Derrière sa façade de bar à champagne, l’Eclyps dissimulait des actes de prostitution. Le gérant et une de ses employées qui le relayait aussi au service ont été condamnés hier, par le tribunal correctionnel de Niort.
A l’Eclyps, un « bar de nuit classique » ouvert à Saint-Maixent-l’Ecole en 1999, avant de devenir deux ans plus tard « un club privé » à prestations particulières, « les hôtesses étaient chargées de réconforter les clients et de les satisfaire même sexuellement », résume le président, Jean-Pierre Ménabé, lors de l’audience du tribunal correctionnel de Niort, ce jeudi.
Le chiffre d’affaires a doublé
Bruno, le propriétaire des lieux, recrutait ses hôtesses par petites annonces « pour inciter les clients à boire », poursuit le juge. Ceux qui s’acquittaient de l’achat d’une bouteille de champagne au prix fort, a minima 160 €, « étaient autorisés à s’isoler dans un salon privé pendant une heure ». Là, les « hôtesses »négociaient en direct leurs faveurs sexuelles. Si les clients préféraient payer par carte bancaire, Bruno encaissait et reversait l’intégralité de la transaction à l’hôtesse ainsi qu’un pourcentage sur les bouteilles.
« Cette activité annexe vous a profité, note cependant Jean-Pierre Ménabé, puisqu’entre 2002 et 2006, votre chiffre d’affaires a doublé. Vous mettiez à disposition des hôtesses vos locaux ainsi que des préservatifs si elles le souhaitaient. Vous aviez une claire conscience de ce qui se passait dans votre établissement. »
“ On vous reproche d’avoir aidé à la prostitution ”
Bruno n’était pas le seul à comparaître hier pour proxénétisme. Une des hôtesses, qui le relayait régulièrement au service et à la caisse, également : « Vous n’étiez pas obligée de tenir le bar quand il n’était pas là », gronde le juge, qui précise : « On ne vous reproche pas de vous être adonnée à la prostitution, mais d’avoir aidé à la prostitution. »
Le substitut du procureur, Olivier Dubief, rappelle que les deux prévenus sont passibles respectivement de sept et dix ans de prison. S’il constate que Bruno n’a jamais exercé de contraintes ou de menaces vis-à-vis des hôtesses, il estime que l’infraction de proxénétisme qui lui est reprochée est parfaitement constituée, qu’elle est aggravée même par le nombre des « victimes », environ une dizaine de femmes qui se sont succédé dans les salons privés. Il requiert 15 mois de prison avec sursis, ainsi que 10.000 € d’amende et l’interdiction d’être gérant de bar à titre définitif.
Concernant la jeune femme qui le suppléait en son absence, il affirme qu’il « y a eu des actes de gestion ». Il sollicite dix mois de prison avec sursis et 1.000 € d’amende.
“ Hypocrisie ”
Me Christèle Touraine, qui la défend, s’offusque et demande la relaxe : « Je ne comprends pas pourquoi on la poursuit pour proxénétisme. Elle a été embauchée pour vendre des bouteilles. Si on n’ouvre pas le bar, si on ne répond pas au téléphone, si on ne parle pas aux clients, comment peut-on vendre des bouteilles ? Ma cliente n’a fait que répondre aux attentes de son patron. »
Me Sébastien Rey, qui assiste Bruno, ne nie pas l’infraction, mais stigmatise « l’hypocrisie dans le traitement légal de ce type de dossier. La prostitution est considérée comme une activité légale puisqu’elle n’est pas répréhensible, mais qu’est-ce qu’on offre comme solution aux personnes qui l’exercent, à part la rue ? »
Il ironise : « Qu’est-ce qu’on peut reprocher à mon client ? L’aide, la protection, l’assistance… dans d’autres circonstances, c’est considéré comme vertueux. » Et de conclure : « Il y a différentes formes de proxénétisme et celle qu’il a exercée était la moindre. »
Le tribunal suivra les réquisitions du parquet, concernant le propriétaire du bar. Il rapportera la peine de la jeune femme à six mois de prison avec sursis.
Compte rendu d’audience : Isabelle PASQUET
Source : http://www.lanouvellerepublique.fr/dossiers/journal/index.php?dep=79&num=630894&xtor=RSS-13
Tags: bar à hotesses, France, Saint Maixent
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