Lille : La prostituée cherchait un « protecteur » Les ripoux de la DST étaient proxénètes…
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Selon le syndicat SUD Etudiant, 40 000 étudiant(e) s se prostitueraient en France. Cette estimation vous semble-t-elle réaliste?

Le chiffre renvoie à une enquête de l’Observatoire de la vie étudiante qui évalue à 45 000 le nombre de jeunes en situation de précarité. Pour autant, tous ceux et toutes celles qui rencontrent des difficultés financières ne se prostituent pas! L’an dernier, j’ai mené une enquête sur le campus de Nantes auprès d’élèves de deuxième année de psychologie et de médecine. A la question «Connaissez-vous dans votre entourage un étudiant ou une étudiante qui se prostitue?», 4 personnes ont répondu par l’affirmative, sur 138.

Quelles sont les motivations des jeunes femmes que vous avez rencontrées?

Elles ont besoin d’argent pour payer leurs études, leurs loyers ou arrondir leurs fins de mois. Leur situation économique est souvent précaire, leurs parents, en grande majorité, modestes. Mais d’autres motivations se font jour chez certaines: la volonté d’échapper à une éducation trop rigide, l’envie de pimenter une sexualité trop cadrée, le refus d’une vie trop lisse ou le besoin de prendre une revanche sur le mythe du prince charmant.

De quelle manière la prostitution étudiante se distingue-t-elle de la prostitution dite traditionnelle?

Les jeunes femmes, qui se décrivent elles-mêmes comme «escortes» ou «escort girls», exercent cette activité de manière indépendante, «choisie» et occasionnelle. Elles ont entre une «rencontre» par semaine et un «rendez-vous» tous les deux mois - elles ne parlent jamais de «passes» - avec des clients pour la plupart réguliers. Toutes soulignent le caractère temporaire de leur prostitution. Gagner durablement leur vie de cette façon-là leur apparaît inacceptable - «glauque» et «invivable», pour reprendre leurs mots. Elles utilisent Internet pour racoler, soit en mettant des annonces sur des sites de rencontres, classiques ou spécialisés, soit en utilisant des forums de discussion, soit en se créant un blog personnel. De cette façon, elles protègent leur anonymat, posent leurs conditions et fixent leurs tarifs.

Quels points communs avez-vous relevés chez ces jeunes femmes?

Elles sont ambitieuses quant à leurs études et à leur avenir professionnel, qui demeurent leurs priorités. Issues le plus souvent de classes sociales populaires et moyennes, elles ont envie de réussir, de «devenir quelqu’un», de vivre confortablement. Elles sont convaincues que l’école leur offre cette possibilité d’ascension sociale à laquelle elles aspirent. La plupart sont des bosseuses. Elles cachent leur pratique prostitutionnelle de peur d’être découvertes par leurs proches, exposées au regard des autres, étiquetées «prostituées».

Elles parlent de «relations longues» qui permettent de «mieux se connaître», de «discussions» et «d’échanges». Une manière de banaliser leur activité?

Entretenir l’illusion d’une relation naturelle leur permet de ne pas être considérées comme objets de consommation. Elles ne veulent surtout pas être prises pour des pauvres filles! Leur discours sur le caractère «utile» de la prostitution - au couple et à l’institution du mariage, aux hommes frustrés - participe de ce même besoin de légitimation.

http://www.lexpress.fr/info/societe/dossier/prostitution/dossier.asp?ida=463827

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