Le chef de la police d’une banlieue de la capitale, surnommé le «shérif», et 12 autres collègues arrêtés.
Dans la cité-dortoir de Coslada (82000 habitants), à l’est de Madrid, on l’appelle le «shérif» depuis une bonne vingtaine d’années. Aujourd’hui, son surnom est connu dans toute l’Espagne. Gines Jimenez, chef de la police municipale de Coslada depuis 1983, a été interpellé lundi soir, en compagnie de 12 autres policiers locaux. Ils sont soupçonnés d’avoir commis d’innombrables délits: corruption, incitation à la prostitution, prévarication, détention d’armes illicites, viols, détournement de drogue et d’argent, passages à tabac injustifiés… Mardi, aux abords du tribunal où les policiers ont comparu devant le juge, des centaines d’habitants ont manifesté leur colère. «Ce qui est scandaleux, c’est qu’ici tout le monde sait ce qu’ils font depuis longtemps, et personne ne les en a jamais empêchés.» L’indignation des manifestants était telle que les avocats des accusés ont essuyé une pluie d’injures.Â
Même si Gines Jimenez nie toutes les accusations portées contre lui, les habitants de Coslada savent tous ce que signifie El Bloque. Il s’agirait d’une authentique mafia locale, au-dessus des lois, fonctionnant autour du «shérif». Organisés autour du chef, ces policiers véreux et corrompus auraient agi à leur guise. Leurs cibles privilégiées: les commerçants, qu’ils extorquaient; les trafiquants de drogue, dont ils récupéraient l’argent et la marchandise pour leur utilisation propre; les prostituées, dont ils utilisaient les services gratuitement et qui leur servaient pour corrompre des personnalités locales.
Selon la revue hebdomadaire Interviu, le «shérif» se vantait de disposer d’enregistrements compromettants, pendant lesquels des hommes politiques municipaux entretenaient des relations sexuelles avec des prostituées roumaines. De même source, Gines Jimenez était ainsi persuadé d’acheter le silence des autorités locales. D’autres témoignages sont tout aussi accablants: des jeunes partis faire la fête les week-ends auraient été plusieurs fois passés à tabac; des accidentés de la route auraient été frappés par des policiers locaux sans raison…
Citant d’abondants témoignages, le quotidien El Mundo compare ces abus de pouvoir policiers à Copland, ce long-métrage mettant en scène des policiers violents et corrompus près de New York. L’accusation disposerait d’un abondant matériel pour confondre les membres supposés du «Bloque»: vidéos, témoins protégés, documents écrits, conversations téléphoniques… Un numéro de téléphone a d’ailleurs été communiqué aux habitants de Coslada pour apporter de nouvelles preuves sur les forfaits des policiers. D’après la presse, le «shérif» ne portait jamais l’uniforme. Apparemment, il n’était pas de tous les méfaits, mais donnait «carte blanche» à ses subalternes pour commettre tout type d’abus de pouvoir en toute impunité.
Face au tollé national, le ministre de l’Intérieur, Alfredo Perez Rubalcaba, a promis de mettre en place des «mécanismes de contrôle» au sein des polices municipales, à l’image de ceux qui existent déjà pour ce qui concerne la Police nationale et la Garde civile. Depuis 1983, quatre maires, de différents bords politiques (un communiste, un conservateur et deux socialistes) se sont succédé à Coslada. Ils affirment aujourd’hui qu’ils n’ont jamais rien su des pratiques suspectes du «shérif». Mais ils admettent tous que Gines Jimenez n’en faisait qu’à sa tête, ne leur obéissait jamais, et qu’il était impossible de le contrôler. Une façon d’avouer qu’ils ont fermé les yeux sur ses agissements?
http://www.letemps.ch/template/international.asp?page=4&article=231813

