Comment lutter efficacement contre la traite des êtres humains? Après d’autres cantons, Fribourg empoigne ce délicat problème. Les victimes, le plus souvent des femmes contraintes à la prostitution, rechignent en effet à demander de l’aide, par peur de voir leur situation empirer. L’ordonnance adoptée récemment par le Conseil d’Etat fribourgeois veut instaurer un «mécanisme de coopération», dont le succès «dépendra grandement de la publicité qui lui sera accordée». Public visé, notamment, les quelque 500 à 600 «artistes de cabaret» qui obtiennent chaque année un permis de séjour provisoire dans le canton. Tenues à l’écart du tissu social, ces femmes ignorent leurs droits, note le conseiller d’Etat Erwin Jutzet (PS), chargé de la Sécurité et de la justice. Interview.
Le Temps: Comment fonctionnera ce «mécanisme de coopération»?
Erwin Jutzet: Il met en scène différents organismes. Sa plaque tournante est le centre de consultation Lavi (Loi fédérale sur l’aide aux victimes d’infractions), qui a pour mission de recevoir les plaintes. Ensuite, il s’agit de discuter avec les personnes concernées. Les polices des étrangers et de sûreté, ainsi que l’Office des juges d’instruction, sont informés. Une prise en charge, physique et psychique, de la victime est organisée. On lui donne un délai de trente jours pour dénoncer les auteurs de la traite. Si elle franchit le pas, elle obtient un permis de séjour provisoire jusqu’à la fin de la procédure pénale. Pendant ce temps, la victime a le droit de travailler et de rester en Suisse. A tout moment, elle peut renoncer à son action. Une fois la procédure terminée, elle devra quitter la Suisse. Sa situation ne saurait en effet constituer un motif pour obtenir un permis de séjour définitif. Elle pourra en revanche bénéficier d’une aide au retour. Quant aux cas de rigueur, nous entreprendrons des démarches auprès de la Berne fédérale pour qu’ils puissent rester en Suisse.
- Les victimes, souvent, ne collaborent pas. Comment changer cet état d’esprit?
- Il faut développer chez elles un sentiment de confiance. Leur situation est pénible. Les filles de l’Est, notamment, sont souvent la proie d’organisations mafieuses qui menacent leur famille. Nous devons leur signifier qu’elles ne sont pas seules, qu’on peut les aider. Même si c’est très difficile de les atteindre. Elles sont confinées dans des cabarets, sortent peu, ne parlent pas la langue. En revanche, il est possible de sensibiliser les clients, qui, découvrant une situation problématique, pourraient le signaler au centre Lavi.
- Cette ordonnance constitue-t-elle un moyen de combattre la prostitution illégale?
- Pas nécessairement. Ce n’est pas un instrument contre la prostitution, mais contre la traite des humains. La plupart du temps, ces femmes arrivent ici via des filières. On les maintient sous pression financière, car elles se sont endettées pour financer le voyage, des habits, etc. Ce sont ces filles-là qu’il s’agit d’aider. En revanche, si une Française vient se prostituer à Fribourg sans disposer de l’autorisation nécessaire, elle ne sera pas concernée par ce mécanisme.
Sources : http://www.letemps.ch/template/regions.asp?page=7&article=228183
Tags: Suisse
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