Dec 30

La prostituée murmure, humecte ses lèvres et commence à déclamer… Au « Zipper Factory » (« usine à fermetures-éclair ») les poétesses se déplacent d’alcôve en alcôve, éclairées par des bougies et des lanternes rouges, dans un décor de peintures de nus. Certaines ont des porte-jarretelles, l’une arbore haut-de-forme et boa. Mais les transactions portent sur l’esprit.
 Le catalogue illustré l’indique. Page 4, « La Professeur », une belle brune, jure avoir entendu « la plainte de votre coeur à la dérive entre les flèches des gratte-ciel ». Page 10, Harriett Van Os promet « de vous révéler les secrets qu’elle ignore savoir ».
 On peut aussi trouver des gigolos. Ainsi, le co-fondateur du club Nicholas Adamski, alias Tennessee Pink, influencé par Arthur Rimbaud et Anna Akhmatova. Il prend cher : 20 dollars la séance contre 3 à 5 dollars pour la plupart des autres. A ajouter aux 15 dollars du ticket d’entrée au club.

«Madame», «Simone»…

 « J’aime la poésie plus que tout au monde », roucoule « Madame», de son vrai nom Stephanie Berger, décolleté plongeant, longs gants de satin noir et plume de paon dans les cheveux.
 Les cabinets de lecture sont au premier étage, le rez-de-chaussée est réservé au bar, à une scène où se produit un duo de guitaristes de flamenco, à une table de black-jack et à une diseuse de bonne aventure.
 « Il n’y a pas tant de cercles de poésie », dit « La Professeur ». Elle s’appelle Jennifer Michael Hecht, 43 ans, et enseigne l’écriture dans une école de Manhattan ainsi qu’à de nombreux clients du « bordel ».
 Vers minuit, la « Factory » est de plus en plus bondée et bruyante. La voyante, parée d’une écharpe rouge et de plumes bleues, susurre à quelqu’un une histoire « d’eaux troubles ». Patricia Smith, poétesse reconnue, s’empare du micro pour un long sonnet rythmé sur l’amour et le sexe ; applaudissements comme à un concert de rock.
 Même ce monde éthéré a eu vent de la crise. Nina Cheng, 22 ans, était sur le point d’entrer chez Bear Stearns lorsque la banque s’est effondrée. « Je pensais me tourner vers l’art à ma retraite, pas si tôt », dit la jeune fille, connue au « bordel » comme la « Fumeuse d’opium ». Rachel Herman-Gross, 27 ans, alias « Simone », s’inquiète : « Beaucoup d’artistes sont soutenus par des mécènes, ça va être plus dur ».
 « Les artistes ont toujours eu de la ressource », tempère Edmund Voyer, 54 ans. Ce client vêtu d’un kilt écossais se définit sur sa carte de visite comme un « évangéliste ».

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http://www.thezipperfactory.com/

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Nov 20

QUICK MONEY - photographies d’Elisabeth Cosimi

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Province de Naples, entre une décharge sauvage et un champ cultivé, des visages masqués de blanc exhibent et vendent leur corps d’ébène pour une somme allant de dix à vingt-cinq euros. Ces jeunes filles originaires de Benin-city sont recrutées depuis leur pays et, une fois arrivées en Europe, doivent rembourser plus de 50 000 euros. Les possibilités de sortir de cet enfer par l’obtention d’un titre de séjour sont quasiment nulles : toute jeune fille qui tente de fuir s’expose, ainsi que sa famille, à de violentes représailles. La seule alternative reste donc l’argent rapide de la prostitution, the « Quick money ». Ce reportage tente de donner un visage humain à ces générations de femmes nigérianes sacrifiées en silence à l’Europe, au profit d’organisations criminelles qui les utilisent comme monnaie d’échange.

La projection sera suivie d’une rencontre avec la photographe Elisabeth Cosimi, Vanessa Simoni (membre de l’association “Les amis du bus des femmes”) et Violaine Husson (membre de “La Cimade”)

Site internet d’Elisabeth Cosimi

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Oct 02

1ere partie: jusqu’au 9 novembre 2008
2eme partie: du 18 novembre au 4 janvier 2009

Musée Cernuschi, 7, avenue Vélasquez 75008, 7,50€

Dans le cadre du 150e anniversaire des relations franco-japonaises, le musée Cernuschi accueille une magnifique exposition de peintures de la période Edo (1615-1868) issues du musée Idemitsu. Un industriel et collectionneur japonais dont sont actuellement exposées les oeuvres de Rouault à la Pinacothèque de Paris. Divisée en deux temps, l’exposition du musée Cernuschi met en valeur la beauté des courtisanes et les scènes de divertissement qui se répandent à partir du XVIe siècle dans un Japon en plein essor urbain.
Alors que le Japon connaît une longue trêve de paix entre 1615 et 1868, la ville d’Edo, qui deviendra Tôkyô en 1868, se construit ex nihilo et atteint rapidement le million d’habitants. Edo est la capitale du shogun (commandement militaire contrôlant le pouvoir politique, administratif et plus tard économique) TOKUGAWA Ieyasu, qui a unifié le pays au XVIIe siècle. Kyôto reste la résidence de l’Empereur et un centre majeur de l’artisanat de luxe tandis qu’Osaka, surnommée Niho no daitokoro (cuisine du Japon) constitue une plaque tournante commerciale.

MORONUBU Hishikawa (?-1694), Jolie Fille et fleurs d'automne. Encre et couleurs sur soie. 88,9 x 31,6 cm (c) Musée IdemitsuDurant la période Edo, les samouraïs n’ont plus le droit de se battre. Oisifs, ils ont du temps à consacrer aux arts et aux divertissements qui fleurissent grâce à la paix qui règne. Le système du sankin kôtai contraint les membres des familles des daimyos (chefs régionaux) à résider à Edo une année sur deux. De ce fait, la majeure partie de la population de la ville recherche les plaisirs luxueux pour passer le temps. Mais pas question pour les samouraïs d’avouer leurs penchants pour les loisirs du “Monde Flottant” - attitude symbolisant l’hédonisme -! Dans les estampes de MORONOBU Hishikawa (?-1694), un des premiers maîtres du genre, les guerriers sont représentés avec un chapeau de paille et leurs traits sont masqués. Néanmoins, ils conservent leurs deux sabres, qui trahissent leur statut social.

Les courtisanes représentent la fine fleur du divertissement de l’époque. Elles se distinguent par leurs tenues luxueuses et leur obi (ceinture) nouée devant. Les courtisanes de haut rang, les tayû, recoivent une éducation poussée, axée sur la musique, la poésie et la danse. Leur talent impose l’admiration des clients, qui doivent les respecter et suivre une ligne de conduite stricte (showake). A commencer par utiliser un langage réservé aux courtisanes, le arinsu kotoba, qui imite celui pratiqué à la cour impériale. Le service des courtisanes étant très honéreux, seuls la haute noblesse, les daimyos et les riches marchands peuvent y recourir.
Au XVIIIe siècle, les tayû perdent progressivement leur prestige au profit de courtisanes d’un nouveau type, les oiran, tandis que les geisha ou geigi se spécialisent dans la danse et la musique.
La prostitution concerne également des filles de bas rang, pratiquant leur activité dans les établissements de bain, les auberges, les restaurants ou les maisons de thé. Ce que la peinture du Monde flottant - ukiyo-e - se garde de représenter. D’où le titre de l’exposition - un clin d’oeil à l’oeuvre de Balzac - qui omet le terme “misère” des courtisanes.

ANCHI Choyodo, Courtisane. Rouleau suspendu, encre et couleurs sur papier. 95,1 x 38,8 cm. Début XVIIIe (c) Musée IdemitsuLes courtisanes de haut rang sont dépeintes avec des visages similaires - ce qui contredit l’hypothèse selon laquelle les peintures de courtisanes étaient commandées par des admirateurs - alors que leurs tenues sont extrêmement travaillées.

KUNISADA Utagawa (1786-1864), L'Acteur de kabuki Iwai Hanshirô V. Rouleau suspendu, encre et couleurs sur soie. 59,5 x 30,8 cm. Début XIXe (c) Musée IdemitsuL’ukiyo-e a pour autre thème le théâtre kabuki. Un terme issu de kabuku, qui évoque des jeunes gens excentriques, vivant sans aucune règle, pendant la période Momoyama (1574-1615) . La danseuse Izumo no Okuni serait la fondatrice de cette forme de théâtre, qu’elle pratique sur les rives de la rivière Kamo à Kyôto. En 1607, invitées au château d’Edo, ses actrices - des courtisanes - sont interdites d’accès. Les hommes joueront alors le rôle des femmes dans le théâtre kabuki. En atteste l’oeuvre de KUNISADA Utagawa (1786-1864), représentant le portrait de l’acteur HANSHIRO Iwai V.
A la fin du XVIIe siècle, le théâtre kabuki devient un loisir important de la vie publique. Trois théâtres officiels d’Edo en donnent des représentations. Ainsi, selon commissaire de l’exposition, Michel Maucuer, les aristocrates du XVIIe siècle cherchent non seulement à se distraire mais également à se cultiver pour imiter leurs ancêtres lettrés.

L’ukiyo-e décorative s’est répandue dans les intérieurs de maisons grâce au développement de la technique de la gravure sur bois. La xylogravure a longtemps été réservée aux ouvrages religieux, philosophiques et à quelques grands classiques littéraires. Mais dans les années 1600, elle est appliquée pour illustrer des romans, comme le populaire Contes d’Ise (Ise Monogatari). Les illustrations reflètent les moeurs contemporaines tout en faisant référence au  passé (cf. le drapé des kimonos, qui évoquent des légendes anciennes). La xylogravure est également utilisée pour réaliser des estampes.

D’abord monochromes (sumizuri-e), les estampes sont ensuite coloriées à la main (tan-e). Les estampes modernes ou “estampes de brocar” (nishiki-e), réalisées par impression et aux couleurs multiples, sont inventées en 1765.

Si les estampes coûtent relativement peu, la peinture ukiyo-e (nikuhitsu ukiyo-e ou peinture concrète) s’adresse à une clientèle aisée. Elle prend la forme de rouleaux suspendus (kakemono), de rouleaux en longueur destinés à être regardés en les déroulant (emaki), de paravents (byôbu-e) ou de cloisons (fusuma-e).
Dans le cas des rouleaux suspendus de la soie orne le dessus de la peinture. Une soie usée, pour qu’elle ne bouge plus, qui provient d’ancien kimono.

HOKUSAI Katsushika (1760-1849), Clair de lune. Rouleaux suspendus. Encre et couleurs sur papier. 99,1 x 26,3 cm. Début XIXe (c) Musée IdemitsuLa collection du musée Idemitsu rassemble à la fois des estampes et des peintures ukiyo-e. L’exposition offre un panorama exhaustif des différents styles des écoles artistiques que compte la période Edo. Avec des oeuvres d’artistes aujourd’hui mondialement connu, tels CHOSHUN (1682-1752), MOROSHIGE (1684-1704), HOKUSAI (1760-1849), HIROSHIGE (1797-1858). Mais également beaucoup d’artistes anonymes.

A noter, un cycle de conférences, en accès libre, accompagne cette splendide exposition.

Source : http://www.artscape.fr/splendeurs-courtisanes-japon-peintures-ukiyoe-musee-idemitsu-musee-cernuschi/

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Oct 02

Brassai
envoyé par Cedupoulaid

Brassaï

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Sep 23

Vidéo expérimentale inspirée d’un texte de Valerie Solanas, auteur de SCUM manifesto

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Nov 19

L’attente

Le client

Au lit

Le repos

Edgar Degas

Source : http://lemateurdart.wordpress.com/2007/11/15/les-riches-heures-en-maison-close/

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Nov 10

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Nov 08

C’est un évènement, une collection unique d’objets et oeuvres touchant à la prostitution sera mise en vente vendredi 9 novembre à Drouot !!! Peintures, objet récupérés dans les bordels, accessoires de prostituées, etc, etc. Jean Feixas, ancien flic iconoclaste vend tout !

Amateur d’histoire de la prostitution ou des curiosas, c’est à ne pas rater !

Prostitution et Maisons Closes : Collection Jean Feixas
Drouot Richelieu - Salle 1 - 9, rue Drouot - 75009 Paris

Vendredi 9 novembre 2007 à 14h

Exposition Le 08/11 de 11h à 18h et le 09/11 de 11h à 12h Informations :
Expert :
Arnaud Thomasson
Tel : 06 77 33 34 35

Pour tout renseignement, veuillez contacter la maison de ventes au 01 58 18 39 05.

Le catalogue avec photos des objets est disponible sur le site http://www.auction.fr/ Possibilité d’enchérir à distance.

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Nov 01

En guise de bureau du festival, une table sur tréteaux. La carte d’accréditation est en papier recyclé, l’affiche si moche que l’on croirait un flyer annonçant une promo chez Conforama et les films éparpillés aux quatre coins de Berlin. Soit ceux qui ont organisé ça sont complètement à côté de la plaque, soit ils vont dans la bonne direction.

A les voir, ils pourraient être aussi bien profs dans une université ou tenir un resto d’altitude. A la place, ils ont choisi de faire exister sur quatre jours, avec un budget riquiqui, un festival de film porno à Berlin, le deuxième du nom. A quoi ça peut bien servir, le Porn film festival, à l’heure d’Internet et qui plus est à Berlin, seule ville en Europe où fleurissent les sex kino, salles spécialisées où des «ouvreuses» vous proposent en sus un visionnage manuellement assisté ? Ne se tient-il pas déjà tout au long de l’année des gros «salons» de l’industrie porno, avec starlettes, distributions de prix et tournages en extérieurs ?

Justement, le Porn film festival berlinois est l’antidote des salons, une attaque de l’underground lancée en direction de l’industrie. Le festival d’une génération qui voit dans le porno un compagnon de jeu, une source d’inspiration, une culture, une boîte à cul en même temps qu’une boîte à idées, un miroir identitaire (hétéros, gays, lesbiennes, filles-pédés, garçons-gouines, trans, fétichistes, accros à la Net pornographie…). Une génération qui en a marre de n’avoir sous la dent que des pornos affligeants de préjugés sexistes et raciaux à consommer. Et qui cherche dans les marges de l’industrie quelque chose de contemporain qui ressemble plus à un fantasme et non à des stéréotypes : plus dark, plus libres, plus drôles aussi. «Reclaim your porn» (à la fois «réclame» et «revendique ton porno») est le mot d’ordre d’un festival parti du principe que l’image de la sexualité appartient à chacun.

Fantasme hiérarchique

Les réponses sont venues de toutes parts : féministes, étudiants en école d’art, cinéastes expérimentateurs de formes, labels indépendants. Comme si tout à coup, plus personne ne se retrouvait dans le porno en l’état. Il suffisait de lire les intitulés des conférences glissées dans les mêmes salles que les films (deux par jour) : «Culture Web et politique sexuelle» ; «Good Porn for Good Girls» ; «Modifications du corps et sexe transgenre» ; «la Créativité est-elle possible dans le porno mainstream ?» ; «Représentation des tabous politiques et sociaux dans le porno : le Moyen Orient comme cas d’étude». Cette dernière conférence a sans conteste été le gros morceau du festival, qui a eu la bonne idée, cette année, de lancer un coup de projecteur sur la production israélienne et de demander à Liad Kantorowicz d’en contextualiser les problèmes.

Palestinienne, ancienne travailleuse du sexe qui, en 2002, fit connaître médiatiquement la situation proche de l’esclavage des prostituées en Israël, Kantorowicz est depuis l’activiste la plus visible de la région, s’improvisant porte-parole tout à la fois des mouvances queer, féministes et porno. Devenue journaliste, elle envisage de tourner le premier hard féministe en Israël. Elle a le goût de la mise en scène des codes et a compris deux, trois trucs décisifs pour forcer les portes de la société du spectacle. Ainsi, vendredi soir, la jeune femme portait sur la scène d’un cinéma de Kreuzberg (quartier berlinois à forte majorité turque) un foulard léopard et une ceinture de balles. A la fois en guerre et en séduction avec chaque symbole, elle évaluait à Berlin l’avancée du dialogue israélo-palestinien au travers du prisme porno.

Encore tâtonnante du point de vue artistique («le principal intérêt à mater un porno israélien, c’est encore la possibilité de tomber sur quelqu’un que l’on connaît : avantage des pays étroits»), la toute jeune industrie porno de Tel-Aviv (cinq ans d’existence, cinq boîtes de prod) devient passionnante dans sa façon de jouir des codes sociaux, politiques et des tabous entourant le Moyen-Orient. Deux tiers des vidéos sont situées dans des compagnies militaires mixtes, ce qui permet aux réalisateurs de tirer sur le vieux filon du fantasme hiérarchique, donc de jouer avec le harcèlement sexuel (pratique qui a récemment entaché l’appareil politique israélien), et de tirer le constat d’une société en guerre qui, dixit Liad Kantorowicz, «assiste à la militarisation totale de son espace intime».

Racisme semi-avoué.

Comme tout ce qui peur fait aussi un jour ou l’autre fantasmer, le porno israélien a un deuxième thème de prédilection : l’Arabe. La fille voilée (détournement du fichu religieux en ornement fétichiste), à qui un hardeur demande en hébreu de jouir dans la langue arabe, ou le sombre mâle, grimé en dangereux fedayin (les rôles sont tenus par des actrices et acteurs israéliens). Quand elle ne veut pas trop taper sur les nerfs des autorités ou y aller doucement avec le champ de pénétration érotique des territoires occupés, les prods lancent des séries touristiques avec des pays arabes qui ne posent aucun problème diplomatique : ainsi le carton récent de la série tel-avivienne Tunisian Sandwich. Si tout cela avance sur une fantasmatique ambiguë, tirant plus du côté du racisme semi-avoué, Kantorowicz, optimiste, y voit «une avancée paradoxale : le X comme un espace qui échappe au réel, à la politique et aux lois. Des Arabes et des juifs faisant l’amour».

Pour nuancer cet angélisme, le festival avait décidé de programmer juste après AfroDite Superstar, nouveauté du label américain Femme chocolat, 100 % black, (prod, réal, acteurs) monté en réponse aux kyrielles de films interraciaux où des gangs de blancs tombent sur des nanas blacks. Ici, le film se moque des propres archétypes gangsta que l’on prête aux princesses hip-hop, les démonte tout en jouant avec comme on joue à la poupée.

L’ironie envers sa propre communauté sexuelle et ses prétendus signes de reconnaissance fit le lit de ce festival underground : tous les films lesbiens de la compétition Cum2cut avaient une longueur de sarcasme d’avance et même le plus beau film du festival, V.O., de l’Américain William E. Jones, montage élaboré à partir de films gays new-yorkais des années punk, n’y échappait pas : l’effeuillage d’un giton qui, surprise !, porte un tatouage «Tom of Finland» sur les deux fesses est à se tordre. Mais V.O., distillant un chromo louche, proche des premiers Scorsese, avec ces images d’errance dans le métro new-yorkais, monte en intensité dès qu’il superpose à ces séquences sauvées des décombres du sex-shop une bande-son empruntée à Jean Genet, à la Mort de Maria Malibran de Werner Schroeter ou à la Chienne de Jean Renoir. Le mur de résistance entre culture haute et pornographie de caniveau vient de tomber.

L’autre surprise est venue du Ave.X de Joe Gallant. Ancien hardeur passé à la réalisation, Gallant ne prétend pas travailler contre l’industrie, mais la prendre de l’intérieur. Ave.X, produit par Black Mirror productions et distribué par le mastodonde VCA pictures, est un film d’infiltré total : «Vous donnez aux grosses productions leurs cinq scènes anales et pour le reste, vous pouvez faire ce que vous entendez.» A savoir une fiction paranoïaque tournée dans Los Angeles la nuit, à mi-chemin entre Orwell et Burroughs : excité, notre cerveau reçoit plus d’informations, donc de messages subliminaux, et une organisation voudrait détourner les pornos à des fins de contrôle. La question du film est au fond celle qui a fouetté les sangs de tout le festival : que faire de toute cette énergie ?

http://www.liberation.fr/culture/cinema/288410.FR.php

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Oct 23

Depuis le 22 septembre et jusqu’au 31 décembre prochain, le Musée de l’Armée présente Amours, guerres et sexualité. Cette exposition est étymologiquement terrible. Elle vient casser la vision habituelle des conflits, y compris ceux qui se déroulent actuellement. Les images et les mots des deux grandes focales des conflits au XXè siècle, le grand reportage et le cinéma, décrivent souvent de façon totalement séparée deux mondes, celui du front et celui de l’arrière. Pourtant deux liens forts les unissent jusqu’à l’obsession : la nourriture et le sexe. Les deux sont en général tabous. Aucun gouvernement en temps de guerre ne peut se glorifier ou se vanter des restrictions alimentaires, il se contente de les organiser, en ajoutant parfois, afin de faire taire les ventres qui crient famine et de mieux faire passer ces restrictions, une ode sur l’indispensable pointe de culpabilité que le civil doit éprouver à l’égard du soldat.
 
Le sexe est tout aussi tabou. Il n’en est pas moins organisé, en tout cas en ce qui concerne la chose militaire. C’est vrai pour les fameux “BMC”, bordel militaire de campagne, indissociables des conflits depuis 1914. Cela l’est également de la relation entre le sexe faible et le renseignement militaire.
Devant la profusion de documents qui témoignent tout au long de l’exposition et du livre des amours interdits, de la prostitution, des viols ayant jalonnés les deux conflits mondiaux et des millions d’êtres séparés, on est pris d’un vertige à l’idée que le tabou demeure.

Il ne s’agit pas d’être alimenté en détails graveleux sur la condition sexuelle des GI’s engagés en Irak, mais de traiter ce genre d’informations, qui ne le sont habituellement jamais. Certes, les amours cachés hétérosexuels (à défaut d’être paritaires, les unités US engagées en Irak sont bien mixtes) ou homosexuels de la seconde guerre du Golfe, ne donneraient pas lieu à des sujets hauts en couleurs comme les reportages dans les rues chaudes de Cholon à Saïgon en 1970. Quant aux massacres à symboliques sexuelles et ethniques (voulues et organisées) dans certaines régions d’Afrique, ils sont noyés dans l’horreur de l’information. Il en est ainsi des viols des mères auxquelles les tortionnaires coupent ensuite le bout des seins afin qu’elles ne puissent plus allaiter leurs bébés. Le politiquement correct a banni ce type de photos des newsmagazines, y compris ceux qui mettaient en “Une” un cliché d’un petit biafrais affamé aux yeux exorbités et au ventre difforme.

Ce n’est pas le moindre des mérites de cette exposition et du livre que de montrer et de narrer sans aucun voyeurisme à quel point la guerre, vécue à la première personne, civile ou militaire, est à la fois terriblement sale et compliquée. Parmi les femmes tondues, il n’est pas difficile d’imaginer que certaines éprouvèrent une passion authentique, au même titre que d’autres tombèrent réellement amoureuse d’un GI sans pour autant se “vendre” pour une tablette de chocolat ou une paire de bas.

Puisque la presse d’actualité qui suit les conflits contemporains ne veut ou ne peut faire son travail, puisque le cinéma continue à produire d’un côté des remakes de Tant qu’il y aura des Hommes et de l’autre L’Ennemi intime  - la qualité cinématographique n’est pas ici en cause -, puisque l’historien est parfois impuissant à exprimer les dommages collatéraux de la bête humaine – c’est plus aisé pour un romancier –, il faut courir voir cette exposition et acheter cette récente livraison de la rue Sébastien Bottin. Elle touche à l’histoire, mais parce qu’il s’agit de celle du temps présent ou presque  , elle concerne également l’actualité.

L’ouvrage donne ainsi des  clefs pour comprendre les actuelles relations diplomatiques entre les deux Etats coréens et le Japon. La vague d’émotions soulevée par le Premier Ministre japonais en mars 2007, Shinzo Abe, qui a affirmé qu’il n’y avait eu aucune prostitution imposée à 200.000 femmes par les forces armées japonaises, a atteint les rizières le plus éloignées. En japonais, cela s’appelait des “femmes de réconfort “…

Amours, guerres et sexualité comble ainsi un vide à propos d’un sujet que n’abordent jamais nos journaux quotidiens et remet en cause la naïveté de notre vision de plus en plus aseptisée de la guerre. Elle n’est pas propre, mais elle est parfois la cause et le décor d’histoires d’amours improbables. Pourtant, à la fin de l’ouvrage, on a l’impression de voir écrit, en lettres de sang, “Pourquoi tant de haine ?”

L’exposition Amours, guerres et sexualité 1914-1945, se tient à l’Hôtel national des Invalides, du 22 septembre au 31 décembre 2007
Tous les jours de 10h-17h.
Fermée le premier lundi de chaque mois, les 1er novembre et 25 décembre.

Source : http://www.nonfiction.fr/article-125-ares_et_eros.htm

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