En lisant l’entretien que Christine Delphy a donné à Christelle Taraud dans Féminismes en question, Eléments pour une cartographie, j’apprends que la confondatrice du MLF ne comprend pas :
la métaphore qui consiste à dire qu’on ne se prostitue pas plus en louant l’usage de son sexe que celui de ses mains, de ses jambes, ou de son cerveau…Franchement, pour l’instant, je suis incapable de justifier théoriquement ma position. Je ne sais pas quelle est la différence, c’est vrai. Mais je ne me sens pas « prostituée » en travaillant pour le CNRS.
Notons tout d’abord cet aveu de « non-scientificité », un recours à l’affectif, plutôt louable dans un contexte où l’on a tôt fait de confondre ses goûts personnels avec ce qui s’impose à tous via les diverses législations qui régissent les existences individuelles. Je ne suis pas du genre à refuser aux autres le droit de donner leur avis, au contraire, je pense sincèrement qu’il me serait difficile de vivre dans un monde de clones cognitifs, sans possibilité, si ce n’est de me confronter, ne serait-ce que d’entendre des opinions qui ne sont pas les miennes. Ici, en l’occurrence, je comprends tout à fait la métaphore et j’y adhère. Que Christine Delphy ne se sente pas « prostituée » en travaillant pour le CNRS, grand bien lui fasse, de même que d’autres ne doivent pas de sentir « travailleuses pour le CNRS » en se prostituant …
Mais plus loin, la sociologue précise :
Pour moi, d’une manière affective, la sexualité est et surtout doit être autre chose
On passe donc d’un registre personnel, affectif, non rationnel et rationalisable (Christine Delphy avoue l’impossibilité d’une justification théorique) à celui du « doit », donc de ce qui doit s’appliquer à tous, par voie de généralisation volontaire (pour celles et ceux qui partagent cette affectivité d’une sexualité qui est « autre chose » que boire, dormir, sortir les poubelles ou ôter les bourres de poils de son chien) ou forcée via la loi (pour ceux et celles qui ne font pas de leur sexualité, partiellement ou entièrement, quelque chose d’ « autre »).
Et à l’impossibilité de théorisation première succède, rapidement et sans crier gare, une justification pour le moins « bizarre » :
Mais qu’est-ce que c’est qu’un « rapport sexuel ». Cela existe-t-il comme entité technique indépendante de ce qu’est, justement, le rapport avec qui il fait cet « acte » ?
En gros, il n’y a pas de location de sexe possible, dans le cas de la prostitution, puisque ce n’est pas un sexe qu’on loue mais, ou mieux un « rapport » impliquant deux (voire plus) personnes. Je félicite Christine Delphy d’avoir un métier totalement indépendant, et qui ne se fait sans aucun « rapport », mais je pense rapidement aux téléopérateurs, voire aux kinésithérapeutes, qui, a priori, auraient du mal à exercer leur métier (et donc à vendre ou à louer leur savoir-faire) sans aucun « rapport » qui fait l’ « être » de leur activité… En gros, ce qui gênerait Christine Delphy, ce serait le côté non délimitable de la chose « vendue » ou « louée » dans la prostitution (on parle de location ou de vente de sexe, mais certaines pratiques SM, par exemple, sont dénuées de toute « génitalisation », il arrive qu’une prostituée ne fasse que parler ou prodiguer des gestes de tendresse à son client, etc.) mais dans ce cas, sa justification théorique qui n’en est pas une, devrait aussi s’intéresser à tout le commerce de l’impalpable, c’est-à-dire à celui des services…
S’il est impossible de délimiter « 300g de rapport sexuel », argument ultime pour faire que la sexualité « doive » être autre chose, et donc qu’elle ne puisse s’insérer dans une logique marchande, Christine Delphy termine son raisonnement par une pirouette qui pourrait faire rire, si elle n’était pas, dans les faits, ce genre de métaphysique honteuse d’elle-même, n’était à l’origine de la difficulté, souvent tragique, qu’ont les prostitué-e-s à travailler sereinement, au moins aussi sereinement d’un expert comptable, et si jamais un « travail » est jamais « serein »…
Dans la prostitution, la signification qui est négociée entre les protagonistes, c’est l’humiliation de la personne qui « se vend », c’est cette humiliation que l’acheteur achète et dont il jouit, et non une activité mécanique pour laquelle il n’a pas besoin de partenaire ».
Sous-entendu donc : demander de l’argent pour avoir un rapport sexuel, alors que tant de gens, dans le « vrai » monde (des travailleurs du CNRS par exemple), peuvent avoir des rapports sexuels gratuitement, c’est humilier celui ou celle qui le reçoit …Je pense que pour le « sens commun », l’humiliation serait inverse, mais certes, je n’ai peut-être pas une connaissance étendue de ce qu’est le « sens commun ». Mais ce qui me gêne vraiment, plutôt qu’une opinion qui serait en porte à faux avec une prétendue vérité d’une autre opinion plus répandue, c’est que Christine Delphy, qui pourtant est l’une des premières à recourir à des processus socio-culturels et historiques pour expliquer l’existence de réalités dont une approche biologique ferait plaisir à Occam et son rasoir, tombe les pieds joints dans ce que j’appellerais une tentative de naturalisation du culturel.
Que les rapports de genre soient modelés par l’histoire et la « société », c’est une évidence pour Christine Delphy, parler d’une femme en termes de vagin, d’utérus, et des processus bio-chimiques qui l’accompagne, et qui ne sont pas les mêmes quand on possède une bite et des couilles, c’est réducteur, c’est déterminant, et c’est impensable (voire c’est un mensonge pseudo-scientifique)…sauf quand il s’agit d’un-e pute, qui ne profite pas des millions d’années d’évolution, de diversification, de complexification de la sexualité comme pratique devenue « culturelle ». Un-e pute restera toujours une bête, un individu proche du débile mental, sans volonté propre - et si elle n’est pas son sexe, elle le deviendra…
Si Christine Delphy se demande ce qui, techniquement et matériellement, délimite un « rapport sexuel », je lui demanderais ce qui, techniquement et matériellement, délimite « l’humiliation » et si elle peut se faire sans un rapport avec qui elle fait cet acte d’humilier<!–[if !supportEmptyParas]–>
Si le rapport sexuel ne peut faire l’objet d’un échange argenté, parce qu’il n’est pas un objet indépendant des individus (avec leurs personnalités, leurs faiblesses, leurs sensibilités, blabla) qui consentent à cet usage, en quoi l’humiliation est-elle achetable, matérialisable, technicisable ?
Pour tourner encore la cervelle dans tous les sens, je me demande comment peut humilier un masochiste qui cherche à être humilié, et qui quelquefois paye pour ressentir (et jouir de) ce sentiment d’humiliation : faudrait-il inventer un nouveau concept d’humiliation de l’humiliation, voire de l’humilié humiliant ?
Autrement dit, je n’empêche pas à Christine Delphy de penser que dans le sexe, on peut s’humilier, être humilié, etc., je ne lui en veux même pas de croire en l’humiliation, je lui demanderais juste de m’apporter, pour voir, une livre d’humiliation.
Source: http://lamutationestenmarche.blogspot.com/2008/03/vous-me-mettrez-une-livre-dhumiliation.html
September 11th, 2010 at 7:36 am
Bonjour,
L’auteur fait sans doute semblant d’être bête en prétendant ne pas comprendre les propos de Christine Delphy, quand elle explique que la prostitution implique davantage que la vente/location d’une force de travail et surtout que c’est totalement autre chose qu’un travail, fut-il pénible.
Un acte sexuel implique beaucoup plus que l’apparante interaction mécanique entre deux organes génitaux ; l’individu, qui se prostitue, ne peut exclure même avec la meilleure volonté du monde les imbrications psychiques et physiologiques.
L’auteur s’amuse à ne pas comprendre non plus quand Christine Delphy explique qu’un consommateur de prostitué(e)s paie en effet pour avoir le droit d’humilier et/ou de réifier un individus.
L’auteur transforme sans scrupule les propos de Christine Delphy et des féministes militant(e)s quand nous disons que les prostitué(e)s n’ont pas la liberté de choix, et qu’il n’existe pas de prostitution librement consentie.
Pour qu’il y ait une prostitution librement consentie, il faudrait déjà que les femmes et les hommes qui se prostituent ait le choix de gagner de l’argent autrement qu’en se prostituant. Des gens qui n’ont pas d’alternative à la prostitution ne peuvent donner un consentement libre.
Et ne parlons pas des mécanismes culturels qui préparent nos esprits à trouver normaux certaines situations de sujétion, et qui nous font douter, et le mot est faible, d’un consentement éclairé de la part des prostitué(e)s.
September 12th, 2010 at 5:44 pm
REFLEXION SUR LA PROSTITUTION UN SIMPLE AVIS
Ci C”est un rapport sexuel gratuit sans obligatoirement passer par la vie en couple parfois “chiante” personne ne trouve rien a redire sauf les puritains sur le plan religieux et moral Seulement la grosse différence entre les sexes est qu”une femme peut trouver plus facilement un partenaire sexuel rapidement alors qu”un homme meme avec un physique de jeune premier peut galérer longtemps plusieurs jours où semaines et comme ils sont plus nombreux que les femmes a faire cette recherche “libertine” il n’y a forcément pas assez de partenaires disponibles c”est dans ce créneau qu”arrivent des partenaires qui offrent “un service sexuel rémunéré” depuis la nuit des temps et qu”historiquement on a inventé la monnaie ! (avant c”etait le meilleur chasseur qui gagnait) quant a savoir si c”est la praticienne qui fait le client où si c”est l”inverse c”est l”histoire de l”oeuf et de la poule ! Si maintenant les ligues prohibitionnistes ne veulent plus de prostitution (mot impropre d”ailleurs selon sa racine latine et valable pour d”autres attitudes humaines) elles n”ont qu”a organiser des services sexuels gratuits
September 23rd, 2010 at 8:46 pm
Bonsoir,
@ Amigo
Si certains hommes ont dû mal à nouer des relations avec des femmes, cela provient d’un manque de compétences sociales de leur part, et non en raison d’un soit-disant appétit sexuel des hommes qui serait plus important que celui des femmes.
Si nous sommes opposés à la prostitution, je le répéte, ça n’a rien à voir avec le puritanisme ; mais avec le respect de la personne humaine.
La personne, homme ou femme, qui se prostitue, le fait par sacrifice, par nécessité économique impérieuse.