Feb 12

Selon l’AFP, un peu plus d’un mois après l’entrée en vigueur en Norvège, le 1er janvier 2009, d’une loi interdisant l’achat de sexe sous peine d’encourir jusqu’à six mois de prison et/ou une amende, la prostitution de rue appartient au passé. Selon Harald Boehler, chef de la section chargée de lutter contre la prostitution et le trafic d’êtres humains au sein de la police d’Oslo, le bilan est positif : 

“La loi a un impact sur le nombre de clients. Les hommes d’ordinaire respectueux des lois refusent d’acheter des prestations sexuelles dès lors que c’est illégal”

Certes, comme le souligne le CPDH (Comité Protestant évangélique pour la Dignité Humaine) :

“A chaque tentative de criminaliser le recours à la prostitution, des voix s’élèvent pour mettre en garde contre l’atteinte aux libertés, aux droits de l’homme, dans des discours qui se présentent comme soucieux du sort des femmes de ce commerce. Mais la question du consentement se pose, elle se pose principalement sous deux angles : la légitimité du consentement à bafouer sa propre dignité, et la validité de ce consentement.”

C’est pourquoi cette initiative est intelligente car d’une part, ce sont bien les “clients” qui sont poursuivis et que, d’autre part, le gouvernement a mis en place des structures d’aide aux prostituées (cures de désintoxication, formations…) pour les aider à s’en sortir. Lorsque l’on sait ce qui se cache derrière la prostitution (drogue, immigration clandestine, trafic d’êtres humains, blanchiment d’argent…), il faut être bien hypocrite pour y voir une atteinte aux droits de l’homme…La Doctrine Sociale de l’Eglise est là pour nous le rappeler (n°158) :

La proclamation solennelle des droits de l’homme est contredite par la douloureuse réalité de violations, de guerres et de violences en tout genre, en premier lieu les génocides et les déportations de masse, la diffusion un peu partout de formes toujours nouvelles d’esclavage comme le trafic d’êtres humains, les enfants soldats, l’exploitation des travailleurs, le trafic illégal de drogues et la prostitution. Même dans les pays qui connaissent des formes de gouvernement démocratique, ces droits ne sont pas toujours entièrement respectés“  

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Nov 16

Lors des élections générales du mois dernier, le Canada a montré la fragilité des acquis qui font de ce pays un exemple de progrès social. Ex-prostitué devenu prêtre, puis député, Raymond Gravel plaide pour maintenir le cap.

Personnalité emblématique du Québec actuel, Raymond Gravel est né en 1952 de parents agriculteurs, dont il est le 4e de six enfants. Ses rapports très tendus avec son père le poussent à quitter à 16 ans la maison familiale. Il trouve un emploi d’escort-boy à Montréal et s’enfonce dans la prostitution et la drogue. A la suite d’une agression qui le mène aux urgences, il prend ses distances et travaille alors comme serveur dans des bars gay. Son empathie en fait un confident privilégié des habitués du comptoir et, petit à petit, sa vocation et son rêve d’enfant se rejoignent pour refaire surface. En 1982, il entre au séminaire. Il est ordonné prêtre quatre ans plus tard. Il officie dans de nombreuses paroisses avant de séjourner deux ans à Rome pour rédiger une maîtrise sur la conception de Jésus (au sens obstétrique du terme!) «Sa naissance n’était pas surnaturelle, tout comme la virginité de Marie doit s’entendre sur un plan moral mais pas biologique!» Pas de quoi se faire des amis à l’Opus Dei…

Franc-parler

En 2006, il est élu très largement dans sa circonscription sous la bannière du Bloc québécois, un parti souverainiste. Son évêque le couvre dans sa démarche, mais il est obligé de lui demander d’abandonner momentanément son ministère pastoral à la suite d’un courrier adressé par un certain… Cardinal Ratzinger. «Je suis pour la séparation entre l’Etat et l’Eglise, admet le prêtre, mais je crois sincèrement que nous faisons tous de la politique; nous n’avons pas le choix puisque nous vivons en société!» Très actif à la Chambre des communes à Ottawa, il dépose notamment un projet de loi destiné à augmenter le revenu des personnes âgées défavorisées. Bien que ceci ait constitué une promesse électorale du Premier ministre Stephen Harper en 2006, la loi ne sera finalement pas votée. Une grande déception.

Son franc-parler et son engagement épris de sincérité irritent souvent les dogmatiques de l’Eglise anglo-saxonne, notamment son soutien au mariage gay et sa prise de position claire contre un retour à l’interdiction de l’avortement. «C’est ce dernier point qui aura eu raison de ma carrière politique. Le Vatican a menacé de me laïciser si je me représentais. Ils ont demandé à mon évêque que dorénavant, on ne m’entende plus! Ce n’est pas très démocratique!»

Un recul de 50 ans

Il se dit révolté par les résultats des dernières élections qui ont vu un renforcement du Parti conservateur de Stephen Harper, «copie conforme de Georges Bush», selon Gravel. «Harper est pour la guerre et le port d’armes pour se défendre contre les terroristes. Qui sont les vrais terroristes? Nous sommes en train de perdre notre réputation dans le monde.» Il relève avec colère la mise en scène de Harper annonçant un durcissement de la loi contre la délinquance juvénile depuis le salon d’une famille qui venait de perdre un proche de mort violente: «Comment peut-on justifier le durcissement d’une loi, à partir du vécu des victimes seulement? En chambre on nous a même fait voter une motion sur la peine de mort, et les conservateurs étaient favorables. Ils nous font reculer de 50 ans en arrière…»

Autre sujet de débats, l’adoption homoparentale, déjà possible dans certains Etats comme le Québec: «Je ne vois pas de problème. Certains prétendent que ce n’est pas sain pour les enfants. Mais que penser des familles monoparentales ou encore, des enfants adoptés par des prêtres ou des évêques? De plus, il n’est pas vrai que les parents homos influencent l’orientation sexuelle de leurs enfants.

Retour à la paroisse

Le Père Gravel, qui se verra confier une paroisse dès novembre, se réjouit de se retrouver au coeur d’une communauté. Les pompiers de Montréal l’ont sollicité également pour qu’il devienne leur aumônier. Au Québec, beaucoup manifestent leur déception de voir «leur champion» se plier à l’autorité de Rome. Mais les aspirations du prêtre sont intactes, et il a choisi le terrain qui lui ressemble le plus: «Je rêve au jour où l’Église sera, comme au 1er siècle, en avant de son temps, qu’elle l’interpelle à plus de justice, d’égalité, de tolérance et de dignité. Actuellement, elle est à la remorque de la société.» Et la politique? «Je n’exclus pas d’y retourner. Je reste ouvert à toutes les possibilités.»

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Nov 16

Je publie aujourd’hui un autre article publié par Shelley Lubben, ex porn star et prostituée convertie à Jésus-Christ, et qui porte sur l’industrie du sexe. Cet article permet de comprendre entre autres que le visionnement de la pornographie n’est pas un acte anodin impliquant des adultes consentants. Il s’agit d’un monde caractérisé par l’abus et la détresse psychologique:

«  Un des faits marquants de l’industrie du sexe au cours des 30 dernières années a été sa rapide expansion et sa diversification massive. L’industrie du sexe déploie beaucoup d’efforts pour renommer ses différentes formes d’exploitation sexuelle. La « pornographie » est appellé « érotisme » ou vidéos « pour adultes »; la prostitution est renomée « Industrie du sexe » ou « services sexuels »; les pimps sont maintenant appelés « gérants d’entreprise » ou « entrepreneurs de l’érotisme » et les boîtes de danseuses nues sont appelées « divertissement pour gentlemens ».

Or, il n’y a rien de divertissant dans l’industrie du sexe et il ne s’y trouve aucun gentlemen. L’industrie du sexe est un monde vicieux où toutes les personnes impliquées sont à la fois des abuseurs et des abusés. Les clients abusents les employés. Les employés sont victimes d’abus et manipulent et abusent à leur tour. Les clients font des représailles et abusent à nouveau les employés. Et le cercle vicieux se poursuit et génère une industrie dont le chiffre d’affaire atteint les douze milliards de dollars aux états-unis seulement.

L’abus sexuel et l’industrie du sexe

La plupart des danseuses nues, prostituées et actrices porno sont des survivants adultes d’abus sexuels subis pendant l’enfance qui ne font que reproduire dans leur vie des comportements appris dans leur passé. Elles insisteront pour dire que les abus sexuels n’ont rien à voir avec leur décision de travailler dans l’industrie du sexe mais c’est un mensonge. C’est ce que nous révèle de façon percutante Mary Anne Layden, Pd.D., Directrice de la Women’s Psychologicial Health de Philadelphie:

« La plupart des danseuses nues, tout comme les autres femmes qui travaillent dans l’industrie du sexe, sont des survivants adultes d’abus sexuels subis pendant l’enfance. Les recherches indiquent que cela s’avère vrai pour 60% à 80% d’entre elles. Une étude a révélé que 35% des danseuses nues ont de multiples désordres de personnalité, 55% ont un trouble de personnalité limite et 60% ont vécues des épisodes de dépression majeure. Il s’agit là de problèmes psychiatriques sévères, dont plusieurs sont reliés à des abus sexuels vécus pendant l’enfance. Ce sont des femmes qui, lorsqu’elles étaient petites, allaient au lit chaque nuit et se couchaient en position foetale alors qu’elles étaient rejointes par l’agresseur qui les déshabillaient et les agressaient. L’intrusion physique et visuelle du corps d’une fillette entraîne des dommages psychologiques et leur donne une vision psychologiquement malsaine de la sexualité. Une fois adultes, elles reproduisent le traumatisme vécu pendant l’enfance en devenant effeuilleuses, mannequins pour Playboy, ou prostituées. De cette façon les hommes qui, en tant que consommateurs, font intrusion visuellement et physiquement dans leur nudité, reproduisent le rôle de l’agresseur. Ces femmes travaillent dans l’industrie du sexe car elles se sentent chez elles. » (cf: Mary Anne Layden, If Pornography Made Us Healthy, We Would Be Healthy By Now)

Je me suis sentie chez moi pendant plusieurs années. Je me sentais en sécurité dans les bras de l’industrie du sexe. L’atmosphère obscure me permettait de cacher mes terribles secrets, le gain d’argent était rapide et facile, les drogues et l’alcool étaient toujours disponibles pour apaiser ma souffrance et je n’avais qu’à me vêtir en déesse pour que des milliers d’hommes me vouent un culte. Que pouvait demander de plus une fille abusées sexuellement? L’attention spéciale que je recevais, les milliers dollars qu’on me lançait, les bouquets de fleurs, les bijoux coûteux et les verres de champagne représentaient des moyens efficaces d’oublier mon coeur rongé par la pourriture.

On dit que « notre demeure se trouve là où est notre coeur » et cela se vérifie assurément dans la vie des travailleuses de l’industrie du sexe. Mon coeur ténébreux et brisé se cacha dans l’industrie du sexe pour de nombreuses années et s’y fit une maison coquette et confortable. Mais pourquoi donc les femmes qui ont été abusées sexuellement choisissent l’industrie du sexe pour cacher leurs abus sexuel? Pour répondre à cette question il est important d’identifier d’abord ce qu’est un abus sexuel. L’American Psychological Association définit l’abus sexuel comme suit:

«  Il n’existe pas de définition universelle pour l’abus sexuel des enfants. Cependant, une caractéristique fondamentale de tout abus est la position dominante d’un adulte qui lui permet de forcer ou de contraindre un enfant à avoir des rapports sexuels. L’abus sexuel fait à un enfant peut prendre différentes formes incluant la caresse des parties génitales de l’enfant, la masturbation, les contacts buccaux-génitaux, la pénétration des doigts ou les relations sexuelles vaginales ou anales complètes. L’abus sexuel des enfants ne se limite pas au contact physique; l’abus peut  aussi inclure l’exhibitionnisme, le voyeurisme ou la pornographie infantile. L’abus peut également être perprété par des pairs. »

Dans mon cas, j’ai été abusée sexuellement pour la première fois à l’âge de 9 ans par un adolescent et sa soeur. J’étais totalement horrifiée et ne le dit à personne. J’ai essayé de repousser ce souvenir mais à chaque fois que je revoyais mon amie et son frère, même pendant mes années passées à l’école secondaire, j’étais ramenée à cette honte qui résidait au fond de moi. Je me sentais souillée et honteuse et j’haïssais la personne que je voyais dans le miroir.

Je commencai à extérioriser cette souillure intérieure avec mes pairs et développa une étrange attirance envers les hommes plus âgées que moi. À l’âge de 9 ans je commencai à me masturber en fantasmant souvent sur des hommes plus âgés. Quoique j’ignorais ce qu’étaient des rapports sexuels, je savais simplement qu’il était agréable de m’imaginer un homme qui se frottait contre moi. Je grandis en étant très proche de mon père, ce qui contribua beaucoup selon moi à cette attirance envers les hommes plus âgés. Arrivée à l’adolescence, je commencai à chercher l’attention et l’amour des garçons ET des filles à l’école secondaire. Je pratiquai ce comportement au cours des 17 années qui suivirent et eut des rapports avec des centaines d’hommes et de femmes en échange d’attention et d’acceptation. Tout ce que je faisais était de reproduire le script que j’avais apprise dans mon enfance.

L’American Psychological Association explique les problèmes comportementaux des enfants abusés sexuellement:

« Les enfants et adolescents qui ont été abusés sexuellement peuvent souffrir d’une variété de problèmes comportementaux, de légers à sévères, autant à court terme qu’à long terme. Ces problèmes incluent généralement la dépression, l’anxiété, la culpabilité, la peur, la dysfonction sexuelle, le repli sur soi et le passage à l’acte. Selon la gravité de l’incident, les victimes d’abus sexuels peuvent également développer de la peur de de l’anxiété par rapport au sexe opposé ou sur le sujet du sexe et peuvent manifester des comportements sexuels innappropriés. Cependant, l’indicateur le plus probant d’un enfant abusé sexuellement est la connaissance anormale du sexe, l’intérêt marqué pour le sexe et le passage à l’acte de cet enfant. » (CF. APA Online)

Comme résultat de l’abus sexuel d’un enfant, ce dernier confonds le sexe et l’amour et extériorise sa sexualité de façon inappropriée. C’est ce qui explique pourquoi les filles abusées sexuellement choisissent de travailler dans l’industrie du sexe. Elles se sentent « chez elles » et recoivent l’attention et l’acceptation dont elles sont assoifées tandis que la promiscuité sexuelle leur permet d’extérioriser la souillure qu’elles portent en elles.

Quelques faits sur l’industrie du sexe

  • Les streap-tease, les danses topless, les danses nues, les danses en bikini, les danses à la table, les danses privées, les lignes téléphoniques pour adultes, le trafic humain, la pornographie infantile et adulte, les massages sexuels, les escortes et les peep show sont toutes de la prostitution;
  • Les syndrômes de stress post-traumatiques, la dépression, les désordres psychologiques et les troubles de l’humeur sont de véritables conséquences de la prostitution;
  • La drogue et l’alcool sont la norme dans ce milieu;
  • Le cycle de l’abus affecte toutes les parties impliquées, les travailleurs comme les clients.

Statistiques sur la prostitution

  • Un million de femmes et de filles travaillent comme prostituées;
  • 1% des femmes aux États-Unis ont travaillé comme prostituées à un moment ou à un autre de leur vie, la moyenne de temps passé dans ce métier étant de 4 ans;
  • Plus de 90% des prostituées ont subis de l’abus sexuel lorsqu’elles étaient enfant (souvent de l’inceste);
  • De 500 000 à 1.2 millions d’enfants sont impliqués dans la prostitution infantile. Il existe au moins 300 000 prostitués mâles agés de moins de 16 ans;
  • Deux prostituées sur trois commencent à travailler dans ce métier alors qu’elles ont 16 ans ou moins. »

(cf. Shelley Lubben, The truth about the sex industry)

En publiant cet article, j’ai voulu démontrer que derrière la façade de l’industrie du sexe, il existe un monde de souffrance et d’abus et que tout personne qui consomme de la pornographie devient un acteur de ce cycle.

Lorsqu’on s’asseoit devant l’écran d’ordinateur et qu’on découvre la nudité des femmes, ont reproduit et perpétue un abus qui s’est produit dans l’enfance de la plupart de ces femmes. Nous ne nous adonnons donc pas à un acte anodin et inoffensif. Nous apportons notre contribution à un système qui détruit et dégrade la femme. Nous devenons des abuseurs silencieux, qui violent l’intimité de ces femmes pour des motifs égoïstes de satisfaction sexuelle.

Dans les Saintes Écritures, lorsque Pierre demande aux hommes d’honorer les femmes comme avec un sexe plus faible (1 Pierre 3.7) , il ne parle pas de la femme comme étant inférieure mais comme étant fragile, comme une porcelaine précieuse dont il faut prendre un soin particulier. La pornographie est une démarche complètement opposée à la Parole de Dieu. Elle réduit la femme à un objet de consommation, lui enlève sa dignité et sa noblesse, la dégrade, l’humilie et la brise psychologiquement.

Cette réalité de l’industrie du sexe constitue en soi un motif amplement suffisant pour s’abstenir de toute consommation de pornographie ou de services sexuels.

http://parsagrace.wordpress.co

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Oct 24

Extrait des mémoires postumes de Soeur Emmanuelle :

« Un soir, je me sens à bout. Il me faut un homme. Il est 8 heures moins le quart. Avant de partir au cours de métaphysique, je vais embrasser ma mère. [...]

“Tu as la clé ?

-Bonsoir, chérie, reviens vite.”

Je l’embrasse et me sauve. Je cherche une rue sombre et je traîne les pieds. Un individu s’approche, me scrute, me saisit le bras. Je le laisse faire. Nous marchons côte à côte. La fièvre qui me possède tombe, je ne sais pas pourquoi. Subitement refroidie, je lui réponds à peine. Etonné, il me demande : “Vous avez l’air d’une fille sérieuse, que faites-vous ici ? ” Il faut que j’invente quelque chose. Je bredouille : “Mon fiancé m’a abandonnée.” Il s’arrête un instant : ” Ma petite, les fiancés, ça se dispute et ça se raccommode, voyons, pas de bêtise ! ” Il me lâche et, d’une voix paternelle, il me glisse : “Mon enfant, rentrez chez vous. ” [...]

Je vais de ce pas raconter mon histoire à mon abbé. Epouvanté, il me fixe : “Mademoiselle Cinquin, vous perdez la tête. Cet individu qui vous a lâchée, on n’en trouve pas un pour cent sur la planète. Vous vous jetez directement dans la prostitution et vous osez me parler de vie religieuse ?”

-Bien sûr que j’en parle, et vous, vous muselez ma vocation.

-Mademoiselle Cinquin, comprenez-vous ce que vous dites, ce que vous faites ? On se lie par des voeux au couvent !

-Exactement ce que je veux : me lier. Pauvreté, chasteté, obéissance, c’est ce qu’il me faut !

Exaspéré, il me décoche :

-Pauvreté ? Madame votre mère me dit que vous n’avez jamais assez d’argent pour vos toilettes.

-Précisément, monsieur l’abbé. Au couvent, on n’a qu’une robe, elle dure des siècles, pas besoin d’argent !

Il devient sifflant :

-Et la chasteté, vous entendez, la chas-te-té ?

-Peuh ! Pas de problème, il n’y a pas d’homme au couvent, qu’est-ce que vous voulez que je fasse ?

Désarçonné, mais de plus en plus irrité, il enchaîne :

“Et l’obéissance ? Vous n’obéissez à personne, mademoiselle Cinquin. La preuve : vous me choisissez pour directeur, bien décidée à ne pas vous laisser diriger.” [...]

L’abbé et moi, nous sommes à bout de nerfs. Il n’en peut plus de mes contradictions impossibles à raisonner. “Mademoiselle Cinquin, nousn’aboutissons à rien. Finalement, pourquoi êtes-vous venue me voir, je me le demande ? ” Je scande chaque mot :

“Pour que vous disiez à ma mère de me laisser entrer au couvent, un point, c’est tout.

-Cela, non. Enfermée, vous deviendrez folle et tout le couvent avec vous !

-Alors, vous me lancez dans la prostitution, c’est vous qui l’avez dit. Vous en serez responsable devant Dieu et devant les hommes.

Outragé, il se lève :

“Séparons-nous, mademoiselle Cinquin, qu’est-ce que vous osez me dire ?

-La pure vérité.”

Je sors mon mouchoir et commence à sangloter : “Je suis perdue et vous ne voulez pas me sauver !” Le pauvre abbé ne sait plus à quel saint se vouer… me vouer ! “Monsieur l’abbé, je vous en supplie, venez demain déjeuner à la maison et dites à ma mère : “Laissez-la partir au couvent, elle en reviendra et se mariera.” J’ajoute au milieu de mes larmes : “Oui, je le jure. Si je reviens, j’irai au bal, je prendrai le premier qui se présentera… ou le deuxième. C’est fini, je me marierai.”

Je sens l’abbé ébranlé. Les larmes sont un argument que nous, femmes, connaissons. “Ne pleurez pas, mademoiselle Cinquin, je viendrai demain parler à madame votre mère.”

Il est venu. Ma mère a cédé. [...] »

Le testament secret de soeur Emmanuelle

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