Chère Laura D.,
T’as 19 ans, tu fais des études supérieur, t’as un souci d’argent alors tu fais un job qui dès le début te dégoutte ; prostituée. T’as pas d’emprunt à rembourser, t’as pas de famille à charge, t’es pas coupé de tes parent. Juste pour situer. La moitié des étudiants de ta classe font des petits jobs, toi t’as décidé de faire comme 0,05% des « ménagères de moins de 50 ans »; prostituée.
J’ai rien contre toi Laura D., mais j’arrive pas à te prendre au sérieux. A 19 ans, vivre dans une chambre de bonne, manger tous les jours au CROUS et limiter mes soirées à des sorties chez des amis (et parfois des canettes dans la rue) ne me posait pas de problèmes existentiels. D’autant que j’avais pas les entrées gratuites en boite et que mes amies ne m’offraient jamais le resto ou un verre. A croire que quelque chose à changé depuis le début des années 90. J’aurai bien pu faire gigolo à l’époque, mais j’ai pas eu l’occaz’, par contre j’aurais jamais fait un truc qui me dégoutte, comme coucher avec un autre homme. Mais bon, toi tu l’a fait, ça t’a dégoutté, t’en a fait un livre.
D’autres filles font ce que t’as fait et trouvent ça plutôt pas mal comme job. Si si, j’en connais Bien payé, amusant, expérimental, croustillant, surprenant, etc. Elle n’en font pas souvent des livres parce que c’est pas très vendeur et en plus elles passeraient pour des salopes. Dans la société victimaire dans laquelle nous vivons, tu es incontestablement « on the mood » même si ta situation n’est représentative de rien du tout. T’es juste une fille de la classe moyenne qui croyait que la prostitution était une forme de déchéance, avant même de t’y lancer, t’en était convaincu. T’as continué à croire que le regard du client était un regard de gros porc, qu’un corps d’homme de cinquante ans était un corps laid, que tout ce qui t’arrivait était « la faute à la société », etc. Au finish on t’a proposé d’écrire un livre qui te permettrait de te mettre en valeur : Victime ayant une conscience sociale forte, condamnant la prostitution et la dégradation de la condition étudiante, qui souffre intensément en écrivant ses mémoires, et qui s’en sort à la fin. On cherche tous à devenir des héros.
Ton livre est à classer dans une bibliothèque au côté de « Moi Christiane F., 13 ans, droguée, prostituée » ou alors « la dérobade», deux best-sellers sur le thème « la prostitution c’est l’enfer », à l’autre bout de l’étagère il y a d’autres livres de témoignages que bien peu de personnes lisent, comme « Carnet de bal d’une courtisane » de Grisélidis Réal ou alors « J’ai des choses à vous dire » de Claire Carthonnet. Il est vrai que la prostitution, dans ces livres, n’est pas traité de manière manichéenne, que les personnes qui les ont écrits ne parlent pas que de leurs difficultés et de leur peines mais aussi des joies et de la richesse de leur travail. Pas vraiment des romans de gare, pas vraiment ce que le système est prêt à entendre.
June 15th, 2008 at 10:41 pm
je suis tout à fait d’accord avec l’article. Les médias ont profité du livre de Laura d. pour faire une propagande anti-prostitution.
June 18th, 2008 at 3:15 pm
ce livre est une daube sans nom - tout ce qu’on peut espérer, c’est qu’il pousse plus d’étudiantes à se prostituer qu’à choisir de travailler chez Mc Do…