Un an qu’on nous bassine avec la “prostitution étudiante”, sur le thème “la prostitution corrompt notre jeunesse”. Un an qu’un syndicat adepte de l’intox a balancé ce “hoax”, avant qu’il ne soit démenti. Seul l’ Institut National de la Prostitution avait signalé, dès le début, l’arnaque intellectuelle et le mensonge médiatique. Aujourd’hui, des petits malins se sont jeté sur ce sujet racoleur pour en faire des livres et on se pose à présent sérieusement la question sur la véracité de cette affaire. Messieurs les journalistes, c’était il y a un an qu’il fallait chercher à savoir si le chiffre donné par le syndicat SUD n’était pas un gros pipo… Et que dire des associations anti-prostitution, qui tout en sachant que l’affaire de la prostitution étudiante était un canular ont préféré pendant un an ne rien démentir ? Il a fallu qu’un journaliste passe quelques coup de fils aux associations pour remarquer que parmi ceux qui ont une expertise dans le domaine, personne n’y croyait… Entre temps, la rumeur s’est bien installée. Un cas d’école sur le phénomène de la rumeur… Faut rire ou pleurer ?
La question de la prostitution dans le milieu étudiant est au centre de deux ouvrages qui paraissent jeudi, mais cette pratique, difficile à chiffrer, reste marginale, selon les associations et les organisations étudiantes.
“Mes chères études, Etudiante, 19 ans, job alimentaire: prostituée” : c’est avec ces titre et sous-titre que Laura D., étudiante en licence de langues vivantes, raconte, dans un livre publié jeudi, comment elle a été “obligée se de prostituer pour payer ses études”.
“Malgré mes petits boulots dans le télémarketing, la restauration, les dettes et les agios s’accumulaient. Je me demandais comment garder mon appartement”, a témoigné à l’AFP cette jeune fille, dont les parents “gagnent le smic et s’en sortent convenablement”.
“Je suis allée voir sur internet pour trouver des jobs étudiants, il y avait des annonces qui proposaient de l’+escorting+ (initialement “accompagnement” d’une personne au restaurant, théâtre etc, rétribué, ndlr), pour 100 ou 200 euros de l’heure. On se dit +une seule fois et pas plus+, et finalement à la fin du mois, c’est la même chose”, a-t-elle confié.
Dans un autre livre, qui paraît aussi jeudi aux même éditions (Max Milo), intitulé “La prostitution étudiante à l’heure des nouvelles technologies”, Eva Clouet, étudiante en master de sociologie à Toulouse II, s’intéresse à quelques cas d’”escortes” racolant sur le web.
En 2006, Sud-Etudiant avait estimé à “40.000″ le nombre d’étudiant(e)s qui se prostitueraient (sur 2,2 millions d’étudiants), un chiffre qui avait suscité à la fois intérêt, fantasmes, critiques et agacements. Interrogé par l’AFP mardi, Aurélien Picot, l’un des porte-paroles du syndicat, “ne confirmait plus ce chiffre”, reconnaissant le manque d’études “pour pouvoir chiffrer les choses”.
“Il n’y a jamais eu d’enquête précise, rigoureuse et sérieuse sur la question”, a confirmé Guillaume Houzel, président de l’Observatoire de la vie étudiante, que la médiatisation du sujet, au détriment d’autres situations “tout aussi difficiles”, “agace un peu”.
“La jeunesse obligée de faire des passes pour manger et payer ses droits d’inscription, c’est minoritaire”, a-t-on estimé à la Fage (organisation étudiante).
Jean-Sébastien Mallet, délégué général à la Fondation Scelles (qui milite pour le recul de l’exploitation sexuelle sous toutes ses formes) admet que “cela existe” mais que c’est avant tout un “phénomène médiatique”.
Selon lui, “99% des jeunes de 15 à 25 ans n’ont pas de relation sexuelle marchande”.
Pour Bernard Lemettre, président du Mouvement du Nid (qui lutte pour la disparition de la prostitution), “il n’y a pas de prostitution +étudiante+” à proprement parler.
“La prostitution piège des personnes qui sont étudiantes, comme elle peut piéger des mères de famille, des jeunes femmes sans travail, bref d’autres catégories, de tous milieux sociaux”, a-t-il ajouté, précisant que “précarité ne signifie pas prostitution, même si c’est un facteur de plus grande vulnérabilité”.
Le phénomène est “relativement marginal”, souligne-t-on à l’Unef qui reconnaît que “la situation sociale des étudiants tendant à se dégrader, elle engendre le recours à des situations extrêmes, dont la prostitution”. Le syndicat réclame “des mesures sociales d’ampleur”.
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jamvier 18th, 2008 at 2:54 pm
Depuis quelques jours, les articles sur la prostitution étudiante se multiplient. Cet intérêt soudain pour le monde de la prostitution est le fruit de la publication de deux ouvrages écrits par des étudiantes. Retour sur une controverse.
En 2008, le tabou de la prostitution étudiante a été brisé grâce à la sortie de deux livres. Eva Clouet, étudiante en Master 2 en sociologie à l’Université Toulouse le Mirail, a décidé d’enquêter sur le phénomène. Elle publie son mémoire sous le titre La prostitution étudiante à l’heure des nouvelles technologies de communication [1]. De son coté, Laura D., étudiante en deuxième année de Langues Étrangères Appliquées, témoigne de son expérience personnelle dans Mes chères études - Etudiante, 19 ans, job alimentaire : prostituée [2]
Des étudiantes en arrivent parfois à “vendre leur corps” pour financer leurs études. 40 000, c’est le nombre d’étudiants qui se prostituent selon le syndicat SUD-Etudiant. Cette estimation serait largement surévaluée. Elle fait l’amalgame avec le chiffre issu d’une enquête de l’Observatoire de la Vie Etudiante (OVE) qui évalue à 45 000 le nombre d’étudiants vivant sous le seuil de pauvreté en France (environ 650 euros). Il est en effet très difficile de chiffrer le phénomène : « Entre 2 000 et 20 000 personnes », selon La Dépêche du Midi. [3] Tout dépend de la définition que l’on donne au mot « prostitution ».
Les étudiants qui se prostituent ne le font pas dans la rue…
Eva Clouet met l’accent sur l’impact des nouvelles technologies sur le phénomène. Internet, comme le minitel à son époque, favorise les services de messageries roses, mais apporte de nouvelles possibilités. Ainsi, les services de Webcams coquines ou de blog érotiques envahissent le net. A Montpellier, une étudiante se sert même de la Toile pour « vendre ses petites culottes portées ». Sur Internet, des annonces vantent les services « d’escort-girls » – ces femmes qui accompagnent des hommes pour des dîners, des soirées ou des vacances – ou de « masseuses ». Elles dérivent parfois vers des prestations bien plus « amicales » lors de la rencontre.
Lydie, étudiante et membre de l’association Mouvement du Nid [4], s’indigne contre la victimisation produite par les médias. « Les filles qui bossent dans des bars à hôtesses pour pousser les clients à consommer de l’alcool sont aux portes de la prostitution, mais généralement elles ne vont pas jusqu’au bout. Certaines les franchissent mais le font de manière occasionnelle pour arrondir leurs fins de mois ». La jeune fille déplore cependant que certaines, plus fragiles, n’arrivent plus à sortir de la prostitution et se retrouvent vite dans des systèmes bloqués.
« Je ne vois pas une grosse différence entre être exploitée dans un fast-food et faire le tapin, lâche un responsable de l’association règlementariste toulousaine Grisélidis [5]. Maintenant, ce n’est la vocation de personne, tout comme ce n’est la vocation de personne d’être caissière. On devrait commencer par aider les étudiants pour ne pas qu’ils aient à travailler à côté ».
Pour Rosine Baron, directrice de l’association abolitionniste l’Amicale du Nid à Toulouse [6], « la prostitution étudiante ne doit pas être l’arbre qui cache la forêt. Le principal problème est souvent celui du financement des études. Aujourd’hui, la prostitution devient inquiétante car on la banalise sans se poser les bonnes questions. Il faut se demander comment ces personnes sont arrivées à ces pratiques prostitutionnelles, comment elles le vivent et qui sont-elles ? » Pour elle, il y a toujours des raisons qui amènent à la prostitution.
Ryad KOUACI
Guillaume DESJARDINS
[1] Eva Clouet, La prostitution étudiante à l’heure des nouvelles technologies de communication, édition Broché
[2] Laura D., Mes chères études - Etudiante, 19 ans, job alimentaire : prostituée, édition Broché
[3] La Dépêche du Midi, 13 janvier 2008.
[4] Association Mouvement du Nid ->http://www.mouvementdunid.org
[5] Association Grisélidis - 14 rue Lafon, 31000 Toulouse - 05 61 62 98 61 - Bus et Urgences 06 71 59 27 36
[6] l’Amicale du Nid (31) - 6 rue de l’Orient, 31000 - 05 34 41 57 60
Source : http://www.sciencespo-toulouse.fr/universcites/spip.php?article373