Encadrer les prostituées au lieu de pénaliser les clients, telle est, en résumé, la proposition présentée hier par l’ADR et son nouvel allié, l’AHL. Une proposition basée en large partie sur ce qui se pratique en Allemagne, avec notamment des «Eros-Center».
De notre journaliste Liliana Miranda
Les prostituées, que des victimes? À en croire Jacques-Yves Henckes (ADR), les clients devraient, eux aussi, bénéficier d’un statut similaire.
«Il faut en finir avec cette chasse aux sorciers», s’indigne le député, faisant ainsi allusion aux campagnes de sensibilisation lancées par le ministère de l’Égalité des chances. Se concentrant désormais plus sur la demande que sur l’offre, l’exécutif souhaite faire comprendre que la prostitution contribue à «financer le commerce d’êtres humains». Un message largement diffusé à coup d’affiches. Et accompagné de deux initiatives au niveau législatif.
Le 19 mars, quatre députés socialistes, dont Lydie Err, déposent une proposition de loi qui vise à infliger des travaux d’intérêt général aux clients. C’est un mois plus tard que Marie-Josée Jacobs, ministre du ressort, finalise un autre texte, qui prévoit notamment l’interdiction d’utiliser les services d’une victime de la traite humaine. La coalition gouvernementale penche donc vers une version allégée du modèle suédois.
Au-delà des moyens qu’il faudrait investir afin d’enquêter sur les clients, l’AHL critique, de son côté, les méthodes employées à Stockholm. «Les poursuites se traduisent par des écoutes téléphoniques et des caméras dans les rues. Les clients reçoivent des lettres, qui finissent par être ouvertes par leurs épouses ou conjointes. Ce qui provoque de véritables drames familiales», explique Fernand Kartheiser, président. Contrôles médicaux et resocialisation
Selon une étude menée par TNS-Ilres, 12% des hommes résidant au Luxembourg «consomment de la prostitution». Jacques-Yves Henckes ne conçoit pas comment ces personnes pourraient être occupées dans le cadre de travaux d’intérêt général, ne serait-ce que d’un point de vue logistique. Vient s’y ajouter une autre difficulté pour les autorités, à savoir la prostitution clandestine favorisée par certains sites Internet.
L’ADR ne croit pas à l’efficacité d’une attitude répressive. D’autant plus qu’aucune législation - aussi sévère soit-elle - n’aurait réussi à éradiquer la prostitution.
Alors quelle alternative le parti et l’association préconisent-ils? En fait, leur modèle se trouve à quelques kilomètres du Grand-Duché, et plus précisément en Allemagne. À Trèves, par exemple, prostituées et clients se retrouvent, en toute légalité, dans des «Eros-Center».
«Les contrôles médicaux seraient obligatoires, et nous lutterions contre le proxénétisme. En plus, les prostituées qui veulent sortir de ce milieu seraient mieux resocialisées», précise Jacques-Yves Henckes. Et d’ajouter: «Il s’agit de reconnaître la prostitution en tant que réalité, et de l’encadrer sans aucun jugement moral».
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Le 14 juin, la ministre Marie-Josée Jacobs a présenté la «cartographie de la prostitution au Luxembourg» et une enquête sur ce sujet confiée à TNS ILReS. (lire aussi
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