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Feb 01

MOBILISATION. Des organisations profiteront de l’événement pour sensibiliser l’opinion à la prostitution forcée et pour que la Suisse ratifie une convention du Conseil de l’Europe.

Qui dit Euro 2008 dit réjouissances footballistiques… et vaste campagne de sensibilisation à la traite des femmes. Une coalition de vingt-cinq organisations profitera de l’événement sportif pour mobiliser l’opinion sur cette problématique. Mais pas question de brandir des chiffres alarmistes sur le nombre de femmes qui pourraient être acheminées en Suisse pour être exploitées sexuellement. Les organisateurs de la campagne «Euro 2008 contre la traite des femmes» veulent avant tout faire pression sur la Suisse pour qu’elle ratifie la Convention du Conseil de l’Europe contre la traite des êtres humains. Une convention qui entre en vigueur aujourd’hui.

Mieux protéger les victimes

Vingt-quatre Etats l’ont signée, treize l’ont ratifiée. Mais pas la Suisse, contrairement à ses voisins français et autrichien. Or, cette nouvelle convention a pour but principal d’améliorer les mesures de protection pour les victimes de ces traites. «La question du permis de séjour à accorder aux femmes victimes de trafics est très importante. Mais, en Suisse, on expulse généralement les femmes en situation illégale sans vraiment se demander si elles ont un statut de victime ou non», déplore Stella Jegher, de la section suisse d’Amnesty International. La coalition, dont fait partie Amnesty, profitera de la Journée internationale des femmes, le 8 mars prochain, pour lancer une pétition qui demandera la ratification de cette convention.

Et c’est ce jour-là qu’elle lancera officiellement sa campagne. Une campagne que le Département fédéral de la défense (DDPS) a décidé de soutenir par un financement initial de 100000 francs.

«Mondial du sexe»

L’Euro 2008 drainera un public essentiellement masculin, dont des clients potentiels de prostituées. Et c’est bien aux hommes que la coalition s’adressera en premier lieu. Mais, pour être efficaces dans leur travail de sensibilisation, les organisateurs veilleront à ne pas répéter le scénario de 2006 et tomber dans les clichés.

Une campagne alarmiste avait précédé la Coupe du monde de juin 2006 en Allemagne. Le Conseil de l’Europe avait laissé entendre qu’entre 400000 et 60000 prostituées, d’Europe de l’Est et d’Europe centrale essentiellement, risquaient d’être acheminées en Allemagne pour répondre à la demande. Des bordels ont d’ailleurs été créés spécialement pour l’occasion. Le «Frauenrat» est alors rapidement monté au front et s’est lancé dans une campagne anti-prostitution, sans vraiment faire de distinction entre celle qui est forcée et celle qui est volontaire, et donc légitime.

L’association a eu recours à des slogans comme «la responsabilité ne se mesure pas en centimètres». Ou «peu importe la longueur de votre pénis, vous seul pouvez repérer si une femme a été contrainte à la prostitution». Relayée par la presse française et anglo-saxonne, la campagne des organisations féministes s’était rapidement muée en critique ouverte de l’Allemagne pour avoir légalisé le proxénétisme et l’industrie du sexe en 2002. La Coupe du monde de 2006 est ainsi devenue pour certains le «Mondial de la honte et du sexe».

Pas de flambée de prostitution

Mais, finalement, l’invasion annoncée de prostituées n’a pas eu lieu. Et les bordels allemands n’ont pas connu le succès qui leur avait été prédit. Une enquête commandée par la structure des pouvoirs publics pour l’Euro 2008 (SSP) au Service de coordination contre la traite d’êtres humains et le trafic de migrants (SCOTT), rattaché à l’Office fédéral de la police, le confirme. Ses conclusions: il n’y a donc pas lieu de s’attendre à une flambée de prostitution forcée durant l’Euro 2008.

Deux millions et demi

«Nous ne voulons pas nous lancer dans des estimations», précise Yvonne Zimmermann, coordinatrice de la campagne. «Notre but n’est pas de nous focaliser sur l’Euro 2008, mais bien de profiter de l’événement pour faire prendre conscience de la problématique de la traite des femmes Car il s’agit d’un problème qui surgit au quotidien et qui n’est pas uniquement lié à certains événements», insiste-t-elle. Selon l’Organisation internationale du travail (OIT), près de deux millions et demi de personnes sont victimes chaque année de la traite des êtres humains. Et 80% sont des femmes ou des jeunes filles.

Si les craintes d’un afflux de femmes exploitées durant l’Euro 2008 ne semblent aujourd’hui pas justifiées, la vigilance reste de mise. Europol, l’Office européen de police, vient ainsi d’assurer son soutien à la Suisse pendant la grande messe footballistique. La collaboration portera sur le terrorisme, la falsification de billets et le vol organisé. Et bien sûr sur la traite des êtres humains.

http://www.letemps.ch/template/suisse.asp?page=5&article=224650

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