Mar 08

Ces derniers temps, la nouvelle offensive médiatique anti-prostitution concerne l’affaire de l’échange de logement contre des services sexuels. Affaire sortie par Libération et reprise depuis par des dizaines de médias, dont la télévision. A iprostitution.org, on reçoit même des appelles de l’étranger qui veulent en savoir plus sur la question. Une affaire qui suggère une question : « On fait quoi par rapport à ce problème ? »

La réponse qu’on commence à entendre est : « Il faut interdire cela ! » On en revient alors au fameux « débat » de la pénalisation du client.

Pour ma part, face à de tels phénomène, je dis : « il faut réglementer cela ». Je m’explique : Ce qui me gène, c’est que la fille se retrouve contractuellement lié avec son client sur le long terme. Elle ne peut résilier ce contrat qu’en quittant son logement. Nous sommes dans un système, actuellement, qui certes, autorise les gens de se prostituer ou aller voir des prostituées, mais où rien n’est défini pour « encadrer » les relations entre prostituées et les personnes qui évoluent autour d’elle, clients ou prestataires (loueurs par exemple, c’est tout simplement interdit).

Dans un système de prostitution réglementé sain, en aucun cas la prostitué ne peut être liée dans le temps avec quiconque, la prostituée ne devant pas être mis en état de dépendance contractuelle qui l’obligerait à avoir des relations sexuelle. Si nous étions dans un bon système réglementé, ce genre de chose de client-loueur serait interdit pour cette raisons, parce que la fille ne pourrait pas refuser le client sous peine de perdre son logement et serait aussi contractuellement liée à son client sur le long terme.

Avec une réglementation saine, on pourrait en France éviter les dérives que l’on rencontre dans notre prostitution nationale. Cette dérive dont on parle ici, où la fille est rendue sexuellement dépendante de son propriétaire-client, et d’autres. Comme l’obligation qu’ont certaines filles à boire dans des bars à hôtesse (les filles sont payées sur les consommations). Comme l’absence de structures qui les fait exercer dans des conditions telle (dans les bois ou des voitures) qu’elle sont dévalorisées et doivent, par conséquence, octroyer des tarifs plus bas que si elles exerçaient dans des lieux chaleureux. Comme cet isolement qui les pousse à se faire une concurrence sur les prix et les prestations (parfois, les clients négocient le port du préservatif), quand dans une structure le client est moins porté à la négociation (de même qu’on est tenté de marchander chez les vendeurs à la sauvette, moins dans une boutique).

Dans les pays européens où la prostitution est réglementée, cette réglementation suit deux objectifs : offrir des conditions de travail « normales » aux personnes qui se prostituent, et combattre l’exploitation et la violence. Ainsi, dans ces pays, il y a quelques règles que l’on observe partout :

– La prostituée est toujours indépendante. Elle n’est jamais liée à un contrat de travail par exemple. Elle peut venir et partir quand elle le veut, c’est un droit fondamental. Elle peut être bien sûr liée par un contrat de location par exemple, mais en aucun cas par un contrat qui définirait avec qui elle doit aller, ce qu’elle doit faire au lit, la fréquence des rapports, etc. Déja, sur ce point, en tant que loueur, notre homme est en infraction, puisqu’il négocie cela.
– La prostituée est la seule à choisir son client et le type de services sexuels qu’elle offre. Personne n’a le droit de lui imposer un client ou une pratique. Si elle refuse de retourner avec un client avec qui elle a déjà couché, c’est son droit. En tant que loueur, l’homme en question est encore en infraction en l’obligeant, sous peine de perte de logement, à retourner avec lui.
– Le prestataire autre que la prostituée gagne son argent en louant des chambres, en faisant payer l’entrée de ses infrastructures, avec les consommations, etc. Il ne prend pas d’argent sur la prestation sexuelle en elle même, dans la plupart des cas, son chiffre d’affaire n’est pas lié à celui de la prostituée. Certes, la prostituée sait que son loyer correspond à tant de prestations sexuelles, ou alors que pour chaque prestation sexuelle elle fera gagner de l’argent à l’hôtelier, mais on reste sur le principe que ce qui se passe dans la chambre ne regarde pas le propriétaire du lieu, ce qui a été décidé entre le client et la prostituée ne le concerne pas. En tant que loueur qui dit à la prostituée ce qu’elle doit faire sexuellement contre son logement, notre homme est encore en infraction.
– Entre le propriétaire des infrastructure et les prostituées, le lois sur le harcèlement sexuel existent. Lier le maintien dans un lieu à des prestations sexuelles à effectuer sur le propriétaire est puni. Encore une charge contre notre homme.
– Dans certains pays, comme en Belgique, les prix des logements destinés aux prostituées sont contrôlés. Si le prix est trop élevés, alors les autorités considèrent qu’il y a du proxénétisme. On ne peut pas octroyer un tarif différent à une prostituées ou à une non prostituée dans un hôtel par exemple. Il est probable que notre client-loueur fait une sorte de discrimination dans son offre.
– Dans la plupart de ces pays, le recrutement actif est interdit. Par exemple, en Suisse, il est formellement interdit de proposer un travail de prostituée à quelqu’un. C’est à la personne qui veut se prostituer d’aller dans un salon pour postuler. Notre loueur-client, en passant des annonces en tant que loueur pour prostituées, fait un recrutement actif qui le met en infraction.

Comme on le voit, un système réglementariste peut permettre de combattre ce genre de dérive avec tout un arsenal juridique, alors que dans notre système abolitionniste ne le permet pas. Notre système actuel ne reconnais pas la prostitution pleinement et se refuse donc de donner une réglementation aux métiers du sexe, par exemple légiférer sur les relation prostituées-client et prostituée-loueur. Dans cette affaire, avec notre législation, on peut tout au plus attaquer le propriétaire sur la discrimination sexuelle (puisqu’il refuse les hommes), alors que le vrai problème que révèle cette affaire est la mise sous dépendance sexuelle, et que rien n’est prévu contre cela.

Mar 04

On ne voit pas très bien ce que le métier de prostitué(e) aurait de plus moralement dégradant que d’autres métiers dits “de services”; ce qui l’est c’est, d’une part, le regard hypocrite d’une société qui le méprise tout en l’exploitant (en tous les sens du terme) et surtout, d’autre part, les conditions de cette exploitation, du fait de cette condamnation morale de façade. Tout métier de service à la personne pourrait,si on pousse la logique des choses, être considéré comme de la prostitution. La condamnation “moraliste” du seul service qu’est le service sexuel est en droit injustifiable; du reste le droit n’interdit pas la prostitution, mais le proxénétisme généré par le refus de soumettre ce métier au droit social ordinaire.. Il y aurait donc une contradiction à refuser certains droits sociaux aux prostitué(e)s, au nom de refus moral de la prostitution, alors que celle-ci n’est pas, en droit, interdite et qu’elle est une profession légalement fiscalisée et donc reconnue.

Examinons les élements de ce paradoxe:

On ne voit pas, en effet, en quoi le sexe serait un organe corporel différent de la main qui masse ou qui coupe les cheveux ou qui soigne…à moins de considérer que la sexualité en général doit être soumise à des normes ou interdits moraux particuliers, ce qui avait peut-être encore un sens à une époque où la contraception n’existait pas, mais n’en a plus aujourd’hui. Les seuls motifs de cette différence paraissent d’ordre religieux et donc ne valent que pour ceux qui y adhèrent et non pour tous. Le problème est donc que le point de vue moral des adversaires de la prostitution n’est pas nécessairement celui de tout le monde; chacun a le droit de considérer que la prostituion est un service comme un autre et je ne vois pas au nom de quelle morale valant pour tous on pourrait imposer aux autres, clien(e)ts et prostitué(e)s consentant(e)s, la morale particulière qui est celle de ses adversaires. Personnellement, je n’aime pas la boxe que j’estime violente mais je n’en demande pas l’interdiction pour autant, dès lors que les boxeurs (adultes et vaccinés) ne la voient pas comme telle ou consentent à cette violence comme un plaisir lié à leur sport. Si c’est en effet le droit des adversaires de la prostitution de la refuser pour eux-mêmes, ce ne l’est pas de l’interdire aux autres.Ce qui fait que le droit, par principe libéral et universaliste, ne peut interdire la prostitution (laquelle ne concerne pas que les femmes), ce qui est effectivement le cas: le droit interdit le proxénétisme et le racolage sur le voie publique, pas la prostitution. Il est alors absurde de voir le droit condamner pour proxénétisme quiconque vit avec un(e) prostitué(e) ou loue un logement ou une chambre à un(e) prostitué(e ) etc..

Ainsi si nul ne n’oblige personne à se prostituer ou à fréquenter les prostitué(e)s on ne voit pas en quoi il faudrait interdire le prostitution, comme service rémunéré à la personne, à ceux qui y consentent . De plus le fausse interdiction actuelle a pour seul résultat de transformer la prostitution en esclavage et en entreprise mafieuse dont les pratiques sont contraires aux droits des hommes et des femmes prostitués.

C’est un tel déni des droits des prostitué(e)s qui est injustifiable alors qu’elle ont le droit d’exercer ce métier. Pour sortir de cette contradiction, il faut donc sortir de l’hypocrisie qui consistent à condamner la prostitution et surtout les prostituées pour des raisons «moralistes» particulières et à la «tolérer» l’exercice de leur métier, dans les conditions les plus intolérables pour elles et les plus dangereuses pour la santé publique, du fait même de cette condamnation injustifiable en droit. Il faut donc légaliser la prostitution de telle sorte que les prostituées jouissent du droit social de tous les autres travailleurs. et que les exigences de santé publique particulières à cette profession puissent s’appliquer comme dans les autres.

Réponse à une objection:
Dans le précédent article, je n’ai fait que montrer qu’il y a une contradiction entre le fait que l’on ne peut ni en droit, ni en fait, interdire une profession et le fait de refuser tout droit social quant à son exercice; cette contradiction conduit donc à stigmatiser les prostitué(e)s et à accepter, avec quelques protestations bien-pensantes parfaitement hypocrites, qu’ils (prostitué(e)s) l’exercent dans des conditions qui, du fait de cette stigmatisation, sont parfois proches de l’esclavage et dans un cadre criminogène dont ils sont les premières victimes, mais aussi la santé publique via leurs clients.

Quant à savoir ce qu’il en est de la jouissance féminine, deux remarques:

Je ne suis pas certain que les prostituées exercent cette profession en vue d’en jouir sexuellement même si cela n’est pas exclu. mais cela est vrai de la plupart des professions qui ne sont pas, ni sexuellement, ni autrement, des parties de plaisir. D’autre part je ne pense pas qu’il y est une grande différence entre la jouissance masculine et féminine mais qu’il y a des différence entre les individus tous sexes confondus.

Le métier de la prostitution ne concerne pas que les femmes mais aussi les hommes, c’est pourquoi je m’efforce d’écrire: prostitué(e)

Je n’ai aucune métaphysique qui essentialiserait la différence sexuelle et du reste ma philosophie est anti-métaphysique en cela qu’elle refuse d’enfermer la réalité dans des grilles conceptuelles qui vaudraient pour tous sans examen rationnel et critique. Elle se soucie des personnes plus que des entités conceptuelles plus ou moins forgées sur fond de préjugés discutables sur la sexualité. Ce que le pense avoir fait dans mon article.

Je soutiens entièrement la cause des mouvements qui militent pour la légalisation, en terme de droit du travail, d’une profession qui ne peut pas être affirmée, en elle-même, comme plus infamante que beaucoup d’autres.

Il ne faut pas confondre les situations et les problèmes:

C’est une chose de constater que, dans les conditions d’aujourd’hui, il est imposssible d’exercer cette profession dans des conditions de dignité sociale et de santé publique minimales; mais la légalisation et la non discrimination de cette profession ferait que ceux et celles (et je le redis: les prostitué(e)s ne sont pas seulement des femmes) qui désirent l’exercer pourraient le faire sans être socialement discriminées ou méprisées à commencer par le droit; c’est le même problème qu’avec l’homosexualité: le société peut et doit évoluer sur ce point et le droit peut et doit y contribuer.

C’est autre chose que de choisir la prostitution socialement et juridiquement réhabilitée pour soi ou ses proches (et des adultes ne sont pas des enfants et reciproquement: la pédophilie est condamnable car elle est toujours violence faite à l’enfant, pas la prostitution entre adultes consentants); car cela relève de la liberté individuelle.

Chaque famille peut donc choisir d’éduquer et d’orienter la formation de ses enfants dans le sens de ses convictions; ce qui ne veut pas dire que les enfant, devenus adultes, ne fassent pas des choix différents. La seule chose qui paraît devoir être rigoureusement interdite c’est une éventuelle formation professionnelle à la prostitution avant la majorité; cela reviendrait à décriminaliser la pédophilie. Mais il y a de nombreux métiers qui ne peuvent pas relever d’une formation “en acte” avant la majorité (ex: la police et l’armée et toute profession qui peut faire usage de la violence potentiellement létale).

Source : http://sylvainreboul.free.fr/prostitution.html

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Feb 19

Quelque part dans Berlin. Nina sonne. Une femme ouvre et l’accueille à bras ouverts. C’est la mère de Karsten sévèrement handicapé par une sclérose multiple. Cet ancien footballeur, la trentaine, est couché nu sur son lit. Incapable de se mouvoir, il est presque aveugle et ne s’exprime quasiment pas. Nina est venue lui faire du bien… Pionnière en matière d’assistance sexuelle, cette Hollandaise prend son temps et commence par allumer des bougies et brûler de l’encens… Nina caresse le lobe de l’oreille de Karsten, lui masse les épaules, les bras, effleure son corps avec un voile léger. Elle lui demande s’il ressent quelque chose et si cela lui fait du bien. Plus tard, vêtue de son seul slip noir, la jeune femme prend la main de l’homme et la promène doucement sur ses seins puis la pose sur ses fesses tandis qu’elle l’embrasse à pleine bouche. Le visage de Karsten aujourd’hui décédé s’illumine tandis que celui de Nina respire la paix. L’émission diffusée en 2000 par la chaîne de télévision allemande SW3 prend fin sur une impression d’harmonie, de sentiments partagés et de respect mutuel.

Ni ange, ni bête…

Nina de Vries, 42 ans, se déplace ou reçoit chez elle depuis de nombreuses années. Elle prodigue des sensations érotiques à des personnes avec un handicap physique ou mental. Elle masse, caresse, embrasse et prend dans ses bras des gens qui peuvent en faire de même avec elle et leur procure ainsi un plaisir qui peut aller jusqu’à l’orgasme par la masturbation. Pénétration et fellation sont exclues des prestations de cette assistante sexuelle dont les services sont payants. Nina de Vries s’inspire de principes bouddhistes pour pratiquer son art et n’a vraiment rien d’une prostituée.

En matière de sexualité, le sujet déficient mental ne fait pas moins, il fait autrement, écrit le psychologue Denis Vaginay. Ni ange, ni bête mais profondément humain, il a le droit de s’épanouir en vivant pleinement sa sexualité. Cette réalité ne devrait plus être contestée. Brisant un tabou, la section zurichoise de Pro Infirmis a sollicité Nina de Vries pour former des assistants sexuels.

Cette profession existe depuis des années en Hollande, au Danemark et en Allemagne où des associations mettent en contact les handicapés avec des femmes capables de soulager leurs besoins sexuels. Ce sont des volontaires issues des professions médicales (infirmières, aides-soignantes), sensibilisées aux problèmes des handicapés. Elles sont formées pour embrasser,

caresser, déshabiller ou masser les personnes handicapées qui peuvent aussi les appeler pour une simple discussion ou une relation purement sensuelle. En Hollande, ces professionnelles vont jusqu’à la relation sexuelle complète. L’assurance-maladie rembourse leurs prestations à raison de deux séances par mois. Le tarif est d’environ 120 frs de l’heure.

Expériences intimes

Partant du principe que les personnes en situation de handicap sont souvent désavantagées sur le plan de la sexualité, Pro Infirmis Zurich a décidé de suivre ces exemples et de former des assistantes et assistants sexuels qui exerceront à titre d’indépendants et offriront contre paiement des expériences intimes,

sensuelles et érotiques aux personnes handicapées: tendresse mais aussi contacts corporels, conseils sur la masturbation, jeux sexuels et massages érotiques.

Les personnes handicapées &endash; surtout celles qui présentent un handicap mental &endash; ont peu de possibilités de découvrir, d’explorer et de vivre leur sexualité. De nombreux obstacles s’y opposent: mobilité insuffisante, capacité de communication restreinte, déficits d’information… Pour les aider à mieux vivre, Pro Infirmis Zurich a développé diverses offres: conseils en matière de sexualité, documentation et matériel didactique, cours sur l’amour et l’amitié, surprises-parties. L’une de ces offres consiste à former des assistants sexuels. Dès fin 2003, 8 à 12 de ces personnes devraient exercer en indépendants dans le canton de Zurich. Pratiquant de préférence une profession ayant un lien avec le corps, elles auront été préalablement sélectionnées puis formées par Nina de Vries lors d’un cours de 18 jours. La longue expérience de Mme de Vries lui a permis de concevoir un enseignement qui prépare les candidates et candidats à leur tâche délicate avec beaucoup de circonspection et de sensibilité.

 

Coachés et supervisés

Ces assistantes et assistants sexuels seront ensuite «coachés» et supervisés. Ils s’engagent à fournir loyalement des prestations convenues à l’avance à un prix correct ; ils s’obligent à garder une distance professionnelle avec la clientèle ayant un handicap mental et à consacrer le temps nécessaire pour fournir lesdites prestations. Pro Infirmis leur demande d’être capables d’avoir des relations d’égal à égal avec les personnes handicapées et d’adapter leur comportement de façon à tenir compte des besoins particuliers de personnes différentes qui pensent, sentent et fonctionnent différemment. Leurs adresses figureront sur une liste que l’association zurichoise remettra sur demande aux intéressés. Une autre liste contenant les coordonnées de prostituées sera à disposition de ceux qui souhaitent des rapports sexuels complets. Cette liste recensera des professionnelles respectant des règles préétablies par Pro Infirmis.

Que pensent parents, responsables d’institutions et spécialistes de ce type de services ? Pour Catherine Agthe, sexo-pédagogue, l’aide sexuelle directe est la bienvenue. Mais elle ne demeure qu’une offre parmi d’autres et ne peut l’être que de cas en cas. La majorité des personnes handicapées vivent leur sexualité pour elles-mêmes ou avec un(e) partenaire et toutes ne souhaitent de loin pas ce type de services. Il n’empêche! Pour les quelques-unes qui pourraient en tirer profit &endash; parce que vivant un manque important de contacts physiques, ne sachant pas se masturber ou s’auto-mutilant par la masturbation, etc… &endash; les prestations des assistant(e)s sexuel(le)s peuvent contribuer à un mieux-être, voire à un bien-être.

Faire confiance

La sexo-pédagogue pilote actuellement trois relations entre des personnes handicapées et des prostituées. Même si cela se passe bien, il sera toujours préférable de recourir à des professionnelles formées dans les domaines des handicaps, de la relation, de la sexologie, des abus sexuels et de l’éthique, capables de répondre à des besoins spécifiques par des approches sensuelles et sexuelles différentes de celles, assez directes, des prostituées.

Y a-t-il danger que la personne handicapée mentale tombe amoureuse et ne puisse pas assumer cette relation? Cela peut arriver, répond notre interlocutrice.

Le risque zéro n’existe pas dans ce domaine, car c’est la vie. Mais les assistantes et assistants sexuels seront formés et compétents pour gérer la relation. Et l’on pourrait aussi parfois faire un peu plus confiance à la personne handicapée; car qui est propriétaire de son désir? Elle-même, ses parents, son tuteur, ses éducateurs, la direction de l’institution? Cela repose tout le problème de la dépendance de cette dernière et de celui des tiers intervenants avec leurs valeurs, leur morale et leurs fantasmes… C’est souvent autour du tiers que se nichent toutes les peurs, les résistances, les dénis et les silences.

Mme Agthe salue l’initiative “novatrice et courageuse”de Pro Infirmis Zurich. En Suisse romande, beaucoup pensent à ces offres individualisées mais peu osent encore en parler. On observe une prise de conscience grandissante chez les professionnels et les remous provoqués par la percée zurichoise font avancer la cause. Quand bien même d’énormes progrès ont été réalisés en 20 ans, il faudra bien patienter encore quelques années avant que l’utilité des assistantes et assistants sexuels soit reconnue chez nous aussi et que les institutions leur ouvrent leurs portes.

Non au tourisme sexuel

La Farandole, à Fribourg, héberge 36 adultes de 18 à 60 ans avec un handicap mental moyen à sévère, dans deux foyers, trois appartements et un studio. Le droit à la sexualité des résidents y est reconnu. Il s’agit d’ailleurs de l’un des critères de qualité à respecter pour obtenir des subventions de l’OFAS. L’homosexualité ne pose pas de problème pour autant que la relation s’exerce entre deux personnes consentantes. La masturbation non plus, à condition qu’elle ne tourne pas à l’exhibitionnisme et qu’elle se pratique en privé.

Toutes les résidentes de La Farandole en âge de procréer recourent volontairement à un moyen de contraception, qu’elles entretiennent ou non des relations sexuelles. Le risque de grossesse est à éviter absolument. La direction ne s’est pas opposée au désir d’un résident de se rendre chez une prostituée qu’il payait lui-même mais elle n’aurait pas toléré que la dame vienne le voir dans l’institution. L’homme en question avait auparavant été dûment informé par le planning familial et savait se protéger.

A La Farandole, on n’accepte pas le “tourisme sexuel” ou le papillonnage. Un adulte a dû partir dans une autre institution parce qu’il imposait des relations sexuelles à de jeunes femmes incapables de se défendre. Au contraire, on privilégie les partenariats stables. Le studio est d’ailleurs prévu pour accueillir un couple. Il est occupé actuellement par deux hommes parce qu’aucun des couples formés ne va au-delà de quelques baisers et “je t’aime” échangés devant la télévision… L’institution collabore étroitement avec le service du planning familial. Le rôle des éducateurs se limitent à détecter les besoins et à les signaler. A la Farandole, on reste prudent quant à “l’expérience” menée à Zurich avec les assistants sexuels. Actuellement, personne dans cette institution n’aurait besoin de leurs prestations. Si tel devait être le cas, il s’agirait de cadrer leur intervention et d’établir avec eux une charte précise.

 

Ne pas aiguiser l’appétit

Marc, 33 ans, trisomique, vit dans un des foyers de La Farandole. Sa mère a la conviction qu’il n’est pas frustré sexuellement. Cet homme se contente de se satisfaire lui-même dans sa chambre et tout le monde respecte ses pratiques et son intimité dans ces moments-là. Un ou deux copains de son foyer disent faire l’amour “sur la bouche” avec leur copine lorsqu’ils l’embrassent mais cette amitié ne va pas au-delà. Les besoins de ces personnes ne sont pas énormes et ne vont pas jusqu’à une relation sexuelle complète. La mère de Marc n’aurait rien contre le fait que son fils entretienne des rapports sexuels avec une handicapée mentale à condition qu’ils forment un couple stable et que chacun respecte l’autre. Elle souhaiterait le cas échéant en être informée et participer à l’encadrement mis en place autour de cette relation.

Cette mère condamne l’initiative prise par un père qui a emmené son fils voir des prostituées. Il ne faut pas selon elle éveiller des désirs, des besoins qui n’existent pas. Faire découvrir ainsi le plaisir risque d’aiguiser des appétits qui peuvent tourner ensuite à l’obsession et entraîner la dépendance. On aurait tort par ailleurs de surestimer les besoins des personnes avec un handicap mental, affirme notre interlocutrice.

“Je n’arriverais pas à payer quelqu’un pour coucher avec mon fils”, lance la mère de Marc. Et cette

remarque vaut aussi pour de futurs assistants sexuels. A la rigueur pourrait-elle envisager que l’on recourt aux services de ces personnes pour des handicapés légers capables de discernement, à même de s’exprimer et d’évaluer la situation. Il faudrait alors soigneusement préparer l’intervention avec le psychologue, les différents intervenants et le planning familial, sans oublier les parents. Pour les autres, le risque d’abus lui semble trop important. La personne handicapée mentale va s’attacher et tomber amoureuse car elle ne comprendra pas que le bien qu’on lui fait n’est qu’un service tarifé… Pourquoi aller si loin alors que beaucoup de trisomiques se contentent de se donner la main?

Interdit de toucher les seins

Institution Homato, les Buissonnets, Fribourg. Une trentaine de polyhandicapés profonds des deux sexes, âgés de 18 à 38 ans, vivent en totale dépendance dans cinq appartements. Quelques-uns ont des besoins sexuels, qu’ils tentent de satisfaire &endash; souvent maladroitement &endash; par la masturbation. Quelle doit être la réaction d’un éducateur qui constate que quelqu’un se fait mal en se masturbant et n’arrive pas à ses fins? Doit-il apporter son aide? Si un résident demandait à être masturbé &endash; cas qui ne s’est encore jamais produit &endash; , il faudrait en discuter en plénum, répondent nos interlocuteurs. A Homato, les questions en rapport avec la sexualité sont évoquées avec les parents et traitées en collaboration avec le planning familial. Il est important que les résidents n’associent pas éducateurs et éducatrices au plaisir physique. Certes des liens d’affection se créent de part et d’autre et sont nécessaires à la prise en charge quotidienne. Les éducatrices sont souvent sollicitées pour des câlins mais elles doivent montrer par une attitude physique claire doublée d’un déni verbal que certains gestes &endash; comme toucher les seins &endash; ne sont pas admis. Car les éducateurs n’ont pas à s’impliquer directement dans la sexualité des résidents.

Tenir compte de l’avis des parents

Serait-ce alors le rôle d’assistants sexuels extérieurs à l’institution? Les responsables d’Homato n’en sont pas convaincus. Ils redoutent que le handicapé mental se méprenne sur la vraie nature de sa relation avec le thérapeute sexuel. Des personnes dont l’âge mental n’excède pas trois ans ne sont pas en mesure de faire la différence entre une pure prestation de service et de l’amour. Pour éviter de tomber dans la dépendance affective, il faudrait clairement séparer plaisir physique et liens amoureux, ce que les résidents de Homato &endash; d’après les éducateurs &endash; ne sont pas en mesure de faire. Visiblement, le nouveau service de Pro Infirmis Zurich ne répond pas aux besoins de polyhandicapés profonds, estiment nos interlocuteurs qui souhaiteraient toutefois en savoir plus avant de se prononcer définitivement.

En matière de sexualité, les responsables de Homato tiennent toujours compte de l’avis des parents même si leur enfant est adulte. Rien n’est entrepris qui irait contre leurs valeurs. Il en va de leur confiance en l’institution. Reste parfois qu’il faut avoir de sérieuses discussions avec eux. Notamment lorsqu’ils souhaitent faire avaler à leur enfant un médicament qui empêche toute érection, parce qu’ils ne peuvent moralement accepter que celui-ci se satisfasse lui-même.


Nationale 7
“Je m’occupe d’un homme qui va mourir parce qu’il n’a personne pour faire l’amour”, lance une jeune éducatrice à la prostituée qu’elle tente de recruter pour satisfaire René, 50 ans et myopathe. Insupportable, détesté de tous parce que sexuellement insatisfait, cet homme en fauteuil roulant aimerait encore faire l’amour avant d’en devenir totalement incapable. Cet être révolté se confie à sa nouvelle éducatrice qui va (presque) tout faire pour lui donner satisfaction. Julie tente d’abord de convaincre ses collègues de la nécessité de recourir aux services d’une prostituée. Pour ne pas devoir répondre de proxénétisme, elle essaie ensuite &endash; mais en vain - d’obtenir une ordonnance médicale. Elle finira par conduire elle-même, au risque de perdre sa place, le myopathe chez une professionnelle opérant dans une caravane le long de la N7 et ira jusqu’à lui enfiler le préservatif de rigueur… Jean-Pierre Sinapi a réalisé ce long-métrage en 1999 pour Arte en s’inspirant du vécu de sa soeur, éducatrice spécialisée près de Toulon. Un film à voir ou à revoir!

Agir au lieu de parler

Heidi Suter, 50 ans, socio-pédagogue, n’a pas attendu Pro Infirmis pour prêter son corps à des hommes ou des femmes avec un handicap mental ou physique. Longtemps confrontée dans sa pratique professionnelle à l’insatisfaction sexuelle de handicapés, elle a décidé de sortir de l’univers de la pédagogie curative et de payer de sa personne.
Strip-teases, massages érotiques, contacts corporels, vibromasseur, pénétration…
Ses prestations sont étendues mais excluent le baiser sur la bouche, geste sentimental qui pourrait laisser croire à une relation amoureuse. Prostituée spécialisée, Mme Suter rêve d’ouvrir un bordel polyvalent. Elle constate que les institutions sont très réservées à l’égard de la sexualité en général et de ses services sexuels en particulier, craignant peut-être de susciter des besoins. Elle souhaite de leur part davantage d’ouverture d’esprit et une certaine disponibilité au dialogue.
Tél. 062 721 02 91
heidi_suter@bluewin.ch

Nos interlocuteurs

  • Catherine Agthe Diserens, sexopédagogue
  • Thomas Brugger, directeur de La Farandole
  • Mario Seebacher, directeur du Homato, les Buissonnnets
  • Josette Seydoux, responsable pédagogique du Homato
  • Isabelle Lüdecke, maman.


Source : http://insieme.ch/journals/j_3_03_f.html#Pkt

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Feb 07

Prostitution sur Internet et Web 2.0 : quelles responsabilités ?
Racolage et proxénétisme connaissent un fort développement sur Internet. Pour autant, les responsabilités de chacun sont souvent délicates à établir, surtout dans l’univers communautaire ou une grande part du contrôle est laissée à l’utilisateur lui-même.

Plusieurs études et ouvrages parus récemment mettent en évidence l’importance grandissante du phénomène de prostitution sur Internet. Une des raisons avancée pour expliquer le développement de cette “cyber-prostitution” serait la création du délit dit de “racolage passif”, par la loi de 2003 pour la sécurité intérieure : la prostitution aurait quitté la rue pour les espaces d’Internet, moins dangereux et surtout moins exposés aux interventions policières.

Le racolage via Internet est il légal ?

Ce développement de la prostitution sur Internet conduit tout d’abord à s’interroger sur le point de savoir si elle est illégale et si les sites de prostitué(e)s sont susceptibles de constituer un délit de “”racolage” ? Pour répondre à cette question, il convient avant tout de rappeler l’article 225-10-1 du code pénal, selon lequel “Le fait, par tout moyen, y compris par une attitude même passive, de procéder publiquement au racolage d’autrui en vue de l’inciter à des relations sexuelles en échange d’une rémunération ou d’une promesse de rémunération est puni de deux mois d’emprisonnement et de 3.750 euros d’amende“.

Si la rédaction du texte est pour le moins large, la jurisprudence s’est montrée restrictive dans l’application de ce délit. Ainsi, plusieurs juridictions ont considéré qu’il ne pouvait y avoir délit à défaut de constatation d’actes commis en vue d’inciter quiconque à des relations sexuelles rémunérées. Concrètement, cela suppose par exemple des “paroles ou gestes expressifs pouvant constituer une invitation à avoir des rapports sexuels“.

A la lumière de la jurisprudence, la cyber-prostitution ne constituerait donc pas du racolage, dans la mesure où la prostituée ne ferait sur son site que la description de services d’accompagnement ou de massages, de nature privée, sans clairement expliciter la nature des services réellement proposés, ni inciter à des relations tarifées… Tel est d’ailleurs le sens d’une réponse du ministère de l’Intérieur au député Godfrain, de juin 2007, aux termes de laquelle le ministère considère que : “[La prostitution étudiante] (…) doit recourir au démarchage par Internet, que la jurisprudence n’assimile pas au racolage défini et sanctionné pénalement.”

Pour autant, une telle réponse ministérielle n’a pas valeur réglementaire et il demeure théoriquement possible, voire probable, qu’une juridiction condamne une proposition de prostitution sur Internet sur le fondement du délit de racolage.

Reste que la poursuite d’un tel délit se heurterait probablement à un problème d’application territoriale de la loi pénale. A considérer en effet que le site Internet incriminé ne se trouve pas en France - hypothèse assez probable, il semblera difficile de le poursuivre dans la mesure où l’acte délictueux, la proposition de relations sexuelles tarifées, sera certainement réputé avoir été commis dans le pays ou le site est établi.

Comment devient-on proxénète ?

La cyber-prostitution ne saurait pour autant être considérée comme légale en droit français. Une décision du 8 mars 2007 rendue par le Tribunal de Grande Instance de Bobigny vient de le démontrer, en condamnant du chef de proxénétisme un développeur de sites Internet pour prostituées. Il a été reproché à ce dernier “d’aider, d’assister ou de protéger la prostitution d’autrui” en créant, moyennant rémunération, des sites Web de prostituées.

Dans la mesure où dans cette affaire l’auteur agissait en pleine connaissance de cause, la décision apparaît logique au regard de la loi pénale. On ne voit en effet pas pourquoi celui qui crée un site Internet ne serait pas proxénète, alors que la jurisprudence a reconnu des faits de proxénétisme dans le fait de prêter une camionnette à une prostituée, de publier des annonces racoleuses dans des journaux ou de mettre des lignes téléphoniques à disposition de prostituées. La relative tolérance qui semble prévaloir pour le délit de racolage sur Internet n’a pas cours s’agissant des proxénètes : une telle politique semble se comprendre en ce qu’elle tend à dissuader et sanctionner des exploitants, plutôt que pénaliser celles et ceux que l’on considère comme des victimes.

Si le proxénétisme peut être commis en aidant ou assistant la prostitution d’autrui, il est aussi incriminé par le Code Pénal sous une autre forme qui concerne très directement les éditeurs de sites Internet : l’intermédiation.

Ainsi, l’article 225-6 sanctionne de sept ans d’emprisonnement et de 150.000 euros d’amende, le fait de “faire office d’intermédiaire entre deux personnes dont l’une se livre à la prostitution et l’autre exploite ou rémunère la prostitution d’autrui.”

Plusieurs sociétés de “minitel rose” ont d’ailleurs été condamnées pénalement sur ce fondement. Il leur était reproché de laisser publier des messages de nature prostitutionnelle évidente et de s’interposer ainsi entre prostituées et clients, en parfaite connaissance de cause. Les sites de rencontres font depuis longtemps face à cette problématique et la majorité échappent à la sanction pénale en mettant en garde leurs utilisateurs, en surveillant scrupuleusement leurs services et en supprimant tous messages ou annonces racoleuses. Cette modération doit permettre d’éliminer l’élément intentionnel du délit, à savoir la conscience de permettre la prostitution d’autrui.

Et dans le Web 2.0 ?

Cette question connaît cependant un nouveau développement avec l’explosion du Web 2.0 : le concept même des sites communautaires, forums et autres réseaux sociaux est précisément de permettre une libre interaction entre les personnes.

Incontestablement, cette liberté est propice à l’offre de services de prostitution sur ces sites, les mettant ainsi en risque de proxénétisme si, à l’instar des sites de rencontres “classiques”, ils ne surveillent pas leur service.

Or, nombre de sites communautaires (blogs, forums de discussion, DailyMotion…) ont été récemment considérés par la jurisprudence comme des hébergeurs, non soumis à l’obligation de surveillance générale de leurs contenus et non responsables des contenus qu’ils hébergent, jusqu’à tant que leur caractère “manifestement illicite” leur soit signalé (c’est le fameux régime de responsabilité “allégée” de l’hébergeur).

Dans ces conditions, une question se pose fatalement : un réseau social ou un blog, qualifié d’hébergeur, abritant des annonces de prostituées est il soumis à un devoir général de contrôle, ce qui ne serait pas cohérent avec son statut légal, ou est il soumis au régime de responsabilité allégée, ce qui aurait pour conséquence de créer un système à deux vitesses avec les sites de rencontre “classiques” (qui sont eux pleinement responsables de leur contenus) ?

La réponse logique voudrait que, comme pour tous les sites communautaires, la qualification d’hébergeur soit retenue et que l’on compte sur les utilisateurs pour dénoncer d’éventuels “contenus manifestement illicites“. Pour autant, une offre de prostitution est elle “manifestement illicite” et peut on compter sur les clients pour dénoncer les prostituées ? On peut en douter.

Face au développement de la cyber-prostitution, la réponse judiciaire semble donc relativement floue et peu adaptée au développement du Web communautaire. Il reste alors aux tribunaux, voire au législateur, de se prononcer sur ce point, au risque de voir rouvrir les maisons closes … sur Internet.

Source : Le journal du net

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Jan 11

Une architecture spécifique s’intégrant dans le paysage urbain et offrant un lieu (sécurité, contrôle, solidarité…) dédié aux professionnel(le)s du sexe. L’objectif est d’apporter une nouvelle réponse aux besoins et règlements actuels. Le projet apporte une architecture significative, symbolique et discrète, jouant sur plusieurs domaines tels que le rapport jour/nuit, les séquences, les perspectives, etc. Il permet aussi de répondre à l’organisation possible d’un équipement dédié au commerce vénal pouvant accueillir les prostitué(e)s sous le statut de coopérative, s’inspirant des différents lieux qui composent la prostitution aujourd’hui. Cette proposition cherche à trouver la fusion entre le monde de la prostitution et la civilisation actuelle, entre la mise en scène d’un univers fantasmagorique et la volonté moraliste de faire disparaître les attributs visibles.

Répondre à cette problématique demandait, comme beaucoup de thèmes tels que la religion, la mort…, un travail en amont sur cet univers secret. Certains projets d’architecture répondent malheureusement au sujet par une application catégorique d’idées préconçues. La valeur de la recherche et de la force du concept architectural disparaît souvent et ne laisse que l’égo du concepteur s’exprimer. L’architecture est un Art, au même titre que la musique, la peinture, la sculpture, le stylisme, etc. et elle doit puiser à travers ces références voisines pour apporter toute sa richesse. Le sujet de la prostitution démontre cette importance de l’interprétation d’un univers uniquement après avoir analysé et compris son histoire, ses acteurs, son langage, etc. L’intégration d’une architecture ne tient pas alors seulement de son paysage, de sa hauteur, de ses couleurs mais elle fusionne dans un contexte.

La prostitution doit trouver sa place juridiquement comme géographiquement ; la question de son intégration devient un élément important dans l’élaboration du projet. Cet univers de fantasmes recherchés impose aussi la mise en scène, le parcours, le décor, la surprise et développe le jeu de séquences, de perspectives, de lumières… à travers une organisation particulière.

La prostitution, au-delà de la relation finale que l’on sait, développe un vocabulaire identifiable par une série d’éléments permettant une reconnaissance de l’activité. La lumière, la couleur, la matière font ainsi partie d’un jeu théâtral favorisant la transposition du spectateur vers un univers différent. Mais la notion la plus importante tient dans la progression, dans l’accompagnement du spectateur à franchir le pas… et de passer d’un monde réel à un monde fantasmagorique. Le parcours et l’évolution développent l’imagination de ce qui va se passer ; et bon nombre de clients détaillent leurs sensations sur cette partie, considérant que le coït final n’est pas si exceptionnel après tout. De là vient l’image de l’escalier qui symbolise véritablement ce parcours étape par étape où chaque marche accélère le battement cardiaque. Dans de nombreux lieux, le franchissement des deux univers ne tient qu’à un simple rideau, ridiculisant l’univers pornographique ou prostitutionnel jusqu’à se cacher et justifiant ce caractère de vice, ‘glauque’ et amoral décrit par les citadins.

Paris fut choisi, comme lieu du projet, parmi Strasbourg pour sa situation européenne et Nice pour sa vie nocturne. La capitale offrait, au-delà de l’image d’Epinal de la ‘cité de l’amour’ depuis les années folles, la problématique de différents secteurs en centre urbain ou en périphérie. Le choix s’est porté sur la Rue Saint-Denis : son histoire, sa localisation, son état actuel correspondent au retour des lieux de plaisir. Bien que la majeure partie de la prostitution se concentre en bordure parisienne, elle reste un lieu distinct par sa présence en centre ville et sa qualité d’activités mixtes. Cependant, elle présente une désaffection à certains endroits, soulevant ainsi le problème de la cohabitation. Elle est un couloir et cela contribue au côté sordide par cette confusion entre la chaussée et les trottoirs. Elle manque de lisibilité et de continuité urbaine : aspect dégradé des revêtements de sols et de façades, éparpillement du mobilier urbain. Le caractère promenade disparaît et retire toute appropriation de la rue. Les commerces du quartier se sont transformés pour s’adapter à leur clientèle, qui est constituée à 95% de gens de passage, en s’orientant de plus en plus vers de la fripe ou des restaurants bon marché. Cette évolution crée elle-même une spirale qui attire toujours plus ce type de clientèle et contribue à la dégradation de la qualité des commerces du quartier.

L’arrivée de nouveaux habitants, si elle se fait de façon conjointe avec une amélioration de l’aspect physique du quartier, contribuera nécessairement à accroître la qualité et la diversité des commerces. Par ailleurs, il est tout à fait illusoire d’espérer faire disparaître le commerce érotique de ce quartier, alors qu’il y est implanté depuis des siècles. La requalification de cette rue pourrait servir de vitrine, un quartier vivant et plein d’habitants en plein coeur de Paris, en référence à la réhabilitation du quartier du Marais.

C’est donc à travers le vocabulaire développé tout au long de l’analyse et le fruit d’une réflexion historique, sociologique, phénoménologique, sémantique qu’est établie une charte pour recréer cette partie de rue en un lieu dynamique, coloré, vivant, lumineux dans une harmonie sociale.

Le fil conducteur du projet, regroupant l’ensemble du vocabulaire prostitutionnel, est apporté par la traduction architecturale d’une séquence musicale en séquence urbaine en référence entre autres, aux travaux de Iannis Xénakis. ‘Flawless’, de George Michael, fut retenue comme musique pour établir le projet. Découverte lors du concert effectué à Paris au Stade de France en 2006, elle illustrait une conclusion de cette recherche, l’analyse du monde de la prostitution à travers : ses couleurs, son dynamisme, ses séquences, ses lumières, ses rythmes… Ainsi, le parcours du spectateur s’inspirant de cette partition amène cette progression sensorielle recherchée par les clients, dès le secteur public vers le lieu intime. Aussi, le projet se développe à plusieurs échelles ; de l’espace urbain au mobilier. La portion de rue sélectionnée intègre un ensemble d’éléments transposant le spectateur dans un lieu différent. Bancs, lampadaires, bandes ralentisseurs, végétation… participent à l’élaboration du parcours. Ces éléments suivent alors une règle de composition musicale ; basse, rythmes, voix, samples, etc. à l’échelle humaine où le déplacement du spectateur devient l’élément sine-qua-non de la lecture du lieu.

Le projet veut requalifier cette partie de rue en lieu dynamique en évitant une ghettoïsation par une mixité sociale et commerciale. L’ensemble collabore dans un milieu ouvert, polychromique et abstrait cherchant à se défaire de l’image figurative ‘kitsch’ souvent utilisée comme réponse systématique des lieux vénaux actuels.

Indiquer sans montrer. La problématique tient dans l’équilibre entre les deux univers. Conscient qu’il n’est pas possible d’exhiber l’activité, le projet se réfère à certaines astuces employées dans l’histoire de la prostitution. Plusieurs éléments signalent ainsi alors dans une seconde lecture les espaces spécifiques par une identification particulières entre autres : les spots de sol encastrés (colorés selon le type de service) éparpillés, qui viennent se concentrer à l’entrée des lieux. Les seuils des passages où l’activité vénale exercée est identifiée par la présence de panneaux translucides sérigraphiés. Leurs dispositions signalent, tout en ne dévoilant l’intérieur qu’au fur et à mesure que l’on entre dans le passage… Cette approche stratifiée de la découverte progressive permet de plus de protéger la vue de l’espace public, sans avoir recours à un ‘cache’ tel que le rideau…

La rue devient un lieu aéré et cinématique. Sa lecture d’origine, froide par ses trottoirs et sa voirie, disparaît au profit d’une voie semi piétonne, où la circulation automobile est filtrée par des bornes d’entrée autorisant principalement la livraison pour les commerces sur des zones à 30km/h.

La prostitution est un monde d’illusion, d’imagination, de transposition vers un autre univers. Aussi, la vision de la rue se transforme la nuit, offrant un spectacle d’interprétation. L’éclairage général de la rue transgresse les codes pour jouer sur la perte de repères et la disparition d’éléments : certains mobiliers urbains s’illuminent (borne signalétique), la végétation change de couleur, la luminosité ambiante provient du sol, etc. Cette mise en scène cherche à stimuler le spectateur en se référant aux différents travaux d’Op’Art, du Spatiodynamisme, de Space Writting, etc.

Le parcours se poursuit en entrée dans l’un des passages réservés à l’activité vénale. Toujours en référence au tempo d’une séquence musicale, l’entrée se fait très sourde, pesante, un instant confinée, qui prépare l’effet de surprise de la galerie. Ce lieu semi-public conserve le principe de vitrine employée à Bruxelles ou à Amsterdam. Mais sa particularité offre aux spectateurs l’anonymat recherché, par la luminosité faible provenant principalement des vitrines. Marquant l’effet répétitif, le couloir est accompagné par une succession de cadres lumineux. Ils se reflètent sur un espace brillant noir pour venir marquer une perspective virtuelle tridimensionnelle.

Chaque vitrine est un espace privatif. Organisé comme un studio en duplex, il contient entre autres un petit salon où la travailleuse se présente, une kitchenette, un rangement et une chambre à l’étage avec salle de bain. Le projet reprend par ailleurs les différentes techniques de sécurité ; cellule de police à proximité, sonnette d’alarme dans chaque pièce, accès sécurisé par code… Le client s’avance vers la vitrine pour communiquer puis rentre une fois le marché accepté. Le croisement de clients n’étant pas accepté, une issue par l’arrière sur un couloir plus sombre dirige la personne vers une sortie.

Parmi les différentes boutiques, restaurants, ateliers, les commerces vénaux s’intègrent en acceptant la sobriété de leurs espaces. Ainsi, ils suivent une règle de déontologie de ne pas exhiber ou de cacher maladroitement derrière un élément les artifices pornographiques. Suivant toujours le principe de séquence, d’évolution et de parcours, ils conservent cette progression qui rapproche peu à peu le spectateur de son désir (accentuant ses fantasmes). Les bars et restaurants par exemple peuvent alors accueillir une large clientèle ne cherchant pas obligatoirement une relation intime.

Le bâtiment au numéro 195 est une proposition d’un bar dans la mode ‘lounge’. Le rez-de-chaussée, secteur public, reçoit la clientèle, le sous-sol fait office d’espace transitoire où le spectateur peut s’infiltrer discrètement afin de faire connaissance plus intimement avant d’atteindre les étages. L’image de l’escalier suit une mise en scène en figurant véritablement comme lien vertical du bâtiment dans une enveloppe translucide qui ne laisse apparaître que des silhouettes. Aux étages, chaque espace relié entre eux par un jeu de circulation donne lieu à une spécificité d’ambiance. Le patio, illuminé principalement par le jet lumineux provenant des niveaux inférieurs accueille une forêt de piliers ‘aléatoires’ qui viennent supporter deux passerelles se croisant aux niveaux supérieurs.

Le bâtiment au numéro 163 est un complexe qui propose bar, restaurant, salon de relaxation en plus d’espaces liés à la prostitution. Aux allures d’un “hôtel international de type Costes” comme l’a souligné P. Chavannes, cet équipement veut éviter une stigmatisation de la prostitution en proposant un lieu hétéroclite. Une grande salle commune permet entre autres aux professionnels du sexe de rencontrer, discuter sans équivoque. Faisant office de filtre ou d’espace de transition, plusieurs alcôves, intégrées à l’espace commun, offrent un lieu plus intime. Elles permettent d’accéder à la partie intime du projet par une issue séparée. Comme l’autre bâtiment, le complexe propose une gamme d’ambiance différente et transpose le spectateur vers des univers échappant à une réalité conventionnelle.

Outre la description orientée à la vision d’un spectateur-client, ce projet assure naturellement les éléments constitutifs d’un fonctionnement hôtelier, de restauration, de sécurité. Il apporte un équilibre entre ‘prostitution’ et ‘morale’, où les acteurs ne se confrontent pas. Il est un lieu ouvert évitant tout stigmatisation d’un ‘vice’ poussé aux bordures de villes à l’abri de la vision citadine. Les professionnel(le)s du sexe peuvent alors exercer sans oppression et les passants peuvent se promener sans avoir à craindre le préjugé. Les actions actuelles ne cherchant pas à comprendre la problématique de deux univers opposés, n’intègrent en aucun cas la prostitution ou la pornographie. Les commerces s’isolent, cachés par de vulgaires artifices et contribuent à la censure d’un milieu mal connu. Sans afficher, sans exhiber, l’architecture peut signaler subtilement le domaine de la prostitution en respectant le milieu public, le milieu privé, les passants, les spectateurs, les clients, les travailleur(ses) du sexe. La prostitution organise un secret et s’organise à partir d’un secret… et l’architecture construit ses sens.

Hans Lefèvre

Le 21 septembre 2007, Hans Lefèvre, étudiant à l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Bretagne a présenté sa soutenance de TPFE (Travail Personnel de Fin d’Etudes). Il a obtenu les félicitations du jury avec un sujet choisi qualifié de “courageux” par le jury du diplôme. Le titre original du TPFE est ‘Eclairons la lanterne sur un sujet qui voit rouge - le retour des lieux de plaisir en France’.

Source : http://www.cyberarchi.com/dossier/projets/index.php?dossier=76&article=11329

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Jan 08

Le point faible du massage français c’est de faire reconnaître son massage comme un vrai exercice de relaxation et non une prostitution déguisée.
Mais est-ce que c’est un point faible que de rejoindre le combat d’autres minorités ? Il en est un autre, plus conséquent celui-ci, mais tout aussi minoritaire que la prostitution, le masculinisme. On le voit, des questions techniques, des revendications peuvent dépasser l’objectif initial de la Fédération Nationale et Écologique du Massage Français qui se réserverait à la seule la défense du massage. La mise à jour de certaines questions peut s’avérée de nature à servir des dessins plus généraux, dépassant de loin les seuls nécessités corporatistes pour rejoindre des causes plus larges, plus complexes qu’on ne le pensait. Ainsi, si masser un sexe est de la prostitution, des oppositions viennent en nombres étayer notre combat. Si masser un sexe est prostitutif alors cela signifie que l’État considère que le masseur que je suis mais aussi l’ensemble des masseurs que nous sommes sont des prostitués potentiels. Il considère aussi que mon client ou ma cliente sont de fait des consommateurs de prostitution par le simple fait qu’ils se laisser masser entièrement. Cela veut dire que sans intention délibérer, sans recherche clairement définie des services affichés d’un professionnel du sexe, l’État s’octroie le droit de leur appliquer derechef le statut d’usagés de la prostitution. Le délit devient dès lors une question de zoom corporel. Je deviens un délinquant à partir du moment où je me laisse masser le sexe par un masseur professionnel. Le problème là n’est pas un souci de législation mais de statut-bonnet-d’âne. En effet, seul dans ma boutique je fais ce que je veux même comme prostitué, j’en ai le droit, mais seul. Dès que je suis accompagné je deviens non plus prostitué mais aussi proxénète parce que je lie mon exercice à un tiers soit-il mon conjoint sans activité déclarée. Le professionnel se confond tout à coup à l’intime par ce qu’il suggère de frauduleux et de complicités supposées de la part de l’autre.
Il serait amusant que la Fédération Nationale et Écologique du Massage Français demande à l’État de nous fournir un POS, plan d’occupation des sols de la moralité française. Il nous faudrait, estampillée par l’Assemblée une cartographie de ce qui est no man land corporel. Est-ce que masser un pubis est du massage ou de la prostitution ? Quid des bourses, des testicules, de l’anus… Plus sérieusement, la question en amont à poser est : quel est le statut d’un masseur massant le sexe d’un client sans éjaculation en France ? Si la réponse est “c’est de la prostitution” même autorisée, tolérée par l’État, je ne suis donc pas dans l’illégalité au vu de la loi mais je me découvre professionnel du sexe à mon insu et ma clientèle se retrouve usagère fréquente de rapports sexuels rémunérés. Pire, les personnes massées par un tiers du même sexe se trouvent qualifiées, par l’État, d’homosexuelles délictueux dès lors que je suis en couple ou travaillant avec un autre masseur. Comme citoyen je deviens de fait un immature qui ne sait pas se faire masser sans penser au sexe. Ce qui veut dire que ce sexe est vecteur d’immaturité et accessoirement hors la loi dès qu’on me le touche dans une enceinte professionnelle. Le problème devient alors sociétal. Un État a t-il la légitimité populaire et même légale pour interdire à ses citoyens de se faire masser l’ensemble du corps tout en le qualifiant d’immature, d’in-abouti en un mot, de délinquant sexuel malgré lui ?

Qu’est-ce qui défini l’acte de prostitution ? En quoi masser un sexe est-il punissable ? On ne peut pas en effet définir que mon massage français organique est vraiment un massage sans intention prostitutive mais on ne peut pas davantage définir que mes cours de poterie ne se transforment pas en cours de fellation appliqué.

En tant que fédération du massage français, en temps qu’hommes, femmes, citoyens nous nous devons de penser avec nos législateurs le devenir du contra social du XXIème siècle. L’État n’est pas par nature contre nous mais juste la résultante de multiples organisations qui ne correspondent plus forcément toutes aux attentes d’aujourd’hui selon les urgences des combats. La lecture qui est faite du massage aujourd’hui par la loi est celle d’un gramophone alors que celle que les gens en font est celle d’un lecteur laser. Comment comprendre ce à quoi nous astreint le 78 tours législatif quand les conditions de lecture sont devenues ce qu’elles sont actuellement ?
C’est là que l’on voit que de simples revendications socio-professionnelles deviennent de vraies questions de fond. Quel est la place du corps aujourd’hui, en France en 2008 et quel accès peut-on, collectivement lui accorder dans le massage. Ce n’est pas seulement “est-ce que le massage peut tout masser dans un corps” mais aussi “est-ce que l’État, ou une autorité politique peut légiférer sur le corps et interdire aux citoyens qu’il représente de se lasser masser complètement” ? Le massage pourrait-il être bridé ? Est-ce que toucher l’autre pourrait relever du pénal ? C’est déjà la cas mais c’est l’expression d’un corpus de loi désuètes qu’il nous revient de faire réformer.
C’est derrière la personne morale d’une fédération armée pour cela que nous seront en mesure d’obtenir satisfaction. Encore une fois cela dépasse de loin des intérêts catégoriels pour devenir ceux d’une Nation toute entière. La raison de la France n’est pas dans ses lois mais dans l’ensemble des citoyens que nous sommes unis autour d’un même but, une France moderne dans une Europe dynamique pour un monde unique. Cette Europe ce doit de légiférer la-dessus. Quel corps pour quelles Nations ? Quelle crédibilité peut avoir une organisation des Etats si un pays de l’Union autorise et même organise législativement ce qu’un autre puni ? La place du toucher fait partie intégrante de notre histoire des communications, sources d’échanges.

Source : Fédération Nationale et Ecologique du Massage Français

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Jan 07

Un peu d’histoire.

La prostitution a toujours existé elle ne date pas d’hier. De la courtisane, la gourgandine, les prostituées, les escortes-girls ou les call-girls. L’appellation à changé mais pas le but. L’homme a toujours disposé du corps de la femme ou est-ce la femme qui dispose de son corps ?

POUR OU CONTRE L’ABOLITION DE LA PROSTITUTION

Si nous admettons que depuis quelques années la femme dispose de son corps (car je ne voudrais pas lever un débat judéo-chrétien sur le mariage) donc la femme disposant de son corps à cette liberté d’utiliser son propre corps à des fins lucratives.

Ainsi, le droit de se prostituer est acquis parce que le droit d’avoir des relations sexuelles relève strictement du droit au respect de la vie privée. La prostitution n’est donc pas un délit.

Cependant le droit de se prostituer a des limites notamment depuis la loi du 13 avril 1946 dite loi Marthe Richard. (Fermeture des maisons dites de Tolérance, mais (et là on en parle le moins) abrogation des dispositions réglementaires. (Tolérance des maisons closes), mais aussi inscription des prostituées sur un registre, privation éventuelle de liberté des prostituées.

Conséquences : elle atténue considérablement le contrôle de l’Etat sur la prostitution, et elle autorise l’exercice de la prostitution dans d’autres lieux, notamment sur la voie publique.

Suite à la fermeture des maisons closes de nombreuses filles se retrouvent sur les trottoirs.

Un autre décret du 25 novembre 1960 définit le racolage :

« Attitude affichée sur la voix publique au vue de provoquer la débauche. » Le fait par tout moyen de procéder publiquement au racolage d’autrui en vue de l’inciter à des relations sexuelles est puni d’une amende de 10 000 F, 20 000 F en cas de récidive. (Nouveau code pénal 1993).

Mais la loi sur la sécurité intérieure du 21 janvier 2003 change radicalement la donne.

Les députés adoptent le texte du Ministre de l’intérieure (M. SARKOZY) créant le délit de racolage passif : deux mois de prison et 3 750 € d’amende pour fait de racolage. Tout en étendant aux personnes qui mettent à disposition des prostituées : des véhicules, les firmes hôtelières. Mais aussi de placer les prostituées dans des centres d’hébergement de droit commun afin de faciliter leur réinsertion.

Loi applicable depuis mars 2003.

Cela signifie que la cohabitation, la location d’un studio ou d’une chambre d’hôtel peut être sanctionné.

Par contre la seule autorisation de la prostitution est le FISC (celui-ci considère que la prostitution est un revenu donc à déclarer). Car le FISC reconnait les personnes prostituées comme Agents Economiques.

Concernant la mise des prostituées dans des centres d’hébergement commun. Je voudrais rappeler que des SRPS (Service de Prévention et de Réinsertion Sociale) avaient été crée par la loi de 25 novembre 1960 et qu’une vingtaine de centre avaient vu le jour. Faute de moyen ces centres ont été fermés. (Pourtant la démarche était intéressante mais l’Etat s’en est désintéressé).

Autre contradiction.

Les personnes prostituées (en FRANCE) sont confrontées à l’interdit et à l’autorisé. En effet l’interdiction totale de se prostituer n’est pas interdite. C’est l’interdiction d’exploiter la personne prostituée qui est interdit.

Donc nous faisons ici référence aux proxénètes. Mais la loi précise que la notion du proxénète se définit ainsi :

Sera considéré comme proxénète, un homme qui contraint par la menace, la violence, la tromperie ou tout autre moyen une femme à avoir des relations sexuelles.

Mais la notion de « tout aide apportée à la prostitution (hébergement provisoire par exemple) peut être condamné pour proxénétisme » Pour être plus clair si vous voulez dépanner ou héberger une prostituée vous pouvez être condamné pour proxénétisme.

Et le client : La politique de lutte contre la prostitution en FRANCE depuis 1946 ne l’a jamais conduite à prendre la moindre mesure qui s’intéresse aux clients. Sauf la loi du 4 mars 2002 ou des mesures répressives sont prises à l’égard des clients qui vont voir les prostituées de moins de 15 ans.

LA FRANCE UN REGIME ABOLITIONISTE.

En avril 1997, pendant la conférence de la Haye, le gouvernement JUPPE réaffirmait la position du strictement abolitionniste de la FRANCE.

On peut faire aujourd’hui le constat que l’abolition de la prostitution ne fonctionne pas.

Pourquoi ? Les contradictions et confusions sur la prostitution et le proxénétisme. Ensuite l’aire de l’informatique via internet.

Des nouvelles formes de prostitution « moins visibles » que la prostitution ont vu le jour (internet, salon de massage, serveurs télématiques, petites annonces presse) « masquée » bien entendu.

Pourquoi n’interdit-on pas ces pratiques ?

La prostitution rapporte-t-elle de l’argent à l’Etat ?

Grace à elles des personnes s’enrichissent : les sites web, les serveurs télématiques, etc.…

Alors voilà pourquoi, je pense que l’abolition de la prostitution est un leurre.

Par contre l’abolition du proxénétisme oui, mais là c’est un autre sujet.

Voilà quelques lignes qui je l’espère nous permettrons d’ouvrir un débat et d’échanger intelligemment.

Le but ici n’est pas de condamner ou approuver la prostitution, mais d’y réfléchir et pourquoi pas ouvrir un vrai débat (non pas entre professionnels, politiques ou autres, non simplement des citoyens qui s’intéressent à la société et aux problèmes sociétaux).

http://www.millebabords.org/spip.php?article7497

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Dec 31

Que retenir de cette année 2007 ? Si nous devions retenir 10 faits, nous choisirions ceux là :

1 Tout d’abord, la naissance de iprostitution.org en mai 2007. Site devenant rapidement une référence du web sur le sujet. Au bout de 8 mois, nous avons su nous hisser en haut des moteurs de recherche d’information, nous sommes aujourd’hui visités par environ 1000 personnes par jour, nous devenons un outil incontournable pour les journalistes, étudiants, chercheurs, membres associatifs, prostituées, clients, et tous les esprits curieux qui veulent trouver de l’ informations sur cette activité. Grâce à un travail soutenu et quotidien, nous avons pu compiler toutes les informations disponibles sur la prostitution afin de mieux connaître l’état du secteur. iprostitution.org est donc un magazine web à la fois culturel, d’information, d’opinion, et il peut aussi être considéré comme un magazine professionnel, destiné aux prostituées, pour qu’elles s’informent sur l’état de leur secteur. Ce magazine s’est imposé sur le web à un moment où les « abolitionnistes » avaient une sorte de monopole de la parole, et c’est d’ailleurs en réaction contre leur mainmise sur la diffusion de l’information qu’a germé l’idée de créer iprostitution.org. Quand nous cherchions des informations sur le sujet, nous atterrissions systématiquement sur une de ces association « luttant contre la prostitution », dont la spécialité est de réclamer des subventions pour pondre toutes sortes de rapports démontrant que la prostitution est un fléau social et humanitaire. Il y avait manifestement un tronquage de l’information, qui était bien souvent reprise telle quelle par les médias, qui n’avaient comme seuls interlocuteurs que ces professionnels de l’ anti-prostitution. Nous avons choisi de notre côté de répercuter toutes les informations disponibles, même celles très orientée anti-prostitution, qu’il nous arrive de commenter. Nous avons aussi choisi un positionnement « réglementariste », tout simplement parce que l’on n’a rien « contre » la prostitution. Nous sommes contre l’esclavagisme, contre l’exploitation, contre les violences physiques et sociales, contre les pratiques totalitaires, contre l’exclusion sociale forcée, contre les excès de surveillance de la population, et contre bien des principes, mais nous n’avons rien à reprocher à la prostitution en tant que telle.

2 L’évènement 2007 est aussi, bien évidement, l’accession à la présidence de la république de Nicolas Sarkozy. Créateur de la désormais célèbre LSI (Lois sur la Sécurité Intérieure) votée en 2003, cette loi a amplement criminalisé la prostitution, en particulier en prohibant toutes les formes de racolages. Il est depuis cette date interdit de tapiner en France. Face au candidat Sarkozy, il y avait Ségolène Royale, autre grande pourfendeuse de la prostitution, qui avait inscrit la pénalisation du client dans son programme. Il est désormais clair que le système politique Français classique est tout acquis à la cause abolitionniste, qu’il y a aujourd’hui le choix entre la peste et le choléra, c’est à dire, entre les brimades faites aux prostituées et les brimades faites à leurs clients, et que personne, au sommet de l’ État, ne semble prêt à ouvrir le débat sur une réglementation du secteur.

3 Autre événement 2007, la guerre contre le client qui commence à s’engager en France. Interprétant la prohibition du « racolage passif » à leur manière, juges et policiers commencent à distribuer les amendes et lancent des procès contre des clients qui ont eu la mauvaise idée de solliciter les services de prostituées. Le coup d’éclat du juge Montgolfier à Cannes, suivi de l’absence de débat de société sur un tel sujet, démontre que le système a depuis longtemps choisi son camps et qu’il ne compte pas demander son avis à la population.

4 L’année 2007 a aussi été marqué par le procès de Madame Agnès à Bordeaux. Cette prostituée qui organisait des parties fines chez les notables locaux n’a donné aucun noms de ses supposés clients célèbres et très en vue dans la ville. Ouf !

5 On est encore loin, quand il s’agit de s’en prendre aux élites sociale, de ce qui s’est passé à Washington, où la Madame Claude du coin, accusée de proxénétisme, s’amuse à balancer à la presse les membres du congrès appartenant à sa clientèle. En France, on aime bien imiter les USA, sauf quand ça devient embarrassant pour les puissants.

6 L’année 2007 fut aussi marqué par le « phénomène de la prostitution étudiante », rumeur montée de toute pièce par les abolitionnistes, sur le thème « la prostitution pervertie notre jeunesse ». Rumeur reposant sur des rapports bidons, repris par l’ensemble de la presse et à aucun moment démenti.

7 Nous retenons aussi de cette année 2007 la tendance lourde qu’ont eu les médias de s’ intéresser à la prostitution Belge. Il semblerait que les médias découvrent que les bordels n’ont pas été aboli partout dans le monde en avril 1946. Il est surprenant que les médias s’ intéressent de si près au cas Belge. Et pourquoi pas à ce qui se passe en Allemagne, au Danemark, aux Pays-Bas, en Suisse, en Autriche, en Espagne, etc… Comme si le système Belge était une exception, alors que c’est le système Français qui en est une. Tous nos voisins, sauf l’ Italie, autorisent les bordels, les salons de massage sensuels, les bar à filles, etc. Peut être que les médias Français se trouvent plus à l’aise pour faire la leçon à leur voisin Belge, toujours traité avec un peu de condescendance dans nos contrées, alors qu’aller expliquer que les Danois, les Suisses ou les Allemands n’ont pas atteint notre haut degrés de civilisation serait peut être un tantinet risible.

8 L’année 2007 fût aussi marquée par « l’affaire des CRS violeurs ». Cette bande de ripoux couchaient gratuitement avec des prostituées roumaines en échange de « leur protection ». Le procès révéla que ces CRS ne se rendaient pas bien compte de la gravité des faits.

9 L’évènement 2007 fût aussi l’annonce de la fermeture progressive du quartier rouge d’ Amsterdam. Quartier existant depuis la Renaissance, c’était un des symboles de la liberté d’ Amsterdam. Les vitrines seront remplacées par des boutiques pour bobo, ainsi en a voulu le maire de la ville. Un pan de l’histoire européenne disparaît.

10 Enfin, événement de 2007, la manifestation de prostituée contre les lois sur le racolage passif, qui a été un petit événement médiatique puisque pour la première fois depuis très longtemps, on s’est enfin intéressé aux conditions de travail des prostituées, et notamment, de leur exclusion de la cité, et d’une manière générale, de l’ exclusion sociale dans laquelle la loi les plonge.

Voilà ce que nous retiendrons de 2007, parmi des centaines de faits. Mais nous retiendrons aussi une « vision d’ensemble » du secteur, où de multiples indices nous indiquent que la « lutte contre la prostitution » se fait au détriment de citoyens honnête, qui n’ont rien de « délinquants ». L’ essentiel des affaires de proxénétisme dont la presse parle sont dépourvues de contraintes. C’est ce que nous apprend la lecture assidue des faits-divers. Des hôteliers professionnellement foutus pour avoir loué une chambre, des conjoints de prostituées envoyés derrière les barreaux alors que leur compagnes clament qu’elles sont volontaires, des hommes attaqués par l’ État qui se retrouvent dans un tourbillon judiciaire ruineux, traumatisant, pour avoir rendu de menus services à une prostituée, comme la conduire sur son lieu de travail ou avoir réalisé sa page web, des gérants de salons de massage qui ne prennent pas un euro sur les prestations sexuels se retrouvent ruinés et interdit de gérer une entreprise, des libertins qui organisent des soirées payantes qui se retrouvent affublés du qualificatif de « proxénète », des patrons de bar à hôtesse qui laissent leurs employées à aller plus loin avec le client sans prendre un euro sur le prix de la prestation sexuelle qui sont laminés par le système judiciaire, ou le cas de cette personne âgée à qui on confisque le peu qu’elle a, un camping car et 4000 euros d’économie, parce que sa femme se prostitue. La lutte contre le proxénétisme ressemble à une vaste supercherie, visant à faire croire à la population que l’ État lutte contre l’exploitation humaine, alors que dans la très grande majorité des cas de proxénétisme rapportés par les médias, il n’y a pas la moindre trace d’exploitation et de contrainte. La lutte contre le proxénétisme, c’est ce que nous révèle l’observation du réel, n’est qu’un prétexte. Mais alors, si ce n’est pas contre l’exploitation et la contrainte que le système se bat, comme tout semble l’indiquer, alors pourquoi cette lutte acharnée ? Que cache, réellement, cette lutte anti-prostitution ?

Dec 29

Acculés par la faiblesse de leur argumentation, les anti-prostitutions sont sans cesse à la recherche de nouveaux prétextes pour dénoncer le phénomène. Très sensibles à « l’air du temps », ils aiment se greffer sur les idéologies du moment pour y appliquer toutes sortes de grilles de lectures permettant de percevoir la prostitution comme un phénomène anormal. Au tout début du XX e siècle, quand l’église avait encore une grande influence sur la vie politique, leur argumentation tournait autour des « bonnes moeurs chrétienne ». Avec la venue des idées hygiénistes, il était convenu de dénoncer les prostituées comme propagatrices des maladies honteuses. La psychanalyse a ensuite permis d’expliquer que la prostitution était une sorte de névrose touchant les femmes, Freud, le grand pourfendeur de l’ hystérie féminine offrait un kit de prêt-à-penser très pratique pour expliquer que même la prostituées volontaire n’était en fait pas volontaire du tout. La fermeture des bordel en 1946 a reposé sur l’idée de décadence morale, une condamnation sans appelle de l’esprit des années folles d’avant guerre, prémisse de la déconfiture française. Dans une société devenant de plus en plus « sociale », la lutte contre l’exploitation de l’homme par l’homme a pris le dessus, l’ ennemi sera alors le proxénète, la relation proxénète-prostituée devenant une sorte de symbole de la lutte des classes. Quand les idées féministes se sont imposées dans la société Française à partir des années 60-70, les anti-prostitution ont découvert un nouvel outil. Le rapport client-prostituée devenait une preuve de la domination masculine, lutter contre la prostitution devenait une lutte pour l’égalité homme-femme. Quand, comme aujourd’hui, le libéralisme mondialiste est remis en question dans la société Française, on vient nous expliquer alors qu’un certains nombre de choses ne peuvent pas être achetées, comme un rapport sexuel, et que la prostitution est aussi une dérive mondialiste, où la migration des prostituées et aussi des clients, via le tourisme sexuel, serait les pires avatars du village global. Quand les questions de bioéthisme apparaissent au devant de l’actualité, on découvre que la prostitution serait équivalent à une vente d’organe. La dernière idée à la mode gravite autour de l’idée de « citoyenneté », tout ce qui est « civisme », « intégration », « comportement citoyen », « civilité », etc.,L’idée de pénaliser le client et de lutter avec acharnement contre le racolage est lié à cette tendance idéologique actuelle, dans la même mouvance que la lutte contre le tabagisme, contre la vitesse au volant, contre le racisme ordinaire, contre les crottes de chien, contre le squattage d’escaliers, contre le téléchargement illégal, etc. où il est question de combattre les mauvaises habitudes individuelles à coup de punissions très largement distribuées.

Ainsi, les anti-prostitution s’inventent constamment de nouveaux prétextes, en fonction de l’offre idéologique du moment. Tantôt, la prostitution n’est pas chrétienne, puis elle n’est pas émancipatrice, puis elle n’est pas hygiénique, puis elle est décadente, puis elle est du domaine de la domination de classe, puis elle est misogyne, puis elle est ultra-libérale, puis elle est non-bioethique, puis elle de l’incivilité. Au regard des valeurs du moment, les anti-prostitution n’ont de cesse de se positionner.

Les anti-prostitution, qui basent tout sur les idéologies, sont aussi des girouettes idéologiques, ils se greffent sur les valeurs dominantes pour proposer toujours la même solution : une société sans prostitution. La multiplicité des arguments reposant sur les idéologies du moment les rend suspect, ils utilisent les différentes idéologies que parce qu’elle les sert, non parce qu’ils y croient. En réalité, cette attitude des anti-prostitution est un camouflage. Ils ne veulent pas admettre que leur volonté est de contrôler la morale et les moeurs. Ils sont, philosophiquement, contre une pratique sexuelle, le « sexe tarifé », et ils veulent imposer ce positionnement morale à tout le monde via la police et la justice. Quand on gratte un peu le vernis idéologique, il ne reste qu’une morale sexuelle et rien des idéologies dont ils se réclament. Sous la couche « anti-esclavagisme » on découvre qu’ils fonctionnent sur le mode maitre à esclave, sous la couche humaniste des sauveurs de la veuve et de l’orphelin on découvre avec leurs yeux une totale déshumanisation de la prostituée, sous la couche féministe il y a un paternalisme absolu, sous la couche « lutte des classes » il y a des apparatchiks qui savent mieux que moi même ce qui est bon pour moi, sous la couche progressiste il y a le retour à l’ordre moral dans le domaine des moeurs, sous la couche de la bioéthique il y a une idée de l’amour charnel que tout le monde devrait partager, de grès ou de force, sous la couche du civisme il y a la volonté de contrôler totalement la population, sous la couche anti-libérale il y a une volonté de faire rentrer tous les individus dans le moule de l’entreprise, etc.

Ainsi, les anti-prostitution sont systématiquement dans le mensonge quand ils évoquent autre chose que la morale sexuelle pour défendre leur cause. Coincés par l’idée des droits de l’homme, qui leur interdit à priori de réclamer des mesures visant au contrôle de la sexualité d’adultes librement consentants, coincés aussi sur la question du libre choix professionnel, chacun étant libre de choisir son métier, ils ne peuvent qu’inventer, laborieusement, de nouveaux prétextes. C’est jamais la morale du sexe tarifé en elle même qui est en question au départ, c’est toujours autre chose (esclavage, féminisme, bioethique, etc.), et ça abouti toujours à une condamnation morale du sexe tarifé.

Dec 28

Parmi les nombreuses inepties que peuvent sortir les anti-prostitution, il y a celle ci : Les personnes qui se lancent dans la prostitution le font parce qu’elles ont des problèmes d’ordre psychologique et sociales.

Les prostituées, dans une grande majorité, travaillent dans ce secteur d’activité d’abord pour l’argent. Il est probable qu’une grande part des prostituées en exercice ont choisi cette voie là en comparant le pour et le contre avec d’autres possibilités professionnelles et que la plupart d’entre elles n’avaient pas la possibilité de s’assurer la même qualité de vie avec d’autres métiers. Certaines ont aussi été attirée par l’industrie du sexe et ont choisi ce secteur par goût. Cela surprend toujours les anti-prostitution quand une prostituée leur affirme qu’elles préfèrent travailler dans l’industrie du sexe plutôt que dans la banque, dans des supermarchés ou dans des centres d’ appelle téléphoniques. Et encore plus quand elles osent affirmer que le métier est enrichissant. La marginalité qu’implique la prostitution en France, l’exclusion sociale, la difficulté du travail de rue, etc., sont mis en balance avec les revenus que procurent ce travail et la liberté qu’il y a en comparaison d’un travail salarié. Certaines ont des projets à moyen ou long terme et ne se prostituent pas de gaieté de coeur, mais font cet effort pour pouvoir faire autre chose à coté ou plus tard. Si on pénalise la prostitution parce que les personnes qui l’exercent ne sont pas passionnées par leur métier et même ambitionnent de le quitter un jour, alors il faut pénaliser une très grande part des emplois qui existent.

Pour les anti-prostitution, il faudrait que la prostituées soit une personne ravie de coucher avec toutes sortes d’inconnus pour que cette profession soit reconnue comme légitime. Et encore. Les anti-prostitution refusent de considérer la prostituée comme une personne responsable ayant eu a faire des choix d’adultes, sa tendance à l’infantiliser (qui peut être explique leur obsession pour la prostitution juvénile) et à la victimiser sur sa condition sociale (même quand la prostituée a une « vie bourgeoise ») est une façon de nier que la prostituée peut avoir le contrôle de son destin, peut par exemple se servir de la prostitution comme d’un tremplin social (nombreux cas d’anciennes prostituées reconverties dans un « commerce convenable » et/ou propriétaire de leur logement, ce qu’un autre job ne leur aurait bien souvent pas permis de réaliser.), des personnes qui font des choix, ont des initiatives, élaborent des plans de carrière, ont des ambitions et des envies que la prostitution leur permet d’assouvir, etc. Ils ne peuvent non plus imaginer que la prostituée puisse tirer une quelconque satisfaction professionnelle autre que pécunière. Que la prostituée puisse tirer une fièreté à « vivre de ses charmes », trouver son métier ludique, être satisfaite de satisfaire ses clients, avoir des relations amicales avec certain d’entre eux et même de la tendresse, considérer son travail comme artistique ou thérapeutique, etc. Tout cela n’est que légende pour eux, et quand une prostitue l’affirme, elle ment et se ment à elle même. Il n’y a ni respect des choix personnels, ni des motivations, ni des satisfactions, ni du métier de la prostituée. L’anti-prostitution une fois de plus déshumanise la prostituée, qui devient une entité dépourvue de désir, comme une plante soumise au climat, bonne qu’à subir.

Au delà de la question économique qui a poussé de nombreuses femmes vers la prostitution contre leur grès, des anti-prostitution affirment aussi que les prostituées sont majoritairement victimes de toutes sortes de névroses. L’argument psychiatrique pour expliquer les dérives des déviants est une vielle tradition totalitaire, surtout quand il s’agit de chasser les sorcières et tous les opposants. Sorcières qui dans le monde contemporain pétris d’humanitaire et de « psychologisme », est victime de démons intérieurs incontrôlables, démons intérieur que la psychanalyse sait très bien décrire : Hystérie, problèmes d’oedipe non résolu, abus sexuels refoulés ou sublimés, etc. Toujours est il que la prostituée, selon l’anti-prostitution, a été poussé malgré elle, à cause de son subconscient, lui même modelé par son environnement. Les anti-prostitutions sont friands de toutes sortes de théories déterministes : On est prostituée parce qu’on né femme, parce qu’on est esclave, parce que le monde libéral/libertaire pousse vers la prostitution, parce qu’on est tombé sur un proxénète, parce que l’on est victime de toutes sortes de névroses ayant comme origine des abus sexuels, etc. Pas question d’imaginer un instant que les personne aient utilisé leur libre arbitre. La prostituée subit, systématiquement, il ne peut pas en être autrement puisque une personne qui se prostitue n’est plus, pour eux, tout à fait humaine.

Et quand une femme dit, scandaleusement pour eux, que le métier lui a permis de se réaliser intérieurement, par exemple de se découvrir désirable, de se découvrir comme pouvant contrôler les hommes, de renouer avec sa féminité, d’expérimenter son sens du défi ou de régler certaines souffrances intérieur, cela ne peut être que mensonge, ou alors de la sottise. Pour eux, fondamentalement, les individus ignorent ce qui leur est bon ou mauvais, « pardonnez leur, ils ne savent pas ce qu’ils font ».

Les prohibitionnistes effectuent un dépeçage systématique de l’identité de la prostituée. Ils ne voient en elle qu’une accumulation de problèmes. Ses choix n’ont aucune légitimité, ils ne peuvent pas être des choix économiques et sociaux librement consentis, elle n’obtient pas de satisfaction réelle, elle utilise une mauvaise stratégie de vie, son métier n’en est pas un, son savoir faire est inexistant, la pseudo fièreté professionnelle qu’elle peut afficher est biaisée, limite indécente, ce qu’elle fait est déterminé par toutes sortes de névroses, elle ne peut pas se développer personnellement, si elle l’affirme c’est faux, on ne peut pas lui laisser la responsabilité de ses actes, etc. Le prohibitionniste croit profondément que dès lors qu’on se prostitue, on appartient à une sous espèce.