Le mystère de la disparition de nombreux enfants étrangers est peut-être en partie résolu, aux Pays-Bas. Au cours des dix dernières années, plusieurs centaines d’entre eux, essentiellement d’origine nigériane, avaient quitté, sans laisser de trace, les centres où sont accueillis ceux que les Néerlandais ont baptisé les “ama’s”, à savoir les “mineurs non accompagnés”, entrés aux Pays-Bas en affirmant qu’ils avaient perdu tout papier permettant de les identifier.
Mardi 15 janvier, la police italienne a, à l’issue d’une enquête conjointe de l’unité anti-mafia de Naples et des Pays-Bas, arrêté 66 personnes. Ces dernières seraient impliquées dans un réseau actif dans la prostitution et la drogue, organisant la prétendue disparition des jeunes Nigérians. Ceux-ci étaient, en fait, contraints de se prostituer ou d’intégrer des réseaux criminels dans divers pays européens.
Parmi les personnes démasquées se trouvent un policier nigérian et la responsable d’un orphelinat qui se préparait à envoyer deux enfants vers l’Italie. La filière serait aussi impliquée dans des adoptions illégales. Le chef du réseau, un Nigérian vivant à Amsterdam, était en contact avec quelque 300 personnes au sein de son organisation et manipulait des montants de plusieurs centaines de milliers d’euros.
Cent cinquante “passeurs” ont été identifiés et les policiers affirment avoir retrouvé la trace d’une centaine de Nigérianes, exploitées sexuellement au Royaume-Uni, en Italie, en Espagne, en Belgique ou en France. Parmi elles, une dizaine de mineures enfermées dans des bordels en Italie, peut-être acheminées depuis les Pays-Bas, un pays où aboutiraient cinq des douze voies européennes utilisées par les passeurs de clandestins.
L’enquête sur la filière nigériane avait démarré en octobre 2007, avec 19 arrestations dans quatre villes néerlandaises ainsi qu’en Espagne, en Grande-Bretagne, en Belgique et à New York. Treize suspects, dont deux ont été extradés, devraient être jugés dans quelques semaines.
Longtemps, les autorités néerlandaises se sont vu reprocher de négliger le problème des disparitions de mineurs. Des investigations ont abouti : en 2004, 18 trafiquants chinois ont été arrêtés et condamnés. Mais de nombreuses autres affaires n’ont jamais été élucidées.
Face aux critiques de diverses organisations quant à la mollesse de la réaction policière, Tom Driessen, chef du service national de recherche (KLPD), évoque la difficulté de ce type d’enquêtes dans un pays qui a accueilli jusqu’à 3 800 mineurs non accompagnés en l’espace d’une seule année. C’était en 2000. Depuis, “la traite des êtres humains est devenue une priorité”, affirme M. Driessen. Le nombre d’enfants nigérians arrivant aux Pays-Bas est passé de cent par mois à un depuis les arrestations de l’automne 2007.
La question des disparitions d’”ama’s” reste toutefois préoccupante : on est sans nouvelles de 238 d’entre eux, disparus entre 2006 et aujourd’hui. Et cela alors que le gouvernement a pris des mesures - tardives - pour renforcer la protection des maisons d’accueil, désormais équipées de caméras et de systèmes d’accès sécurisés. La justice a aussi renforcé la surveillance des enfants les plus menacés.
Source : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3214,36-1000984@51-1001095,0.html
Voir aussi une video sur cette affaire ici
Tags: Afrique, exploitation, juvénile
avril 1st, 2008 at 2:22 pm
Bonjour,
Avez-vous plus d’info sur ce sujet ?
Sofia (stagiaire Terre des Hommes Lausanne)