L’ancien policier tenait une maison de passe Colloque à Lyon le 4/6/2008 : Rapports sexuels et transactions marchandes
mar 21

PUTE PRIDE 2008 SAMEDI-13h-PLACE PIGALLE
Pute Pride

QUESTIONS A MAITRESSE NIKITA
Prostituée à Paris, co-fondatrice du groupe Les Putes :
«J’aime mon métier, sinon je ne le ferais pas.»

La Loi Sarkozy a-t-elle aidé les prostituées ?
Cette mesure répressive a eu des conséquences dramatiques sur nos vies, notre santé et nos conditions de travail : rafles et contrôles policiers qui obligent à travailler dans des endroits isolés ; confiscation des préservatifs ; racket et violence accrue.

Pourquoi luttez-vous pour rester sur le trottoir ? C’est si agréable ?
Moi je défends le fait de travailler où on a envie, comme on veut. Il y a des filles qui préfèrent être sur le trottoir car elles sont plusieurs : si un mec vient les faire chier, c’est plus facile pour se protéger. Bien sûr, il y en a d’autres qui préfèreraient travailler chez elles, par petites annonces, mais tout le monde n’a pas d’ordinateur… Et elles ont peur de travailler seules. Pour celles-là, l’idéal serait de travailler en maison close auto-gérée, chaque fille payant sa quote-part ou se faisant salarier par exemple…

Vous êtes fière d’être une Pute ?
Je suis pour le coming out. A la question «et que faites vous dans la vie ?», nous devrions être capables de répondre fièrement que nous sommes des putes. Il faut combattre le stigmate, pour en finir avec toutes les violences putophobes.

Les Putes seraient-elles moins stigmatisées si on légalisait leur activité comme une «profession comme une autre» ?
Pute, c’est plutôt agréable quand les conditions de travail sont bonnes : on se fait payer pour procurer du plaisir. Il y a pire comme métier.

Mais personne ne peut choisir de devenir Pute ? C’est pas un but dans la vie, quand même !?
On ne l’a peut-être pas choisi au départ, mais vous en connaissez, vous, des femmes qui ont la vocation de caissière de supermarché ?

Que faites-vous des femmes qui ont été mises de force sur le trottoir ?
La meilleure manière de les aider, c’est de leur garantir les mêmes droits sociaux qu’aux autres travailleurs.

Vous voulez faire passer une loi contre la «putophobie»… On n’aura plus le droit de crier «espèce de pute» ?
La putophobie, c’est le fait de mettre en place des discours et des mécanismes qui nous assignent à la honte. Considérer les Putes comme des victimes, trop connes, incapables de savoir ce qui est bon pour elles, c’est les maintenir dans un statut d’infériorité. Il y a plein de bonnes âmes qui estiment savoir mieux que nous ce qui nous convient. C’est de la putophobie ! Et ça encourage les actes de violence à notre égard, qui dérivent de la même logique : «Après tout, une Pute, c’est juste une paumée, non ?».

QUESTIONS A CATHERINE DESCHAMPS
Ethnologue, auteur du livre Le sexe et l’argent du trottoir (Hachette) :
«Le système français est un des plus hypocrites qui soit.»

Pourquoi les putes continuent-elles d’exister dans notre société, soi-disant si libérée ?
Heu… Aucune réponse, à mon avis, n’est suffisante et convaincante. Est-ce que c’est parce que la prétendue libération sexuelle a raté ? Est-ce que nos modèles de couple actuels sont plus étouffants qu’il n’y paraît ? Est-ce que la sexualité est toujours plus sauvage et indisciplinée qu’on veut bien dire ? Est-ce à cause d’une misère affective et sexuelle de certains ?…

La prostitution, c’est quoi : la liberté de disposer de son corps ou une mise en esclavage ?
La prostitution est une activité commerciale. Celles et ceux qui en parlent défendent des idées ou expriment des névroses qui n’ont souvent rien à voir avec la réalité des travailleuses du sexe.
Il y a des femmes qui s’identifient et, pour paraître «libérées», défendent les putes. D’autres, qui associent sexualité et amour (voire qui sacralisent sexualité et amour), voient dans l’échange d’argent contre des prestations sexuelles une violence ontologique et deviennent «abolitionnistes». Pour moi, il faut se méfier autant des deux positions. La prostitution n’est ni la métaphore de la libération sexuelle, ni la métaphore de la domination masculine.

Et vous, vous êtes pour ou contre la prostitution ?
Ni pour ni contre. Ma position c’est que le système français est un des plus hypocrites qui soit. Je suis pour l’abrogation de la LSI.

Pourquoi ? Les lois Sarkozy n’ont-elles pas pour but d’aider les prostituées à s’en sortir ?
On voit difficilement comment des lois qui transforment des personnes en délinquantes peuvent améliorer la situation de ces mêmes personnes ! Dans une certaine mesure, la LSI a même fait augmenter le proxénétisme : quand des personnes sont rejetées dans la marginalité, elles peuvent n’avoir pour seul recours que d’organiser la clandestinité.

Pourquoi la stigmatisation des putes s’accompagne-t-elle d’une augmentation de la violence à leur égard ?
Dans la mesure où “aller aux putes” est de plus en plus discriminé (depuis les années 1970, on est censé tout trouver dans son propre couple), ça peut, par réaction, provoquer de la culpabilité et plus d’agressivité des clients vis-à-vis des putes.

Pourquoi continuent-ils à aller aux putes ?
Avec les prostitué-es, ils n’ont pas forcément à se soucier de donner du plaisir au partenaire, et puis, même si une pute tombe enceinte, ce n’est pas leur problème. Certains clients sont malgré tout attachés à “leur” prostitué-e. Ils voient toujours la ou le même : je ne suis pas sûre, alors, qu’il n’y ait pas une forme de séduction.

Vendredi 21 mars 2008 : Assises de la prostitution
9h30-16h ateliers et programmatique; pour les prostitutéEs et leurs alliéEs
Bourse du Travail - salle Léon Jouault - 67 rue de Turbigo Paris 3ème
17h conférence de presse à l’Assemblée Nationale
salle n°1 - 3 rue Aristide Briant 75007 Paris

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