Plaque tournante de la prostitution, le quartier de la Gare s’apparente à une véritable cour pour les grands. Entre jalousies, pressions et, bien sûr, beaucoup d’argent, passage nocturne dans un milieu probablement moins dangereux que le veut sa réputation, à condition de ne pas y plonger.
Jugée trop belle par la concurrence, S. est régulièrement contrainte à jouer avec le feu, et sa propre vie. En effet les habituées l’ont chassée des rues Wenceslas Ier et d’Alsace, seul coin où le racolage est toléré. Ainsi livrée à elle-même, la jeune femme d’origine albanaise se rabat sur le «Ale Stréch», où personne ne l’avertit de clients potentiellement agressifs.
«C’est toujours la même chanson», dit-elle, sur un ton agacé. Car en plus du danger évident que représente son activité, elle risque une sanction pour «s’exposer sur la voie publique en vue de la prostitution».
Si cette fois elle s’en sort avec un simple avertissement, la police conduit, quelques minutes plus tard, une jeune Bulgare au commissariat de proximité. Malgré l’amende de 500 euros, elle ne perd pas le sourire.
«Je suis passée par l’Allemagne. Et là, ça fait 3 ans que je travaille ici», raconte cette prostituée de27 ans. Si elle visite régulièrement son pays d’origine, elle n’envisage pas vraiment de retourner y vivre.
Pour l’inspecteur Christiane Schortgen, le procès-verbal relève de la routine, puisque les prostituées «ont toutes déjà payé au moins une fois».
Veiller au calme du quartier
Le rôle des forces de l’ordre ne se limite toutefois pas à la répression. Par sa simple présence, la police rassure et évite, dans la mesure du possible, les dérapages.
«Ce n’est pas seulement une question d’argent, confirment deux prostituées dominicaines. Au Luxembourg, il n’y a pas autant de dangers. Grâce à la police, le pays est tranquille, et les clients plutôt gentils, puisqu’ils ne veulent pas avoir de problèmes».
Au-delà de veiller au calme du quartier, le commissariat ne dispose toutefois pas des moyens nécessaires pour venir en aide aux prostituées. «Il y a très souvent des hommes derrière tout ça. Mais c’est la section de recherche qui s’en charge. En tout cas, les femmes ne se plaignent absolument jamais», précise Christiane Schortgen.
Cette pression, subie par nombre de prostituées, explique en partie le silence que certaines s’imposent. Parfois, elles invoquent aussi leurs enfants ou leur toxicomanie, qu’elles refusent d’étaler au grand jour.
En marge de la prostitution plus traditionnelle, quelques travestis et transsexuels font, eux aussi, le trottoir. «Au moins, je peux m’offrir le luxe que je veux, relate «Vanessa», petite starlette du milieu. Le prix d’un écran plasma, c’est fait en trois ou quatre jours».
Plus tard dans la soirée, il avouera que les relations ne lui procurent aucun plaisir, «sauf quand le client est mignon». Mais en tant que Luxembourgeois, il ne souhaite pas vivre aux dépens de l’État : «Si nous arrêtions, il y aurait trop de personnes à vivre du RMG».
Sans cesse confronté à cette couche de la population, le commissariat de proximité a su trouver sa place au sein du quartier, et instaurer une «bonne relation» avec les filles de rue.
«Au début, je croyais que je devais jouer à Mère Teresa», confie l’inspecteur Schortgen. Entretemps, la jeune femme fait surtout en sorte que le règlement soit respecté, et ce, dans un souci d’ordre public.
Source : http://www.le-quotidien.lu
Après de très nombreuses réclamations et la constitution du comité SOS Gare, le règlement général de police a été modifié, le 26 mars 2001.
Depuis, le racolage est interdit dans les rues formant le «Ale Stréch», à savoir les rues du Fort Wedell, de Reims, du Commerce et d’Epernay. Ces endroits continuent toutefois à être fréquentés par les prostituées à la recherche de la clientèle des cafés et autres établissements. Les amendes peuvent, dans le pire des cas, s’élever à 2 500 euros.
La prostitution se déroule donc de manière officielle dans les rues d’Alsace et Wenceslas Ier, mais uniquement de 20h à 3h et à condition que «ni la sécurité et la commodité du passage ni la salubrité et la tranquillité publiques ne s’en trouvent affectées».
Au-delà de ce cadre bien défini, «il est défendu de paraître en public dans une tenue indécente ou pouvant donner lieu à scandale».
Tags: luxembourg, Quartier Rouge
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