Les filles de la rue Saint Denis ne veulent pas croire à la pénalisation du client. Canada : Débat sur l’ouverture des maison closes lors d’un procès
Oct 16

Eric Branca et Arnaud Folch, journalistes à Valeurs actuelles, publient une « Histoire secrète de la droite » (Plon). Cinquante anedoctes pour cinquante ans d’intrigues. Extraits.

Malik Oussekine, la « bavure » qui a fait plier la droite

Il est 15 heures, ce 9 décembre 1986. Trois hommes d’une petite trentaine d’années, dont l’un habillé en costume, marchent à grands pas au sortir du métro Charles-de-Gaulle-Etoile, puis s’arrêtent au bas d’un immeuble en ravalement de la prestigieuse avenue Hoche.

Après un ultime conciliabule, et tandis que ses deux compagnons restent sur le trottoir, l’homme en costume ouvre la lourde porte vitrée et entre dans l’immeuble. Il emprunte l’escalier tapissé de rouge puis sonne à l’unique porte du second étage. Une dame âgée ouvre :

-Je viens voir h, dit l’homme. Je suis de passage à Paris, un ami m’a conseillé de venir.

-Suivez-moi.

L’homme est alors introduit dans un vaste salon. Sur la table basse trônent des revues pornographiques.

-Puis-je vous demander de régler maintenant ? lui demande la dame.

Le visiteur lui tend un billet de 500 francs.

-Je vous remercie. h va vous recevoir. En attendant, mettez-vous à l’aise.

Aucun doute : le « tuyau » était le bon. L’appartement abrite les activités d’une « hôtesse » de luxe. Et celle-ci serait, leur a-t-on dit, l’une des soeurs de Malik Oussekine… [Mort, quatre jours plus tôt, sous les coups de matraque du peloton des voltigeurs motocyclistes, NDLR]

Quelques minutes plus tard, h apparaît. C’est une jolie brune à la peau mate, vêtue d’une nuisette en soie couleur crème. Elle précède son client dans une chambre aux murs lambrissés, décorés d’estampes érotiques, où trône, face à la fenêtre aux rideaux fermés, un vaste lit à baldaquin. La prostituée et son client « consomment ». Et discutent… L’homme se montre en effet curieux de la vie de la jeune femme, lui pose de nombreuses questions sur ses origines, sa famille. Il est vrai que ce client-là n’est pas vraiment comme les autres : reporter à l’hebdomadaire d’extrême droite
Minute 2,
il est en mission pour son journal. Un micro, dissimulé dans sa poche, a enregistré l’essentiel de la conversation avec h.

C’est le cabinet de Robert Pandraud, le ministre délégué à la Sécurité de Jacques Chirac, qui, quarante-huit heures plus tôt, a fourni clés en main le « dossier h » à l’un des responsables de l’hebdomadaire.

Sitôt après avoir appris le décès du jeune étudiant, le cabinet de Pandraud avait réclamé aux Renseignements généraux un dossier complet sur le défunt et sa famille. De quoi tordre le cou à l’image de « jeune homme parfaitement intégré » et de « famille modèle » dont parlait alors la presse de gauche à propos de Malik…

Heureusement, ni Pandraud, ni Pasqua, ni Chirac n’accepteront que les pseudo-informations soient utilisées. Question de principe (pas question de salir la mémoire d’un mort, avait tranché le chef du gouvernement), mais aussi d’élémentaire prudence : quelques jours plus tard, le cabinet de Pandraud apprenait, vérifications faites, qu’il y avait eu erreur sur la personne. Et pour cause : Oussekine est un patronyme aussi répandu en Algérie que Dupont en France !

Source

Tags: , ,

Laissez un commentaire