fev 19

Le Club fait sa pub aux quatre coins du canton. Sa récente fermeture, suite à une descente de police, aura duré une grosse semaine, avant la réouverture. Incursion anonyme dans l’autoproclamé «Temple du charme».

Ici, on parle «pipe» et «levrette» comme de la pluie et du beau temps. Au coeur de la zone industrielle, dans le lupanar de Roche, les clients sont recouverts d’un seul peignoir aux armes du lieu. Les «filles» aussi ont leur uniforme. Lingerie sexy pour la plupart. Minishort et décolleté pour d’autres. Bienvenue au Club!

Depuis plusieurs mois, des affiches XXL vantent de Huémoz à Lausanne les mérites des «plus belles filles de Romandie». Quatre-vingts francs vous suffiront pour les rencontrer. «Bonjour», lance la réceptionniste. Poliment mais sèchement. L’une de ses missions consiste à remettre au nouveau venu un bracelet sésame équipé de deux clés. Une pour le vestiaire. L’autre pour les chambres. Il est 22 h.

Jogger en peignoir

Les clients, du jeune imberbe au quinqua bedonnant, arpentent en sandalettes les 1800 m2 répartis sur deux niveaux. Ambiance de joyeux copinage viril. L’improbable ballet peut prendre quelques minutes comme deux heures. Du bar au sauna. Du sauna au billard. Du billard au hammam. Du hammam au bar encore. Du bar au jacuzzi. Du jacuzzi à la chambre enfin. Seul le fitness est totalement déserté. Pas évident de courir quasi nu sur un tapis roulant! Mais les clients ne sont pas venus pour ça.

Au mur, des fresques évoquant les lupanars de Pompéi rappellent aux étourdis la direction à suivre. Dans la grande salle du bar, un écran diffuse un pot-pourri de séquences hard jusqu’à ce qu’excitation, copulation et facturation s’ensuivent. La mécanique de l’amour sans amour est bien huilée: la porte de la chambre s’ouvre et claque, le verrou tourne, les jambes s’écartent. Capote. Lubrifiant. C’est parti. Cent vingt francs la demi-heure. Deux cents quarante l’heure. Les filles y mettent, paraît-il, du coeur.

Rêves de normalité d’une jeune Croate

La dizaine de filles présentes ne pousse pas à la consommation. Ni de leurs charmes ni des boissons. Elles aussi paient l’entrée. La direction les considère d’ailleurs comme des clientes. Ces indépendantes régulières ou non sont libres d’agir à leur guise, confiait le gérant il y a peu. Imparable en cas de descente de police! Beaucoup de ces prostituées, souvent originaires de l’Est, sont sur le pied de guerre depuis 14 h. Il est minuit passé. Leurs parades amoureuses font mouche. Quand ce n’est pas le cas, certaines se lâchent: «J’attends d’avoir assez d’argent, je retourne chez moi, je me marie et je fonde une famille», explique Juliana en italien. Le cliché sent le vrai. La plantureuse Croate de 25 ans, avoue ne quasiment pas mettre les pieds dehors. Huit heures par jour, elle tente d’enchaîner les passes. Chacune, espère-t-elle, la rapproche de ses rêves de normalité. Comme la plupart des «collègues», elle a un visa touriste. Christa, concède en anglais, «pratiquer» en Suisse depuis un an. Et la Bulgare de 23 ans de soudainement se retrancher derrière les banalités d’usage.

Certains clients sont plus causants. Ce trio de trentenaires romands s’est «payé deux Brésiliennes canons dans une chambre superclasse». Les potes reviennent avec enthousiasme sur leur «exploit». Scénario de mauvais porno. «Aller, on se casse. Ici c’est glauque», conclut finalement le plus âgé aux faux airs de Franck Dubosc. Le voilà rhabillé. Manteau de velours, écharpe Burberry, chaussures de cuir noir. Un amateur de galipettes tarifées parmi d’autres.

http://www.24heures.ch/pages/home/24_heures/l_actu/vaud/detail_vaud/(contenu)/195496

Autres informations sur cette affaire :

http://www.iprostitution.org/2008/02/11/le-bordel-est-il-condamne/

http://www.iprostitution.org/2008/02/08/salon-de-massage-suisse-la-loi-cest-la-loi/

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