Le blog News of Marseille nous livre un petit tour de la scène interlope Marseillaise, entre deux considérations sur ce fameux rapport parlementaire qui fait tant parler. Lire l’article.
A Marseille, les belles de nuit de la rue Curiol, quartier historique de la prostitution, ont vu arriver la « concurrence ». « On retrouve dans le quartier du Jarret ces nouveaux réseaux d’Europe de l’Est. Des jeunes femmes qui ont bien souvent des souteneurs derrière », explique David Olivier Reverdy, secrétaire général du syndicat de police Alliance. A noter qu’à Marseille, la prostitution est moins visible que dans les autres villes plus riches de la Côte d’Azur, telles que Cannes, Nice ou Saint-Tropez.
Au Prado, des Bulgares et diverses filles de l’Est, sont mises sur les trottoirs dans l’attente de potentiels clients. La tête haute, elles vous foudroient d’un seul regard. Presque aucune ne parle français, pour les autres elles n’ont pas souhaité s’exprimer. Des victimes collatérales de l’ouverture de l’espace Schengen ? Européennes, elles sont en règle et peuvent circuler partout. Un atout pour les proxénètes qui font « tourner les filles pour ne pas que l’on retrouve leurs traces », rajoute David Olivier Reverdi.
Plus loin, après Rabatau, les prostitués africaines se multiplient au fil des soirs. Xucces, 22 ans, ghanéenne, est arrivée depuis 3 ans en France. Ne parlant pas français, elle nous assure qu’elle est en règle et qu’elle n’a pas de souteneur. Le choix alors de ce métier ? « Je fais cela pour gagner de l’argent, je ne sais pas écrire, et c’est toujours mieux que de rester à rien faire ».
Tags: France, Marseille, Quartier Rouge
Le téléfilm sur Marthe Richard, dont nous parlions la semaine dernière, avec Clémentine Célarié, diffusé samedi dernier sur France 3 est encore visible en “Replay”.
Une peine de 25 ans de réclusion a été requise vendredi à l’encontre d’un cuisinier portugais de 39 ans jugé aux assises pour le meurtre de deux prostituées thaïlandaises en 2008 à Paris.
Domicilié au Luxembourg au moment des faits, David Rodrigues Meireles, né et grandi pour partie en France, est accusé d’avoir tué, en leur portant de nombreux coups de couteau, deux femmes de 28 ans, découvertes mortes dans un immeuble du XIe arrondissement le 23 décembre 2008.
Interpellé trois jours plus tard dans la capitale, il avait expliqué avoir pris rendez-vous avec les jeunes Thaïlandaises qui proposaient des relations sexuelles tarifées et reconnu les avoir tuées pour leur voler de l’argent destiné à financer sa consommation de cocaïne.
Au coeur de ce dossier: la personnalité “très particulière” de l’accusé, comme l’a souligné l’avocat général, Pierre Kramer. Sans casier judiciaire ni antécédent connu de violence, cet homme décrit comme gentil, discret, serviable, professionnel talentueux est pourtant l’auteur présumé d’un acte “d’une violence extrême”.
Le représentant du parquet a mis l’accent sur l’autre visage de M. Rodrigues Meireles, évoqué durant plusieurs témoins: “affabulateur”, porteur “d’une part de mensonge et de reconstruction de la réalité très importante”, “quelqu’un qui veut maintenir son rang et son train de vie devant ses amis sans en avoir les moyens”, et qui, finalement, selon M. Kramer, “a basculé de manière paroxystique”.
L’accusé encourt la réclusion criminelle à perpétuité. L’avocat général a réclamé 25 ans, sous les yeux d’un frère d’une victime et de la mère de la seconde, venus de Thaïlande pour assister au procès.
Originaires de familles modestes, les deux jeunes femmes étaient arrivées clandestinement en France en 2007 pour travailler et n’auraient rien confié à leurs familles de leur activité de prostituées.
“Vous avez à juger un acte monstrueux qui n’a pas été commis par un monstre”, ont plaidé Me Bertrand Cohen-Sabban et Charlotte Plantin, avocats de la défense, réfutant que leur client se soit rendu chez les deux femmes avec l’intention de les tuer.
Le verdict sera rendu dans la journée.
AFP
Le site de la chaîne de télé TV5 diffuse un article qui résume les différents systèmes, “prohibitionnistes”, “abolitionnistes” et “réglementaristes” qui existent pour définir la politique de la prostitution. Un résumé intéressant pour qui découvre cet aspect du débat…
A l’ INP, nous considérons que l’ “abolitionnisme” est un concept d’interdiction, donc un prohibitionnisme qui ne se l’avoue pas. Il n’y a donc selon nous que deux systèmes : le prohibitionnisme et le réglementarisme. La France est dans un système prohibitionniste qui hésite, qui tâtonne.
Un Sénateur, Richard Yung, encarté Parti Socialiste, s’oppose au projet de loi pénalisant le client et propose qu’on aille vers la légalisation véritable de la prostitution.
C’est cet oubli flagrant – voire cette ignorance – des craintes et revendications légitimes des prostitués qui est le plus choquant dans cette mesure. Les prostitué-e-s ne sont pas toujours des victimes naïves qu’il faudrait protéger d’elles-mêmes. Certain-e-s sont aujourd’hui, et cela depuis des années, organisés. J’ai rencontré beaucoup de membres du STRASS (Syndicat du travail sexuel). Loin de l’image sordide dépeinte par les partisans de la pénalisation, ces prostitué-e-s revendiquent des droits et font des propositions politiques argumentées :
- Ils/Elles demandent de mettre le droit de leur côté et de les intégrer pleinement à notre société : accès à la justice, liberté d’aller au commissariat sans a priori de la part des forces de l’ordre afin de pouvoir enregistrer une plainte pour viol, droit à une retraite, droit à une sécurité sociale, droit à la formation professionnelle mais aussi le droit de payer des impôts.
- Ils/Elles souhaitent que la prostitution soit officiellement autorisée, alors qu’aujourd’hui elle est seulement tolérée.
- Ils/Elles demandent la suppression du racolage passif qui permet, avec le plus arbitraire, leur garde à vue abusive, voire leur condamnation.
- Ils/Elles refusent et s’opposent à un proxénétisme d’État ou d’entreprise – les maisons closes – et demandent que les prostitué-e-s soient autorisé-e-s à se regrouper pour exercer leur activité dans des cabinets, coopératives, associations hôtelières à but non lucratif, etc.
- Ils/Elles appellent ainsi de leurs vœux que le proxénétisme de soutien, c’est-à-dire toute personne qui se livre à une transaction économique avec une personne prostituée, comme un chauffeur de véhicule ou un compagnon, soit autorisée. À l’inverse, le proxénétisme de contrainte doit être fortement réprimé tout comme la prostitution avec un mineur et l’exploitation des autres.
Je pense donc qu’il faut soutenir les personnes au cœur de ce système : les prostitués et refuser la pénalisation du client qui les précarisera. C’est un débat difficile mais l’occasion est bonne pour le faire avancer. Le Parti socialiste a une responsabilité particulière en matière de progrès des mœurs et de la société, nous devons l’assumer.
Boulogne-sur-Mer : La prostituée chute du deuxième étage : Tentative de suicide selon le client, de meurtre selon la prostituée. La police mène l’enquête.
http://www.metrofrance.com/info/une-prostituee-jetee-par-la-fenetre/mkds!P4k0TLNWua4Xw/
Tags: Boulogne-sur-Mer, France, violence
Maîtresse Gilda, porte-parole nationale du syndicat du travail sexuel (Strass) a répondu aux questions de Libération : http://www.liberation.fr/societe/1201449-prostitution-penaliser-encadrer-quel-choix-de-societe
Florilège :
- Les chiffres présentés la plupart du temps par les tenants de l’abolition de la prostitution sont orientés et biaisés
- Il n’est pas question de s’aliéner ni pour un patron, et encore moins pour l’Etat!
- Il existe autant de façon de travailler que de travailleuses. On devrait laisser le choix à chacun de choisir la façon de travailler.
- Il existe des législations locales, par exemple en Suisse ou en Nouvelle-Zélande, où les choses vont dans le bon sens.
- On ne peut pas cotiser pour la retraite, ni bénéficier d’une couverture sociale classique de travailleur, ni même d’élever nos enfants: l’ordonnance de 1960 considère que nous sommes des «inadaptées sociales». C’est dans le texte.
- Ce qui est inacceptable c’est que des personnes soient exploitées, que ce soit sur un trottoir ou devant une machine à coudre. Ces personnes exploitées, quelles qu’elles soient, doivent bénéficier de l’aide et de toute la protection du droit.
- C’est parce que nos législations sont trop répressives que des réseaux organisent le trafic.
- On réclame que l’on reconnaisse le travail sexuel. Et que nous soyons protégés par le droit du travail, que nous ayons accès aux droits sociaux élémentaires.
- Cette mission d’information nous a trahi. Vraiment. C’était la première fois qu’on nous étions reçus en tant que représentant par l’Assemblée nationale mais aujourd’hui, nous sommes profondément indignés d’avoir été trahis.
- Il y a des analogies entre le théâtre et le travail du sexe, les deux sont des formes d’art.
- Je pense qu’il y a aussi peu de gens qui se penchent sur le berceau de leur fille en lui disant: «tu videras des poulets pendant 8 heures par jour pour un salaire de merde et en plus tu te prendras une main au cul par ton patron».
- Ce n’est pas une question de genre, mais de droits sociaux et humains.
Des personnalités de tous les horizons commencent à critiquer ce projet de loi visant à intensifier la lutte contre la prostitution en pénalisant le client.
Marie-Elisabeth Handman, anthropologue, enseignante-chercheuse à l’EHESS et spécialiste de la prostitution : “La prohibition risque au contraire d’entraîner plus de violences“. Source : Metro
François Bayrou, homme politique : “La prostitution ne sera pas régulée par la pénalisation ni en clouant au pilori les femmes et les pauvres gens qui font l’essentiel des clients. Il faut avant tout cibler ceux qui sont les profiteurs du système” Source : L’Express
Philippe Caubère, Comédien : « Il faut bien essayer, au moins de dire, sinon comprendre, pourquoi des hommes vont « voir les putes » avant de les punir. Non ?” Source
Le débat sur la prostitution qui a eu lieu à l’assemblée nationale, au sein de la mission d’information sur la prostitution en France , a été filmée. La vidéo suivante est une audition de M. Claude Guéant, ministre de l’intérieur, de l’outre-mer, des collectivités territoriales et de l’immigration.
Interviennent dans ce débat filmé et à huit-clos : Philippe Goujon, Claude Guéant et Guy Geoffroy (le rapporteur).
Voir ce débat en vidéo : http://www.assemblee-nationale.tv/chaines.html?media=2469&synchro=0
Résumé du “débat” (si on peut nommer une discussion feutrée entre trois personnes d’accord entre elles) :
- Guéant justifie le chiffre de 20 000 prostituées : Chiffre venant d’associations et de la police, avec les procédures pour racolage et exploitation.
- Guéant dit que la Suède a des résultats évident, rappelle que la prostitution n’est pas un délit de nos jours, remise en cause de ce modèle Français possible, vers la prohibition. L’exemple suedois semble le séduire.
- On apprend qu’a été mis en place un plan de lutte contre la traite, composé de 33 mesures actées par les ministères de la justice et de l’intérieur, avec une instance d’animation géré par la justice. Procédure pour racolage : 3000 en 2004, 1300 aujourd’hui,baisse expliquée par efficacité des lois de 2003, rappels à la loi et nouvelles formes de prostitution (internet, salon de massage, etc.). Guéant propose que le racolage sur internet soit pris en compte (ce qui n’est pas encore le cas).
- Guy Geoffroy reproche qu’il y ai des annonces de prostituées dans certains journaux (La Provence, Le Midi Libre…). Il demande des explications et pourquoi ce n’est pas combattu.
- Guéant confirme le côté choquant de ces annonces, évoque l’article 225 10.1 du code pénal qui est interprété de sorte que ces annonces ne sont pas considérées comme du racolage. L’initiative a prendre serait de pénaliser ces annonces, selon Guéant.
- Philippe Goujon souhaiterait qu’à propos du racolage passif, on aille au delà du simple rapelle à la lois et demande à Guéant comme durcir cela.
- Guéant répond en disant que “la prostitution est quelque chose d’affreux, car c’est toujours une exploitation”, puis il défend la loi 2003 de sécurité intérieur, il souhaite que le juge se trouve en obligation de mettre en oeuvre la loi sur le racolage, et pas seulement faire du rappelle à la loi.
- Guy Geoffroy revient sur les Petites Annonces, il veut que ça soit considéré comme proxénétisme, comme le “proxenetisme hotelier” il y aurait “proxénétisme médiatique”, selon ses mots
- Guéant est ok pour attaquer le phénomène des Petites Annonces par les deux bouts : racolage et proxénétisme.
- Goujon demande si ça serait compatible avec la directive européenne que Guéant veut porter. Guéant dit que oui.
Lire cette tribune libre de Danielle Bousquet, députée PS (Côtes-d’Armor) et Guy Geoffroy, député UMP (Seine-et-Marne), à l’origine du projet de loi pénalisant le client : http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/04/11/la-prostitution-n-est-pas-une-fatalite_1505882_3232.html
L’ avis de l’ INP :
L’ INP ne peut que constater le désir des responsables politiques d’aller dans le sens du durcissements des lois, visant à interdire de fait la prostitution.
L’unanimité pour une pénalisation au sein de cette commission nous parait loin de l’idée que nous nous faisons d’un débat démocratique où le “pour” et le “contre” serait débattu.
L’INP s’étonne aussi que le thème “traite des humains” soit mis en avant au début, alors que toute la discussion portera sur le “racolage”, qui n’a rien à voir avec l’aspect “exploitation” dans la prostitution. Pour l’INP, le “racolage” est lié à la tranquillité publique, tandis que la traite humaine est un crime grave. Il y a comme un hors-sujet et un faux-prétexte quand on s’attaque au racolage, alors que le sujet est l’exploitation.
L’INP aimerai que l’ Etat s’attache à lutter vraiment contre l’exploitation, et non contre la prostitution. La prostitution est une chose, l’exploitation en est une autre, de même que la culture du coton est une chose, l’esclavage en est une autre !
Qu’on cesse de juger le métier de prostitué, qu’on s’intéresse à ses conditions d’exercice qui sont dégradés par la faute du cadre législatif français, les conditions d’exercice en France sont parmi les pires d’Europe. Nous estimons que l’exploitation est créée d’abord par la marginalisation des professionnelles du sexe à cause des lois interdisant, de fait, les prostituées d’exercer dans un cadre légal, les poussant ainsi dans le monde de la délinquance.
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