SAINT DENIS. Dans la nuit de jeudi à vendredi, vers 0h50, le quartier de la gare, à Saint-Denis, voit disparaître une à une les prostituées qui y travaillent depuis de longues heures ainsi qu’un panel de clients composés de vieux, de jeunes, de violents, d’hommes ivres pour certains ou ayant une vie de couple apparente que l’on qualifie de normale.
Sous un abribus, une des professionnelles de la nuit s’apprête à rentrer chez elle. Deux individus lui tiennent compagnie, quand un cyclomotoriste fait son apparition. Il est en quête d’une cigarette. Tapis dans l’ombre, sous le ressac de l’océan Indien, les hommes de la brigade anti-criminalité (BAC), observent la scène. De leur poste d’observation, les policiers se rendent compte que le cyclomotoriste s’adresse de façon violente à la prostituée. Au bout de plusieurs minutes, la prostituée finit par jeter son sac au pied du gaillard, qui mesure bien 1,80 m. La Bac se met en branle. Elle interpelle en flagrant délit d’extorsion le cyclomotoriste et constate qu’il est également en état d’ébriété. Housmane H., qui vient tout juste d’avoir 28 ans et de sortir de prison pour la énième fois, est placé en garde à vue. Hier matin, il était jugé selon la procédure de comparution immédiate au tribunal de grande instance de Saint-Denis avec au-dessus de la tête le risque d’une condamnation à 3 années de prison dans le cadre de la peine plancher. “La victime est une prostituée ; pour éviter les violences, elle a préféré donner son sac…”, précisait le représentant du ministère public, la substitut du procureur de la République, Hélène Sigala. Pour le représentant du parquet, il ne fait pas de doute que la notion “d’extorsion “, c’est-à-dire le chef de poursuite retenu, est établie : “La victime n’avait pas le choix face aux menaces du prévenu. Ce dernier est en récidive légale, je demande la peine plancher…” Le président du tribunal, Jean-Pierre Niel, pour sa part, précisait lors de l’examen de l’affaire : “Je prends mon souffle pour lire votre casier judiciaire…” qui compte pas moins de 14 condamnations. Le prévenu lui-même reconnaissait dépité : “Moin la jamais frappe une femme. Moin té veut des cigarettes. Moin lé fatigué, moin la passe toute ma jeunesse en prison…” Son défenseur, Me Maillot, notait pour sa part : “Il n’y a pas eu de violences, la victime elle-même le reconnaît”, avant de s’étonner : “Ça me fait froid dans le dos quand je lis le procès-verbal de la Bac où je note que les policiers écrivent que mon client a arraché le sac…” pour finalement demander au tribunal de tenir compte des véritables chances de réinsertion que le prévenu présente. Après réflexion lors du délibéré, le tribunal rejetait dans un premier temps la demande de nullité de la procédure soulevée par la défense avant de condamner le prévenu à une année de prison dont 9 mois avec sursis et mise à l’épreuve (SME). Housmane H. devra, donc, purger 3 mois de prison.
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