Pour son premier livre depuis 2004, Chester Brown n’a pas choisi un sujet facile. Paying for it, comme son nom l’indique, est un traité sur la prostitution. Il s’agit d’une autobiographie, qui renoue avec ses ouvrages The Playboy et I never Liked You. Brown y détaille ses expériences de micheton, et explique comment il a fini par le devenir pour résoudre un conflit personnel : le désir de faire l’amour opposé au désir de ne pas avoir de petite amie.

Doit-on voir dans la prostitution un lieu d’affirmation de soi ou le lieu suprême de l’humiliation ? Est-ce un métier respectable ou une forme moderne d’esclavage ? Et les clients, ne font-il, finalement, rien de mal ; ou, au contraire, doivent-ils faire l’objet de poursuites pénales ? Qui a raison ? Depuis des décennies les pouvoirs publics pataugent. Pour tenter d’y voir plus clair, le point de vue de la philosophie peut être une solution de “sortie de crise”, comme l’on entend dire en ce moment …
Ce livre interroge donc la prostitution de la manière la plus radicale possible. Pour cela il remontera jusqu’à ce qui constitue, en quelque sorte, l’essence même du rapport prostitutionnel, mais dans le contexte sexuel uniquement. Et dans le cadre d’un apport spécifiquement philosophique pour tenter de comprendre le phénomène de la prostitution.
Il incombe alors au philosophe de chercher à cristalliser une définition du phénomène dont toutes les autres disciplines tendent à déterminer les causes. En cela ce livre ira dans le sens de la clarification conceptuelle, car toute investigation empirique présuppose un certain découpage conceptuel du réel. Ledit ne se fait pas toujours de manière consciente, ni sans certains à priori … En philosophie, on cherchera donc à articuler de la façon la plus claire et distincte possible ; sans oublier ces fameux à priori qui pourraient l’influencer.
Il faut donc analyser les différents discours et s’arrêter sur certaines notions non empiriques qui les émaillent. Par exemple, ces affirmations péremptoires qui veulent que dans la prostitution les notions de liberté, d’autonomie, de dignité, de moralité soient systématiquement mises en avant. Mais tout ne peut se résumer en une seule phrase. Si certains affirment que personne ne choisit librement de se prostituer, d’autres disent, tout aussi sûrement, que le choix de se prostituer peut être un choix parfaitement libre.
Ce livre ne prétend nullement dire le dernier mot sur la question du caractère moral – ou immoral – de la prostitution ; mais il apporte des arguments qui peuvent convaincre que la prostitution n’est pas moralement condamnable. En alimentant ainsi le débat, Norbert Campagna veut dépassionner le débat. Ce docteur en philosophie, professeur-associé à l’Université du Luxembourg, ne veut nullement légitimer le traitement souvent irrespectueux des personnes prostituées par leurs clients ; mais il veut s’interroger sur l’acte pris isolément.
Pour ce faire, cinq chapitres s’articulent autour de sa pensée. Dans le premier, il tente de clarifier le concept de prostitution pour simplifier ce qu’il implique. Dans le second est abordé la question relative à ce qui peut être vénal et à ce qui ne doit pas le devenir. Le troisième chapitre s’interroge sur l’impact de la sexualité en général et des rapports prostitutionnels en particulier sur la dignité humaine. Dans le quatrième chapitre sont étudiés les différentes manières de comprendre l’affirmation selon laquelle personne ne se prostitue librement. Quant au cinquième et dernier chapitre, il analyse les différentes politiques pouvant être mises en œuvre par une société confrontée à l’existence de rapports prostitutionnels.
Bref, et quoi qu’on en pense, il demeure certaines vérités et certains faits qui ne nous dispensent pas de nous interroger sur la compatibilité éventuelle de la prostitution, de la liberté et du respect de la dignité. C’est à une telle interrogation que ce livre procède ; mais il ne justifie en rien la situation dans laquelle se trouver aujourd’hui de nombreuses prostituées. Il ne fait pas non plus l’apologie de la prostitution … Car elle n’est ni un élément constitutif de la société idéale, ni un élément qui lui serait radicalement antithétique.
L’acte prostitutionnel n’est ni un bien en soi, ni un mal en soi.
La prostitution, la liberté et le respect de la dignité sont compatibles au niveau des concepts. Il dépend des êtres humains de les rendre compatibles également au niveau de la réalité.
Source Lemague
Frédéric Ciriez est un auteur bien dans sa tête et dans ses mots. Avec « Des néons sous la mer », son premier livre de fiction, il joue avec les formes littéraires, à travers l’univers d’un bordel situé dans la baie de Paimpol. Fascinant. La critique est sous le charme.
C’est un certain Beau Vestiaire qui a envoyé le manuscrit « Des néons sous la mer » aux éditions Verticales, en 2007. La réponse, positive, lui a été signifiée en seulement quinze jours ! Mais, derrière ce pseudonyme se cache un homme attachant, né à Paimpol il y a 37 ans, Frédéric Ciriez, qui a toujours été sensible à la littérature, travaillant en tant que chroniqueur littéraire sur internet, à Paris. « Ma période d’adolescence est viscéralement liée à la cité des Islandais », raconte-t-il.
« Rock’n’roll ! Mais, à chacun son Paimpol. J’avais envie d’écrire quelque chose qui prenne corps et cadre dans la région. Ça m’a rassuré. Mon père était administrateur des affaires maritimes et mon grand-père, fusilier marin. Chez nous, c’est beau ! ». Beau Vestiaire, c’est aussi le nom du narrateur, si touchant, qui fait écho au dandysme du plus célèbre des « Beau », George Bryan Brummel, arbitre britannique de la mode. La fonction esthétique prédomine dans le roman de Frédéric Ciriez. Il transporte le lecteur dans un futur proche où la prostitution a été légalisée depuis 2011. Le Paimpolais joue efficacement avec les styles et les genres. « Le sujet du livre est un bordel ; le livre est un bordel de formes et de significations. Chacun entre et navigue comme il veut à l’intérieur : on peut lire le livre comme un carnet ethnographique imaginaire, un roman noir, et par moments, comme une tentative de poésie lyrique ». L’écriture est tonique, poétique et on plonge dans ce lupanar, peinard, avec joie.
Frédéric souligne que son roman, paru le 25 août aux éditions Verticales (3.000 exemplaires et 2.000 en retirage), n’est pas un manifeste pro-bordel. Livre vitaminé et mélancolique, il y a la scène du sous-marin, « à l’extérieur un phallus géant, à l’intérieur un grand vagin » et une autre d’un bout du littoral exploré à moto, de Paimpol au Légué, en baie de Saint-Brieuc. Avec, notamment, un hommage émouvant à Patrick Dewaere, « Briochin d’origine et acteur magnifique du film Série noire, d’Alain Corneau ». Des renvois de notes, des anecdotes sorties de l’imagination de l’auteur, intriguent. « Le plus grand bordel du monde, c’est le langage. Mon bordel, qui multiplie les formes narratives, est un bordel de langage ».
Le livre « Des néons sous la mer » plaît, encensé par la critique : Le Monde, Libération et un article de Philippe Lançon, L’Humanité, mais aussi Le Temps, quotidien suisse et un passage sur la RTBF (Belgique). « J’étais étonné d’avoir autant de presse pour un premier livre, relativement bizarre dans sa forme ». L’imaginaire du sujet fait mouche et le chroniqueur bien chroniqué est en lice pour de nombreux prix, dont celui du Premier roman, décerné demain, et le Wepler, attribué lundi prochain. Mais Frédéric Ciriez ne court pas après les éloges ou les « titres ». « Je n’ai jamais cherché à me faire connaître. Je ne me considère pas comme un écrivain, tout ça parce que j’ai publié un livre. Je le dis sans fausse modestie. Écrire a toujours été mon espace, mon étrangeté. Je suis davantage un amateur de langage. Une œuvre littéraire est un objet de jouissance ».
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UEBEC - Les personnes qui interviennent auprès des jeunes en difficulté dans la région de Québec disposent désormais d’un nouvel outil, le “Guide de prévention et d’intervention en prostitution juvénile”, qui a été lancé mardi dans la Vieille Capitale.
Ce Guide vise à formaliser les pratiques dans les situations de prostitution juvénile.
Il s’adresse évidemment aux intervenants spécialisés du milieu de la santé et des services sociaux, des services policiers, mais aussi aux milieux communautaires et aux commissions scolaires.
L’objectif est de les aider à comprendre le phénomène de la prostitution juvénile et à orienter leur intervention vers une action pertinente pour aider les jeunes dans une telle situation.
Le Guide a été développé pour les intervenants de la région de Québec, mais ses auteurs précisent qu’il pourrait être utilisé dans la plupart des régions puisque la problématique est similaire d’un endroit à l’autre.
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Paimpol, chef-lieu de canton des Côtes-d’Armor. Huit mille habitants. Son port, son église, sa falaise, ses bistrots, ses pêcheurs de morue, son cidre, ses huîtres et… son bordel flottant. “J’aime surtout la Paimpolaise/Qui m’attend au pays breton !”, chantait naguère Théodore Botrel (1868-1925). Mais la situation a changé “au sein d’une société française nihiliste et athée, perdue dans une mondialisation perverse comme une éducation à l’anglaise, et uniquement guidée par la consommation de technologies numériques et de fétiches culturels hypnotiques”.
Citation : “J’aime, au petit jour, voir les prostituées froisser des liasses de billets neufs entre leurs doigts bagués d’améthyste. J’aime aussi le jeu. J’aime défier les casinos et provoquer la fatalité de perdre en compagnie d’une jolie femme capable de rire. J’aime le néant sidéral. J’aime la nuit. Les après-midi me terrassent, la suspension de l’énergie de l’aube et de l’angoisse du crépuscule. J’aime les prostituées, toutes, auxquelles, humainement, je me sens attaché par des soies naturelles.”
Nous sommes en 2014 et, “après le déclin de sa marine, après le choix d’une politique touristique contre nature, après l’échec sans gloire de plusieurs festivals rock et même du festival du film d’amour de la Saint-Valentin, avorté dès 1998 (et si l’on fait bien sûr exception du festival aoûtien des Chants de marin, succès éthylique transnational)”, Paimpol a hérité d’un lupanar “au-delà de ses espérances” : une SARL composée de péripatéticiennes associées. Aucune subvention. Santé financière sereine, rentabilité moyenne comparée à celle de L’Hymen de Saint-Malo, le claque phare de Bretagne.
Car depuis 2011, année de la réouverture des maisons de joie sur tout le territoire, la France est entrée dans l’ère d’une nouvelle prostitution ; et à Paimpol, on n’a pas perdu de temps. Rien de mieux pour oublier les dégâts de la crise économique “réelle” ou le problème de la répartition des richesses qu’une “copulation directe, franche, saine et iodée” : l’orgie pour tous, l’incontinence démocratique ! Ce qu’il faut noter, “c’est la rémanence, chez le genre humain, d’une indestructible vitalité sexuelle, même par temps de dépression de masse. S’il fallait, dans les rayons du shopping paradise européen, établir une hiérarchie des objets de consommation courante, la prostitution arriverait en tête, et de loin”.
COMMERCE DU CHARME
Atout majeur : le bordel paimpolais est établi dans Le Fascinant, un ancien bâtiment militaire, un sous-marin rebaptisé - pour l’exercice de ce commerce de “première nécessité” - Olaimp, anagramme approximative de Paimpol et suggestion mythologique. L’Olaimp est “ce mouvant phallus de deux cents mètres de long s’adaptant aux capacités d’accueil d’un ancien sous-marin de la Marine nationale passé de la sodomie intermatelots à la médecine sexuelle libérale”. Cet établissement portuaire, dont le périscope devient l’emblème de la ville, brille dans la baie : son immense enseigne rose pin-up illumine le quai. Ainsi la culture de l’huître et le commerce du charme se lancent-ils “d’invisibles regards”. Aussi bien, peut-on déguster dans les soutes du vaisseau - pour 150 euros, en trente minutes seulement, et un par un - une douzaine de corps comme autant de plaisirs. C’est à la carte ! “Le bordel est un luxe, comme le temps.” Bref, il faut comprendre que “la mutation organique d’un sous-marin militaire en un bordel lacustre témoigne de la volonté de l’Etat de donner une chance entrepreneuriale inespérée aux prostituées indépendantes non précarisées (avec des objectifs connexes bien sûr, comme l’innovation politique, le progrès social, la reconnaissance d’une liberté philosophique et pratique minimale de la prostitution, etc.) ainsi que de redonner du baume au coeur à des concitoyens qui ne votent pas”.
Nous tenons tous ces détails d’un employé de L’Olaimp, lequel nous livre rien de moins que son approche économique du bordel lacustre, mais encore son approche topologique du vaisseau, ethno-corporelle du personnel de bord, marketing de la clientèle et textuelle du folklore érotique de l’anse de Kerarzic. C’est dire si nous sommes renseignés sur la vie quotidienne de ses “femmes vulvivagues”.
Beau Vestiaire, car tel est le nom du narrateur de Néons sous la mer, est un jeune as du baby-foot, titulaire d’un master I en histoire du cinéma, qui, en dehors de ses heures de service, promène sa mélancolie “comme un désespoir qui n’a pas les moyens” sur un monocylindre à explosion (XT 500), courant sur les tissus noirs des lacets du GR 34 - les pages consacrées aux paysages bretons sont admirables. Beau Visage est la voix de Frédéric Ciriez, qui nous torpille le coeur avec ce premier roman satirique, baroque, parfois drôle et curieusement pudique. Car ce qui reste à quai, pour Ciriez, c’est la tendresse, dont il n’est jamais en rade.
DES NÉONS SOUS LA MER de Frédéric Ciriez. Ed. Verticales, 300 p., 19 €.
PAR BERNARD VASSOR
Pendant plusieurs mois, William T. Stead dans le West End London, va fréquenter les prostitués, les lupanars les maquereaux et tenancières de maisons. Ce qu’il va révéler va dépasser en horreur tout ce qu’il est possible d’imaginer. Sont compromis dans ce scandale les plus hautes sphères de l’aristocratie et découvre des réseaux de prostitution enfantine inimaginables où sont compromis des médecins, des législateurs, même le neveu de la reine Victoria qui dépense des fortunes dans les bordels. Ses articles intitulés (en français)
“La jeune fille moderne Hommage de Babylone” dans le Pall Mall Gazette fait l’effet d’une bombe. Beaucoup vont lui reprocher “l’américanisation” de ses procédés.C’est le 4 juillet 1885 que la campagne de presse va démarrer. Le tirage du journal passe de 80 000 à 120 000 exemplaires. Il rejoint l’Armée du Salut pour dénoncer ce que l’on appela “la traite des blanches“, ou “la chasse aux vierges vertes“. L’ampleur du trafic dépasse l’entendement, Stead découvre des bordels où sont groupées une cinquantaine de fillettes de dix ans, sous couvert d’agence de femmes de chambre. La plupart sont des filles d’ouvriers vendues par leurs parents à des hommes puissants, ou à des réseaux. Des gamines de douze ans sont vendues à de riches aristos. Droguées, certaines se retrouvent en France ou en Belgique
Pour obtenir des preuves, il achète pour 3 livres, avec des membres de l’Armée du Salut, une enfant de 13 ans Eliza Armstrong à un réseau de prostitution. Mais, comme il n’a pas obtenu le consentement du père de l’enfant, c’est lui qui est arrêté et jeté en prison. Il y resta trois mois. Après sa libération, il lança une campagne pour porter l’age du consentement sexuel de treize à seize ans.
DES NEONS SOUS LA MER de Frédéric Ciriez raconte l’histoire d’un bordel auto-géré dans un sous-marin… C’est une des révélations de la rentrée littéraire 2008.
La librairie Pensées Classées vous invite à rencontrer l’auteur à la librairie, le jeudi 16 octobre à 19h. Frederic Ciriez lira également des extraits de son roman, dont nous vous recommandons vivement la lecture.
Frédéric Ciriez présente DES NEONS SOUS LA MER
le jeudi 16 octobre à 19h
à la librairie Pensées Classées
9, rue Jacques Coeur
75004 Paris (metro Bastille)
01 40 27 87 94
http://librairiepenseesclassees.wordpress.com/
9h30. Paris 6è, éditions Liana Lévi.
Rendez-vous avec l’un des auteurs les plus désopilant des Etats-Unis, Seth Greenland.
Au sous-sol des éditions Liana Lévi, autour d’un bureau très bureau, rencontre avec le scénariste, dramaturge et romancier Seth Greenland, auteur d’une farce politique désopilante nommée « Un Patron modèle. » Son anti héros, Marcus, marié deux enfants, est salarié d’une usine qui fabrique des jouets à l’effigie du président Bush. Une délocalisation en Chine le contraint au chômage. Une maison à crédit, la boutique de mode de sa femme, le quotidien financier de la classe moyenne et voilà les ennuis qui frappent à la porte. Et voici le macabre hasard qui sonne à sa porte: un avocat porteur du testament de son frère, mort pour cause d’abus de pizzas, de call-girls et de cocaïne. Il ne laisse que des dettes sauf une blanchisserie. Marcus, ex-étudiant en philosophie, y voit l’occasion de retravailler. Problème: le commerce dissimule un réseau de prostitution. Et voilà notre symbole des classes moyennes qui se transforme en maquereau humaniste.
Il ouvre des plans épargnes à chacune des filles, instaure un club de lecture afin de les éduquer ( « Anna Karénine » sera le seul livre à faire les frais de cette tentation pédagogique. Les billets verts affluent, Marcus prend goût à son job, permet à sa famille de vivre dans l’opulence. Le pépin, avec ce genre de métier, fait parti de la routine. Quand un client succombe à un crise cardiaque lors d’une passe, Marcus se voit contraint d’emporter le corps – exercice difficile, pénible, lent, long et douloureux – dans une forêt qui surplombe Los Angelès. Le succès de son management humain attire les filles et froisse la concurrence. Les flingues font leur apparition. Et l’histoire n’est qu’à mi chemin.
Si Seth Greenland n’a pas encore les honneurs de la presse littéraire parisienne – le Monde des Livres l’a jugé amusant mais pas à sa place dans un automne romanesque rébarbatif forcément rébarbatif ; Libération hésite texto « à se lancer dans cette traversée », par traversée entendez la lecture dudit livre - cela est purement et simplement scandaleux. L’esprit de sérieux est en train de tuer toute curiosité chez une partie de la critique professionnelle. Bref.
Shinning City, la version originale du Patron modèle.
Autour d’un café fait maison, l’homme – crâne impeccablement et volontairement déplumé, vêtement de sport, décontraction sans ostentation, cet écrivain multiforme s’avère un excellent camarade de conversation.
Comment êtes-vous perçu aux Etats-Unis?
Je bénéficie de beaucoup d’attention de la part des critiques, mais je ne suis pas un auteur dit de best seller. Comparé au public, les critiques me préfèrent.
« Mister Bones » et « Un patron modèle » font penser à une mécanique proche des meilleures séries de HBO. Vrai ou faux?
J’ai travaillé pour des shows télé. Nous étions sept scénaristes assis autour d’une table à écrire chacun un bout d’une histoire. Puis à la réécrire, deux fois, trois fois. Dans notre jargon, nous appelions ça un gang bang, comme un viol répété plusieurs fois sur un scénario. Auparavant, j’ai étudié la littérature puis le cinéma à UCLA avec Jim Jarmusch et Spike Lee qui étaient dans ma promotion. En tant que scénariste, j’étais nourrit de François Truffaut et de Woody Allen. J’ai écrit mes premières pièces, dont « Jungle Rat » une comédie à propos de la CIA qui tentait de tuer Patrice Lumumba, le chef d’état africain. Avec les majors, j’ai commencé a éprouver un sentiment de frustration. J’ai alors commencé à écrire un roman. Depuis, je vis loin d’Hollywood, dans les montagnes.
De quelles matières avez-vous besoin pour démarrer l’écriture d’un roman? Un personnage, une situation, une idée?
Un personnage. Il y a cinq ans, j’avais lu un article qui racontait comme un couple de la classe moyenne de Los Angelès avait une prostituée à la maison afin de gagner de l’argent. En fait, le mari était venu à L.A afin de devenir acteur, il avait échoué, et lui et sa femme avait trouvé comme solution de devenir maquereau. De ce fait divers est né mon personnage de Marcus. J’en un fait un maq’ intéressant. Puisqu’il a étudié la philosophie, il se replonge dans Aristote et consors pour enduire d’une patine intellectuelle son infamie morale.
Le propos principal, outre l’humour et le divertissement, semble politique. Marcus est, par ricochet, victime du capitalisme fou.
Absolument. Les américains refusent de lire mon livre sous cet aspect, car il n’y a que le divertissement qui compte pour eux. T.S.Eliot disait que « les américains ne voulaient pas regarder trop de réalités en face. » Je ne peux pas dire mieux. L’histoire de Marcus et de sa famille est celle de tous les américains qui sont endettés, avec des crédits immobiliers très importants sur le dos. Le livre pressent la crise, même si je ne suis pas un voyant. Il suffisait de regarder les faits – les crédits accordés à des taux d’intérêt faramineux, sans garantie, à des gens non solvables – pour appréhender ce futur qui est devenu réalité.
” Sarah Palin, elle est une insulte pour les valeurs américaines.”
Cela veut dire que depuis l’écriture de ce « patron modèle », il y a des millions de Marcus potentiel?
On peut le craindre! ( Rires) La crise, la pauvreté poussent les gens à franchir la ligne jaune pour survivre. Ce m’a donné une merveilleuse matière pour écrire une histoire drôle.
A quelques semaines des élections, Barack Obama peut-il gagner?
Oui. Parce que je le veux! John McCain ne connaît rien à l’économie quand à sa colistière Sarah Palin, elle est une insulte pour les valeurs américaines. Elle n’a aucune pensée, gouverne l’Alaska en redistribuant les dividendes du pétrole et du gaz a ses électeurs, ce qui est facile. Lorsqu’elle a rencontré Henry Kissinger, ils n’ont rien eu à se dire. Alors, Kissinger a fait le show en la prenant sur ses genoux. C’était la seule possibilité pour lui de ne pas la ridiculiser. Pour moi, scénariste et romancier, elle est irrésistible comme personnage de comédie. Elle est le fruit d’une hallucination. Elle me fait penser au personnage que jouait Frances McDormand, cette femme flic prénommée Marge, dans « Fargo ».
A propos, ou en est la culture américaine?
Paradoxalement, il y a beaucoup de livres, de pièces, de films intéressants. Mais la culture est marginalisée. Les américains ne lisent pas, préfèrent regardent les courses de voiture à la télévision, bref le néant. Le problème les plus grave est que nous faisons maintenant une culture pour le plus grand nombre. Difficile alors de faire un livre sérieux ou un film exigeant…
Il lève sa longue carcasse, salue sympathiquement et repart vers d’autres entretiens. Son roman Mister Bones devait être réalisé et adapté par David Mamet. Produit par Sony, le projet a capoté. Ils ont viré Mamet! Quant à ce patron modèle, la Warner « dépense beaucoup d’argent pour le développer, ce qui est bon signe » s’amuse-t-il. « Plus ils dépensent, plus ils sont obligés de le produire » conclut-il, en fin observateur du dress code hollywoodien.
UN PATRON MODELE, de Seth Greenland. Editions Liana Levi.
MISTER BONES, de Seth Greenland, est disponible dans la délicieuse collection de poche « Piccolo », toujours chez Mlle Liana Levi.
The Bones, en V.O.
Lire aussi : http://www.iprostitution.org/2008/09/25/livre-un-patron-modele-de-seth-greenland/
Tags: livre
Les frontières littéraires de l’économie (XVIIe-XIXe siècles)
Martial Poirson , Yves Citton , Christian Biet , Elsa Marpeau , Collectif
Paru le : 01/08/2008
Editeur : Desjonquères
Collection : littérature & idée
EAN : 9782843211089
Nb. de pages : 217 pages
Prix éditeur : 25,00€
La pensée économique a destin lié avec l’invention de la modernité, depuis son émergence à l’aube du XVIIIe siècle jusqu’à son triomphe contesté de nos jours.
Elle s’est progressivement imposée comme le modèle dominant de représentation du monde à travers le langage, l’imaginaire collectif et les consciences individuelles. De cette évolution, la littérature a présenté à la fois des symptômes, des réflexions critiques et des dépassements poétiques. Le présent volume regroupe une douzaine d’études explorant quelques zones frontières où s’entrecroisent, depuis quatre siècles, discours économiques et discours littéraires.
De Scarron à Proust, en passant par le théâtre du XVIIIe siècle, André Chénier, Isabelle de Charrière ou Zola, les questions posées relèvent d’une éminente actualité : comment articuler valeurs morales et valeurs financières, économie domestique et marchés spéculatifs ? Comment juguler la marchandisation de l’humain et de ses affects ? Comment gérer le commerce des biens culturels et symboliques ? Comment mettre en spectacle la vente de la chair - celle de l’esclave ou de la prostituée ? Dans les regards croisés qui s’échangent ainsi entre théories et fictions, il apparaît que la parole littéraire avait déjà mis en place, depuis plusieurs siècles, des sensibilités et des savoirs qui sont aujourd’hui encore largement en avance sur la discipline économique qui guide - souvent en aveugle et peut-être vers l’abîme - le destin de nos sociétés.
REPRESENTATIONS DE L’ECONOMIE
“Quand l’économie politique était sur les planches : Argent, morale et intérêt dans la comédie à l’Age classique”
“La circulation de l’argent dans L’Héritier ridicule de Scarron : désordre social et confusion sexuelle”
“La Dot de Suzette, ou la science des bienfaits à l’épreuve romanesque”
“La Bourse ou le temps : l’imaginaire financier de Marcel Proust”
ECONOMIES DE LA REPRESENTATION
“Redonner cours à d’anciennes espèces : Guez de Balzac et l’économie politique de la gloire”
“Mais où voit-on ce désintéressement parfait ? L’embarras des échanges dans les dédicaces du Chevalier de Mouhy”
“La propriété poétique, c’est le vol de l’abeille ; Eloge du copillage chez André Chénier”
“Emile Zola : de l’argent de l’écriture à l’écriture de l’argent”
REGARDS AUTRES SUR L’ECONOMIE
“Richesse, redistribution, commerce, pitié : Isabelle de Charrière dans la Révolution”
“Les fuites de l’économie coloniale dans les représentations littéraires du marronnage”
“Argent contre chair”, “Argent contre plaisir” ; Le théâtre actualisation, figuration et dépassement de l’échange économique”
Il y a de la vie derrière Millet, Angot et Abecassis. Les romancières qui monopolisent les médias en ce mois de rentrée littéraire savent-elles que palpitent derrière l’écho de leurs vacarmes médiatiques de véritables perles ?… Des romans pour de vrai, de grandes œuvres aux plumes aussi jeunes que, déjà, pourtant, superbement maîtrisées. La rentrée littéraire ne vaut-elle d’ailleurs pas que par les talents qu’elle aide à mettre au monde, pépites rendues par la marée, petits joyaux dont on s’empare avec gourmandise et ce plaisir de la surprise, d’une très bonne surprise. À côté de cela, Catherine, Christine et Eliette, usurpatrices premières de la classe, ne brillent que d’un éclat bien petit et si terne.
On espère seulement que les prix de l’automne n’iront pas à celles-là mais à des écrivains comme Jean-Baptiste Del Amo, jeune auteur – 26 ans - d’un premier roman bon à couper le souffle. Une plume au classicisme assumé et parfaitement dompté sert une histoire dense, prenante, originale (même si l’on pense ici aux Liaisons dangereuse, là au Parfum, ailleurs à d’autres grands romans) : celle de Gaspard, jeune paysan ayant fui Quimper pour connaître dans le Paris du XVIIIe siècle une ascension digne d’un Rastignac.
Sur une année, nous suivons l’itinéraire insolite de ce bouseux devenu courtisan au prix de sacrifices certes consentis mais pas moins difficiles, sinon abjects. Il rencontre d’abord Lucas, du bas peuple comme lui, avec qui il travaille à charrier du bois dans la Seine. Mais l’ambition le ronge et Paris a déjà entamé en lui sa gangrène. Il franchit le fleuve, entité pour lui anthropophage, comme la cité : «Gaspard avait eu la certitude que Paris le happait, l’ingérait sans qu’il pût s’extraire de son labyrinthique estomac» (p.224). Du côté des faubourgs cossus, où il entre comme apprenti chez un maître perruquier, il rencontre son destin sous les traits d’Etienne, noble libertin qui le fascine d’emblée. Mais… «Si envoûtant que fût Etienne de V., son appel était celui du vide» (p.116)…
Car Etienne est un Pygmalion vampire, un être dangereux. À trop vouloir lui ressembler, Gaspard fait le choix du soufre. D’une rive à l’autre du fleuve, le jeune homme connaît la misère et l’abandon, l’ascension et la splendeur, la prostitution dans les bouges de Montmartre et un commerce non moins compromettant auprès d’aristocrates concupiscents et tout à fait prêts à l’entretenir : hétaïre aux traits mâles, il se vend, s’annule pour monter…
Dès lors, le seul défaut du roman est son titre, trop fade quand l’histoire et le style, eux, sont tellement envolés ; et peut-être, aussi, sa quatrième de couverture, qui s’attarde sur Etienne quand tout ici, tourne autour de Gaspard, être complexe, torturé, avide, hanté des fantômes de son bercail (Quimper, le temps de courts paragraphes, ramène comme une mauvaise bile le souvenir de ses origines à cet enfant assoiffé d’avenir) et de ce qu’on n’appelle pas encore des névroses…
L’écriture opère comme un charme, fluide mais cisaillée, jouant avec maestria de l’organique. Car tout est chair ici : Paris est un organisme soumis au métabolisme des saisons, avec ses odeurs, sa chaleur et ses crasses ; Gaspard est un autre ventre dans cette histoire. Tout y est ventre, gouffre, absorption, métamorphose, destruction, plaie, lieu à la fois du plein et du vide, terrible vide, souffrance aiguë et jouissance ineffable.
Assurément, Jean-Baptiste del Amo a devant lui une grande et belle œuvre. On se le souhaite.
Thomas Roman
Source : http://www.parutions.com/index.php?pid=1&rid=1&srid=121&ida=9931








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