raconte le portrait québécois de la prostitution. Ici, comme ailleurs, la violence et la répression continuent. Avec trois autres femmes de ‘Cellule Rouge’ de la troupe de théâtre ‘Mise au Jeu’, Marianne a mis sur pied une pièce de théâtre déambulatoire qui invitait les gens à se promener dans le quartier Centre-Sud et à découvrir le milieu avec une vision de l’intérieur. L’entrevue est amalgamée avec des extraits audio de cette création théâtrale.
Source : http://citoyen.onf.ca/je-sais-pas-si-vous-etes-comme-moi
Tags: Canada, Quebec, témoignage
Un lecteur d’iprostitution.org a laissé un excellent commentaire que nous reproduisons ici. Quand les clients parlent, ils ont des choses à dire ! Fréquenter les prostituées, sans en faire une apologie qui nous mettrait en infraction avec la loi Française pour incitation à la débauche, est un déclancheur de reflexion, sur soi, les autres et la société incomparable. On est à un autre niveau de pensée et de sincérité que les consternantes positions prohibitionistes, victimaires et moralisatrices que les commissaires du peuple auto-proclamés érigent en dogme absolus. Envoyez nous encore des textes de ce calibre !
Bravo pour votre site car il faut en finir avec ces politiques qui confondent le droit et la morale. Le disours ambiant sur la prostitution est de la même essence paternaliste que l’attitude colonialiste du pouvoir vis à vis des états du tiers-monde, pour toujours justifier -au nom des “Droits de l’homme”, leur avidité d’ingérence.
Tous ces gens, féministes, cathos, et autres néocons (de gauche et de droite) se sont donné le droit absolu, de parler au nom des prostituées depuis des années, sans jamais leur laisser la parole (il se servent systématiquement d’exemples extrêmes pour en faire une généralité au service de leur propagande) car au fond, qui à part les intéressées et les clients, qui est plus compétent pour traiter du problème ?
Au fond, les féministes et sois-disants “droits-de-l’hommistes” sont souvent bien plus méprisants vis à vis des prostituées que le client de base.
La seule chose qui me gène, c’est de voir les filles debout en permanence, et j’aimerais qu’on les laissent s’assoir à des terrasses de bar, nous laissant le droit de les aborder, sans aucun risque de pénalité d’un côté comme de l’autre. Nos “putes” font partie intégrante de l’âme et du patrimoine de nos quartiers, il faut non seulement leur donner les mêmes droits que n’importe quel artisant et surtout, veiller à leur sécurité et des conditions de travail décentes. Puisque l’Etat leur prend des impôts, en reconnaissant là, une activité professionnelle, il doit en retour leur donner les mêmes avantages qu’au travailleur lambda.
Enfin, les filles devraient faire un outing systématique, de tous les faux-jetons d’élus qui “consomment” sans jamais être montés au créneau pour les défendre.
Pour finir, vous avez raison de siter la pornographie et les boites échangistes qui sont des moyens de prostitution détournée (une hardeuse est payée pour baiser, et les femmes sont souvent utilisées pour négocier, dans le milieu échangiste, tout le monde sait ça) L’Etat ne touchera jamais au porno, car c’est très rentable pour lui, ni aux escortes dont la clientèle aisée ne doit pas être contrariée.
Il faut pour lui, “cacher cette pute que l’on ne saurait voir” afin de soigner ces mêmes riverains (electorat oblige…) qui ont encouragé le Maire de Paris à “déplacer” les sdf, la veille de son Paris Plage.
Enfin, je tiens à confirmer, une fois de plus, que les clients se trouvent parmis toutes les catégories d’hommes, de toutes classes (dragueurs et séducteurs invétérés y compris, si, si) et bien sûr souvent aussi, parmis ceux -qui tartuffes- en public, proclament l’abolition de la prostitution. J’ai su depuis des années être témoin d’abord, et obtenir des confidences de nombreux mecs…
J’ai été client, et encore maintenant quand mon budget le permet (la Loi Sarko a fait monté les prix, merci…) et je peux vous dire que cela ne m’a jamais empêché d’avoir de nombreuses petites amies, d’avoir été marié et fidèle, et de draguer sans problèmes, contrairement aux idées reçues véhiculées par les extrémistes.
J’ai toujours eu de très bonnes relations (à deux ou trois exceptions près) avec les prostituées, car je les considérais avec les mêmes égards que mes petites amies. Je place même certaines d’entre elles aux même niveau affectif que mes compagnes pour la générosité, le respect et la tendresse dont elles ont fait preuve, professionnalisme mis à part. Le terme de putain n’est pas péjoratif pour moi car, comme a dit Bertrand Blier à peu près dans ces termes “Je l’appelle ma grosse pute, et qu’est-ce que je l’aime”
La “pute” offre un rapport immédiat et désintéressé affectivement, d’un soulagement incomparable, dans des moments de stress qu’une compagne -l’égo et 40 de féminisme mal digéré, aidant- ne sait pas toujours bien gérer.
Quand on se sent blessé, humilié diminué en tant qu’homme socialement et professionnellement, la très justement nommée “fille de joie” nous permet de faire le vide total de toutes nos souffrances intérieures sans aucun chantage affectif. C’est aussi pour ça qu’elles mérite le respect, car cette tâche est noble.
Mes raisons d’aller voir “les filles” ne sont pas toujours de cet ordre. Etant en très bonne condition physique, je trouve qu’il est plus sain d’aller voir une prostituée quand la “tension” est forte -car on ne saute pas sur la première venue ou sa collègue- que de réprimer sa libido comme le font, les petits donneurs de leçons qui emmerdent tout le monde avec leurs frustrations.
J’espère que mon témoignage peut vous être utile.
Tenez-moi au courant de vos actions, bonne continuation.
Bob
Tags: opinion, témoignage
Débat sur le régime professionnel des prostituées sur le Forum de Libération. Comme d’habitude, la majorité des gens est “pour” que le système Français soit changé et ressemble à celui qui existe en Suisse ou en Belgique, avec des statuts, des structures, etc. Mais bon… Comme dirait Coluche : la démocratie, c’est ” cause toujours”.
http://www.liberation.fr/forums/forum.php?Forum=674
Tags: France, opinion, politique, témoignage
Mise en garde : Comme pour toutes les information issues des médias et du web, il convient d’exercer son jugement. Dans l’article suivant, il est question de 40 000 étudiants, la plupart des femmes, qui se prostitueraient en France afin de subvenir à leur besoins. Ce chiffre est une légende urbaine propagée par un syndicat étudiant et ne repose sur aucune étude, c’est un chiffre complètement fantaisiste, il y a environ 300 000 étudiants en France, dont 150 000 femmes, cela voudrait dire que 30% des étudiantes se prostitueraient !!! Et d’après les études démographiques, il y aurait entre 20 et 40 000 prostituées en France, ce qui signifierait que la plupart des prostituées en France seraient des étudiantes… Que les médias aient osé diffuser ce chiffre des 40 000 étudiants-prostitués en dit long sur le journalisme à la Française…
De plus en plus d’étudiantes se prostituent pour payer leurs études. Un phénomène répandu et en pleine expansion.
« J’ai couché avec plus de quarante hommes en deux mois. J’étais en première année de fac et je gagnais environ mille livres par semaine. Avec mon ancien travail je ne gagnais pas suffisamment d’argent, maintenant j’ai plus de temps pour étudier et pour m’amuser, a déclaré une étudiante anglaise au journal britannique étudiant ‘Varsity’. Et elle n’est pas la seule.
D’après une enquête menée par la revue, beaucoup d’étudiantes, toutes inscrites dans la prestigieuse université de Cambridge, préfèrent porter des bas dim et des bodys en dentelle pour arrondir leurs fins de mois. Exit donc le baby-sitting ou la revente aux camarades des notes prises pendant les cours.
Filles à vendre
Etudier coûte cher, ce n’est pas nouveau. Et si on rajoute aux frais d’inscription universitaire le loyer, les courses, les aller-retours pour rentrer de temps en temps à la maison, les étudiants se retrouvent fréquemment sans rien dans les poches. Beaucoup se démènent en enchaînant les petits boulots : serveur, vendeuse, employé en centre d’appel, et dans le meilleur des cas, en donnant des cours particuliers. Mais tout le monde n’a pas envie de sacrifier ses fins de journée pour gagner quelques dizaines d’euros.
Pourquoi donc ne pas imaginer de vendre son corps, virtuellement ou non, pour améliorer sa vie ? D’après une étude réalisée par le syndicat étudiant Sud-Etudiant et publiée en octobre 2006 par Le Figaro, près de 40 000 jeunes entre 19 et 25 ans [en majorité des femmes], se prostituent plus ou moins régulièrement pour financer leurs études.
Un phénomène qui n’est pas seulement français et qui s’étend comme une tâche d’huile dans d’autres pays de l’UE comme la Pologne et le Royaume-Uni.
Selon un autre sondage de l’université de Kingston, un jeune sur dix admet connaître des étudiantes qui travaillent dans des boîtes de nuit ou comme ‘accompagnatrice’. Le leitmotiv est toujours l’argent. Il suffit d’avoir à l’esprit que les frais d’inscription pour entrer à l’université en Grande Bretagne tournent autour de 4500 euros par an.
Journal d’une webcam girl
En Italie aussi le phénomène semble plutôt répandu. L’année dernière, on a découvert sur le campus de l’université de Calabre un groupe d’étudiantes Erasmus qui recevaient d’autres étudiants chez elles et couchaient avec eux moyennant finances. Mais il ne s’agit pas toujours de prostitution proprement dite.
Souvent il s’agit plutôt de ‘cyber sexe’ : il suffit de se connecter sur un site où des voyeurs sont prêt à débourser jusqu’à 150 euros [70 pour l'agence et 80 pour la fille], pour 10 minutes de conversation avec une jeune fille en dessous sexys. « En un mois j’arrive même à gagner 3 000 euros pour quelques heures par jour, confortablement assise devant mon PC », a déclaré dans une interview au StudentiMagazine Morgana, 22 ans, étudiante en sciences politiques à l’université La Sapienza à Rome.
Il suffit de taper dans la barre d’Explorer l’adressewww.ragazzeinvendita.com, pour comprendre immédiatement que le phénomène est beaucoup plus répandu que ce que l’on croit. Un monde virtuel où de jeunes ‘webcam girls’, parmi lesquelles des étudiantes, s’exhibent, se dévoilent, se filment, en échange de gains faciles et non négligeables. C’est le cas d’Helen qui a justement écrit un livre ‘Journal d’une webcamgirl’, où elle parle de sa vie, de ses choix et de son univers face à la webcam.
Il y en a qui préfèrent l’anonymat et se contentent de vendre sur internet aux fétichistes leur lingerie intime usagée. « Tu veux les culottes que je viens de porter ? Pour 13 euros tu peux les avoir », écrit une étudiante de 18 ans sur un portail de vêtements ‘vintage’ à Milan. Mais pas de rencontres, tiennent à préciser les annonceurs. Tout doit rester strictement virtuel. Sans commentaire. Il y en a vraiment pour tous les goûts. Mais à quel prix ?
http://www.cafebabel.com/fr/article.asp?T=T&Id=12815
Tags: Angleterre, étudiant, témoignage
Je me permets d’intervenir dans le débat car je suis, me semble-t-il, légitime à double titre. Comme pute, je l’ai été, et comme travailleur social auprès de celles-ci, je l’ai aussi été. Tout d’abord, je vous engage à lire le livre “La prostitution à Paris” (éditions de la Martinière, 2005) qui, à ce jour, est le seul ouvrage qui reprenne bien l’ensemble de la thématique et laisse la parole aux premières concernées. Ensuite, lisez l’oeuvre de Grisélidis Réal, écrivaine géniale.
Quelques chiffres. La prostitution de personnes recevant des clients ne représente que 1% du chiffre du travail du sexe. Le reste provient en grande partie du porno, qui fait partie intégrante de l’industrie du film et n’est pas considéré comme de la prostitution. Pourtant il y a acte sexuel contre une rémunération.
La très grande majorité des prostituées en France sont des mères de familles françaises provinciales, qui travaillent pour leur compte. Les immigrées mises en lumière par les médias ne sont donc pas représentatives de la profession (ce qui n’enlève rien à l’horreur de leur condition bien-sûr!).
Le proxénétisme, jusqu’à la loi sur la sécurité intérieure, était marginal. Aujourd’hui il est en recrudescence, sous la forme du proxénétisme immobilier. Il s’agit de propriétaires qui louent trois fois le prix du marché à des travailleuses du sexe. C’est un “commerce” très rentable qui comporte somme toute peu de risques. La prostitution en tant que telle n’est pas interdite en France, tout simplement elle n’existe pas comme métier, d’où les stratégies de contournement législatifs pour la combattre, comme le racolage passif.
La plupart des travailleuses du sexe paient des impôts, mais il n’est pas possible de le faire sous la dénomination de “prostituée” ou de “travailleuse du sexe”. L’imposition se fait sur la base des plus grosses journées de travail multiplié par 365 car, comme chacun le sait, les putes ne sont jamais malades, n’ont pas le droit au repos hebdomadaire et ne prennent pas de congés!
Cela, bien sûr, n’ouvre pas droit à l’assurance maladie ou à la retraite et il y a des prostituées qui travaillent bien au delà de 65 ans. Toute personne qui vit ou a un échange d’argent avec une prostituée est un proxénète. Par exemple: la fille d’une prostitué sera proxénète si sa mère lui verse une pension; le ou la compagne d’une prostituée est de facto proxénète, etc.
Les putes qui manifestaient hier ne disaient pas que le métier de prostituée est la panacée et que toutes celles qui pratiquent cette activité le font par choix. Ce qu’elles disaient, c’est tout simplement que la position abolitionniste de la France est contre-productive pour tout le monde, y compris pour l’Etat.
Elles revendiquent le droit, comme tout un chacun, à travailler tranquillement et à disposer librement de leur corps. Elles revendiquent que ce travail soit reconnu comme une profession libérale, au même titre que les infirmières ou les comptables, comme en Suisse.
Rapports non protégés
La professionnalisation de la prostitution est aussi un problème de santé publique. En effet, travailler dans de mauvaises conditions (c’est un euphémisme) entraîne une fragilité face aux clients qui, dans plus de 80% des cas, demandent ce qu’ils appellent des “rapports naturels”, c’est à dire non protégés. Ces clients sont la plupart du temps des pères de famille mariés.
Une prostituée qui peut travailler sans risque aura le chaland suffisant pour refuser de tels clients et imposer le préservatif car, bien sûr, comme vous, elle ne souhaite pas contracter une infection sexuellement transmissible. Par contre, face à la précarité de leur situation, nombre d’entre elles seront contraintes d’accepter un rapport non protégé.
Prenons l’exemple des travailleuses du sexe du bois de Boulogne, qui sont, depuis des années, presque exclusivement des personnes transgenres (travestis, transsexuelles, intersexes) sans papier ayant fuit leur pays pour sauver leur peau, mais n’ayant pas le statut de réfugié pour discrimination de genre auquel, selon la convention de Genève, elles auraient dû avoir droit.
Bien souvent, la seule solution pour elles est la prostitution. Ensuite, du fait de la loi pour la sécurité intérieure et parce que la France ne respecte pas, pour cette catégorie, la convention de Genève, la seule solution pour pouvoir rester légalement en France est d’obtenir une autorisation provisoire de séjour pour soin.
Pour ce faire, bien sûr il faut une pathologie grave et durable. Alors, un grand nombre contractent sciemment le virus du VIH. En effet, cela leur permettra de se protéger d’une expulsion fatale pour leur vie, et d’aider leurs proches au pays. Elles sont plus d’un millier dans ce cas en Ile-de-France.
J’ai toujours été sidéré de leur capacité à débattre
Dans la prostitution, rien n’est simple. Notre approche de la thématique est brouillée pour de nombreuses raisons. Les médias aiment à nous donner une vision sensationnaliste de ce monde. Ce versant de la prostitution existe et il faut le dénoncer, mais il n’est pas représentatif de la profession.
La plupart des associations qui s’occupent de prostitution ne sont pas des associations de prostituées, elles sont le fait de professionnels abolitionnistes et n’ont aucun intérêt à ce que les travailleuses du sexe s’émancipent. Elles vivent de la prostitution et à ce titre sont considérées par les putes comme des proxénètes! (Lire “J’ai des mots à vous dire”, de Claire Carthonnet, éditions Robert Laffont).
De l’autre côté se trouvent les personnes concernées. Celles qui manifestent ont le soutien de l’ensemble de la communauté, qu’elles aient choisi ce métier ou qu’elles soient esclave. Simplement, celles qui sortent dans la rue sont celles qui courent le moins de risques. Elles s’organisent, posent des revendications et font partie intégrante du mouvement social.
Beaucoup sont engagées dans les luttes contre les discriminations de classe, de sexe et contre le racisme. Elles ont une conscience politique, lisent les journaux, s’informent,votent lorsqu’elles le peuvent, bref sont des citoyennes actives. Beaucoup ont fait, soit en France soit dans leur pays d’origine, des études supérieures et parlent plusieurs langues.
Ce ne sont pas, même lorsqu’elles proviennent de milieux très défavorisés, de “pôvres filles”, car leur métier est un incroyable observatoire de notre société, qui a pour effet d’obliger à réfléchir, à se questionner, à questionner le monde dans lequel nous vivons. J’ai toujours quand à moi été sidéré de la qualité de réflexion et de la capacité à débattre de la part des putes.
A mon sens, dans le cadre d’un projet de société plus juste, nous ne pouvons nous passer des prostituées, car elles sont au coeur de celui-ci, de par la place qui leur est réservée au bas de l’échelle sociale. N’oublions pas que, dans toutes les révolutions, elles furent parmi les premières à bouger.
Alors, s’il vous plaît. Comme pour n’importe quelle minorité, ayez l’humilité de les écouter, de ne pas vous projeter en elles, de ne pas immédiatement jeter l’opprobre sur elles et sur cette profession, de ne pas, au prétexte de faire disparaître le proxénétisme, leur jeter la pierre. La solution n’est pas là et, ce faisant, vous vous coupez d’une partie du peuple en lutte pour un monde plus humain.
http://www.rue89.com/2007/11/06/la-majorite-des-prostituees-sont-des-meres-de-famille-provinciales
Tags: France, livre, opinion, politique, témoignage
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