Plusieurs centaines d’étudiantes lyonnaises seraient obligées de se prostituer pour payer leurs études. C’est le cas de Rachida, qui est dans une école d’infirmière. Témoignage. “Je m’appelle Rachida, j’ai 22 ans et j’ai eu une enfance tout à fait normale dans une petite ville de l’Ain. Mes parents, qui sont d’origine algérienne, avaient sept enfants. Ma mère était femme de ménage et mon père militaire. On était heureux, même si on ne roulait pas sur l’or. En fait tout a basculé quand je me suis fâchée avec eux. J’avais 18 ans et, après mon bac, je me suis inscrite en droit à Lyon, sans conviction. D’ailleurs j’ai abandonné au bout d’un an pour préparer le concours d’infirmière. Ma bourse me permettait de toucher 220 euros par mois environ. Mais c’était insuffisant pour vivre. Car ça couvrait à peine le prix de mon école. Souvent je ne mangeais pas de la journée. Masi j’ai tenu le coup et j’ai fini par réussir mon concours en juin 2005. Mais je ne suis pas partie en vacances pour faire des économies et j’ai travaillé dans une boutique. Mais au bout de quelques mois, je n’avais plus d’argent et j’ai recommencé à sauter des repas. Je suis alors allée voir l’assistante sociale de mon école pour obtenir une aide supplémentaire. Mais elle m’a répondu : “Je ne comprends pas que vos parents vous laissent faire des études alors que vous n’avez pas d’argent !” J’étais choquée ! A la fin de l’année scolaire, j’ai réussi à passer en seconde année. Et là encore, j’ai travaillé l’été pour mettre de l’argent de côté. Avant de tomber dans le même engrenage : j’ai recommencé à jeûner des journées entières parce que je voulais absolument payer mon loyer. J’en avais vraiment marre. Marre d’avoir faim, marre de perdre mes amis parce que je n’avais jamais d’argent pour aller boire un verre avec eux, marre de maigrir… Le déclic s’est produit le 14 février 2007. Ce jour-là, j’ai compris que je ne pourrais plus payer mon loyer. Et je suis tombée sur une annonce : un bar lyonnais cherchait des “hôtesses” en promettant une “très bonne rémunération”. J’ai commencé le soir même. Il s’agissait simplement de discuter avec les clients et de les faire boire le plus possible. Je touchais un pourcentage sur chaque bouteille. Mais je faisais aussi des strip-teases. Le problème, c’est qu’il n’y avait pas beaucoup de clients dans ce bar. Résultat, je pouvais gagner 400 euros par semaine, mais parfois rien du tout. C’est comme ça que j’ai décidé de me prostituer. J’avais déjà couché avec plusieurs garçons qui chaque fois m’avaient déçue. Car en fait ils ne m’aimaient pas. Ce qui les intéressait, c’était mon cul. Alors je me suis dit : autant faire ça pour de l’argent. J’ai contacté un flic que j’avais croisé dans un des bars où je travaillais. C’était un type de 35 ans, 1,80 m, assez baraqué, plutôt beau gosse et qui voulait absolument coucher avec moi. Il m’a proposé 800 euros pour une semaine, mais je me voyais mal passer une semaine avec lui. Du coup, on s’est mis d’accord pour la nuit. C’était la première fois que je couchais pour de l’argent et ça a été l’horreur. J’étais à peine arrivée chez lui, il m’a demandé de lui faire un strip-tease. J’étais mal à l’aise et j’avais envie de m’enfuir. Mais j’avais besoin d’argent. On a commencé à faire l’amour et il a exigé une fellation, alors que je déteste ça. Finalement, j’ai fait semblant de jouir pour abréger. Mais quand il m’a ramenée chez moi le lendemain matin, il ne m’a donné que 200 euros. Je me suis sentie flouée, car j’avais besoin de 800 euros. Le soir même, j’ai quand même remis ça. Je me souviens que j’ai vomi en allant chez lui. Mais cette fois, je lui ai fixé mes conditions : 300 euros et pas de fellation. A la rentrée 2007, j’ai rencontré une camarade de classe qui se prostitue sur internet. L’avantage, c’est qu’elle reçoit beaucoup de clients, qui paient 100 euros de l’heure… J’avais déjà mis une annonce sur le Net, mais je n’avais encore jamais répondu aux messages. Mais après ça, j’ai franchi le pas. Depuis six mois, j’ai donné quarante rendez-vous, mais je sélectionne. En fait, j’arrive toujours en avance et je me planque. Quand le client arrive, je regarde de quoi il a l’air. S’il ne me plaît pas, je m’en vais. Et s’il me plaît, je pose mes conditions : 300 euros payables avant. C’est moi qui choisis l’endroit : une chambre dans un hôtel de la Part-Dieu que je connais. Et j’ai toujours une bombe lacrymogène dans mon sac à main. La prostitution, c’est un moyen facile de gagner de l’argent et de se faire offrir des cadeaux : un sac à main, du parfum… Mes clients sont toujours les mêmes : des hommes entre 35 et 60 ans, mariés, pères de famille, des cadres ou des patrons qui ont du fric et qui cherchent à assouvir un fantasme. Certains essayent de me convaincre qu’ils m’aiment. Du délire. Ce qu’ils veulent, c’est coucher avec une jeune sans payer ! Aujourd’hui, j’ai honte. D’ailleurs, ni mes parents ni mes amis et encore moins mon petit copain ne sont au courant. J’arrêterai quand je vivrai une aventure sérieuse avec un homme. Mais j’ai bien conscience que je suis rentrée dans une spirale de l’argent facile et que, si je continue, je ne pourrai jamais m’arrêter. Je n’ai pas envie de rester pute toute ma vie. Et puis ce métier m’a changée : je suis devenue vulgaire, méfiante, agressive… A l’école, quand mes professeurs me font une remarque, je ne les écoute plus. Quand j’aurai mon diplôme d’infirmière, j’aimerai travailler avec des enfants et devenir directrice de crèche.”
mar 21
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