mar 11

Pendant que le nazisme gangrène tout à Berlin, un enfant des rues va trouver refuge dans une maison close de luxe. Ce monde va l’aider à grandir comme lui-même va aider ce petit monde grâce à son don pour rêver et pour raconter.

Cet album fonctionne comme un piège pour son lecteur. L’histoire a le ton simple et clair de ses dessins. Derrière ce qui pourrait n’être que naïveté, se joue le drame d’une histoire et d’une vie… car chacun sait que dans les camps de concentrations nazis il n’y avait pas de place pour les belles histoires qui se finissent bien !

Une belle leçon pour ceux qui croient au pouvoir des mots et du récit !

La 27e lettre (D : Will, S : Stephen Desberg) chez Dupuis, Collection « Aire Libre », juin 1990, 56 pages

Tags: ,

fev 27


Arlette Farge et Laurent Turcot (ed.),

Flagrants délits sur les Champs-Elysées (1777-1791)Les dossiers de police du gardien Federici.
Édition présentée et annotée par Arlette Farge
Postface de Laurent Turcot

Mercure de France, Coll. “Temps retrouvé”, Paris, 2008

Présentation:

En 1777, quand la promenade des Champs-Elysées devient un lieu public et que « tout Paris y est », le comte d’Angiviller, directeur des Bâtiments du roi, décide de la doter d’un gardien, fort d’une petite troupe de quatre soldats. Il les choisit parmi des militaires sûrs, les troupes suisses, et nomme à leur tête Ferdinand de Federici, originaire des Grisons, homme dévoué, zélé, d’extraction modeste, qui va faire de cette promenade sa « chose ».
Chaque semaine, Federici écrit un « rapport », décrivant ses actions de police et son lien de plus en plus affectif à cet endroit entre ville et campagne, fréquenté par les aristocrates comme par les pauvres hères, lieu des jeux, des loisirs, des promenades et des parades, espace de la séduction, de la convoitise, du voyeurisme, mais aussi de l’émeute et de la violence. Les querelles, les duels à l’épée ou au pistolet, les batailles collectives, les jeux de barres interdits, les chapardages, les émeutes d’étudiants, les ventes à la sauvette, les attroupements autour des carrosses, les dragues de prostituées et les « agissements des pédérastes », sont le pain quotidien de la garde des Champs-Elysées.
Federici et ses hommes sont les rois du flagrant délit: ils surprennent la vie de Paris sur le vif, la ville la plus populaire comme la plus mondaine. A chaque rapport, de son écriture vive, colorée, réaliste, Federici croque des scènes qui ressemblent à des esquisses de peintre, aux zébrures de la vie quotidienne du XVIIIe siècle, nous donnant des informations à la fois banales et captivantes.

http://www.mercuredefrance.fr/titres/federici.htm
Url de référence :
http://www.mercuredefrance.fr/titres/federici.htm

http://www.fabula.org/actualites/article22648.php

Tags: ,

fev 21

«Tout Paris y est.» Sur les Champs-Élysées, en cette fin du XVIIIe siècle, on commence à prendre la mesure de ce que sera « la plus belle avenue du monde ». Les Parisiens s’y affairent et la promenade va vite devenir l’un des lieux de plaisir les plus courus de la capitale. Le garde des Champs, un certain Federicci, nommé par M. d’Angiviller, le directeur des Bâtiments, a fort à faire. Dans les rapports qu’il laisse chaque semaine, et qui viennent d’être récemment réédités, c’est un univers bigarré qui revit sous sa plume originale. Les « agissements des pédérastes », les prostituées qui font les allées, les « jeunes ouvrières accrocheuses », etc., témoignent, s’il en était besoin, que Paris n’a pas attendu le réalisme et la Belle Époque pour être la capitale des plaisirs… graveleux. Dès le Directoire, ce sont des « merveilleuses » qu’on retrouve à moitié nues en train de faire scandale dans les allées élyséennes. Mais, indéniablement, la réputation internationale de Paris, la Ville Lumière, celle des plaisirs et des « petites femmes », des « cocottes », des « catins », des « gueuses » ou autres « grisettes », atteint son paroxysme à l’heure du Second Empire puis de la République des Jules. À croire que l’esprit prude appelle son contraire.

Ce que nous en disent Zola et Maupassant

On peut s’en convaincre à la lecture du bel ensemble publié par Daniel Grojnowski et Mireille Dottin- Orsini qui, pour la première fois, a réuni les romans et nouvelles qui ont illustré la prostitution dans le siècle où triomphe la vertu bourgeoise. « Le plus vieux métier du monde », disent les esprits courts. Le droit romain définissait déjà la prostitution : offrir son corps « publiquement, sans choix, pour de l’argent ». Après une époque médiévale assez tolérante à l’égard de la prostitution, le regard se durcit. Le XIXe siècle ne fait que la tolérer, d’où le surnom de « maison de tolérance ». Il faut lire les auteurs réunis dans cette anthologie comme un bel avertissement : les virus de l’amour n’ont pas la belle figure qu’on leur prête. En ces temps où triomphe M. Prudhomme, le libertinage séduit mais mieux vaut ne pas soulever le couvercle de la marmite. Ce que nous en disent les romanciers comme Zola, Huysmans, Maupassant, les Goncourt ou d’autres auteurs oubliés (comme Paul Adam) provoque un certain malaise. Ces auteurs rompent avec l’idéalisation de la « courtisane » dans son gynécée. Fini, l’érotisme de pacotille version siècle des Lumières et boudoir style Parc-aux-Cerfs. Sade est de retour mais ce n’est pas seulement pour la galerie. Les dérives sexuelles font des ravages. L’auteur de Nana et ses amis décrivent les bas-fonds de la sexualité avec crudité, ne cachent nullement la violence et le cynisme de ce milieu sans âme, miroir d’une société malade de ses contradictions et de son hypocrisie. La prostituée sert, comme le jeune Oliver Twist pour Dickens, à illustrer les dysfonctionnements d’une époque qui, du fait de la religion du progrès, se rêve parfaitemais entretient avec le sexe tarifé une étrange relation de faux-semblants.

Cette anthologie littéraire s’accompagne de documents plus rares et, peut-être pour cette raison, plus passionnants encore. On lira par exemple les extraits de la fameuse étude sur La Prostitution à Paris au XIXe siècle d’un médecin philanthrope, Alexandre Parent-Duchâtelet, qui, sous la Restauration, a enquêté pendant huit ans pour essayer de comprendre la situation des prostituées parisiennes.

Une enquête sous la Restauration

L’auteur, avec pudeur, essaye de sensibiliser ses congénères sur les raisons qui conduisent une fille sur le trottoir. Les riches « Messalines » se prostituant sont fort rares. La plupart des « filles à partie » sont de condition modeste et, ajoute Parent-Duchâtelet, ce sont leurs modestes salaires de couturière qui les obligent à sauter le pas. Un thème aujourd’hui à nouveau d’actualité avec la prostitution dans le milieu étudiant. L’enquête de Parent-Duchâtelet, cette « bible de la prostitution » comme on l’a parfois qualifiée, constituera pourles écrivains une formidable source d’inspiration (en décrivant les filles, leurs mœurs, leurs rivalités, en citant les multiples sobriquets avec lesquels elles se désignent, en pénétrant dans les maisons closes, etc.). Les « filles de joie » sont-elles des criminelles qu’il faut emprisonner pour racolage ? Plutôt des boucs émissaires, nous dit Parent-Duchâtelet…
Un joli monde. Romans de la prostitution Édition établie par M. Dottin-Orsini et D. Grojnowski Robert Laffont, Bouquins, 1 117p., 30€.
Flagrants délits sur les Champs-Élysées (1771-1791) Édition présentée et annotée par Arlette Farge Mercure de France, 398p., 20€.

Source : http://www.lefigaro.fr/livres/2008/02/21/03005-20080221ARTFIG00193-filles-de-joie-grisettes-et-accrocheuses-.php

Tags: ,

fev 08

Magdalaine, la bâtarde (A mortal bane) par Roberta Gellis, chez 10/18

En 1139, en Angleterre, meurtriers et comploteurs prolifèrent dans le pays, livré à l’anarchie et à la guerre civile. Mais Magdalaine la Bâtarde, femme au passé trouble devenue patronne de l’Old Priory Guesthouse, une maison close très privée, ne compte pas se laisser marcher sur les pieds. Protégée par deux des hommes les plus puissants du royaume, dont l’évêque de Westminster, et entourée de ses ” filles “, elle mène sa maisonnée avec autorité et tendresse. Lorsqu’un émissaire du pape est assassiné devant sa maison, l’occasion est trop belle pour les moines du prieuré tout proche de se débarrasser de leurs encombrantes voisines. Aidée de ses belles pensionnaires et de son chevalier servant, sire Bellamy d’Itchen, Magdalaine va se battre bec et ongles, sur fond d’intrigues politiques et religieuses, pour faire éclater la vérité.

Tags: , ,

25

Ce que cherche Vailland, c’est l’amour-plaisir entre partenaires égaux, respectueux l’un de l’autre. Mais souverains.

Roger Vailland, soucieux de son plaisir, s’intéresse aux femmes. Il pose sur elles un oeil attentif, entre l’entomologiste et l’oiseau de proie, autrement dit, comme Sade, « le regard froid du vrai libertin ». Il aime les prostituées et confie volontiers aux professionnelles (qu’il appelle « les jeunes filles ») le soin de son plaisir : « En payant la fille, on lui fait la loi ; en exigeant d’être payée, elle fait la loi ; elle peut donc procurer le double plaisir de faire et de subir la loi dans le même instant ; c’est le comble de la liberté dans l’amour. » Les autres, jeunes ou pas, ce sont « les petites filles » - objets bouleversants, licornes, filles merveilles… Il y a les prédatrices, dont Andrée Blavette, sa première femme, est le modèle. Et les « femmes de qualité », comme Lisina Naldi, autrement dit Élisabeth, sa seconde femme.

On retrouve cette sorte de taxinomie dans toute l’oeuvre de Vailland, un passionné de botanique : dans son roman la Fête, c’est en expert et en amoureux qu’il décrit l’Orchis bifolia, exactement comme il décrit le visage de la petite Lucie dans le plaisir. Vailland est matérialiste jusque dans l’amour.

Milan, le héros des Mauvais Coups, qui vit avec Roberte la fin d’une passion dévorante, s’intéresse à la jeune institutrice Hélène. Elle travaille, elle construit ainsi sa dignité de femme, son égalité avec les hommes, au contraire de la jalouse Roberte qui dépend entièrement de lui. Le mariage bourgeois : la propriété de l’autre. Vailland a cela en horreur : la liberté réside d’abord dans la propriété de son propre corps (ce qu’avaient bien compris les libertins du siècle des Lumières, qui avaient arraché le leur à Dieu). Il a également en horreur les humiliations de la passion et les niaiseries de l’amour fou à la Breton - comme le dit Franck Delorieux dans Roger Vailland : libertinage et lutte des classes (1), « Nadja ne fait pas la vaisselle mais elle ne baise pas non plus ». Ce que cherche Vailland, c’est l’amour-plaisir entre partenaires égaux, respectueux l’un de l’autre, souverains. Il le trouve avec Élisabeth.

On dit souvent d’Élisabeth (on : des femmes qui défendent l’égalité des sexes d’une façon un peu moralisatrice, un peu comptable ; des hommes qui se voient en souverains sans l’ascèse que cela suppose) qu’elle était l’esclave consentante de Roger Vailland. Je préfère l’écouter, elle, dans son autobiographie Drôle de vie (2), merveilleux livre qui est aussi un merveilleux portrait de Vailland : « J’étais sa compagne, son amie, sa confidente, celle à qui on dit tout, celle avec qui on peut souffrir, jouer dans un certain sens, non pas se jouer des autres, mais jouer sur les autres. Je crois que j’étais son port de sauvetage. Et j’acceptais son égoïsme sur lequel, dans une certaine mesure, je fondais mon bonheur. »

Élisabeth est une femme libre, et quand elle rencontre Vailland elle a déjà beaucoup vécu, comme on dit. Entre eux, un partage des tâches : il écrit, il gagne l’argent nécessaire, elle s’occupe de leur vie quotidienne, fait en sorte qu’il soit dans les meilleures conditions pour écrire. Entre eux aussi, le jeu du plaisir. Élisabeth a été actrice, elle sait ce que jouer veut dire. Elle connaît bien le théâtre érotique de Vailland, elle en connaît le règlement, les conditions, elle s’y prête. Vailland, admirateur de Laclos, l’auteur des Liaisons dangereuses, cite son traité De l’éducation des femmes : « La femme naturelle est, ainsi que l’homme, un être libre et puissant ; libre, en ce qu’il a l’entier exercice de ses facultés ; puissant, en ce que ses facultés égalent ses besoins. Un tel être est-il heureux ? Oui, sans doute, et si, dans nos idées, son bonheur nous paraît un paradoxe, un examen plus réfléchi en fait bientôt reconnaître la vérité. » Léone, la femme de Duc, le héros de la Fête, ne se dispute jamais avec lui. Il va à ses plaisirs, elle ne lui pose « aucune question », ils se respectent « comme des rois égaux ».

Et puis, comme le rappelle Élisabeth - et c’est une clef de leur estime mutuelle -, ils ont été tous deux des acteurs de la Résistance, ils sont tous deux communistes : « On militait, Roger écrivait. Le libertinage n’était pas notre occupation essentielle. » Même après le rapport Krouchtchev en 1956, même après qu’ils auront été poussés dehors par le PCF en 1959, l’idée du communisme restera au centre de leur vie. Car le but du communisme est le bonheur, le bonheur de chacun pour le bonheur de tous, le bonheur de tous pour le bonheur de chacun, et ce n’est que dans une société sans classes que « tout homme sera souverain » et que « toutes les bergères seront des reines ».

http://www.humanite.fr

Tags: , ,

Close
E-mail It