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Plus vieux métier du monde dit-on, la prostitution reste un sujet tabou dans notre société. De jeunes chercheurs bousculent pourtant les préjugés et sondent diverses facettes de cette activité rémunérée. Sous le titre «Cachez ce travail que je ne saurais voir!», un colloque riche en enseignements vient de prendre fin à Neuchâtel.

«En Suisse, bien peu de travaux scientifiques ont été menés sur l’industrie du sexe.» Directrice de la Maison d’analyse des processus sociaux (Maps) et coorganisatrice du colloque «Cachez ce travail que je ne saurais voir», Janine Dahinden est heureuse de pouvoir parler au passé. «Une nouvelle génération de chercheurs se penche sur la question», confirme Ellen Hertz, professeure d’ethnologie. La doyenne de la Faculté des lettres et sciences humaines de l’Université de Neuchâtel précise que, depuis cinq à dix ans, ce vaste champ d’études est progressivement défriché. «Il prête moins à des rires gênés ou condamnatoires

C’est donc la conscience tranquille qu’une vingtaine de spécialistes (essentiellement des femmes) ont abordé le sujet, jeudi et hier, à l’Institut d’ethnologie de Neuchâtel. Non pour faire l’apologie ni stigmatiser le plus vieux métier du monde, l’un des secteurs économiques les plus florissants, mais pour cadrer ses différentes facettes et en faire l’objet d’une étude scientifique, sur la base de travaux empiriques. «Deux très bons, mais fort contrastés, travaux de mémoire présentés dernièrement ont constitué le point de départ de ce colloque», relève Ellen Hertz.

«La prostitution n’est qu’un des aspects de cette industrie», remarque Janine Dahinden. L’approche ethnographique vise aussi les cabarets, bars de contact, internet, les salons de massage, les films, l’escorte ou encore l’activité en plus d’un travail dit normal.» Que l’on ne s’y trompe pas, pour les intervenants, «le travail du sexe est toujours intimement lié à la domination masculine», soutient Ellen Hertz. Mais toutes les prostituées ne sont cependant pas logées à la même enseigne. Un monde sépare les femmes victimes des réseaux internationaux de celles qui ont choisi - presque toujours par défaut - de se lancer dans cette industrie fort lucrative pour certaines.

«Le sexe est toujours le prétexte de la rencontre, mais il arrive qu’elle ne soit pas ponctuée par une relation.» Alice Sala s’est intéressée de près aux relations qu’entretiennent les prostituées avec leurs clients. La jeune ethnologue a bénéficié d’un observatoire privilégié pour mener son travail de diplôme. Six mois durant, elle a officié comme téléphoniste dans un salon de massage. «Cela s’est fait donnant, donnant. Cette personne a accepté de prêter son concours à mes recherches. En contrepartie, je gérais les appels qu’elle recevait. Dans ce milieu, cela élève le niveau!» Le fil rouge de ce travail a consisté à cadrer les différentes étapes caractérisant la rencontre entre la professionnelle et son client. «Mon étude a porté sur le contact téléphonique, l’arrivée du client, la négociation du prix et les discussions avant, pendant et après la relation», indique la jeune femme. Premier constat: la fréquentation des salons de massage connaît des heures de pointe. «Elles correspondent aux horaires de fin de travail, soit entre 12 et 14 heures, puis entre 17 et 19 heures.» Ensuite, Alice Sala remarque que le téléphone compte autant que le corps comme outil de travail de la péripatéticienne. «Le portable sert autant pour la publicité que pour fidéliser les clients. Les habitués téléphonent régulièrement pour prendre des nouvelles». C’est en quelque sorte comme si une interaction «copain-copine» s’instaurait dans ces relations impossibles. Au point que la qualité d’écoute de certaines prostituées confine à la psychologie. «Pour comprendre en quoi consiste le métier, il ne faut pas perdre de vue que ces professionnelles du sexe gèrent une petite entreprise. Dans le cas que j’ai suivi, cette personne travaillait en indépendante. C’est davantage que simplement vendre du sexe. Outre l’écoute et le savoir-faire sexuel, cette personne fait son marketing: elle doit trouver les bons mots pour ses petites annonces, décider de la fréquence des passages publicitaires et gérer le coût de cette publicité.» Tout cela pour un seul enjeu: «satisfaire le client en une demi-heure

C’est un tout autre monde, mais qui a les mêmes préoccupations, qu’a découvert Loïse Haenni. Son mémoire a porté sur le monde des travestis. Une population bien plus exubérante, «située plus bas que les prostituées traditionnelles» dans l’échelle des valeurs. L’étudiante a axé son approche sur le langage et l’hégémonie. Elle constate ainsi que «les travestis sont dominants» dans le monde la prostitution, car «elles assument ce qu’elles font. Au contraire de leurs clients, qui la plupart adoptent une attitude passive» dans la relation tarifée. Aux yeux des travestis, les véritables homosexuels sont leurs clients du fait des prestations qu’ils leur demandent. «Tandis que les travestis se comportent comme des femmes le reste de la journée», commente Loïse Haeni.

Source : http://www.lexpress.ch//journal/culture/art_300014.php

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