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Jun 04

En 1999, la Suède a voté une loi, unique au monde, qui pénalise les clients des prostituées. Cette loi, à laquelle s’intéressent plusieurs pays européens, facilite la lutte contre la traite des femmes. Entretien avec Ewa Carlenfors, inspectrice spécialisée de la police de Stockholm.

Neuf ans après le vote de la loi criminalisant les clients de services sexuels, que peut-on dire de l’impact de ce texte sur l’incidence de la traite des femmes en Suède ?
EWA CARLENFORS Il est clair que les gangs – il s’agit de gangs criminels organisés opérant souvent de l’étranger – sont devenus plus prudents depuis qu’ils se sont rendu compte que cette loi existait et que la police suédoise faisait un travail offensif en matière de lutte contre la traite de femmes. Evidemment, les gangs continuent à travailler ici aussi, mais, par rapport à la situation chez nos voisins, notamment au Danemark et en Norvège, il y a moins de femmes transportées vers la Suède.

Une critique formulée parfois en Suède - et à l´étranger - est que cette loi a surtout eu pour effet de pousser vers la clandestinité. Est-ce le cas ?
Non. Six mois après l’entrée en vigueur de la loi, nous avons pu constater que les gangs n’emmenaient plus les femmes dans les rues de Stockholm, mais qu’ils les transféraient dans d’autres pays. C’est vrai que l’accès généralisé à Internet, autour de l’an 2000, a servi comme un nouveau moyen de marketing pour ces gangs. Mais cela aurait été le cas de toute façon, et ce n’est pas une conséquence de la loi. Le marketing des femmes via Internet nous sert d’ailleurs aussi à repérer les victimes : c’est un outil de travail. Par contre, on ne trouve pas d’annonces pour des filles de moins de 18 ans sur Internet. Les trafiquants savent que, dans ces cas-là, les filles sont considérées comme des enfants et qu’il s’agit automatiquement d’un crime de traite des êtres humains. La publicité pour les filles de moins de 18 ans se fait par d’autres voies, le bouche-à-oreille notamment. La prostitution de rue existe cependant toujours à Stockholm, même si elle est moins répandue ici que dans d’autres pays d’Europe.

Comment cela se fait-il que ces gangs continuent à opérer en Suède, malgré les risques d’être arrêtés ?
Les prix pour les services sexuels sont plus élevés en Suède que dans d’autres pays européens. Un rapport sexuel qui coûte 50 euros aux Pays-Bas, par exemple, peut coûter de 150 à 200 euros en Suède – cela vaut donc la peine de prendre des risques. Et il est difficile pour la police d’arriver à mettre la main sur ces gangs puisqu’ils transportent les femmes d’un pays à un autre, de Suède en Espagne, d’Espagne en Norvège…

Les femmes ont-elles droit à une carte de séjour pour rester en Suède après avoir témoigné ?
Elles ont droit à une carte de séjour valable, malheureusement, juste le temps que dure le procès. La plupart des femmes veulent rentrer chez elles, mais elles tiennent à ce qu’on ne dévoile pas ce qu’elles ont subi, par exemple à la police locale dans leur pays.

La loi est actuellement en cours d’évaluation. Selon vous, que faudrait-il modifier pour en faire un meilleur outil de lutte contre le trafic des êtres humains ?
A mon avis, cette loi fonctionne bien. La plupart des acheteurs avouent leurs crimes, ce qui nous sert à prouver l’incidence du trafic des femmes. En revanche, jusqu’à présent, il n’y a pas encore eu de peines de prison prononcées, seulement des peines d’amendes [la loi prévoit six mois de prison au maximum pour un acheteur de services sexuels et de deux à dix ans pour un trafiquant d'êtres humains à des fins sexuelles]. Pourtant, une grande partie des acheteurs de services sexuels sont des criminels récidivistes notoires. Je pense que des peines de prison d’un mois, par exemple, auraient un effet dissuasif. Il serait gênant d’expliquer à son employeur ou à sa femme la raison pour laquelle on est obligé d’aller passer un mois en prison… En Suède, en général, je pense qu’on est allé plus loin qu’ailleurs dans la réflexion sur la question sous-jacente : “Qui a le droit d’acheter un autre être humain ?”

http://www.courrierinternational.com/article.asp?obj_id=86195

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2 Réponses à “SUÈDE • “La loi criminalisant les acheteurs de services sexuels fonctionne bien””

  1. Fouineur Dit:

    services sexuels a causé une série de conséquences négatives pour les travailleurs sexuels.

    La loi sur l’achat de services sexuels a augmenté les risques et la violence contre les travailleurs sexuels en Suède et a rendu impossible pour les travailleurs sexuels de travailler en sécurité.

    Les plus affectés sont malheureusement les plus exposés, ceux qui vendent des services sexuels dans la rue, les toxicomanes et les travailleurs du sexe des autres pays. Même les nouveaux et/ou travailleurs sexuels jeunes sont plus exposés aux conséquences de la loi sur l’achat de services sexuels que leurs collègues plus d’expérimentés.

    La législation et la politique suédoise renforcent aujourd’hui le ”stigmate de pute”, la honte sociale, et l’image stéréotypée et pleine de préjudices qui est autours de la vente de services sexuels

  2. Fouineur bis Dit:

    En raison de la nouvelle législation, les travailleuSEs du sexe disent qu’il est maintenant plus difficile d’évaluer les clients. Les clients sont plus stressés et effrayés et la négociation en extérieur doit se faire d’une manière beaucoup plus rapide. La probabilité de finir avec un client dangereux est de ce fait plus grande.

    En raison de la loi, les travailleuSEs du sexe se sentent surveilléEs dans les rues par la police, les travailleurs sociaux, les médias et parfois même des activistes anti-prostitution.

    Les travailleuSEs du sexe les plus vulnérables semblent celles qui ont été le plus affectéEs par la loi. Les femmes travaillant dans les rues dans certaines grandes villes prétendent qu’il y a maintenant un plus grand pourcentage de clients “pervers” et que les “bons et gentils” clients ont disparus. Un client “pervers” est quelqu’un qui demande des formes de sexe plus violentes, du sexe scato ou uro et qui est plus enclin à humilier, dégrader et être violent avec les travailleuSEs du sexe. Il refuse aussi plus souvent d’utiliser des préservatifs.

    Rapports officiels
    Tous ces rapports trouvent que la prostitution de rue a diminué immédiatement après l’introduction de la loi. Ils suggèrent également que le recrutement est plus faible, bien que le Conseil National pour la Prévention du Crime explique qu’il est difficile d’estimer le nombre exact de prostituées par exemple à Stockholm parce que la prostitution de rue s’est déplacée vers d’autres rues et a lieu dans de plus grands secteurs qu’auparavant. Toutes les autorités indiquent qu’il n’y a aucune preuve que la prostitution soit moins importante dans sa globalité. Au lieu de ça la prostitution cachée a probablement augmentée.

    Tous les rapports signalent des problèmes qui ont émergé après que la nouvelle loi a été introduite. Le Bureau de la Police Nationale écrit que les travailleuSEs du sexe qui sont toujours dans la rue vivent une période très dure. Les répondants des études menées par le Bureau National de la Santé et du Bien être (dont aucuns ne sont eux-mêmes travailleuSEs du sexe) croient que les femmes travailleuses du sexe éprouvent maintenant plus de difficultés et sont plus exposées qu’avant. Les acheteurs sont “pires” et plus dangereux, et les femmes qui ne peuvent pas arrêter ou changer de lieu de travail sont plus dépendantes de ces hommes plus dangereux, depuis qu’elles ne peuvent plus se permettre de les refuser. Même les acheteurs qui sont interviewés croient que la loi a surtout affecté les femmes déjà socialement marginalisées.

    Le Bureau National de la Police a également trouvé que la loi est un obstacle à la poursuite des profiteurs qui exploitent le travail sexuel d’autrui. Autrefois des affaires judiciaires ont pu parfois être soutenues par les témoignages d’acheteurs de services sexuels. Mais ces hommes ne veulent plus apporter cette aide, depuis qu’ils risquent eux-mêmes de se retrouver maintenant coupables de crime.

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