Dec 29

Réfugié en Israël depuis cinq ans, un Moldave vient d’être condamné pour proxénétisme aggravé par le tribunal de Limoges. Pensant que la justice l’avait oublié, il s’était déplacé en Hongrie en octobre dernier où le mandat d’arrêt international délivré contre lui a pu être exécuté.

Coulant des jours heureux en Israël où il dirigeait une agence de publicité, Oleg Vikhrov, un Moldave de 38 ans, pensait avoir définitivement échappé à la justice française. En août 2002, lorsque les policiers de Limoges décident d’arrêter les responsables d’un réseau de prostitution international qui s’était, petit à petit, installé dans la capitale limousine, Oleg avait déjà pris la poudre d’escampette.

Lors des interrogatoires, ses complices, tout autant que les filles qu’il avait mises sur le trottoir, n’ont pourtant pas tardé à donner le nom du chef de ce réseau. Oleg Vikhrov surveillait les opérations de l’embarquement des filles dans le bus jusqu’à leur descente dans une station-service près de Narbonne. « Oleg et Igor nous attendaient à bord d’une 205 rouge. Ils nous ont emmenées à Limoges », a expliqué l’une des prostituées. Arrêté en Hongrie en octobre, Oleg a comparu devant le tribunal correctionnel de Limoges la semaine dernière.

L’occasion de rouvrir le dossier de cette filière mafieuse qui organisait la prostitution en France, notamment à Limoges, « ville réputée pour sa tolérance envers les prostituées », comme l’a souligné le ministère public.

« Emplacements de travail »

Pour quitter leur pays à destination de l’eldorado français, les filles devaient payer 5.000 dollars. « Nous devions rembourser cette somme une fois en France et verser, en plus, une partie de nos revenus », a précisé l’une des prostituées. C’est Oleg qui s’occupait de tout. Il installait les filles dans une chambre voisine de la sienne, dans un hôtel situé près du Champ-de-Juillet, un parc proche de la gare de Limoges-Bénédictins où Oleg trouvait même les emplacements de travail de ses filles et réglait les éventuels différends. C’est aussi lui qui fournissait les faux passeports roumains et qui accompagnait les filles à la maison des droits de l’homme et à la préfecture en vue de leur régularisation. « Il nous promettait un emploi de serveuse, mais il nous faisait comprendre que nous pourrions parfois monter avec un client », a déclaré l’une des filles.

Mauvais concours de circonstances

Dans son box, Oleg nie tout ou prétend ne pas se souvenir de faits plus précis lorsqu’ils lui sont opposés par la présidente. Il savait que ces filles se prostituaient, mais il n’a rien organisé. « C’est un mauvais concours de circonstances », lance-t-il, avant d’ajouter à propos des chefs qui lui ont demandé d’aller à Limoges pour installer les filles : « Je ne pouvais pas me permettre de leur dire non, ce sont des gens sérieux, on ne peut rien leur refuser. »

Le dossier de l’accusation prouve qu’Oleg a reçu de nombreux mandats et les nombreuses surveillances policières ont confirmé les déclarations des prostituées qui déposaient l’argent dans des paquets de cigarettes vides, abandonnés aux endroits convenus quelques minutes avant qu’Oleg ne les récupère discrètement. Le substitut du procureur ne veut d’ailleurs pas croire qu’Oleg « n’était au courant de rien ». Avant de réclamer sept ans de prison ferme, peine à laquelle Oleg avait été condamné par contumace en avril 2003 par ce même tribunal.

Son avocat a eu beau plaider que l’accusation « a voulu faire endosser à Oleg un manteau bien trop gros pour lui », le tribunal a décidé qu’il resterait en prison pour les cinq prochaines années. A sa sortie, il lui sera interdit de revenir en France durant cinq autres années. Quant à ses victimes, elles sont sorties de la rue et essayent de reconstruire leur vie dans d’autres carrières.

francesoir

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Nov 18

La France s’apprête-t-elle à expulser un militant des droits de l’homme internationalement reconnu ? Le Géorgien Nugzar Sulashvili s’est battu au péril de sa vie et de celle de ses proches pour dénoncer les trafics qui ont lieu dans son pays. Mais les policiers géorgiens l’accusent eux d’être un mafieux. Qui est vraiment Nugzar Sulashvili ? C’est l’enquête de Matthieu Aron…

Nugzar Sulashvili préside une ONG géorgienne pour la défense des droits des étrangers (FCRS). Son organisation est une des premières à avoir attiré l’attention de l’opinion publique géorgienne sur la situation des clandestins jusque là taboue dans le pays. FCRS a délivré une aide juridique, médicale, psychologique et financière à des centaines de victimes. Très souvent des femmes victimes des réseaux de prostitution internationaux. Elle a réuni des informations sur les activités illégales de nombreuses personnalités officielles. Nugzar Sulashvili a aussi révélé que ce trafic était protégé par la mafia.

Cet engagement pour la défense des droits de l’homme, Nugzar Sulashvili le paie cher. En 2000 le siège de son organisation est cambriolé. Du matériel et des documents précieux sont détruits. En 2001 des preuves réunies par l’ONG portant sur les trafics géorgiens disparaissent à l’aéroport de Tbilissi. En 2002 Nugzar Sulashvili est attaqué et blessé sur le chemin de son domicile. Ses agresseurs l’avertissent : il doit cesser immédiatement ses enquêtes. En juillet 2002, Nugzar Sulashvili et sa famille échappent de justesse à une tentative de meurtre à leur domicile.

Le défenseur des droits de l’homme poursuit malgré tout ses investigations et transmet des informations confidentielles au comité des lois du Parlement géorgien. Elles révèlent l’implication de responsables du pays dans le trafic de clandestins. Une fuite a lieu dans le journal “Akhali Versia”. La mafia n’apprécie pas de voir des noms révélés dans la presse et ses affaires étalées au grand jour. Le 26 mai 2004 la fille de onze ans de Nugzar Sulashvili, Salomé, est sauvée d’une tentative d’enlèvement.

En 2006 Nugzar Sulashvili quitte la Géorgie et se réfugie en France. Dans son rapport annuel 2007, l’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l’homme souligne qu’en Géorgie : “De nombreux défenseurs des droits de l’homme ont été victimes de violences policières (…). Ceux qui ont dénoncé l’instrumentalisation de la justice géorgienne ont été poursuivis”. Aujourd’hui Nugzar Sulashvili risque d’être obligé de quitter la France. L’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), refuse d’accéder à sa demande d’asile politique. La raison : les policiers géorgiens ont transmis à leurs homologues français un dossier le qualifiant de “mafieux”. Il devrait donc être expulsé vers son pays d’origine, quels que soient les dangers qu’il encoure.

france-info (documents audio sur leur site)

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