mar 17

GÉOGRAPHIE - Chercheur à l’université de Neuchâtel, Romaric Thiévent a décrypté les pérégrinations mondialisées des danseuses de cabaret des pays de l’Est.
Des permis pour danseuses de cabaret, il s’en délivre près de 1500 par mois en Suisse. Pourtant, on sait peu de choses sur cette population dont le statut légal ne permet qu’un court séjour de huit mois au maximum. En cherchant à aller au-delà des clichés qui estampillent les activités liées à la prostitution, l’université de Neuchâtel a pu explorer plusieurs pistes de réflexion originales dans le cadre d’un colloque international intitulé «Cacher ce travail que je ne saurais voir», tenu en janvier dernier. C’est à cette occasion que Romaric Thiévent, chercheur à l’institut de géographie, a présenté ses travaux sur la mobilité des danseuses de cabaret. De ses constats émerge la compréhension d’un nouveau type de migration «circulatoire». Car si beaucoup de migrants arrivent en Europe dans l’espoir de s’y installer, le chercheur explique que la plupart des artistes de cabaret formulent des projets dans leur pays d’origine, et certaines font des allers et retours vers la Suisse, mais aussi le Japon le Liban, ou les États-Unis pour les financer. Une sorte de travail pendulaire, à l’échelle de la planète, et une alternative à la migration définitive.

Que cherchent les danseuses de cabaret que vous avez rencontrées?

Romaric Thiévent: Il existe évidemment de nombreux cas de figure. La plupart des femmes originaires des pays de l’Est viennent ici dans le cadre d’un projet précis, et en général individuel. C’est par exemple le cas pour une Roumaine, qui vient quelques mois par an pour financer ses études. J’ai aussi rencontré une pédiatre russe venue deux ans à la fin de ses études afin de financer l’ouverture de son cabinet médical. D’autres disent faire vivre une famille entière, permettant à leurs proches de construire une maison ou d’ouvrir un magasin. Elles sont donc des piliers du ménage.

Avez-vous connu des personnes exerçant ce métier contre leur volonté?

Non. Cet aspect relève en partie de la légende urbaine. En évoquant le travail du sexe, dans la presse ou au sein des parlements, il y a une tendance à caricaturer et à parler trop facilement de «traite d’êtres humains». De tels cas existent, mais entre une personne qui choisit de venir pour faire ce travail jusqu’à celle que l’on recrute sur la base de mensonges, qui est forcée de travailler et qui n’est pas payée, tous les cas sont possibles. Plus elles viennent, plus elles connaissent les règles, les bons cabarets, les patrons honnêtes, les intermédiaires fiables, donc elles acquièrent du pouvoir.

Le statut légal sous lequel elles travaillent leur bénéficie-t-il?

Je ne suis pas sur que leur statut a beaucoup à faire avec le pouvoir que ces femmes ont sur leur situation. A la limite, il les dessert, car avec un permis L (permis de courte durée, ndlr), on ne peut pas changer de travail en cours de route. Elles n’ont donc pas d’échappatoire. En plus, ces femmes n’ont pas droit de rester plus d’un mois sans emploi, sous peine d’expulsion, ce qui favorise le pouvoir des patrons de cabaret et des agents. Cependant, cette réglementation leur offre une certaine protection: elles bénéficient d’un contrat type, d’un salaire minimum, la prostitution est explicitement interdite. Mais ces règles ne sont pas toujours respectées. Il y a très peu de contrôles dans les cabarets. On a l’impression que ces règles sont établies pour se donner bonne conscience. Neuchâtel constitue cependant une exception car les contrôles existent.

Comment ce milieu est-il organisé?

Des agences constituent le pivot de la circulation des danseuses. Elles les recrutent et les mettent en relation avec un agent suisse, un autre au Japon, etc. Les danseuses ne se rendent pas dans n’importe quel pays. Jusqu’en 2004, beaucoup allaient au Luxembourg, car le même type de permis existait. Même si elles mettent sous contrat 100 ou 200 personnes, les agences ne comptent souvent qu’un indépendant ou deux associés. Certains agents placent uniquement des danseuses, d’autres placent des joueurs de foot ou des musiciens. C’est la plupart du temps tout à fait légal et réglementé. Il s’agit de placement de personnel, mais ce milieu souvent stigmatisé est sujet à des abus. I

http://www.lecourrier.ch/index.php?name=NewsPaper&file=article&sid=439004

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dec 01

Grosse pression internationale sur Chypre, pays “reglementariste” en matière de prostitution.

On avait promis à Elena, une jeune Russe, le paradis : un salaire dix fois supérieur à ce qu’elle pouvait espérer dans son pays pour un travail de danseuse sous le soleil radieux de Chypre. Mais c’est l’esclavage sexuel qui l’attendait dans une chambre obscure de Nicosie. Chypre reste le seul membre de l’Union européenne à délivrer des visas d’artistes après leur abolition par le Luxembourg en 2004 et l’Autriche en 2006. Selon les chiffres officiels, 3 513 ont été délivrés en 2006 par la République de Chypre qui compte 79 cabarets et 65 boîtes de nuit pour une population d’environ 855 000 personnes.
« Les jeunes filles qui arrivent sur l’île grâce à ces visas ne viennent pas pour danser, mais pour se prostituer. Certaines le font en connaissance de cause, mais un certain nombre d’entre elles sont forcées d’avoir des relations sexuelles avec les clients et parfois battues si elles refusent », explique Nicoletta Charalambidou, membre de Kisa, une ONG d’aide aux victimes. Une situation qui a conduit le département d’État américain à placer Chypre, pour la seconde année consécutive, sur la liste des États à surveiller concernant la traite des femmes. « Chypre est une destination pour un grand nombre de femmes des pays d’Europe de l’Est et d’Europe centrale (…) exploitées à des fins sexuelles », note le rapport du département d’État publié en juin dernier, qui préconise notamment que les autorités chypriotes « abolissent ou réduisent considérablement l’utilisation de la catégorie des permis de travail “artiste”».
Face à ces accusations, le ministère chypriote de l’Intérieur répond que ces visas ont été créés dans les années 90 « pour réguler et protéger ». « Grâce à eux, nous contrôlons le nombre de femmes qui opèrent dans les cabarets car leur délivrance est limitée pour chaque établissement en fonction de sa taille, nous savons où elles travaillent et où elles vivent, ce qui permet à la police d’effectuer des contrôles et de suivre de près la situation », explique Georgios Georgallis, un haut responsable du ministère.
Il précise toutefois qu’une abolition de ces visas « est une piste envisagée par les autorités », même s’il ne pense pas que « leur suppression mettra un terme au trafic ».
Les associations reconnaissent les efforts entrepris depuis l’entrée de Chypre dans l’UE en 2004, notamment pour protéger les victimes et alourdir les peines envers les trafiquants, mais dénoncent « ces permis officiels qui ne font qu’aggraver la vulnérabilité de ces femmes ». « Le visa est délivré pour trois mois, renouvelable une fois, ce qui rend les jeunes filles très dépendantes de leur employeur d’autant qu’elles ne peuvent pas en changer, d’après la loi », explique Mme Charalambidou. Et de citer de nombreux cas où les « artistes » se sont vu confisquer leurs papiers dès l’aéroport, ont été séquestrées et privées de salaire. Cette vulnérabilité est reconnue par les autorités. « Peut-être devrions-nous songer à permettre uniquement à des femmes de l’Union européenne de venir danser dans nos cabarets. Elles sont mieux à même de se défendre et peuvent changer de patron si elles le souhaitent », indique M. Georgallis.
En attendant, malgré les appels à l’abolition de plus en plus fréquents de la communauté internationale et des ONG, ces visas sont maintenus. Près de 3 000 ont été délivrés depuis le 1er janvier dernier, selon le ministère de l’Intérieur. « Le lobby des propriétaires de cabaret est très puissant, il n’acceptera jamais que ces permis de travail disparaissent car cela leur permet de faire venir de la marchandise vivante à moindre coût », résume crûment un ancien officier de police sous le couvert de l’anonymat. « Tout le monde est au courant, mais soit les gens ont peur, soit ils sont impliqués », dit-il, évoquant certains de ses « anciens collègues (qui) reçoivent chaque mois des pots-de-vin contre leur silence ».

Source : http://www.lorient-lejour.com.lb/page.aspx?page=article&id=358932

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jul 20

En légalisant la danse contact, la Cour suprême du Canada a-t-elle ouvert la voie aux bordels? Prostitution et déhanchements lascifs sont aujourd’hui indissociables dans bien des bars du Québec. À tel point que les fameuses danses à 10$ sont devenues rares. Pour moins de 20$, presque personne ne danse. Et c’est sans compter les extras, pour des services sexuels autrement plus osés.

«Non, il n’y a pas de danses le jour», lance la barmaid en montrant la scène déserte d’un bar d’effeuilleuses de Saint-Eustache.

Un vendredi comme un autre au Figaro, en début d’après-midi. Trois danseuses s’occupent des quelques clients de passage, le temps d’une bière ou deux, mais surtout d’une visite dans les isoloirs cordés à l’arrière. Parce qu’à l’exception des cabines, il n’y a pas grand-chose à faire.

Sortie de l’une d’elles au bras d’un client, Mona revient au bar. Vêtue d’un costume blanc moulant, l’effeuilleuse de 37 ans raconte qu’elle travaille aussi comme infirmière dans un hôpital de Montréal. Elle dit arrondir ses fins de mois avec son emploi de «danseuse». Un deuxième travail très payant, avoue-t-elle. Après avoir causé durant une quinzaine de minutes, Mona propose d’aller faire un tour dans un des isoloirs. «On pourrait se coller un peu», dit-elle.

Une fois dans l’isoloir, Mona recouvre l’entrée d’un drap noir. Les seins nus, elle commence à se déhancher. Interrogée au sujet des prix, la danseuse répond «ça dépend» avant d’en sortir tout un éventail. Masturbation: 60$. Fellation: 100$. Relation complète: 160$… La pancarte géante qui trône au-dessus des isoloirs et sur laquelle on peut lire «danse contact straight 10$» semble purement décorative. Et ceux qui n’en demandent pas plus auront droit au visage dépité de leur hôtesse.

En cours de séance, le téléphone de Mona sonne. Elle regarde qui a appelé, et reprend sa danse. À la fin de la chanson, elle se rhabille machinalement. En sortant de l’isoloir, elle exige 2$ additionnels «pour le portier» et s’engouffre dans les toilettes sans dire un mot.

Un autre client du bar raconte qu’il s’est lui aussi fait proposer des extras. Après l’avoir entraîné dans l’isoloir, Vanessa, pulpeuse blonde d’une vingtaine d’années, débite la même carte de tarifs à 20$, 60$, 100$… «Mais on peut aller plus loin, aussi. Ça te tente-tu?»

Devant le refus du client d’aller au-delà d’une danse, Vanessa insiste. «Y’a rien là. Tu le fais juste une fois. Y’en a qui le font tout le temps.» Avant de sortir, l’effeuilleuse prend soin de se rhabiller «au cas où il y aurait un double dans le bar».

Le Sexpert

Contrairement au Figaro, les danseuses sont nombreuses au Sexpert, aménagé dans un sous-sol d’un boulevard commercial à Fabreville. Une quinzaine de clients sont sur place en milieu d’après-midi, assis au bar ou derrière les appareils de loterie vidéo.

Là non plus, on ne se bouscule pas sur la scène.

Vêtue d’un string et d’un décolleté plongeant, Sophie dit avoir 40 ans et travailler au même endroit depuis deux ans. L’isoloir où sont invités les clients se résume à quatre murets, un tabouret et une banquette en cuir un peu trouée. «Je suis une bécoteuse», confie-t-elle sitôt le rideau tiré. Sans parler d’argent, la Montréalaise se met à se déhancher. À la fin de la chanson, elle propose de continuer pour 20$. Lorsqu’on l’interroge sur les autres services, ses yeux s’illuminent. «Ah, c’est ce que j’attendais!» lance-t-elle, avant d’énumérer les mêmes tarifs qu’au Figaro.

Les parois peu élevées de l’isoloir ne l’effraient pas. «Le soir c’est différent, c’est straight, dit l’effeuilleuse. Mais là, il n’y a que le videur qui passe ici. Et le videur ne dira rien.»

Ce qui est légal et ce qui ne l’est pas

Au début des années 1990, le bar-salon Jean-Pierre, à Joliette, est accusé d’avoir tenu une maison de débauche. Les clients pouvaient, dans un isoloir, toucher les seins, les fesses et les cuisses des danseuses.

> La tenancière, Thérèse Blais-Pelletier, est acquittée en Cour du Québec puis en Cour supérieure, mais déboutée en Cour d’appel.

> Revirement le 13 décembre 1999: la Cour suprême statue, à 3 contre 2, qu’il ne s’agit pas là de gestes indécents. Lorsque les attouchements se limitent aux fesses et aux seins des danseuses, dit-elle, on n’outrepasse pas le seuil de tolérance de la société canadienne.

> Deux ans plus tôt, dans une autre cause concernant la danse contact, la même Cour avait jugé que la société canadienne ne pouvait par contre tolérer «les contacts d’organes génitaux entre danseuses et clients».

> Ce qui apparaît acceptable évolue d’une époque à l’autre. Si des avocats convainquaient un jour les tribunaux que les Canadiens sont prêts à tolérer des gestes plus osés, ces gestes pourraient éventuellement être légalisés.

«Suggestions» en ligne

Pas besoin d’une enquête exhaustive pour obtenir des informations sur la prostitution dans les bars de danseuses. Les internautes qui fréquentent le site Internet http://merb.ca/vbulletin s’y échangent des informations sur les établissements, les filles, leurs «spécialités» et leurs tarifs.

Source : La Presse

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jun 05

En Suisse, on le sait, la prostitution est légale, officielle. Etre prostituée est un job presque comme un autre. Cela ne signifie pas que les Suisses ne connaissent pas de problèmes à ce niveau. Rien n’est tout rose, aussi actuèlement, le débat tourne autour des permis de travail de danseuse de cabaret. Les pouvoirs public veulent limiter l’obtention de ce permis, qui permet aux femmes étrangères de venir travailler en Suisse pour s’y prostituer.

Vous allez voir un débat de la télé Suisse sur ce thème, avec des anti-prostitution, des pro-prostitution, des gens entre les deux, etc. On y apprend beaucoup de chose sur le système suisse, qui est très encadré, très surveillé. Comme en France, la priorité est d’empecher la prostitution sous contrainte, leur methode est tout simplement aux antipodes de la notre.

Ce qui marque dans ce débat, c’est la qualité des interventions, sans éclat, ni moralisme, ni gaudriole, ni ideologies, ni pathos. Un tel débat est inimaginable en France. C’est un débat de qualité, où même celui qu’on qualifierait chez nous, en France, de “proxénète” arrive à parler avec une feministe. Il semble que la normalisation de “l’industrie du sexe” permet ce genre de dialogue, qu’ainsi on arrive à trouver des solution, des arrangements avec le milieu de la prostitution pour que ce secteur soit sain, sécurisé, respectueux des droits humains, en tout cas, le moins problematique possible.

Mais la raison pour de tels débats soient possibles là bas et pas ici sont à chercher dans la culture du pouvoir de nos pays respectifs. En France, il semble que les choses ne se gèrent qu’à coup de bâton, alors que le concensus suisse obéit à une autre tradition. La démocratie française n’a peut être pas le même niveau de maturité que la démocratie suisse.

Débat sur les cabarets suisse en video sur TSR (Télévision Suisse Romande)

Lire aussi ce pdf informant les prostituées sur leurs droits (Permis L).

Et pour plus d’information sur le système suisse, il est indispensable d’aller sur le site de l’association Aspasie (asso de défense des prostituées Suisses)

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