fev 08

 La Suède a interdit la prostitution il y a quelques années, l’achat d’une prestation sexuelle est puni d’une amende payée par le client.

Dans le dernier rapport officiel sur le trafic d’êtres humains en vue d’achat sexuel du Département national d’investigation criminelle de la Suède, publié en décembre 2007, la police ne veut pas estimer le nombre de victimes de “trafic” en Suède. Et dans un nouveau rapport du Bureau national suédois sur la Santé et le Bien-Être, publié également en décembre 2007, on peut lire que les connaissances sur la prostitution sont très, très faibles au sein de la police et des autres autorités suédoises. La police et les travailleurs sociaux ne savent pas combien il y a de travailleuSEs du sexe en Suède. Ils ne savent pas qui ni où ils sont. Et c’est tellement naturel, les travailleuSEs du sexe évitant d’avoir des contacts avec ces personnes en qui nous nous n’avons aucune confiance.

Les autorités suédoises croient que le travail du sexe va s’arrêter si on le rend plein de honte, illégal et aussi inhospitalier que possible. À cause de ces lois et des politiques autour de la prostitution en Suède, il n’y aucune confiance parmi les travailleuSEs du sexe envers la police, les travailleurs sociaux et les autres autorités. Le besoin qu’auraient les travailleuSEs du sexe d’une sécurité et d’une légalité sociale n’est même jamais mentionné dans les débats sur la prostitution en Suède.

Malgré ces faits, des détectives, travailleurs sociaux, procureurs et politiciens expriment très souvent ce qu’ils croient être des faits, même s’ils n’ont aucune preuve qui soutienne ce qu’ils prétendent. On pourrait par exemple trouver quelques-uns de ces mensonges et croyances dans l’article du Guardian du 5 janvier 2008 intitulé How making the customers the criminals cut street prostitution ou encore en écoutant ce reportage de Rachel Williams sur le Red Light de Stockholm.

Si les faits évoqués par la police et les procureurs dans cet article et ce reportage étaient vrais, ce serait une forte preuve que nos lois en Suède sont une grande, grande catastrophe dans le combat contre le “trafic” d’être humains.

Si ces énoncés sont vrais, nous avons dix fois plus de victimes de trafic en Suède que ce que la police de notre pays voisin le Danemark estime avoir chez eux. Mais au Danemark la prostitution est légale.

Si ceci est vrai, nous avons autant de victimes de “trafic “en Suède que ce qu’on a trouvé dans l’ensemble des États-Unis durant les sept dernières années! Est-ce que cela peut être la vérité? Pourquoi tous ces mensonges?

Cette question du “trafic” est maintenant populaire parmi les politiciens, c’est également un bon tremplin pour une carrière politique. Les politiciens aiment être perçus comme fermement opposés au “trafic”. De plus, il est facile de soutenir la criminalisation des clients. Car en Suède il n’existe qu’une seule opinion politique correcte chez les politiciens, la police et les travailleurs sociaux : la loi contre l’achat de services sexuels est bonne, elle aide les travailleuSEs du sexe et est efficace contre le “trafic” humain. Cette image basée sur ce que certaines personnes croient et non sur leur connaissance de faits réels est maintenant en train d’être exportée vers d’autres pays par des mensonges et de la propagande.

En Suède, les travailleuSEs du sexe militent pour la décriminalisation et pour de meilleures conditions, parce que les profiteurs de la clandestinité et les proxénètes fleurissent et que nous préférerions les éviter.

Il est nuisible pour les travailleuSEs du sexe d’être sujets à de cruelles oppressions telles que la discrimination, la violence et la stigmatisation sociale. Les travailleuSEs du sexe sont discriminéEs, mais les préjudices et stéréotypes sont préservés. Le stigmate de putain, la honte sociale entourant le travail du sexe, est très, très fort ici en Suède, plus fort que ce que j’ai rencontré dans les autres pays.

Par exemple, je voudrais parler d’un débat organisé au sein de notre parlement le 23 octobre 2007. C’était un débat sur la résolution prise par le Conseil de l’Europe début octobre – Prostitution with stance to take? Lors de ce débat, notre ministre de la Justice, Beatrice Ask a déclaré (anförande 123) que le problème avec cette résolution est que l’une de ces clauses déclare que le Conseil de l’Europe établit que les États membres devraient respecter le libre-choix des personnes de travailler en tant que travailleuSEs du sexe et qu’ils devraient écouter les travailleuSEs du sexe sur les questions les concernant. Elle pense qu’il ne le faut pas! La ministre suédoise de la Justice déclare ouvertement au sein de notre parlement que le gouvernement en Suède ne devrait pas écouter les travailleuSEs du sexe sur les questions les concernant!!!

J’espère sincèrement que les connaissances, les faits, le sens commun et pragmatique et une politique humaine puissent triompher sur l’ignorance, le préjudice, le racisme, l’hystérie morale et les ambitions carriéristes des politiciens.

Les pays qui veulent adopter les lois suédoises sur la prostitution peuvent prévoir que les vols, les maladies et les viols vont augmenter, qu’une telle loi va apporter davantage de discrimination envers les travailleuSEs du sexe qui seront aussi plus effrayés de venir vers la police quand ils ont besoin d’aide. La communication entre les travailleuSEs du sexe et les autorités ira en empirant, la collaboration va s’évanouir et le “trafic” sexuel n’en sera que plus difficile à détecter.

Nous avons déjà vu cela arriver en Suède. Ne faites pas la même erreur!

Isabella Lund, travailleuse du sexe en Suède, 07.01.2008. Traduction : Thierry Schaffauser.

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Au moment où le Royaume-Uni envisage d’adopter une nouvelle loi pour lutter contre la prostitution, le quotidien britannique The Guardian a mené l’enquête en Suède. Le pays scandinave a en effet adopté en 1999 une loi restrictive criminalisant les clients des prostituées. Avec un objectif : couper court à la demande et réduire ainsi leur nombre. En Suède, la prostitution est assimilée à un acte de violence envers les femmes et les enfants, une exploitation des êtres humains, frein à toute égalité entre les sexes.

Depuis l’entrée en vigueur de la loi, plus de cinq cent hommes passibles de six mois de prison, ont été jugés et condamnés à payer une amende. Le quotidien note en outre que la plupart des personnes appréhendées, parmi lesquels quatre magistrats, sont des hommes avec une vie familiale stable et des revenus élevés.

Au vu des statistiques il semblerait que la Suède ait atteint son objectif. Il y avait en 1998, 2 500 prostituées suédoises ou résidentes permanentes. En 2003, elles étaient déjà presque deux fois moins nombreuses. Mais dans le même temps, le nombre de femmes victimes de trafic, originaires d’Estonie, de Russie, de Pologne, ou de Lituanie a augmenté de façon très sensible. Elles seraient aujourd’hui plus de 1000. Trafiquants et proxénètes ont bien intégré la loi, les femmes ne sont pas dans la rue, elles travaillent sous couvert de salons de beauté ou de massages ou encore dans des bars d’hôtels.

La comparaison avec les autres pays scandinaves penche toutefois en faveur de la loi suédoise. Elles seraient en effet d’environ 6000 prostituées en Norvège et au Danemark et entre 12 et 15000 en Finlande.

Source : http://femmes.blogs.courrierinternational.com/archive/2008/01/10/les-limites-du-modele-suedois-de-lutte-contre-la-prostitutio.html

http://www.guardian.co.uk/crime/article/0,,2235716,00.html

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dec 19

Figure de proue du féminisme radical suédois, Petra Östergren oppose le libre-arbitre des travailleuses du sexe à la politique du gouvernement.

La Suède fait depuis longtemps figure de modèle en matière de féminisme et de droits des femmes. En 1999, le gouvernement suédois a adopté une loi criminalisant les clients et non pas les prostituées. Une mesure révélatrice : dans le pays, les femmes liées à la prostitution ou à la pornographie sont généralement considérées comme des femmes-objets, soumises à la violence masculine. Du même coup, l'égalité des sexes ne peut être atteinte tant qu'un homme peut avoir l'idée "d'acheter le corps d'une femme". Loin des sculpturales et angéliques ingénues de Bergman, Petra Östergren ne l'entend pas de cette oreille. Cette brune à la crinière féline veut briser l'image d'Epinal selon laquelle les femmes sont naïves, réifiées et dominées dans leurs rapports avec les hommes. Elle revendique leur droit à l'autodétermination sexuelle.

Le corps, outil de travail

Et les arguments sont nombreux. Le sexe est une affaire privée et les rapports sont conclus entre adultes consentants. Les femmes sont des sujets qui ont le droit de choisir leurs partenaires sexuels. Elles sont dotées d'une "volonté libre" et peuvent choisir de faire l'amour devant une caméra ou de se prostituer, c'est-à-dire utiliser leurs corps comme outil de travail. Pour la figure de proue du féminisme radical suédois, la prostitution devrait être considérée comme une prestation de services, et non comme une domination de l'homme sur la femme.

Dans son livre intitulé Pornographie, putes et féministes, publié en 2006, Petra donne la parole aux travailleuses du sexe : elles sont fortes, aiment leur travail, ne subissent pas de violence, mais se sentent stigmatisées par la morale sexuelle suédoise.

Car sexe et politique ne font pas bon ménage. Les prostituées se disent victimes de l'attitude adoptée par le gouvernement. En effet, les clients effrayés osent de moins en moins les aborder dans la rue. Elles ne peuvent plus exercer leur activité aussi facilement, et doivent ainsi rejoindre des réseaux ou aller sur Internet pour trouver des clients.

"Prostitution d'appartement"

Petra soutient que la loi, censée protéger les prostituées, les discrimine. La Suède, qui se félicite de la diminution de la prostitution de rue, voit en réalité la "prostitution d'appartement" augmenter fortement. Quant aux femmes qui vendent leurs services sur Internet, elles ne peuvent plus sélectionner leurs clients comme avant. Ainsi, elles sont davantage sujettes aux violences, car la prostitution se fait dans l'ombre.

Anticonformiste et engagée, Petra participe au débat sur la pornographie et la prostitution depuis une dizaine d'années. Elle s'attire les foudres d'autres féministes car sa conception de la sexualité ne cadre pas avec les idéaux du féminisme traditionnel. Qu'on l'aime ou qu'on la déteste, une chose est sûre : Petra ne restera pas enfermée dans un moule Ikea.

http://www.journaleuropa.info/article/n321t0j0d0.html

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nov 26

Article pamphletaire sur la Suède, vu comme un pays terriblement ennuyeux, et pourtant référence chez beaucoup de politiques en France..  

La Suède, pays des anciens Vikings, donne d’elle-même une image de plus en plus aseptisée. On est loin des épopées guerrières de barbus blonds venus nous apprendre à vivre à coups de hache et d’incendies d’églises le long des côtes britanniques et françaises. Le pays des dieux mortels est devenu d’un mortel ennui. L’énumération qui va suivre donne plus de sueurs froides et de craintes que ne pouvait inspirer la vue des voiles des drakkars le long de nos côtes lors des raids des hommes du Nord.

1. La Suède est à l’origine de la généralisation de la prévention routière, avec les énormes pare-chocs de ses Volvo des années 70 qui donnaient une allure de char d’assaut à la moindre berline. Les Suédois continuent avec l’invention du siège pour enfant, installé en sens inverse de la marche, ils persévèrent avec une surveillance drastique des automobilistes et l’intronisation d’un non buveur qui ramène tout le monde le vendredi ou le samedi soir, car en semaine il est fort conseillé de ne pas boire une goutte d’alcool.

2. La prostitution est interdite au point que les Suédois vont se soulager en Allemagne de l’autre côté de la frontière danoise ou bien en Finlande. Les Suédois, en moralisateurs à la Tartuffe, déplacent le problème chez leurs voisins. Dans le cadre de la lutte contre la violence faite aux femmes, ils ont pénalisé tout le monde, des filles aux clients (je n’ai pas encore réussi à savoir si la prostitution homosexuelle était elle aussi réprimée), sans penser que la répression crée la clandestinité et que cette situation profite avant tout aux proxénètes, au détriment des filles de joie qui sont encore plus à la peine.

3. Les châtiments corporels sur ses propres enfants sont bannis en Suède. Je ne parle pas des monstrueuses raclées finissant aux urgences avec fractures et éclatement de la rate, mais de la petite gifle ou de la fessée, qui administrées avec mesure avaient un effet dissuasif et calmant sur des gamins braillards comme des mainates qui couraient un peu partout dans les avions (cf. l’article de Libération début août sur ce sujet). On en arrive au paradoxe de ce beau-père condamné à une amende pour avoir giflé une petite peste qui lui avait craché dessus parce qu’il refusait de lui acheter un DVD (cf. le même article).

Mais revenons au cas de la fumeuse du jardin. Le plaignant est avocat, il s’est donc servi de la loi pour persécuter sa voisine. Je ne connais rien du droit suédois, mais je pense que la victime de ce fou furieux pourrait contre-attaquer et porter plainte contre les odeurs de barbecue, si son voisin s’y adonne et surtout, s’il déguste du surstromming, le fameux poisson un peu pourri, dont les Suédois raffolent. D’ailleurs ces moralistes, protecteurs des droits individuels au nom de la communauté, ont protesté avec véhémence quand leur plat national a été interdit à bord des avions de British Airways et d’Air France, car supposé potentiellement explosif. Ils sentent bien (au propre et au figuré dans ce cas), nos Scandinaves, quand une situation est ridicule, mais uniquement si elle concerne un thème qui leur est cher, celui de leur identité culturelle. A juste titre, ils n’acceptent pas une brimade grotesque. Le surstromming sent assez fort au point que comparativement, un munster bien fait a l’arôme du jasmin. Les boîtes gonflent un peu sous la pression des gaz, mais de là à être utilisées par Al-Qaida, il y a un grand pas à ne pas franchir. Par contre, ils ne s’insurgent pas de leur excès de prudence, de prévention et d’interdits.

Pourtant, sans remonter aux Vikings, la Suède s’était montrée sous un jour plus favorable il n’y a pas si longtemps. Les premiers émois érotiques des adolescents de ma génération ont été inspirés par des films cultes comme Je suis curieuse ou Joyeuses Pâques qui étaient interdits aux moins de 18 ans à leur sortie en France. Il y avait une tradition de grivoiserie rurale, jadis. Dans les campagnes suédoises du XIXe siècle, lors de la fête du cochon, quand les femmes se réunissaient sans les hommes pour préparer les boudins, saucisses et andouilles, les obscénités ciblant la taille et la forme des organes génitaux de leurs maris fusaient dans une joie saine et rigolarde. (Lire le passionnant ouvrage d’Yvonne Verdier sur le cochon, Façons de dire, façons de faire.)

Alors, comment sont-ils devenus aussi tristes, aussi moralistes et donneurs de leçons ? Et si au moins cela leur donnait un confort de vie et un sentiment de bien-être, mais la Suède a été longtemps la mieux placée pour son taux élevé de suicides. Le modèle social, moral et politique est porté aux nues par tant d’analystes qu’on se demande pourquoi un tel paradis entraîne autant d’actes désespérés. Peut-être parce que dans un pays aussi parfait, le seul moyen d’exister est de se supprimer !

Sans vouloir faire de la psychologie de bazar en parlant de la théorie des climats si chère à Montesquieu et se rapportant aux Persans, faut-il suivre certains psychiatres qui envisagent la piste du manque d’ensoleillement pour expliquer le phénomène suicidaire en Scandinavie ? Il y a probablement un part de vérité dans cette explication, mais elle n’est pas satisfaisante. La vie était dure pour les paysans au temps de Bernadotte et on se suicidait moins, et les générations suivantes ont massivement quitté le pays pour émigrer aux Etats-Unis, justement pour ne pas crever de faim. Il n’y avait pourtant guère plus de soleil en ce temps-là. Non, je pense personnellement que le moralisme protestant associé au socialisme consensuel a engendré l’ennui, celui qui transpire dans les films d’Ingmar Bergman. Celui qui a vu en boucle Le Septième sceau ne peut que vouloir se pendre !

Les dieux scandinaves qui ont inspiré Wagner étaient condamnés à l’échec, vaincus par les forces du mal. L’alternative de l’homme était de leur ressembler et de périr au combat en héros. Ensuite il allait au paradis des guerriers, l’Asgard, dans une salle, le Walhalla, où il pouvait boire, même en semaine, de la bière dans le crâne de ses ennemis. Les walkyries lui prodiguaient tout ce dont un homme a besoin quand il est mort (et même quand il est encore vivant). Les walkyries, les payait-on pour leurs services et prestations rendus ? Décidément, la Suède a bien changé !

Un monde orwellien se prépare en Europe du Nord de façon de moins en moins insidieuse et tend à se propager vers le Sud. Sommes-nous prêts en France à adopter ce genre de comportement ? J’aurais dit non il y a encore quatre ou cinq ans. Je commence à douter et ce modèle me fait peur. Précautions et interdits deviennent la règle. Et l’imagination, quand va-t-elle revenir au pouvoir ?

http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=28271

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nov 04

En Suède, depuis 1999, une loi unique au monde prohibe l’amour tarifé en punissant les clients. Une initiative parfois controversée, mais que le gouvernement aimerait exporter.
Voilà quatre ans, Lilya est morte en sautant d’un pont. A l’époque, les journaux ont retracé sa courte existence. Elle tient en quelques lignes. Enfant enjouée, née en Lituanie, elle tombe, à l’âge de l’adolescence, dans les filets de la mafia. «Exportée» en Suède, elle se prostitue dans un appartement de la périphérie de Malmö (sud). Battue, violée, terrorisée, la jeune prisonnière s’évade après quelques semaines d’enfer, un jour où son geôlier oublie de l’enfermer à clef. Fuite éperdue: Lilya dévale l’immeuble, détale dans la banlieue blafarde, court à perdre haleine mais ne sait où aller. Elle pleure à chaudes larmes. La voici sur le pont d’une autoroute. Elle hésite un instant. Enjambe la balustrade… Elle avait 15 ans.

La peur de voir son nom s’étaler dans les colonnes des tabloïds

De cette tragédie Lukas Moodysson, 34 ans, peut-être le cinéaste suédois le plus important depuis Ingmar Bergman, a tiré un film choc (en salles le 16 avril) récemment récompensé par cinq scarabées d’or, l’équivalent de nos césars. Un long-métrage qui, outre ses qualités artistiques, pose une question: la Suède aurait-elle échoué a éradiquer la prostitution, ainsi qu’elle en affiche l’ambition depuis plusieurs années?

Lilya 4-ever, film choc du Suédois Lukas Moodysson, évoque la dérive d’une jeune prostituée.

Entrée en vigueur le 1er janvier 1999, la loi controversée - et unique au monde - sur l’ «achat de services sexuels» prohibe l’amour tarifé en punissant les clients. Mais elle épargne les prostituées, qui, selon le gouvernement, doivent «par principe être considérées comme des victimes, non des coupables». Quatre ans plus tard, le bilan de cette législation, empreinte de morale luthérienne et qui s’inscrit dans le contexte de la promotion de l’égalité des sexes, reste contrasté. Aucune peine d’emprisonnement n’a été prononcée à ce jour. Et seulement 200 clients, pris en flagrant délit de transaction financière avec une fille de joie, ont été condamnés à des amendes.

Le nombre de ces condamnations peut paraître faible. Dans les faits, ces sanctions ont pourtant fait disparaître la prostitution de la voie publique. Car, en Suède, la peur de voir leurs noms s’étaler dans les colonnes des tabloïds suffit à faire fuir les clients. Sur le pavé de Malmskillnadgatan, la rue du centre de Stockholm où des dizaines de dames aguichaient naguère les torskar («morues», c’est-à-dire «michetons» en argot suédois) ne subsistent qu’une poignée de camées bien connues des services sociaux.

A l’hôtel Sheraton de Stockholm, autrefois réputé pour ses escort girls de luxe venues de Moscou ou Saint-Pétersbourg, les belles de nuit ont depuis longtemps déserté le piano-bar. Maintenant, ce sont les hôteliers eux-mêmes qui prennent les devants et alertent la police lorsqu’ils suspectent quelque chose de louche. La raison de cette vigilance zélée? «Le pire cauchemar serait pour eux de se retrouver à la Une du journal télévisé», explique le commissaire de police Kenneth Fredlund, enquêteur sur les réseaux de prostitution.

«Les hommes jeunes approuvent plus la loi que ne le font les messieurs d’âge mûr»

Pour la députée Inger Segelström, auteur de la loi et présidente de la Fédération des femmes sociales-démocrates, le principal mérite de la législation est l’adhésion populaire dont elle fait l’objet: «L’immense majorité des Suédois - 86% - approuve la criminalisation des clients. Nous avons réussi à convaincre les hommes qu’acheter un corps de femme est illégitime. C’est d’ailleurs la seule façon de freiner la prostitution. Preuve que les mentalités évoluent: les hommes jeunes approuvent plus la loi que ne le font les messieurs d’âge mûr.»

Cependant, si la prostitution «de rue» a disparu, celle «d’appartement» n’a pas vraiment reculé. Selon le commissaire Per-Uno Hågestam, qui dirige la police de Stockholm, elle a même «légèrement augmenté»: «Dans les environs de la capitale, 10 ou 12 logements font actuellement office de maisons closes contrôlées par des souteneurs originaires de Russie, d’Europe centrale, du Moyen-Orient.» A Malmö, deuxième ville du pays, d’autres appartements font également l’objet d’une discrète surveillance. Enfin, dans l’extrême nord du pays, au-delà du cercle polaire, là où se rejoignent les frontières finlandaise, norvégienne et suédoise, les proxénètes russes venus de Mourmansk ou d’Arkhangelsk sont également très actifs.

Une «marchandise» livrée à domicile

L’été, munis de visas de tourisme, ils prennent leurs quartiers dans les campings de Finlande, en compagnie de leur «écurie». En fin de semaine, les clients suédois, norvégiens, finlandais viennent faire leur marché dans cette ambiance champêtre. Ils louent pour quarante-huit heures une jeune femme qu’ils ramènent chez eux le temps d’un week-end. Quelquefois, le bordel devient ambulant. Au volant d’un minibus ou d’un camping-car, des maquereaux-VRP sillonnent la région du soleil de minuit. A leur clientèle d’habitués contactés par téléphone portable ils livrent la «marchandise» à domicile.

La prostitution «d’appartement», elle, n’a pas vraiment reculé. Ici, une autre scène de Lilya 4-Ever.

Tous ces exemples semblent donner raison aux adversaires de la législation suédoise. Selon eux, la prohibition repousse les prostituées dans la sphère d’une plus grande clandestinité, les exposant à des dangers et à des violences plus graves. Pourtant, cette causalité n’est pas démontrée. «Il s’agit d’une illusion d’optique: en fait, la loi est entrée en vigueur au moment où les mafias de l’Est déferlaient sur la Suède et l’Europe», rectifie l’inspecteur Kajsa Wahlberg, de la police nationale, spécialiste des trafics d’êtres humains. Elle explique: «Nos écoutes téléphoniques l’ont révélé: les mafieux considèrent la Suède comme un marché difficile. L’impossibilité de placer des filles sur le trottoir les oblige à posséder des véhicules pour faire du porte-à-porte en parcourant des dizaines de kilomètres. Ils doivent, en outre, disposer non pas d’un seul mais de plusieurs appartements, de manière à les utiliser alternativement et, ainsi, ne pas éveiller les soupçons de voisins. Ce temps perdu, ainsi que l’addition des contraintes logistiques, complique la vie des proxénètes et nuit à la rentabilité de leur entreprise.»

Que la prostitution ait «très légèrement augmenté» (comme l’affirme la police) ou «nettement reculé» (comme le prétendent les féministes), une chose est sûre: la Suède est le seul pays d’Europe occidentale à n’avoir pas été submergé par la déferlante des filles de l’Est consécutive à la chute du mur de Berlin. Alors qu’elles sont un demi-million dans l’Union européenne, ces dernières seraient au maximum 500 sur l’ensemble du territoire de ce pays de 9 millions d’habitants, qui, de toute façon, n’a jamais été un haut lieu du commerce de la chair.

Forte de ce qu’elle considère être un «début encourageant», la Suède ambitionne maintenant d’exporter sa législation vers les autres pays de l’Union européenne. C’est l’une des priorités affichées des féministes, qui sont nombreuses dans les allées du pouvoir. A l’issue d’une projection de Lilya 4-ever spécialement organisée au Parlement pour les députés, Margareta Vinberg, vice-Premier ministre et chargée du portefeuille de l’Egalité entre les sexes, a eu l’idée de demander à toutes les ambassades de Suède du Vieux Continent de faire la promotion du film de Lukas Moodysson. Et d’organiser des conférences sur le «modèle antiprostitution suédois».

«La Norvège et la Finlande réfléchissent sérieusement à la possibilité d’adopter notre législation», affirme Gunilla Ekberg. Conseillère spéciale du gouvernement pour la prostitution et coordinatrice de la campagne internationale d’information lancée l’année dernière dans les républiques baltes et les pays nordiques, elle risque un pari: «Dès qu’un deuxième pays aura adopté notre législation, d’autres gouvernements, j’en suis convaincue, seront prêts à nous suivre.» A condition, toutefois, que la vie politique se féminise davantage. En Suède, le Parlement qui a voté la loi comptait 45% de femmes. Ceci explique sans doute cela…

http://www.lexpress.fr/info/monde/dossier/suede/dossier.asp?ida=387686&p=2

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