Nous l’appelerons Edith. Elle pourrait être extradée samedi. Dans une autre vie, elle a connu la dégringolade de la rue à partir de sa Roumanie natale. La rue, les clients, les macs et un grand voyage vers l’eldorado européen et ses promesses de fortune. Atterrissage violent, en 2001 porte de Bagnolet à Paris où, sous la bonne garde d’un réseau de proxénètes, elle vend son corps.
Sept ans plus tard, Edith a changé de vie. Elle parle Français, elle s’est réinsérée, elle travaille. Mais tous les jours, elle se demande si des policiers -français- ne vont pas la mettre dans un avion direction Bucarest: la jeune femme fait l’objet d’une demande d’extradition, suite à une plainte déposée par les membres du réseau criminel qu’elle a dénoncé!
D’où le coup de gueule de son avocate, Me Delphine Lassailly, et de l’association Tamaris, présidée par le général en retraite Henri Marescaux. Ils en appellent à Nicolas Sarkozy afin d’éviter à Edith une extradition qui pourrait s’avérer dangereuse. Au passage, ils mettent le doigt sur une vraie faille de la loi. (Lire le document ci-contre)
Edith a dénoncé son réseau de proxénètes contre une carte de séjour
Car, entre ces deux vies, Edith a saisi l’opportunité offerte par la loi Sarkozy de 2003 sur le racolage public. A l’époque, le ministre de l’Intérieur vantait à l’opinion l’idée de pénaliser le racolage (délit puni de deux mois de prison et 3750 euros d’amende):
“Le fait, par tout moyen, y compris par une attitude même passive, de procéder publiquement au racolage d’autrui en vue de l’inciter à des relations sexuelles en échange d’une rémunération.”
En échange, les prostituées étrangères en situation irrégulière qui accepteraient de dénoncer leur proxénète se verraient assurer la mansuétude des autorités. Nicolas Sarkozy leur promettait un titre de séjour de dix ans. Autant dire l’éternité à l’heure de l’immigration choisie. Cinq ans après, tout le monde, y compris la police, dresse un bilan accablant de ce dispositif.
La loi Sarkozy de 2003? Première cible: les prostituées
Certaines associations, comme le Mouvement du nid, reprochent au texte le principe même de la délation. D’autres soulignent ses effets pervers. Un sociologue comme Lilian Mathieu du CNRS, estime que cette loi a surtout eu pour effet de précariser et d’isoler les travailleuses du sexe. A coup de condamnations répétées.
D’après les chiffres fournis par la ministère de la Justice, les condamnations pour “racolage sur la voie publique” ont explosé en 2005, pour finalement se stabiliser:
- 2003: 314 condamnations
- 2004: 771
- 2005: 1028
- 2006: 529
- 2007: 582
Dans 95% des cas, les fautives sont punies d’une amende (357 euros en moyenne) et dans 5% des cas d’une peine de prison (19% de peines fermes -un mois en moyenne- et 81% assorties du sursis). Après un pic de condamnations en 2005, la loi sanctionne donc un peu plus de 500 cas par an. Elle punit les travailleuses du sexe, pas leurs employeurs.
Les peines de prison ferme prononcées dans une infime minorité de cas (1%) sont de moins en moins lourdes: 0,7 mois en 2007, comme si les magistrats du siège avait compris l’inanité de la sanction. Qu’en est-il du démantèlement des réseaux criminels?
Attaquer les proxénètes, un mirage judiciaire, mais l’Elysée y croit toujours
Sur ce point, le gouvernement est… mutique. Impossible d’obtenir des chiffres fiables au niveau national. Au ministère de la Justice, puis au ministère de l’Intérieur, on désigne le voisin: seule l’administration dépendant du ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale tiendrait les comptes. Mais silence, le cabinet de Brice Hortefeux ne communique pas sur cette question.
Les services du parquet de Paris sont plus diserts. En se fiant aux statistiques de la préfecture de police de Paris, ils dressent l’évolution suivante:
- 2005: 306 titres de séjour accordés par le biais de l’article L 316-1 du code des étrangers
- 2006: 286 titres de séjour
- 2007: 180 titres de séjour
- 2008: 92 titres de séjour
En quatre ans, la chute est sévère. Rien d’étonnant, souligne-t-on dans l’entourage du procureur de la République. Au début, il y a quelques affaires retentissantes, mais les réseaux de prostitution ont trouvé la parade:
“Les prostituées font des dénonciations type, assez alambiquées, qui obligent la police à faire des vérifications qui n’aboutissent pas.”
En résumé, la loi est devenue inefficace. Un constat partagé par les policiers spécialisés. Pour coincer les réseaux, rien ne vaut la bonne planque à l’ancienne, pour observer les allées et venues des souteneurs et remonter les échelons d’un réseau. L’article 316-1 a-t-il permis de démanteler des organisations criminelles? “C’est marginal”, lâche un vieux routier.
D’ailleurs, les statistiques de la préfecture de police taisent une réalité: la plupart des titres de séjour accordés le sont grâce au travail des associations qui parviennent à convaincre certaines femmes de changer de vie. Grâce à un accompagnement social serré. Sinon, elles retournent rapidement à leurs lucratives activités.
Au cabinet de Rachida Dati, la décision a été prise: “on laissera faire”
Edith a suivi le parcours idéal de la réinsertion, travaillant d’abord pour une entreprise de restauration à vocation sociale. Où les emplois sont aidés par des subventions de l’Etat. Puis, à force de travail et d’effort, elle a trouvé sa place dans la société française: vendeuse dans une confiserie. Ceux qui connaissent son histoire ne comprennent pas l’absurde logique juridique.
Malgré plusieurs recours devant le Conseil d’Etat et la Cour de cassation, pas un seul juge n’a eu le courage de lui offrir un sauf-conduit. En matière d’extradition, les magistrats tranchent sur la forme, pas sur le fond du dossier. Ses avocats sont donc allés plaider sa cause jusqu’au cabinet de Rachida Dati. Réponse: jusqu’à l’audience du 7 novembre, le décret d’extradition ne sera pas exécuté, après…
“Pour arrêter la procédure aujourd’hui, explique le général Henri Marescaux, il n’y a qu’une décision politique. Et visiblement, elle a été prise. Le conseiller pour les affaires pénales de la ministre de la Justice m’a dit: ”on laissera faire“. »
La jeune femme de 32 ans risque donc de prendre l’avion pour Bucarest dès samedi. D’où l’ultime recours, une lettre au président de la République. Accessoirement promoteur de la loi de 2003. Si Edith est extradée, alors les prostituées repenties sauront que la France ne leur garantit plus l’asile. Comme les anciens des Brigades rouges… Promesse non tenue.
Photo: ‘La Prostituée misérable’ par les frères Gao, Pékin (Jason Lee/Reuters).
Les promesses non tenues de Sarkozy aux ex-prostituées
Posté le 07 November 2008 par President




Il faut se donner les moyens de lutter contre le trafic d etre humains, il est intolerable que nous en soyons encore là!
horrible!!! pauvre femme!!! est-elle encore en vie? est-elle repartie?
pourquoi n’a t-elle pas eu le droit de rester en France? en plus, elle travaillait…
Il faut abolire la loi Marthe Richard qui interdit les Anciennes maisons closes et puis comme pour l Avortement interdiction une fois abolie
reglementer les conditions d utilisation pour eviter une certaine anarchie et avoir une transparence qui serait plus judicieuse que l opacite actuelle qui permet tous les abus et favorise les protections proxenetes ce sera jamais ideal mais c est un pis aller et faire ds etudes objectives et pas seulement miserabilistes qui faussent les solutions l arret des poursuites et du chiffre pour racollage liberera
plus de policiers pour reelement s attaquer aux proxos ou il faut beaucoup infilter pour eficacite comme pour la drogue
je trouve que le français a beaucoup de mal a voir les choses en face,la prostitution a toujours existée,la femme est libre de son corps,et en faire ce quelle veut,arrétont d’inverser les choses que les prosténaire soit condanner c’est normal il n’ont pas a obliger et imposer les femmes a travailler pour eux .heureusement qu’il y a des femmes qui font cela car il y aurait beaucoup plus de viol,l’étre humain est fait ainsi
oui je suis d’accord avec toi ROUX, moi je dois vivre avec 420 euros d’assedic, et la cotorep demande d’avoir a l ‘ a ssociation Le nid a lille , j’ai r”épondu pourquoi ils vont me donner de quoi vivre et du charbon pour me chauffer. je vis seule et je dois me debrouiller.
Sarkozy n’a jamais fait la chasse aux réseaux de proxénètes mais la chasse aux prostituées. Les pères-la-pudeur de Passy, les tartuffes de Neuilly (dont certains sont des habitués des bars montants et de salons de massage) s’indignent à la vue des prostitués de la porte d’Auteuil : “cachez ces prostituées que je ne saurais voir !”. Par contre les proxos qui enlèvent, violent, prostituent, menacent, droguent, tabasses, torturent, rançonnent le filles ne travaillent pas au grand jour et ne gênent pas la tranquillité de nos bons bourgeois gavés de moralisme jusqu’à la gueule.
“Maintenant il y a quelquefois des femmes qui peuvent avoir un amant, pas un mari, un fiancé, peut-être bien un mari pourquoi pas après tout. Ce n’est pas parce qu’une femme se prostitue qu’elle n’a pas le droit d’avoir quelqu’un dans sa vie. Elle a bien un chien ou un enfant, pourquoi elle n’aurait pas un mari, et pourquoi ne lui donnerait-elle pas cet argent si ça lui plaît, ou quelquefois ça ne veut pas dire qu’elle lui donne de l’argent, quelquefois c’est un simple ouvrier avec qui elle a envie de faire l’amour, avec qui elle est bien, avec qui elle a envie de discuter, avec qui elle a envie d’aller au cinéma, avec qui elle a envie de manger une pizza, un steak, ou quelque chose de ce goût-là. Alors à ce moment-là on arrête le monsieur, il tombe pour proxénétisme, alors par la suite c’est un délinquant, il va en prison, et qu’est-ce que ça lui fera ? Vous croyez que ça arrangera les choses, je ne pense pas.” in Lilian MATHIEU, « Débat d’étudiants avec des prostituées à l’université de Lyon II en avril 1976 », Clio, numéro 17-2003, ProstituéEs, [En ligne], mis en ligne le 27 novembre 2006. URL : http://clio.revues.org/index588.html.
Rien n’est simple. Les macs me sont a priori insupportables, mais il faut savoir écouter. Une seule chose est sûre, le combat pour que ces gens cessent d’être regardés comme immoraux prendra au moins autant de temps que celui qui a permis de sortir l’homosexualité de la pénalisation ou du domaine psychiatrique. Sarkozy a été précédé par d’autres et la lutte de ces femmes - et seules les indépendantes osent pour l’instant gueuler - va exiger le support de leurs clients, qui doivent faire un “coming_out”. Difficile.
Le Mouvement du Nid, Marthe Richard et Nicolas Sarkozy pensaient qu’avec leurs inventions de lois immondes et répressives allaient effacer à vie les prostitué(e)s de nos trottoirs en France. Ils ont échoué sur toute la ligne. Jamais la prostitution ne disparaîtra. Cette interdiction a encouragé les proxénètes à aller plus loin sur les enlèvements, viols, séquestrations et autres. Alors que certaines personnes n’arrivent pas à joindre les deux bouts à la fin du mois, Sarkozy les encourage, sans le savoir (ou alors il s’en fiche complètement), de se prostituer. Notre pays qui, je trouve, est arriéré et en retard sur de nombreux sujets, copie la Suède qui, elle aussi, mène la vie impossible aux prostitué(e)s. On devrait exterminer tous ces biens-pensants religieux, Chiennes de Garde, comme les maquereaux. L’Etat devra un jour reconnaître la prostitution comme n’importe quel autre profession. En Suisse, les maisons closes et les travailleur(se)s du sexe sont répertoriés à la Brigade des Moeurs, les établissements sont contrôlés tous les mois. Et ça marche. La prostitution doit être un choix d’abord (bien sûr, ce n’est pas tout le monde qui veut faire ça), mais également un droit. Chacun devrait pouvoir vendre son corps et ses charmes sans avoir subir de contraintes de proxénètes. Le combat est dur, mais je soutiens de tout coeur tous ceux qui se battent pour défendre les prostitué(e)s.
D’où vient cette histoire accablante alors que nombre de prostituées contre leur gré ont été ramenée à leur famille en Roumanie/Bulgarie/Ukraine pour leur plus grand plaisir et celle de leurs proches.
Toutes les prostituées qui ont effectivement dénoncés leurs proxénètes ont été prises en charge et ont obtenus un titre de séjour si elle souhaitaient rester en France. Toute on vu leur droit reconnu devant un tribunal par les jugements des proxénètes interpellés sur notre sol et sur dans leurs pays d’origine.
Des associations impliquées dans cette loi sur la sécurité intérieure dite loi Sarkozy a été un bien fait pour la lutte contre les formes de proxénétisme les plus sordides. C’est une contre publicité gratuite et non fondée que de nier les apports de cette loi pour ceux qui luttent contre le proxénétisme et ceux qui prennent en charge les prostituées.