Le téléfilm sur Marthe Richard, dont nous parlions la semaine dernière, avec Clémentine Célarié, diffusé samedi dernier sur France 3 est encore visible en “Replay”.
Marthe Richard, réalisé par Thierry Binisti et diffusé samedi 30 avril à 20h35 sur France 3
Un téléfilm sur celle qui fit fermer les “maisons closes” en 1946.
Sur fond de prostitution, maison close, droit des femmes et Paris d’après guerre, Clémentine Célarié excelle en républicaine courageuse, battante et mystérieuse ! Est-elle une ancienne espionne ? Une meurtrière ? Une résistante ? Ou une vraie féministe ?
Un curieux personnage que cette Marthe Richard, qu’Alphonse Boudard décrivait comme une intrigante quand d’autres y voit une grande féminisme. Attendons de voir ce téléfilm pour juger

Il est bon de remarquer que M. Ducasse est lui-même très âgé, et de plus infirme, il est paralysé d’une partie du côté gauche…”
Archives de la préfecture de police. Fiche 158. 1875
Talons plats et tenue noire, Sylvia Jeanjacquot a teint ses cheveux mi-longs en blond pour se démarquer de la «belle Italienne» brune du gangster, comme la presse l’a surnommée. A 57 ans, cette dame à l’air sage, voyante à ses heures, avance à petits pas, s’accroche à la rampe des escaliers et s’agrippe au sac de Roméo. Elle a remplacé Fripouille, le caniche abricot tué le même jour que son homme, porte de Clignancourt à Paris par les flics de l’antigang. C’était le 2 novembre 1979, le jour de son anniversaire. Au lieu du rendez-vous à Marly-le-Roi (Yvelines) avec le décorateur de l’appartement que «Jacques» lui achetait «pour [la] mettre à l’abri», puis du dîner aux chandelles pour ses 28 ans, Sylvia Jeanjacquot a encaissé sept balles policières, a perdu son amoureux et son chien, son œil gauche et son os du poignet droit. Elle savait bien que l’alliance en diamants offerte lui «porterait malheur» car «je suis superstitieuse», mais avec «l’ennemi public», on ne discute pas. Elle n’a pas eu le temps de l’épouser, comme prévu, «en braquant le maire du VIIIe arrondissement, en jean et baskets pour courir».
Sylvia Jeanjacquot ne regrette rien de ces dix-huit mois de clandestinité passés aux côtés de Jacques Mesrine : «J’ai suivi l’homme que j’aimais jusqu’au bout.» Gardienne de sa mémoire, elle n’entend «pas le glorifier», mais son Mesrine ne correspond pas à ses yeux au personnage incarné par Vincent Cassel dans le diptyquede Jean-François Richet : «On nous fait passer pour deux loques humaines qui picolent et font l’amour tout le temps, et pour deux hystériques. Cassel est trop énorme. Jacques était massif, mais pas aussi gros. Ils le font fumer et se promener la bidoche à l’air. Or, dans la vie intime, l’ennemi public était pudique et portait un pyjama boutonné jusqu’en haut.» Elle ne supporte pas plus de se voir incarnée par Ludivine Sagnier : «Je ne suis pas cette petite chose fragile.» Elle en veut au producteur Thomas Langmann, qui lui a «proposé seulement 20 000 euros payables en deux ans» pour acheter les droits d’adaptation de son livre publié en 1988, l’Instinct de vie. En écho à l’Instinct de mort de son défunt braqueur. Elle a refusé, puis a exigé de visionner le film au nom du «respect de l’intimité de la vie privée».Elle ne mâche pas ses mots à l’égard de Charlie Bauer, dernier complice de Mesrine et conseiller technique sur le film : «Il était à la rue, à moitié clochard quand il a connu Jacques, deux mois avant sa mort. Contrairement à son personnage dans le film, Bauer était comme une carpette face à Jacques. Je l’ai vu baisser la tête et ne pas moufter.» Intarissable, Sylvia Jeanjacquot peste aussi contre les anciens flics ou voyous qui «salissent» Mesrine à l’instar de son ex-associé «Porte-Avions» : «Je serais un mec, je lui en collerais une. Jacques n’était pas un ange mais il était généreux et courageux.» En tant que dernière compagne de Mesrine, elle croit le connaître mieux que tout le monde.
Barmaid dans un bar à hôtesses de Pigalle, Sylvia Jeanjacquot n’avait «jamais entendu parler de Jacques Mesrine» lorsqu’elle l’a rencontré au comptoir en juin 1978, «en bleu de travail, casquette et salopette, cheveux rouquins et calvitie» . «Aucune fille ne voulait lui tenir compagnie. Il est resté au bar. J’ai discuté avec lui, je l’ai trouvé très galant et observateur.» La voilà séduite par ce «je ne sais quoi de Jean Gabin dans son accent gouailleur et parisien», selon ses mots dans l’Instinct de vie. Il revient tous les jours pendant un mois. Il s’appelle soi-disant Pierre et bosse dans le BTP. Un dimanche de juillet, il l’emmène sur sa «grosse moto Honda 750 dans un petit zoo» et essaie de savoir si elle a des doutes : «Tu suis les nouvelles ? As-tu entendu parler d’un évadé ?» Elle répond «vaguement, oui» mais ne sait rien, en fait. Il se prétend alors avocat : «Je faisais ça pour tester tes sentiments», explique-t-il. Elle sent bien qu’il y a un mystère derrière cet homme : «Tu n’as pas l’air d’un avocat non plus.»Il l’affranchit dans un petit hôtel : «Je suis Jacques Mesrine.» Elle, désolée : «Je ne vois pas qui c’est…» Il veut qu’elle soit de la cavale. Elle hésite. Il l’emmène dans sa planque passage Charles-Albert (XVIIIe arrondissement), «un studio cracra, pourri» et lui montre «une pile de coupures de journaux. Lis ça, je veux que tu prennes conscience de ce que j’ai fait avant de te décider». Elle survole les articles : «Il m’a fait lire aussi l’Instinct de mort. Ça ne m’a pas plu. Je n’aimais pas ce personnage.»
Fille aînée de commerçants de Pavillon-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), Sylvia Jeanjacquot n’est ni une sainte-nitouche ni une potiche. Après l’école qu’elle a quittée à 16 ans sans le brevet, elle a été vendeuse de sous-vêtements féminins jusqu’à 21 ans, puis a eu «un mode de vie un peu marginal», dit-elle pudiquement. Elle a été prostituée et casseuse aussi mais «ne veut pas parler de ces épisodes». Pas plus que de sa fille née en 1975 et élevée par ses parents. Elle dit juste : «Je ne débarque pas non plus quand je rencontre Jacques Mesrine. Venue du monde de la nuit, je connaissais les petits casseurs qui venaient fourguer manteaux de fourrure et bijoux volés aux filles du bar.» Elle a donc suivi Mesrine, alias «Bruno», dans sa fuite en Italie, au Maroc et à Londres, dans ses planques minables du XVIIIe à jouer au Mastermind, à dîner sur la table en formica des plats mijotés, à dormir sur un matelas en mousse et à regarder les infos télévisées «commentées par Jacques». Elle assure qu’elle n’a pas voulu jouer «à Bonnie and Clyde» avec «l’ennemi public». Elle l’a cependant accompagné jusque dans ses crimes - pas dans ses coups médiatiques -, mais le niera toujours, taiseuse comme une femme de truand : «J’ai été acquittée aux assises de complicité du kidnapping du milliardaire et relaxé de dix chefs d’inculpation, comme recel de malfaiteurs, détention d’armes, de faux papiers…» Elle a du cran. Elle n’a «jamais eu peur avec lui».«C’est le seul homme que je n’ai pas eu envie de quitter, mais on me l’a tué», dit-elle, émue.
Le «Jacques» qu’elle a connu était «charmant, attentionné, délicat». «Je ne l’ai jamais vu méchant, mais je l’ai vu commencer à s’énerver. Une fois, il a voulu balancer des grenades au Parisien à cause d’un article qui disait du mal de lui. J’essayais de le calmer. On est allé à pied la nuit du XVIIIe à Saint-Ouen [Seine-Saint-Denis, ndlr] et devant les locaux du journal, je lui ai dit qu’il n’allait quand même pas tuer un pauvre gardien. Il m’a écoutée.» Mesrine ne se séparait jamais de ces deux grenades qui ont été retrouvées sur le sol de sa BMW le jour où les flics l’ont abattu, dont l’une dégoupillée. «Jacques jouait avec sa grenade à la maison, il faisait mumuse, mais à force de la tripoter, la capsule s’est décrochée. Comme on les trimballait tout le temps, on a mis un élastique autour pour qu’elle ne nous pète pas au nez.» Selon elle, Mesrine préparait sa retraite en Italie et abandonnait même «la seconde remise de rançon de Pépé [le milliardaire] prévue le 21 novembre 1979». «Il en avait marre d’être l’ennemi public.»
Depuis, Sylvia Jeanjacquot a travaillé comme libraire, vendeuse. Elle tire les tarots pour ses amies, veut monter un cabinet de voyante. En couple depuis vingt ans avec un entrepreneur du bâtiment, elle apporte de temps en temps une plante à Mesrine sur sa tombe à Clichy (Hauts-de-Seine). Pas le jour de sa mort, à cause des photographes.
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Jeudi 20 novembre : Prochaine réunion plénière de Mix-Cité La première invitée des conférences-débats mensuels de mix-cité est Christelle Taraud, le jeudi 20 novembre à partir de 19h au Local des alternatifs, 40 rue de Malte, 75011, PARIS, Métro Oberkampf ou République (prendre l’escalier extérieur dans la cour).
Christelle Taraud, historienne, interviendra autour de ses travaux sur la prostitution coloniale.
Elle est l’auteure notamment de:
-La prostitution coloniale. Algérie, Tunisie, Maroc (1830-1962), Paris, Payot & Rivages, 2003
- Mauresques. Femmes orientales dans la photographie coloniale (1860-1910), Paris, Albin Michel, 2003
- Femmes d’Afrique du Nord. Cartes postales (1885-1930), Paris, Editions Bleu Autour, 2006 (avec Jean-Michel Belorgey, Leïla Sebbar)
-Les féminismes en questions. Eléments pour une cartographie, Paris, Editions Amsterdam, 2005
Tags: conférence, histoire
“Le corps médical se méfie grandement de la sexualité des maisons closes, sources de maladies vénériennes qui y prolifèrent de façon incontrôlable.
Et comment éviter la fréquentation des lieux de prostitution si on ne revalorise pas l’acte sexuel à la maison ?
Progressivement, les caresses, les baisers longs et fougueux, sont remis à l’honneur. Partout : dans les wagons de chemin de fer, dans les fiacres ou les antichambres.
Ce mouvement est renforcé par une diffusion large des valeurs romantiques et d’un retour au goût du jour de l’érotisme. La femme n’est plus une vierge effarouchée, tout de blanc vêtue.
La Commune et ses valeurs révolutionnaires en matière sociale, sont aussi passées par là.
La femme veut plaire, séduire. Ses parfums sentent le musc, ses décolletés sont plus provocants, elle laisse tomber ses longs cheveux.”
le reste de l’article sur http://ilyaunsiecle.blog.lemonde.fr
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PAR BERNARD VASSOR
Pendant plusieurs mois, William T. Stead dans le West End London, va fréquenter les prostitués, les lupanars les maquereaux et tenancières de maisons. Ce qu’il va révéler va dépasser en horreur tout ce qu’il est possible d’imaginer. Sont compromis dans ce scandale les plus hautes sphères de l’aristocratie et découvre des réseaux de prostitution enfantine inimaginables où sont compromis des médecins, des législateurs, même le neveu de la reine Victoria qui dépense des fortunes dans les bordels. Ses articles intitulés (en français)
“La jeune fille moderne Hommage de Babylone” dans le Pall Mall Gazette fait l’effet d’une bombe. Beaucoup vont lui reprocher “l’américanisation” de ses procédés.C’est le 4 juillet 1885 que la campagne de presse va démarrer. Le tirage du journal passe de 80 000 à 120 000 exemplaires. Il rejoint l’Armée du Salut pour dénoncer ce que l’on appela “la traite des blanches“, ou “la chasse aux vierges vertes“. L’ampleur du trafic dépasse l’entendement, Stead découvre des bordels où sont groupées une cinquantaine de fillettes de dix ans, sous couvert d’agence de femmes de chambre. La plupart sont des filles d’ouvriers vendues par leurs parents à des hommes puissants, ou à des réseaux. Des gamines de douze ans sont vendues à de riches aristos. Droguées, certaines se retrouvent en France ou en Belgique
Pour obtenir des preuves, il achète pour 3 livres, avec des membres de l’Armée du Salut, une enfant de 13 ans Eliza Armstrong à un réseau de prostitution. Mais, comme il n’a pas obtenu le consentement du père de l’enfant, c’est lui qui est arrêté et jeté en prison. Il y resta trois mois. Après sa libération, il lança une campagne pour porter l’age du consentement sexuel de treize à seize ans.
Le cycle de trois conférences sur l’Histoire des Maisons closes s’est terminé jeudi dernier. En démarrant leur histoire sous l’Antiquité, la conférencière Brigitte Rochelandet a traversé les époques, développant les périodes parfois très difficiles pour les filles publiques, au fil temps de plus en plus parquées, rejetées mais pourtant et paradoxalement, toujours tolérées puisque les clients demeurent.
Des ateliers de prostitution, aux bourdeaux du Moyen-Âge, au XVIIIIe et XXe siècle, en passant par les longues périodes de clandestinité, les voilà à nouveau enfermées cette fois, dans les Maisons closes. Dès la fin du XVIIIe siècle, l’État cherche à codifier la prostitution en leur donnant un statut juridique, des impôts à payer, des quartiers précis pour travailler dans la Cité et l’obligation de passer une visite sanitaire mensuelle, ce, afin de ralentir l’expansion de maladies vénériennes. Les filles sont alors « encartées », elles devront se déclarer et porter sur elles, une carte professionnelle. En 1870, la création des premières Maisons closes, permet de mettre en place une surveillance accrue de ces filles mais aussi d’une population précise, peu saine, qui gravite autour.
La vie à l’intérieur de ces maisons, classées par catégories, est organisée souvent par une tenancière, qui accueille entre 3 et 15 filles recrutés et vendus par des placeurs, qui exploitent la naïveté et la misère morale et financière, premières causes de leur arrivée dans les Maisons closes. En 1946, après la Seconde Guerre mondiale où les nazis ont réquisitionné les Maisons closes, la loi Marthe Richard ordonne leur fermeture dans une volonté de retour à la pureté, elles se retrouvent une nouvelle fois dans la rue, obligées de renouer avec la clandestinité.
Eric Branca et Arnaud Folch, journalistes à Valeurs actuelles, publient une « Histoire secrète de la droite » (Plon). Cinquante anedoctes pour cinquante ans d’intrigues. Extraits.
Il est 15 heures, ce 9 décembre 1986. Trois hommes d’une petite trentaine d’années, dont l’un habillé en costume, marchent à grands pas au sortir du métro Charles-de-Gaulle-Etoile, puis s’arrêtent au bas d’un immeuble en ravalement de la prestigieuse avenue Hoche.
Après un ultime conciliabule, et tandis que ses deux compagnons restent sur le trottoir, l’homme en costume ouvre la lourde porte vitrée et entre dans l’immeuble. Il emprunte l’escalier tapissé de rouge puis sonne à l’unique porte du second étage. Une dame âgée ouvre :
-Je viens voir h, dit l’homme. Je suis de passage à Paris, un ami m’a conseillé de venir.
-Suivez-moi.
L’homme est alors introduit dans un vaste salon. Sur la table basse trônent des revues pornographiques.
-Puis-je vous demander de régler maintenant ? lui demande la dame.
Le visiteur lui tend un billet de 500 francs.
-Je vous remercie. h va vous recevoir. En attendant, mettez-vous à l’aise.
Aucun doute : le « tuyau » était le bon. L’appartement abrite les activités d’une « hôtesse » de luxe. Et celle-ci serait, leur a-t-on dit, l’une des soeurs de Malik Oussekine… [Mort, quatre jours plus tôt, sous les coups de matraque du peloton des voltigeurs motocyclistes, NDLR]
Quelques minutes plus tard, h apparaît. C’est une jolie brune à la peau mate, vêtue d’une nuisette en soie couleur crème. Elle précède son client dans une chambre aux murs lambrissés, décorés d’estampes érotiques, où trône, face à la fenêtre aux rideaux fermés, un vaste lit à baldaquin. La prostituée et son client « consomment ». Et discutent… L’homme se montre en effet curieux de la vie de la jeune femme, lui pose de nombreuses questions sur ses origines, sa famille. Il est vrai que ce client-là n’est pas vraiment comme les autres : reporter à l’hebdomadaire d’extrême droite
Minute 2,
il est en mission pour son journal. Un micro, dissimulé dans sa poche, a enregistré l’essentiel de la conversation avec h.
C’est le cabinet de Robert Pandraud, le ministre délégué à la Sécurité de Jacques Chirac, qui, quarante-huit heures plus tôt, a fourni clés en main le « dossier h » à l’un des responsables de l’hebdomadaire.
Sitôt après avoir appris le décès du jeune étudiant, le cabinet de Pandraud avait réclamé aux Renseignements généraux un dossier complet sur le défunt et sa famille. De quoi tordre le cou à l’image de « jeune homme parfaitement intégré » et de « famille modèle » dont parlait alors la presse de gauche à propos de Malik…
Heureusement, ni Pandraud, ni Pasqua, ni Chirac n’accepteront que les pseudo-informations soient utilisées. Question de principe (pas question de salir la mémoire d’un mort, avait tranché le chef du gouvernement), mais aussi d’élémentaire prudence : quelques jours plus tard, le cabinet de Pandraud apprenait, vérifications faites, qu’il y avait eu erreur sur la personne. Et pour cause : Oussekine est un patronyme aussi répandu en Algérie que Dupont en France !

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