Un lecteur d’iprostitution.org a laissé un excellent commentaire que nous reproduisons ici. Quand les clients parlent, ils ont des choses à dire ! Fréquenter les prostituées, sans en faire une apologie qui nous mettrait en infraction avec la loi Française pour incitation à la débauche, est un déclancheur de reflexion, sur soi, les autres et la société incomparable. On est à un autre niveau de pensée et de sincérité que les consternantes positions prohibitionistes, victimaires et moralisatrices que les commissaires du peuple auto-proclamés érigent en dogme absolus. Envoyez nous encore des textes de ce calibre !
Bravo pour votre site car il faut en finir avec ces politiques qui confondent le droit et la morale. Le disours ambiant sur la prostitution est de la même essence paternaliste que l’attitude colonialiste du pouvoir vis à vis des états du tiers-monde, pour toujours justifier -au nom des “Droits de l’homme”, leur avidité d’ingérence.
Tous ces gens, féministes, cathos, et autres néocons (de gauche et de droite) se sont donné le droit absolu, de parler au nom des prostituées depuis des années, sans jamais leur laisser la parole (il se servent systématiquement d’exemples extrêmes pour en faire une généralité au service de leur propagande) car au fond, qui à part les intéressées et les clients, qui est plus compétent pour traiter du problème ?
Au fond, les féministes et sois-disants “droits-de-l’hommistes” sont souvent bien plus méprisants vis à vis des prostituées que le client de base.
La seule chose qui me gène, c’est de voir les filles debout en permanence, et j’aimerais qu’on les laissent s’assoir à des terrasses de bar, nous laissant le droit de les aborder, sans aucun risque de pénalité d’un côté comme de l’autre. Nos “putes” font partie intégrante de l’âme et du patrimoine de nos quartiers, il faut non seulement leur donner les mêmes droits que n’importe quel artisant et surtout, veiller à leur sécurité et des conditions de travail décentes. Puisque l’Etat leur prend des impôts, en reconnaissant là, une activité professionnelle, il doit en retour leur donner les mêmes avantages qu’au travailleur lambda.
Enfin, les filles devraient faire un outing systématique, de tous les faux-jetons d’élus qui “consomment” sans jamais être montés au créneau pour les défendre.
Pour finir, vous avez raison de siter la pornographie et les boites échangistes qui sont des moyens de prostitution détournée (une hardeuse est payée pour baiser, et les femmes sont souvent utilisées pour négocier, dans le milieu échangiste, tout le monde sait ça) L’Etat ne touchera jamais au porno, car c’est très rentable pour lui, ni aux escortes dont la clientèle aisée ne doit pas être contrariée.
Il faut pour lui, “cacher cette pute que l’on ne saurait voir” afin de soigner ces mêmes riverains (electorat oblige…) qui ont encouragé le Maire de Paris à “déplacer” les sdf, la veille de son Paris Plage.
Enfin, je tiens à confirmer, une fois de plus, que les clients se trouvent parmis toutes les catégories d’hommes, de toutes classes (dragueurs et séducteurs invétérés y compris, si, si) et bien sûr souvent aussi, parmis ceux -qui tartuffes- en public, proclament l’abolition de la prostitution. J’ai su depuis des années être témoin d’abord, et obtenir des confidences de nombreux mecs…
J’ai été client, et encore maintenant quand mon budget le permet (la Loi Sarko a fait monté les prix, merci…) et je peux vous dire que cela ne m’a jamais empêché d’avoir de nombreuses petites amies, d’avoir été marié et fidèle, et de draguer sans problèmes, contrairement aux idées reçues véhiculées par les extrémistes.
J’ai toujours eu de très bonnes relations (à deux ou trois exceptions près) avec les prostituées, car je les considérais avec les mêmes égards que mes petites amies. Je place même certaines d’entre elles aux même niveau affectif que mes compagnes pour la générosité, le respect et la tendresse dont elles ont fait preuve, professionnalisme mis à part. Le terme de putain n’est pas péjoratif pour moi car, comme a dit Bertrand Blier à peu près dans ces termes “Je l’appelle ma grosse pute, et qu’est-ce que je l’aime”
La “pute” offre un rapport immédiat et désintéressé affectivement, d’un soulagement incomparable, dans des moments de stress qu’une compagne -l’égo et 40 de féminisme mal digéré, aidant- ne sait pas toujours bien gérer.
Quand on se sent blessé, humilié diminué en tant qu’homme socialement et professionnellement, la très justement nommée “fille de joie” nous permet de faire le vide total de toutes nos souffrances intérieures sans aucun chantage affectif. C’est aussi pour ça qu’elles mérite le respect, car cette tâche est noble.
Mes raisons d’aller voir “les filles” ne sont pas toujours de cet ordre. Etant en très bonne condition physique, je trouve qu’il est plus sain d’aller voir une prostituée quand la “tension” est forte -car on ne saute pas sur la première venue ou sa collègue- que de réprimer sa libido comme le font, les petits donneurs de leçons qui emmerdent tout le monde avec leurs frustrations.
J’espère que mon témoignage peut vous être utile.
Tenez-moi au courant de vos actions, bonne continuation.
Bob
Tags: opinion, témoignage
Débat sur le régime professionnel des prostituées sur le Forum de Libération. Comme d’habitude, la majorité des gens est “pour” que le système Français soit changé et ressemble à celui qui existe en Suisse ou en Belgique, avec des statuts, des structures, etc. Mais bon… Comme dirait Coluche : la démocratie, c’est ” cause toujours”.
http://www.liberation.fr/forums/forum.php?Forum=674
Tags: France, opinion, politique, témoignage
Aura-t-elle un jour une rue à son nom celle qui, sur la porte de son appartement genevois, avait écrit: «Madame Grisélidis Réal, écrivain, peintre, prostituée.»? En attendant, un collectif de jeunes françaises lui rend hommage dans «14 Femmes», un manifeste qui plaide pour un féminisme pragmatique. Pour ces filles nées après 1970, seuls comptent l’action et la responsabilité. Libérales, au sens où l’individu prime sur le corps social, elles disent «je» et refusent d’accabler le destin. Leurs ennemis? Les discours, les théories désincarnées, la pensée victimaire, le politiquement correct et la morale culpabilisatrice. Leur credo? «Prendre les devants, m’affranchir, parfois échouer, toujours exister.»
Courtisane révolutionnaire, femme entière (”femme et mère et pute”), Grisélidis Réal est la parfaite incarnation de ce nouveau courant. D’elle, Yamina Benahmed Daho, une des signataires, écrit: «J’ai choisi le camp de Grisélidis Réal: le camp de l’existence, celui qui accepte les coups et les joies, celui qui assume la fatigue et l’usure, celui qui lutte et qui donne des forces. Je VIS, et merde au reste.»
Dans le même ouvrage, on trouve treize autres portraits de femmes, célèbres ou inconnues, que le collectif revendique comme modèles: la plasticienne Annette Messager, la philosophe iconoclaste Marcela Iacub, la comique Julie Ferrier, l’écologiste Dominique Voynet, la juge Eva Joly, la chanteuse Catherine Ringer des Rita Mitsouko et, bien sûr, Virginie Despentes, auteure d’un essai autobiographique remarquable: «King Kong Theory».
- «14 Femmes. Pour un féminisme pragmatique», de Gaëlle Bantegnie, Yamina Benahmed Daho, Joy Sorman et Stéphanie Vincent. Ed. Gallimard.
Source : Tribune de Geneve
Entretien . Jérôme Expuesto, membre de Cabiria, association lyonnaise d’aide aux prostitué(e)s, détaille les raisons de la manifestation devant le Sénat.
Pourquoi cet appel à protester de la part de plusieurs associations de soutien aux prostitué(e)s ?
Jérôme Expuesto. Ce rassemblement marque la date anniversaire des manifestations qui ont eu lieu en 2002, lors des débats parlementaires sur le projet de loi de sécurité intérieure qui visait, entre autres, à pénaliser le racolage passif de deux mois de prison et de 3 750 euros d’amende. Le but est tout simplement de réclamer l’abrogation du texte du 18 mars 2003. Et de rappeler aux politiques que des associations de terrain ne se sont pas laissé endormir par les messages rassurants de l’époque : « Nous allons faire cette loi pour lutter contre les réseaux. » In fine, cette disposition législative a complètement désorganisé la prostitution et ses conditions d’exercices.
Justement, soi-disant créée pour lutter contre le proxénétisme et l’exploitation des femmes, quelles sont en réalité les conséquences de cette loi proposée par Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur ?
Jérôme Expuesto. Immédiatement sur le terrain, on a constaté des arrestations à répétition des prostitué(e)s. Il n’y a pas du tout d’histoire de démantèlement de réseaux. Ces personnes sont arrêtées, mises en garde à vue plusieurs fois par semaine. Aujourd’hui, on les interpelle avant tout pour vérifier la régularité de leur carte de séjour. Depuis 2002, ce n’est plus seulement la police des moeurs qui travaille sur les questions de prostitution, la police municipale, la BAC, les CRS et bien évidemment la police aux frontières sont mises à contribution. Les vraies victimes de la loi de 2003 sont les prostituées, et notamment les étrangères. Autre conséquence : auparavant, l’exercice de la prostitution et celui de notre action de prévention se faisaient dans des conditions relativement pacifiées, ce n’est plus le cas aujourd’hui. En termes de prévention, on pouvait alors faire comprendre aux prostituées qu’elles étaient véritablement des actrices de la santé. Maintenant ce discours est plus difficile à faire passer. De plus, le déplacement de ces populations et leur regroupement dans des lieux « mal famés » ont accru l’insécurité.
Quelle serait une bonne politique en termes de prévention et d’accompagnement ?
Jérôme Expuesto. Une bonne politique publique ne peut fonctionner qu’à partir du moment où l’on considère ces personnes comme des citoyens. Ce débat est clos en France, et ceux qui veulent l’ouvrir - comme nous - sont traités de « pro-proxénètes » ou de « pro-réseaux ». Tant que les prostitué(e)s seront considérées comme des victimes et non comme des citoyens, on ne pourra jamais y arriver. Il faut leur accorder des droits. Notre association existe uniquement parce que le côté victimaire a fait perdre le lien avec les gens qui se prostituent.
Entretien réalisé par Sophie Bouniot
http://www.humanite.fr/2007-11-06_Societe_Les-prostituees-victimes-de-la-loi-sur-le-racolage
Je me permets d’intervenir dans le débat car je suis, me semble-t-il, légitime à double titre. Comme pute, je l’ai été, et comme travailleur social auprès de celles-ci, je l’ai aussi été. Tout d’abord, je vous engage à lire le livre “La prostitution à Paris” (éditions de la Martinière, 2005) qui, à ce jour, est le seul ouvrage qui reprenne bien l’ensemble de la thématique et laisse la parole aux premières concernées. Ensuite, lisez l’oeuvre de Grisélidis Réal, écrivaine géniale.
Quelques chiffres. La prostitution de personnes recevant des clients ne représente que 1% du chiffre du travail du sexe. Le reste provient en grande partie du porno, qui fait partie intégrante de l’industrie du film et n’est pas considéré comme de la prostitution. Pourtant il y a acte sexuel contre une rémunération.
La très grande majorité des prostituées en France sont des mères de familles françaises provinciales, qui travaillent pour leur compte. Les immigrées mises en lumière par les médias ne sont donc pas représentatives de la profession (ce qui n’enlève rien à l’horreur de leur condition bien-sûr!).
Le proxénétisme, jusqu’à la loi sur la sécurité intérieure, était marginal. Aujourd’hui il est en recrudescence, sous la forme du proxénétisme immobilier. Il s’agit de propriétaires qui louent trois fois le prix du marché à des travailleuses du sexe. C’est un “commerce” très rentable qui comporte somme toute peu de risques. La prostitution en tant que telle n’est pas interdite en France, tout simplement elle n’existe pas comme métier, d’où les stratégies de contournement législatifs pour la combattre, comme le racolage passif.
La plupart des travailleuses du sexe paient des impôts, mais il n’est pas possible de le faire sous la dénomination de “prostituée” ou de “travailleuse du sexe”. L’imposition se fait sur la base des plus grosses journées de travail multiplié par 365 car, comme chacun le sait, les putes ne sont jamais malades, n’ont pas le droit au repos hebdomadaire et ne prennent pas de congés!
Cela, bien sûr, n’ouvre pas droit à l’assurance maladie ou à la retraite et il y a des prostituées qui travaillent bien au delà de 65 ans. Toute personne qui vit ou a un échange d’argent avec une prostituée est un proxénète. Par exemple: la fille d’une prostitué sera proxénète si sa mère lui verse une pension; le ou la compagne d’une prostituée est de facto proxénète, etc.
Les putes qui manifestaient hier ne disaient pas que le métier de prostituée est la panacée et que toutes celles qui pratiquent cette activité le font par choix. Ce qu’elles disaient, c’est tout simplement que la position abolitionniste de la France est contre-productive pour tout le monde, y compris pour l’Etat.
Elles revendiquent le droit, comme tout un chacun, à travailler tranquillement et à disposer librement de leur corps. Elles revendiquent que ce travail soit reconnu comme une profession libérale, au même titre que les infirmières ou les comptables, comme en Suisse.
Rapports non protégés
La professionnalisation de la prostitution est aussi un problème de santé publique. En effet, travailler dans de mauvaises conditions (c’est un euphémisme) entraîne une fragilité face aux clients qui, dans plus de 80% des cas, demandent ce qu’ils appellent des “rapports naturels”, c’est à dire non protégés. Ces clients sont la plupart du temps des pères de famille mariés.
Une prostituée qui peut travailler sans risque aura le chaland suffisant pour refuser de tels clients et imposer le préservatif car, bien sûr, comme vous, elle ne souhaite pas contracter une infection sexuellement transmissible. Par contre, face à la précarité de leur situation, nombre d’entre elles seront contraintes d’accepter un rapport non protégé.
Prenons l’exemple des travailleuses du sexe du bois de Boulogne, qui sont, depuis des années, presque exclusivement des personnes transgenres (travestis, transsexuelles, intersexes) sans papier ayant fuit leur pays pour sauver leur peau, mais n’ayant pas le statut de réfugié pour discrimination de genre auquel, selon la convention de Genève, elles auraient dû avoir droit.
Bien souvent, la seule solution pour elles est la prostitution. Ensuite, du fait de la loi pour la sécurité intérieure et parce que la France ne respecte pas, pour cette catégorie, la convention de Genève, la seule solution pour pouvoir rester légalement en France est d’obtenir une autorisation provisoire de séjour pour soin.
Pour ce faire, bien sûr il faut une pathologie grave et durable. Alors, un grand nombre contractent sciemment le virus du VIH. En effet, cela leur permettra de se protéger d’une expulsion fatale pour leur vie, et d’aider leurs proches au pays. Elles sont plus d’un millier dans ce cas en Ile-de-France.
J’ai toujours été sidéré de leur capacité à débattre
Dans la prostitution, rien n’est simple. Notre approche de la thématique est brouillée pour de nombreuses raisons. Les médias aiment à nous donner une vision sensationnaliste de ce monde. Ce versant de la prostitution existe et il faut le dénoncer, mais il n’est pas représentatif de la profession.
La plupart des associations qui s’occupent de prostitution ne sont pas des associations de prostituées, elles sont le fait de professionnels abolitionnistes et n’ont aucun intérêt à ce que les travailleuses du sexe s’émancipent. Elles vivent de la prostitution et à ce titre sont considérées par les putes comme des proxénètes! (Lire “J’ai des mots à vous dire”, de Claire Carthonnet, éditions Robert Laffont).
De l’autre côté se trouvent les personnes concernées. Celles qui manifestent ont le soutien de l’ensemble de la communauté, qu’elles aient choisi ce métier ou qu’elles soient esclave. Simplement, celles qui sortent dans la rue sont celles qui courent le moins de risques. Elles s’organisent, posent des revendications et font partie intégrante du mouvement social.
Beaucoup sont engagées dans les luttes contre les discriminations de classe, de sexe et contre le racisme. Elles ont une conscience politique, lisent les journaux, s’informent,votent lorsqu’elles le peuvent, bref sont des citoyennes actives. Beaucoup ont fait, soit en France soit dans leur pays d’origine, des études supérieures et parlent plusieurs langues.
Ce ne sont pas, même lorsqu’elles proviennent de milieux très défavorisés, de “pôvres filles”, car leur métier est un incroyable observatoire de notre société, qui a pour effet d’obliger à réfléchir, à se questionner, à questionner le monde dans lequel nous vivons. J’ai toujours quand à moi été sidéré de la qualité de réflexion et de la capacité à débattre de la part des putes.
A mon sens, dans le cadre d’un projet de société plus juste, nous ne pouvons nous passer des prostituées, car elles sont au coeur de celui-ci, de par la place qui leur est réservée au bas de l’échelle sociale. N’oublions pas que, dans toutes les révolutions, elles furent parmi les premières à bouger.
Alors, s’il vous plaît. Comme pour n’importe quelle minorité, ayez l’humilité de les écouter, de ne pas vous projeter en elles, de ne pas immédiatement jeter l’opprobre sur elles et sur cette profession, de ne pas, au prétexte de faire disparaître le proxénétisme, leur jeter la pierre. La solution n’est pas là et, ce faisant, vous vous coupez d’une partie du peuple en lutte pour un monde plus humain.
http://www.rue89.com/2007/11/06/la-majorite-des-prostituees-sont-des-meres-de-famille-provinciales
Tags: France, livre, opinion, politique, témoignage
Bravo aux associations qui ont fait la manif de lundi, on n’a jamais autant entendu la presse, la télé et le web parler du problème engendré par les lois Sarkozy de 2003 sur la conditions des prostituées. A l’ INP on n’est pas tous de gauche et on n’a pas tous l’esprit “gay-pride”, certains d’entre nous sont même des hétéros de droite et catholiques pratiquants, mais force est de constater que la méthode employée a un peu secoué le cocotier et a mis le débat sur la table. Attention à l’ OPA politique et veillons à ce que le mouvement ne devienne pas uniquement “transgenre” ou gay, pour que le public en général se reconnaisse dans ce mouvement. Encore bravo pour ce joli coup médiatique !
Tags: débat, France, Les Putes, manifestation, opinion, reportage
Prostitution. Des associations dénoncent les effets contre-productifs de la loi Sarkozy.
Lundi 5 novembre, des parapluies rouges devraient fleurir à 18 heures devant le Sénat à l’appel de plusieurs associations de prostitué(e)s comme le Bus des femmes (Paris), Cabiria (Lyon), Autres regards (Marseille) avec le soutien d’Act Up-Paris, de Médecins du monde, des Verts, du Gisti (Groupe d’information et de soutien des travailleurs immigrés) et du Syndicat de la magistrature. Tout un symbole coloré pour demander encore une fois l’abrogation de l’article 225-10-1 du Code pénal qui réprime le «racolage passif» de deux mois de prison et 3 750 euros d’amende. Ce texte fut instauré dans le cadre d’une loi emblématique de l’ère Sarkozy au ministère de l’Intérieur : la loi pour la sécurité intérieure (LSI) du 18 mars 2003. A l’époque, Nicolas Sarkozy avait expliqué qu’en pénalisant le racolage, il voulait «nuire à ceux qui mettent des filles et des garçons sur le trottoir pour les exploiter au-delà de toute limite».
«Arbitraire». Quatre ans plus tard, le constat des associations de prostitué(e)s infirme les ambitions de l’ex-ministre. Dans une longue lettre qu’elles viennent d’adresser aux 577 députés et 331 sénateurs, elles reviennent sur les conséquences de la loi : «L’incrimination du racolage public, passif comme actif, avait pour but affiché de lutter contre la traite des êtres humains. En pratique, alors que les arrestations des personnes prostituées se sont multipliées aucune condamnation pour traite n’est intervenue, souligne la lettre. La loi pour la sécurité intérieure qui se révèle à cet égard inefficace serait même contre-productive, voire criminogène.» Dans le détail, la loi Sarkozy a abouti à davantage de violences, «en particulier de la part des agents de police», selon les associations de prostitué(e)s : «L’infraction de racolage conduit à soumettre les personnes prostituées à l’arbitraire policier. Une stratégie de harcèlement est parfois adoptée de façon à nous repousser davantage dans la clandestinité. D’autre part, certains agents de police nous insultent, nous frappent, nous gazent, nous rackettent, confisquent nos matériels de prévention, notre argent et nos affaires. Nous sommes humiliées dans les commissariats, avec fouilles au corps sans que celles-ci ne soient justifiées.»
En 2006 déjà, un rapport de la commission citoyens-justice-police (1) décrivait des exemples de harcèlements policiers : «Angélique, du boulevard Soult, 26 interpellations entre octobre et mi-décembre 2004» ; «Caroline, du bois de Vincennes : en deux mois, 8 gardes à vue».
«Les filles ont le sentiment d’être devenues des délinquantes», racontait le 21 octobre une prostituée lors d’un débat réunissant «travailleuses et travailleurs du sexe», militants associatifs et sociologues dans les murs de Mains d’œuvres, ex-usine et lieu de création à tout faire de Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis, lire-ci-contre). «Beaucoup de femme se sont éloignées des trottoirs de Paris à cause de la pénalisation du racolage passif, explique Françoise Gil, sociologue et présidente de Femmes de droit. Elles travaillent seules en pleine campagne, au bord des routes, sont exposées au racket et aux agressions gratuites. Elles sont isolées, atomisées et sont beaucoup plus en danger.»
«Aucune chance». L’isolement et la répression accrue ont aussi amené davantage de proxénétisme, selon la sociologue qui cite l’exemple d’une prostituée française contrainte de verser 400 euros par semaine à un racketteur pour pouvoir faire le tapin en Seine-et-Marne. Quant aux victimes de proxénétisme en situation irrégulière ou précaire, elles sont éloignées du territoire, selon les associations de prostitué(e)s, «ce qui ne leur laisse aucune chance de pouvoir faire valoir leurs droits en tant que victimes. […] Certaines ont même pu être éloignées alors que leur proxénète, poursuivi pénalement, n’avait pas encore été jugé.»
(1) Composée de membres de la Ligue des droits de l’homme, du Mrap, du Syndicat des avocats de France et du Syndicat de la magistrature.
http://www.liberation.fr/actualite/societe/287948.FR.php
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Le 12 septembre 2007, Nathalie Bordes-Prevost était convoquée par la police après que le préfet de Dordogne, où elle habite, ait décidé de faire dissoudre son association. Le prétexte invoqué est que l’ADEP, l’association pour le droit d’exercer la prostitution qu’elle a créée en juin, cacherait des délits de racolage et de proxénétisme et constituerait une atteinte aux “bonnes moeurs”. Cette nouvelle affaire s’inscrit dans la campagne de répression qui s’est accrue depuis l’élection du président Sarkozy.
Rappelons que, depuis le début de juillet, le nouveau préfet du Rhône et ami du président ordonne des rafles de prostituées à Lyon et fait envoyer leurs camionnettes à la fourrière. De plus, la directrice de Cabiria a récemment été convoquée par la préfecture du Rhône pour dénoncer les prostituées migrantes qui fréquentent l’association, et a été menacée de poursuites pour aide au séjour illégal. Début août, c’est le procureur de Nice qui décidait d’interpréter la loi sur le racolage pour faire condamner leurs clients.
Ces mesures d’intimidation et menaces d’interdiction cachent mal une volonté politique bien réelle de casser le mouvement de défense des droits des travailleuses du sexe et de faire taire ses leaders, telle que Nathalie qui fait partie de la nouvelle génération de prostituées qui ont le courage de parler à visage découvert.
Le pouvoir en place sait que le loi qui pénalise le racolage est impopulaire et craint un mouvement d’opposition. Le préfet de Dordogne a cru pouvoir faire taire Nathalie en s’attaquant à une personne isolée. Il n’en est rien car elle a le soutien de l’ensemble des associations de travailleuses du sexe.
Contre toute cette hypocrisie et contre la répression de notre métier, nous appelons à un rassemblement le 5 novembre devant le Sénat.
Sources : Nathalie Bordes-Prevot de l’ADEP, Thierry Schaffauser membre de Les Putes, et Cabiria, 24.10.2007
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En chassant les prostituées des centres-villes, les lois Sarkozy de 2003 ont modifié le visage de la prostitution.
Près de quatre ans après son application, les lois sur la sécurité intérieure ont changé la physionomie de la prostitution dans les centres urbains. La loi du 18 mars 2003 a institué un délit de racolage passif soumis à une peine de deux mois de prison au plus et 3750 € d’amende. A Dijon, la prostitution de rue est en baisse, les péripatéticiennes ne sont plus qu’une dizaine à proposer leurs services tarifés en centre-ville. Un chiffre qui n’a finalement jamais explosé, comme le reconnaît la brigade des mœurs. Par contre, les étrangères que visent en premier lieu les lois Sarkozy ont été priées d’aller voir ailleurs.
A l’été 2002, les abords de la place de la République, à Dijon, avaient vu l’arrivée de filles d’Afrique de l’Ouest. A la suite de l’entrée en vigueur des lois sur la sécurité intérieure, la police a fait pression sur ces prostituées en multipliant les contrôles jusqu’à les faire fuir.
Depuis sur le front de la rue, Dijon a retrouvé sa tranquillité légendaire. Mais comme le plus vieux métier du monde ne saurait s’évanouir du jour au lendemain, la prostitution perdure. Elle s’est simplement déplacée. Des centres-villes, elle est passée aux routes nationales, moins soumises aux contrôles des forces de l’ordre. Prisonnières de réseaux criminels, les prostituées viennent principalement de Roumanie et de Bulgarie ainsi que de l’Afrique subsaharienne. Deux types de population qui sont soumises à des pressions différentes. Thierry Royer, de l’association Le Pas, à Dijon, qui assure l’accueil, l’accompagnement médico-social et la réinsertion des prostituées, l’explique : « Les Africaines, sont souvent sacrifiées par leur famille. Et pour éviter qu’elles parlent, elles sont conditionnées par des actes de sorcellerie. Chez les filles de l’Est, il s’agit souvent au départ d’une promesse de job puis, une fois sur le trottoir, les macs les tiennent en menaçant de représailles leur famille restée au pays ». Cette prostitution à l’écart des centres-villes isole encore plus les prostituées et les rend davantage vulnérables à la violence des proxénètes. Mais également des clients. En pointant du doigt les étrangers, les lois sur la sécurité intérieure ont eu l’effet pervers de renforcer le client ayant des comportements plus violents. Les filles, en grande détresse, accèdent plus facilement à des demandes spécifiques et notamment des rapports non protégés.
Pour Thierry Royer, « elles sont victimes de la traite humaine, un phénomène que les lois Sarkozy ont amplifié ». Selon l’Office central de répression de la traite des êtres humains (OCRTEH), la France comptait en 2003 entre 15 000 et 18 000 travailleurs du sexe. « On gère, poursuit Thierry Royer, les conséquences de la loi Sarkozy qui n’a pas tenu ses engagements en matière d’accompagnement des victimes de la traite des êtres humains. Nous, on demande la dépénalisation du racolage passif. Etant donné que l’on n’est pas dans un Etat prohibitionniste, je ne vois pas pourquoi on pénaliserait la personne prostituée ou le client. Et on demande une protection et une assistance de toutes les personnes victimes des réseaux et pas uniquement, comme c’est le cas à l’heure actuelle, pour celles qui dénoncent leur proxénète ».
Face au nouvel arsenal judiciaire, la prostitution a su rebondir. « La prostitution, rappelle Thierry Royer, a toujours su d’adapter aux évolutions des mœurs ». Elle se loge au fin fond des salons de massage, des bars à hôtesses et passe aussi par de nouveaux modes de communication. L’internet et les petites annonces qui ornent les feux de signalétique des grands axes à Dijon, Chenôve, Marsannay-la-Côte et Quétigny.
A Dijon, la brigade des mœurs a été saisie par les mairies de Chenôve et de Dijon sur ce bourgeonnement pictural intempestif.
« Il s’agit essentiellement de filles, témoigne Michel Cugat, chef de la brigade des mœurs, d’origine ou de nationalité camerounaise. On a ouvert des procédures pour proxénétisme avec quelques interpellations à la demande des hôteliers. Certaines étaient indépendantes mais d’autres appartiendraient à des réseaux. A l’heure actuelle, l’enquête se poursuit au niveau national». Conscients du développement de cette prostitution souterraine qui leur échappe, les travailleurs sociaux de l’association Le Pas s’organisent et préparent des actions pour rencontrer ce public. Phénomène plus récent, la prostitution gagne les bancs des facs. Oubliés par l’Etat, les étudiants sont de plus en plus plongés dans la précarité. Selon un rapport de SUD-Etudiant, 100 000 étudiants en France vivent en dessous du seuil de pauvreté et environ 40 000 auraient recours à la prostitution pour s’en sortir. Un phénomène qui ne surprend pas Françoise Khenfer, travailleur social, au commissariat de police de la place Suquet : « On a quelques étudiants qui nous disent que quand ils n’ont plus d’argent et que les parents ne peuvent subvenir à leurs besoins, il ne leur reste que la prostitution. Il faut savoir que parfois les bourses n’arrivent pas pendant deux mois de suite. Pour ces étudiantes, au départ, elles ne voient pas cela comme de la prostitution mais comme un moyen ponctuel de faire face financièrement ». Une précarité dont sont également victimes des mères de foyer qui pour boucler les fins de mois difficiles proposent leurs services en échange de nourriture ou d’argent. Loin d’être uniforme, la prostitution qui touche toutes les couches de la population revêt de multiples facettes. Et crise économique oblige, le phénomène est promis a un bel avenir.
Tags: Dijon, France, Le Pas, opinion, Thierry Royer
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