Martin Jeanneret est il l’inventeur du proxénétisme équitable ?
Peut-on être juge de paix tout en étant propriétaire d’un motel et d’un bar voués à la prostitution? Deux activités incompatibles, selon une enquête disciplinaire engagée par le Tribunal cantonal. Le magistrat a dû démissionner de son poste à Yverdon. Il comptait de toute façon se reconvertir, mais a été dénoncé avant. Naïf mais convaincu, il assume son choix
On le connaissait comme juge de paix à Yverdon-les-Bains (VD) depuis quinze ans. Mais, il y a un an, M. le juge est devenu l’heureux propriétaire d’un bordel bien établi à Aigle. Un mariage des genres si étonnant qu’un dénonciateur anonyme a rapporté l’histoire au Tribunal cantonal, a révélé mercredi le journal de la Région Nord vaudois. Suspendu dès l’ouverture d’une enquête disciplinaire en octobre, le magistrat a démissionné le 18 décembre, avant que l’autorité de surveillance ne tranche. Même s’il n’a violé aucune loi, l’enquête a conclu que cette activité était incompatible avec la fonction du magistrat, selon l’ordre judiciaire vaudois.
Martin Jeanneret a accepté d’expliquer son choix, en donnant rendez-vous vendredi soir au «Matin Dimanche», à la réception de son motel - il n’a pas encore de bureau -, coincé entre la zone industrielle d’Aigle et l’autoroute.
A 18 h déjà, des femmes, en talons hauts et client au bras, vont et viennent entre la vingtaine de chambres et le café à proximité.
Un projet humanitaire
De la prostitution? «Bien sûr!» affirme sans détour l’ex-magistrat. «On encaisse la location des chambres, mais les femmes n’ont aucune obligation de consommer au bar. Depuis que j’ai racheté l’endroit, j’ai changé les règles.» Et puis aucune commission n’est prise sur leurs passes. Cela n’a rien à voir avec d’autres lieux de prostitution, selon lui. Parce que «Monsieur Martin», comme l’appelle la réceptionniste, fait dans l’humanitaire.
Avec sa nouvelle femme d’origine dominicaine, ils ont fait un «pari». Celui de racheter l’établissement et de «conseiller» les filles, pour qu’elles puissent défendre leurs droits en Suisse. Avec l’espoir, un jour, de transformer ce lieu de rencontre en centre d’accueil. Il s’agit aussi de reverser une partie des bénéfices de l’exploitation du motel à leur association Masqueayer (qui signifie «Plus qu’hier»). Créée en 2006, elle vise à venir en aide à des familles en République dominicaine, en contribuant à l’éducation des enfants, pour éviter qu’ils ne plongent dans la prostitution. Martin aurait sauvé ainsi trois familles.
Ancien pasteur
Ce projet lui tient visiblement à coeur. «Une petite fille soutenue par notre association est morte hier soir, confie-t-il dans un sanglot. Elle a eu la dengue.»
Tout de même, concilier humanitaire et prostitution, n’est-ce pas contradictoire? «Il faut oser aller dans ce milieu pour le combattre», se justifie-t-il. On veut le croire. Parce que Martin Jeanneret est un homme engagé. Il a d’abord été pasteur, puis assistant social, avant de devenir juge de paix.
Mais comment a-t-il pu imaginer que ses deux activités seraient compatibles? «Il était prévu que je quitte ma fonction en juin pour exploiter le bar.» Mais la gérante actuelle a saisi le Tribunal des baux, qui a prolongé son bail. Aujourd’hui, il n’est que propriétaire du motel et du bar.
Monsieur le juge, devenu Monsieur Martin, assume son activité, qu’il n’estime «de loin pas indigne».
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Tags: association, Bordel, Suisse
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