Depuis quatre ans, le Mouvement du Nid, à Strasbourg, qui milite pour la disparition de la prostitution, accueille des stagiaires de l’Éna. Ces rencontres profitent autant aux énarques qu’à l’association.
Les séparent une centaine de mètres, et tout un monde. Quai Saint-Jean, Strasbourg : à gauche, l’Éna, à droite, le Nid. À gauche, on forme les futurs locataires des palais de la République ; à droite, on tend la main à ceux qui en sont réduits à faire le trottoir. Ici, les sommets ; là, les bas-fonds. Deux univers parallèles ? Pas toujours. Depuis 2005, une passerelle relie ces destins opposés : chaque printemps, un (e) élève de l’Éna effectue son stage « social », durant environ une semaine, au Mouvement du Nid.
« Ce n’est pas nous qui choisissons les stagiaires, ce sont eux qui nous choisissent », précise Isabelle Collot, permanente à la délégation strasbourgeoise de cette association qui œuvre dans le milieu de la prostitution et milite pour sa disparition. « Jusqu’à présent, il y a toujours eu un bon feeling entre nous, on n’a jamais été déçus. On se tutoie, on s’envoie des cartes postales… On va même créer un club des énarques proches du Nid ! »
« Dégoût physique »
Certes, dans un premier temps, en passant des cours aux courtisanes, ces brillants intellectuels peuvent être un peu perdus. « Certains me demandent s’il faut mettre la cravate… », poursuit Isabelle Collot. « Je réponds : soyez vous-mêmes ! Si vous êtes dans l’apparence, ça ne marchera pas. Mais au bout d’une journée, ils sont à l’aise. C’est là qu’on voit l’intelligence des gens : ils s’adaptent ». Un énarque n’est pas qu’une caricature : « Ils sont très efficaces, vraiment. Ils nous épatent… »
Ils épatent aussi, d’ailleurs, les prostituées rencontrées avec l’association : « Elles retirent souvent une certaine fierté de savoir qui ils sont : pour elles, ce sont de futurs ministres qui viennent les voir… »
De leur côté, les étudiants découvrent des réalités sociales qui les marqueront durablement. « Je n’ai pu empêcher un moment de dégoût physique », raconte une ancienne stagiaire, « lorsque, au milieu de la nuit, j’ai vu un client redéposer sur le bord de la route la jeune femme avec qui il venait de passer un moment : physique fragile et adolescent, yeux cernés et à trois semaines d’accoucher… »
Au final, chacun y gagne : les futures élites acquièrent une connaissance des difficultés du terrain qui ne peut être que profitable, au moment de rédiger des textes censés huiler les rouages de la société.
Et les membres du Nid gagnent des contacts, pour ne pas dire des soutiens, très utilement placés dans les rouages de l’État.
Tags: politique, Strasbourg
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