La France s’apprête-t-elle à expulser un militant des droits de l’homme internationalement reconnu ? Le Géorgien Nugzar Sulashvili s’est battu au péril de sa vie et de celle de ses proches pour dénoncer les trafics qui ont lieu dans son pays. Mais les policiers géorgiens l’accusent eux d’être un mafieux. Qui est vraiment Nugzar Sulashvili ? C’est l’enquête de Matthieu Aron…
Nugzar Sulashvili préside une ONG géorgienne pour la défense des droits des étrangers (FCRS). Son organisation est une des premières à avoir attiré l’attention de l’opinion publique géorgienne sur la situation des clandestins jusque là taboue dans le pays. FCRS a délivré une aide juridique, médicale, psychologique et financière à des centaines de victimes. Très souvent des femmes victimes des réseaux de prostitution internationaux. Elle a réuni des informations sur les activités illégales de nombreuses personnalités officielles. Nugzar Sulashvili a aussi révélé que ce trafic était protégé par la mafia.
Cet engagement pour la défense des droits de l’homme, Nugzar Sulashvili le paie cher. En 2000 le siège de son organisation est cambriolé. Du matériel et des documents précieux sont détruits. En 2001 des preuves réunies par l’ONG portant sur les trafics géorgiens disparaissent à l’aéroport de Tbilissi. En 2002 Nugzar Sulashvili est attaqué et blessé sur le chemin de son domicile. Ses agresseurs l’avertissent : il doit cesser immédiatement ses enquêtes. En juillet 2002, Nugzar Sulashvili et sa famille échappent de justesse à une tentative de meurtre à leur domicile.
Le défenseur des droits de l’homme poursuit malgré tout ses investigations et transmet des informations confidentielles au comité des lois du Parlement géorgien. Elles révèlent l’implication de responsables du pays dans le trafic de clandestins. Une fuite a lieu dans le journal “Akhali Versia”. La mafia n’apprécie pas de voir des noms révélés dans la presse et ses affaires étalées au grand jour. Le 26 mai 2004 la fille de onze ans de Nugzar Sulashvili, Salomé, est sauvée d’une tentative d’enlèvement.
En 2006 Nugzar Sulashvili quitte la Géorgie et se réfugie en France. Dans son rapport annuel 2007, l’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l’homme souligne qu’en Géorgie : “De nombreux défenseurs des droits de l’homme ont été victimes de violences policières (…). Ceux qui ont dénoncé l’instrumentalisation de la justice géorgienne ont été poursuivis”. Aujourd’hui Nugzar Sulashvili risque d’être obligé de quitter la France. L’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), refuse d’accéder à sa demande d’asile politique. La raison : les policiers géorgiens ont transmis à leurs homologues français un dossier le qualifiant de “mafieux”. Il devrait donc être expulsé vers son pays d’origine, quels que soient les dangers qu’il encoure.
france-info (documents audio sur leur site)
Tags: exploitation, fillesde l'est, georgie, politique, violence
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