Un gang de policiers véreux tombe près de Madrid A la télévision : “PROSTITUTION : LA FILIERE THAï” sur Planète
fev 06

Certains propriétaires profitent de la crise et, contre un logement, proposent un nouveau type de troc. «Libération» a testé quelques annonces sur Paris.

Il a rappelé une heure avant pour s’assurer que nous serions bien au rendez-vous, a ouvert la porte de son appartement en souriant, a offert un verre au salon, puis s’est assis, le sourire toujours aux lèvres et les yeux vissés sur nous. Antoine (1), 47 ans, haut fonctionnaire, est bavard et disert sur la «colocation» qu’il propose. «Confort», «calme», «indépendance»«C’est un quartier agréable. Et vous aurez votre chambre.» Mais ce dont Antoine aimerait surtout parler, c’est des contreparties qu’il attend de sa colocataire. «Se promener nue le plus souvent possible. Ecarter les jambes sur le canapé pour m’exciter. Pas de contrainte de fréquence pour les rapports sexuels, mais faudra pas se foutre de ma gueule non plus. Au début, je risque d’avoir envie souvent.» Voilà environ deux ans qu’Antoine recrute ainsi des colocataires, via une annonce sur le site Internet Missive, à laquelle nous avons répondu. Pas de loyer numéraire, on paye en nature. Pas de bail non plus, «tout est basé sur la confiance». Quant à la durée, «pas de limites». «Ça peut être en mois, en années. Les seules filles que j’ai virées sont celles qui ne respectaient pas leurs engagements.»

Antoine n’est pas le seul à pratiquer ce type d’échange - appartement contre sexe - à Paris. Dans un contexte de crise du logement, la formule semble s’être répandue. Sur Missive, la rubrique parisienne «A louer» recense de nombreuses offres d’hommes proposant des colocations ou studios indépendants «contre services sexuels».Mais également de femmes, troquant leurs charmes contre un toit. Ailleurs, sur Kijiji, Vivastreet ou dans le journal gratuit Paris Paname, on trouve aussi des annonces, plus masquées. Le mot sexe n’apparaît pas, ce sont les mentions «pour jeune femme», «contre services» et l’absence de montant pour le loyer qui servent d’indices.

Exigences. Antoine est lucide sur les motivations de ses colocataires. «Je sais bien que si vous aviez les moyens de vous loger autrement, vous ne viendriez pas chez moi.» Ce qui n’entraîne aucun scrupule quant à ses exigences, dont la liste s’allonge au fil de l’entretien. «Je veux pouvoir vous observer aux toilettes. J’aimerais que vous soyez là le soir quand je rentre. Ce serait bien si on pouvait dormir ensemble. Je veux du ménage et du repassage.» On quitte Antoine en pleine description des jeux «uro-scato» dans lesquels il nous imagine. Pour rejoindre notre deuxième rendez-vous.

Dans cette rue sombre proche de la gare Saint-Lazare, l’homme attend au bas de l’immeuble, silhouette courbée rasant les murs. L’adresse qu’il nous a donnée au téléphone n’est pas la bonne. Il nous entraîne un peu plus loin, dans une arrière-cour, puis dans un petit ascenseur sans lumière. Au sixième étage, on débouche dans une chambre d’à peine dix mètres carrés : un néon verdâtre, un vieux lit en mezzanine et une douche en plastique crasseuse. «Voilà, dit Amar. 650 euros, à négocier si arrangement.»

Enervement.La formule est la même que dans l’annonce postée sur Missive. On demande des précisions. «450 eurosplus deux week-ends de sexe par mois», répond-il. Amar habite en banlieue : les «week-ends de sexe» peuvent avoir lieu ici ou chez lui, dans les Yvelines. «Je peux faire un bail, mais il va falloir être très gentilles.» Amar a fermé la porte, et reste debout, appuyé contre la poignée. Son ton devient agressif : «C’est une bonne offre, les agences demandent 850 euros plus une caution pour ça.» «C’est pas une arnaque», répète-t-il de plus en plus énervé et menaçant. Nous demandons à visiter les toilettes sur le palier. Et prenons précipitamment congé.

De tous les hommes contactés, Laurent, 32 ans, est le seul à manifester une certaine timidité. Dans son studio propret du XVe arrondissement, il parle de tout, du temps qu’il fait, et surtout pas de l’annonce qu’il a passée. «J’ai connu Missive par leur rubrique de rencontres SM, se lance-t-il enfin. Je n’aurais jamais eu l’idée de proposer un hébergement contre du SM si je n’avais pas découvert là que ça se faisait.» Documentaliste, Laurent est un beau jeune homme svelte, les épaules carrées, le visage doux. «Ce que j’aime, confie-t-il,c’est être attaché. Servir à table en soubrette. Lécher des bottes en me prosternant.» Laurent propose de partager son modeste clic-clac en échange de quelques séances de ce type. «Je ne demande pas de relations sexuelles classiques. L’idée, c’est que ça reste cool. La fille a la clé, elle mène sa vie, mais juste, de temps en temps, elle me dit : “Fais ça.” Ou moi, spontanément, je m’y mets, je lui sers de chaise, de repose-pieds.» Laurent a déjà eu deux expériences de colocation qui se sont «très bien passées». «Peut-être que les filles sont poussées à ça par leurs difficultés, admet-il. Mais, au final, chacun y trouve son compte.»

C’est aussi le credo de Julien, 30 ans, qui parle d’«échange de bons procédés». Agent de sécurité, il héberge régulièrement «des filles» dans son joli deux-pièces de l’Ouest parisien. «Ce sont souvent des escorts, qui viennent de province se faire un peu de fric à Paris. Je les reçois pour un mois ou deux, rarement plus, parce qu’après on se lasse.» Plutôt distant, Julien explique qu’il ne demande pas d’argent mais «du sexe classique» et «pas de prise de tête, parce qu’[il a] déjà eu des filles qui [lui] ont mis le bordel». Ses «colocataires» disposent du canapé-lit du salon, tandis qu’il dort dans sa chambre. Peu de temps après notre visite, il envoie un texto : «Désolé, ça va pas le faire.»

Didier, au contraire, est «très, très motivé», comme il le répète dans ses nombreux messages. Il nous propose un deux-pièces dans le XVIIIe contre «550 euros, plus deux trois rencontres par mois». Il habite ailleurs avec femme et enfants, mais peut se «débrouiller» pour nous rejoindre les week-ends. Malheureusement, l’appartement n’est «pas encore» visitable. «J’attends le départ des locataires», nous explique-t-il lorsque nous le rencontrons à la terrasse d’un café. En attendant, il propose de «commencer» déjà le sexe. «Pour voir si on se plaît».

Sur Missive, plusieurs messages d’internautes mettent en garde contre ces «tests» préalables. «Ça m’est arrivé trois fois, raconte Lætitia, 26 ans. Les types te font visiter, te demandent de coucher immédiatement. Et ensuite, plus de nouvelles. Parfois, c’est même pas leur appart qu’ils t’ont montré. Ils ont pris les clés d’un copain.» Il y a six mois, Lætitia a décidé de passer sa propre annonce «pour avoir le choix». Elle a depuis reçu quelques propositions «intéressantes». «Mais quoi qu’il arrive, prévient-elle, il faut rester méfiante.»

Pierre Allain, le webmaster de Missive, reprend le même appel à la «prudence», sans pour autant censurer «ce qui relève d’un échange entre adultes consentants». «Il y a là parfois des hommes qui profitent de la détresse de jeunes femmes. Nous mettons en garde nos internautes. Mais nous ne pouvons pas faire une enquête pour chaque annonce.» Missive est hébergé en Suisse, comme la plupart des sites francophones proposant les services de prostituées ou escorts. «La Suisse a une législation plus permissive que la France, reconnaît Pierre Allain. Reste que, même en France, un homme a le droit de proposer un logement contre des services sexuels.»

«Habileté». «Cela s’apparente à de la prostitution, ce qui n’est pas interdit, nous confirme une source policière. Seul le site Internet qui héberge les annonces peut être poursuivi pour proxénétisme s’il est en France. Mais ce genre de poursuites aboutit rarement.» Hors Missive, pourtant, la plupart des sites et journaux d’annonces concernés expliquent qu’ils font tout pour «supprimer» ces annonces. «On en voit apparaître dans la rubrique “Colocation”, on les transfère immédiatement dans celle des rencontres érotiques», dit Virginie Pons, responsable de la communication chez Vivastreet. «Nous n’acceptons pas ces annonces chez nous», affirment quant à eux Benjamin Glaenzer, directeur général de Kijiji France, et Bernard Saulnier, le patron de Paris Paname. Tous deux notent cependant «l’habileté» des annonceurs pour déjouer leurs contrôles.

Stéphanie a 38 ans, elle est «escort occasionnelle». Contactée via le tchat de Missive, elle déconseille formellement le troc «appart contre sexe». «J’ai une amie qui a fait ça. Elle s’est retrouvée à la rue du jour au lendemain. Tu deviens dépendante d’un type qui risque de t’en demander toujours plus, en menaçant de te jeter si tu refuses. Sincèrement, il vaut mieux se prostituer pour payer son loyer : tu restes libre.» Sur le même tchat, puis par téléphone, on discute avec Tina, 35 ans, qui, elle, profite depuis quatre ans d’un logement contre «services sexuels» dont elle se dit ravie. «Il ne faut pas choisir un homme jeune, car il ne te gardera pas longtemps, il aura envie de changement, conseille-t-elle. Le mien, il a 62 ans. Je l’ai rencontré sur les Champs-Elysées. Il vit à Dubaï et vient en France de temps en temps. Sinon, je suis seule dans l’appart, 115 mètres carrés dans le XVIe arrondissement.»

«A la porte». Zara, 23 ans, étudiante, n’est pas aussi bien tombée. Elle accepte de nous rencontrer dans un café parisien, «pour parler de ces types qui profitent des filles paumées». Il y a trois ans, Zara a passé une annonce dans Paris Paname : «Jeune fille cherche logement contre services.» «Je pensais ménage, repassage, baby-sitting, dit-elle. J’ai eu des dizaines de réponses. Que des hommes. Qui voulaient tous du cul.» Originaire du sud de la France, Zara ne veut pas détailler les raisons qui l’ont poussée à quitter sa famille. «Je n’avais pas le choix.» Elle a fini par accepter une colocation avec un homme, puis une autre. «Deux fois, je me suis retrouvée à la porte, sans nulle part où aller, parce que je ne voulais pas faire ce qu’ils me demandaient. Ces mecs-là ont besoin de sentir qu’ils exercent un pouvoir sur toi. Ils t’en veulent de savoir que si tu n’étais pas dans la merde, tu ne les aurais jamais regardés.»

Aujourd’hui, Zara a un travail, un appartement. Heureuse et soulagée que ces mois de «galère» soient derrière. «Tandis qu’eux, ajoute-t-elle quand même amère, dans dix ans, ils en seront toujours au même point. A passer et repasser leur annonce pour trouver des filles.»

http://www.liberation.fr/transversales/grandsangles/308288.FR.php

5 Réponses à “«Loue studette contre pipe»”

  1. President Dit:

    Un nouveau type de troc, Libération a testé quelques annonces immobilières pour voir la réalité d’une pratique qui serait de plus en plus fréquente dans le contexte de crise du logement et de flambée des loyers, un échange de location ou de colocation contre des services sexuels. La journaliste de Libération a répondu à plusieurs annonces passées sur des sites internet, avec des mentions du style “pour jeunes femmes” ou “contre services”… Un exemple avec ce haut fonctionnaire, bavard et très à l’aise, qui reçoit la journaliste de Libération et qui lui détaille le genre de services qu’il attend en échange d’une colocation… Pas de loyer, pas de bail… juste un échange de bons procédés comme dit l’un de ces hommes rencontrés par Libération… Aucun ne considère qu’il s’agit de prostitution.

    http://www.france-info.com/spip.php?article92342&theme=81&sous_theme=195

  2. President Dit:

    Où trouve-t-on ces annonces?
    Le moyen de prédilection, tant pour les propriétaires que pour les demoiselles (ou damoiseaux) qui offrent leurs charmes, c’est les petites annonces sur Internet. “Heberge JF contre escorte”, “Recherche jh soumis pour colocation”… Le site Missive, basé en Suisse, en publie régulièrement.

    Quel est le deal?
    C’est simple: les propriétaires baissent le loyer ou logent leur hôte gratuitement en l’échange de leurs services. Leur exigences peuvent aller de “deux week-end de sexe par mois” au SM, en passant par la scatologie (”Je veux pouvoir vous observer aux toilettes. J’aimerais que vous soyez là quand je rentre […] Je veux du ménage et du repassage.” explique un propriétaire aux journalistes qui se font passer pour de possibles locataires…)

    C’est un bon plan?
    Pas vraiment… La plupart des témoins sont formels: “Tu deviens dépendante d’un type qui risque de t’en demander toujours plus, en menaçant de te jeter si tu refuses” explique Stéphanie, 38 ans (dont le prénom a été changé). “Ces mecs-là ont besoin de sentir qu’ils ont un pouvoir sur toi. Ils t’en veulent car ils savent que si tu n’étais pas dans la merde tu ne les regarderais même pas” poursuit Zara, 23 ans.

    Et c’est légal?
    Oui, au même titre que la prostitution, ce type d’annonces est légale si elle procède de la volonté de 2 adultes consentants. Seuls les sites Internet, s’ils sont basés en France, peuvent être poursuivis pour proxénétisme. Cependant, ces poursuites aboutissent rarement…

    http://www.lepost.fr/article/2008/02/06/1094986_un-appart-contre-du-sexe.html?xtor=RSS-30

  3. President Dit:

    Le journal ‘Paris-Paname’ dissimule dans ses pages de petites annonces des offres très particulières. Des offres de collocations sexuelles. ‘Viens habiter chez moi mais en échange, tu m’offre tes charmes’. C’est le contexte de la crise du logement qui conduit à ce type de nouveaux marchés. Peut-être aussi la question du pouvoir d’achat . Ce marché s’apparente à de la prostitution, laquelle n’est pas interdite. Seuls les journaux et les sites internet qui publient ces annonces sont susceptibles d’être poursuivis pour proxénétisme mais les offres sont déguisées. Le mot ‘sexe’ n’appairait pas. ‘Offre logement à partager avec jeune femme contre service’. Ne pas comprendre ‘heures de ménages ou heures de repassages’
    Deux journalistes de Libération sont donc allés courageusement à la rencontre de ces hommes qui offrent ce nouveau type de troc. Qui n’est pas sans risque comme en témoigne la rencontre avec Amar. Les journalistes ont préférer fuir en demandant à visiter les toilettes sur le palier. On les suit au fil d’une demi-douzaine de rendez-vous. Didier propose les clés d’un deux pièces dans le 18° arrondissement. 550 euros plus deux-trois rencontre par mois. Sans plus de scrupules, Laurent,32 ans, finit par admettre:‘Peut-être que les filles sont poussées à ça par leur difficulté mais au final, chacun y retrouve son compte’
    Julien, 30 ans, parle d’échanges de bons procédés. Il héberge régulièrement des filles dans son joli deux pièces de l’ouest parisien. ‘Un mois ou deux. Rarement plus parce qu’après, on se lasse’. Car l’un des risques, c’est de se retrouver dans la rue du jour au lendemain. Le conseil de Stéphanie, Escort occasionnel, n’est peut-être pas le meilleur: Sincèrement, il vaut mieux se prostituer pour payer son loyer. Tu restes libre.
    Et on ne saurait que trop recommander la lecture de cette double pages de Libé, signé Elhame Medjahed et Ondine Millot à Christine Boutin, la ministre du logement. Elle sera horrifié à juste titre par le sort de ces pauvres filles…souvent paumées.

    http://histoiredesexe.blogspot.com/2008/02/si-pas-cucu-pas-dappart.html

  4. Manifestation contre l’échange de chambre contre sexe - Institut National de la Prostitution ™ - France Dit:

    […] L’article de Libération sur le thème “Echange logement contre services sexuels” n’en finit pas de faire des petits. Après avoir été repris par des dizaines de sites web, blogs et forums, c’est au tour d’ associations étudiantes de se servir du thème : […]

  5. sylvain Dit:

    salu tu va bien???

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