Ces derniers temps, la nouvelle offensive médiatique anti-prostitution concerne l’affaire de l’échange de logement contre des services sexuels. Affaire sortie par Libération et reprise depuis par des dizaines de médias, dont la télévision. A iprostitution.org, on reçoit même des appelles de l’étranger qui veulent en savoir plus sur la question. Une affaire qui suggère une question : « On fait quoi par rapport à ce problème ? »
La réponse qu’on commence à entendre est : « Il faut interdire cela ! » On en revient alors au fameux « débat » de la pénalisation du client.
Pour ma part, face à de tels phénomène, je dis : « il faut réglementer cela ». Je m’explique : Ce qui me gène, c’est que la fille se retrouve contractuellement lié avec son client sur le long terme. Elle ne peut résilier ce contrat qu’en quittant son logement. Nous sommes dans un système, actuellement, qui certes, autorise les gens de se prostituer ou aller voir des prostituées, mais où rien n’est défini pour « encadrer » les relations entre prostituées et les personnes qui évoluent autour d’elle, clients ou prestataires (loueurs par exemple, c’est tout simplement interdit).
Dans un système de prostitution réglementé sain, en aucun cas la prostitué ne peut être liée dans le temps avec quiconque, la prostituée ne devant pas être mis en état de dépendance contractuelle qui l’obligerait à avoir des relations sexuelle. Si nous étions dans un bon système réglementé, ce genre de chose de client-loueur serait interdit pour cette raisons, parce que la fille ne pourrait pas refuser le client sous peine de perdre son logement et serait aussi contractuellement liée à son client sur le long terme.
Avec une réglementation saine, on pourrait en France éviter les dérives que l’on rencontre dans notre prostitution nationale. Cette dérive dont on parle ici, où la fille est rendue sexuellement dépendante de son propriétaire-client, et d’autres. Comme l’obligation qu’ont certaines filles à boire dans des bars à hôtesse (les filles sont payées sur les consommations). Comme l’absence de structures qui les fait exercer dans des conditions telle (dans les bois ou des voitures) qu’elle sont dévalorisées et doivent, par conséquence, octroyer des tarifs plus bas que si elles exerçaient dans des lieux chaleureux. Comme cet isolement qui les pousse à se faire une concurrence sur les prix et les prestations (parfois, les clients négocient le port du préservatif), quand dans une structure le client est moins porté à la négociation (de même qu’on est tenté de marchander chez les vendeurs à la sauvette, moins dans une boutique).
Dans les pays européens où la prostitution est réglementée, cette réglementation suit deux objectifs : offrir des conditions de travail « normales » aux personnes qui se prostituent, et combattre l’exploitation et la violence. Ainsi, dans ces pays, il y a quelques règles que l’on observe partout :
– La prostituée est toujours indépendante. Elle n’est jamais liée à un contrat de travail par exemple. Elle peut venir et partir quand elle le veut, c’est un droit fondamental. Elle peut être bien sûr liée par un contrat de location par exemple, mais en aucun cas par un contrat qui définirait avec qui elle doit aller, ce qu’elle doit faire au lit, la fréquence des rapports, etc. Déja, sur ce point, en tant que loueur, notre homme est en infraction, puisqu’il négocie cela.
– La prostituée est la seule à choisir son client et le type de services sexuels qu’elle offre. Personne n’a le droit de lui imposer un client ou une pratique. Si elle refuse de retourner avec un client avec qui elle a déjà couché, c’est son droit. En tant que loueur, l’homme en question est encore en infraction en l’obligeant, sous peine de perte de logement, à retourner avec lui.
– Le prestataire autre que la prostituée gagne son argent en louant des chambres, en faisant payer l’entrée de ses infrastructures, avec les consommations, etc. Il ne prend pas d’argent sur la prestation sexuelle en elle même, dans la plupart des cas, son chiffre d’affaire n’est pas lié à celui de la prostituée. Certes, la prostituée sait que son loyer correspond à tant de prestations sexuelles, ou alors que pour chaque prestation sexuelle elle fera gagner de l’argent à l’hôtelier, mais on reste sur le principe que ce qui se passe dans la chambre ne regarde pas le propriétaire du lieu, ce qui a été décidé entre le client et la prostituée ne le concerne pas. En tant que loueur qui dit à la prostituée ce qu’elle doit faire sexuellement contre son logement, notre homme est encore en infraction.
– Entre le propriétaire des infrastructure et les prostituées, le lois sur le harcèlement sexuel existent. Lier le maintien dans un lieu à des prestations sexuelles à effectuer sur le propriétaire est puni. Encore une charge contre notre homme.
– Dans certains pays, comme en Belgique, les prix des logements destinés aux prostituées sont contrôlés. Si le prix est trop élevés, alors les autorités considèrent qu’il y a du proxénétisme. On ne peut pas octroyer un tarif différent à une prostituées ou à une non prostituée dans un hôtel par exemple. Il est probable que notre client-loueur fait une sorte de discrimination dans son offre.
– Dans la plupart de ces pays, le recrutement actif est interdit. Par exemple, en Suisse, il est formellement interdit de proposer un travail de prostituée à quelqu’un. C’est à la personne qui veut se prostituer d’aller dans un salon pour postuler. Notre loueur-client, en passant des annonces en tant que loueur pour prostituées, fait un recrutement actif qui le met en infraction.
Comme on le voit, un système réglementariste peut permettre de combattre ce genre de dérive avec tout un arsenal juridique, alors que dans notre système abolitionniste ne le permet pas. Notre système actuel ne reconnais pas la prostitution pleinement et se refuse donc de donner une réglementation aux métiers du sexe, par exemple légiférer sur les relation prostituées-client et prostituée-loueur. Dans cette affaire, avec notre législation, on peut tout au plus attaquer le propriétaire sur la discrimination sexuelle (puisqu’il refuse les hommes), alors que le vrai problème que révèle cette affaire est la mise sous dépendance sexuelle, et que rien n’est prévu contre cela.
mars 24th, 2008 at 11:48 am
Pour ma part, face à de tels phénomènes, je dis : « il faut réglementer cela ».
Ton propos sous entend t il qu’il faut réglementer “la prostitution contre logement”, cela me parait choquant. Demain à quoi en viendrons nous. Une étudiante devra faire une passe à son épicier pour payer son caddie. Cela n’a rien à voir avec la prostitution, ici il s’agit ici d’abus de position dominante. Si de nombreuses prostituées ont fait ce choix de vies pour gagner leur pain quotidien, l’étudiante, elle n’a pas le choix, c’est dormir dehors, retourné dans sa province natale, ou coucher. Ce phénomène qui est d’ailleurs nié à l’évidence par les pouvoir public, et particulièrement par le ministère du logement qui y voit une manipulation gauchiste, révèle que derrière le voile puritain, ce cache un irrespect évident de la personne humaine. Je refuse de vivre dans une France ou ceux qui ont l’argent abusent et violent ceux qui n’en n’ont pas.