Et pourtant, quand on s’ intéresse au « sur quoi » tout repose chez les anti-prostitution, qu’on creuse un peu leur discours, on y trouve tout un ensemble d’idées qui sont très loin de la pureté morale dont ils se réclament. On y trouve d’innombrables tromperies intellectuelles et des mensonges en tous genres, un révisionnisme sur la question de l’esclavage, une totale et systématique déshumanisation, point par point, de la prostituée, une haine quasi viscérale des clients, une remise en question constante des notions de libre arbitre et de consentement, une conception des relations homme/femme ou le corps de la femme serait la propriété de son partenaire (gratuitement, ce qui selon eux est moral, ou pas), une volonté que l’état se charge des questions de bonnes moeurs. Dans l’idéologie des anti-prostitution, il y a tous les germes du totalitarisme.
Ainsi, les anti-prostitution, comme première tromperie, ont décidés de se nommer « abolitionnistes ». Ce terme leur permet de relier la prostitution à l’esclavage en utilisant un mot commun. La prostitution serait comme l’esclavage, et comme l’esclavage, il faudrait l’abolir. Les anti-prostitution utilisent là une technique de manipulation sémantique bien connue qui fonctionne sur la mise en parallèle de deux concepts qui ne peuvent pas être comparé. L’un des terme peut qualifier l’autre, mais ne peut pas être synonyme de l’autre. L’esclavage décrit une condition, alors que la prostitution décrit une activité. Une personne peut avoir une condition d’esclave, et avoir comme activité l’agriculture, faire le ménage, couper du bois, se prostituer etc. Une personnes dont l’activité est de se prostituer peut avoir une condition de travailleur indépendant, de salarié, riche ou pauvre, de délinquant, d’esclave, etc. Ainsi on ne dit pas ; « la récolte du coton est un esclavage » en référence à ce qui se passait dans les plantation américaines à l’époque de la traite des noirs, quand bien même celui qui récolte le coton serait libre et convenablement payé. On ne peut que comparer une activité avec une autre activité, et une condition avec un autre condition. Quand on a aboli l’esclavage en Amérique, on n’a pas interdit aux noirs de travailler dans les champs et aux propriétaires d’employer des gens. On a aboli une condition, pas une activité. Aussi, il est sémantiquement faux, c’est un mensonge, d’affirmer que ceux qui cherche à faire disparaître la prostitution sont « abolitionniste ». S’ ils ne voulaient faire disparaître que la condition d’esclave de la prostituée ça serait correcte, mais c’est le métier de prostituée qu’ils veulent faire disparaître. Ils sont simplement prohibitionnistes.
En procédant sur l’amalgame prostitution=esclavage, les anti-prostitution procèdent à une déshumanisation de la prostituée, qui ne peut être que esclave. Ils ne reconnaissent pas leur activité ni leur identité propre, mais la réduisent à une condition. Ce qu’elles font, ce à quoi elle occupent leur temps de travail, ce qu’elles produisent, les joies et les difficultés de leur travail, les qualités et traits de caractère qu’elles ont développé, leur savoir faire, etc. n’ont plus d’importance. En voyant les prostituées comme des esclaves, les anti-prostitution s’empêchent de voir l’individu car le statut d’esclave prend le pas sur toutes les autres considérations.
Pour renforcer imposture intellectuelle qui est l’amalgame prostitution=esclavage, les anti-prostitution modifient la notion en lui donnant une nouvelle définition. L’esclave n’est plus ce personnage qui est obligé de travailler gratuitement, sous la contrainte sans avoir le droit de démissionner. On ne peut plus non plus comparer les conditions de travail les plus contraignantes et les moins gratifiantes à de l’esclavage ( salaires de misères, crise économique qui empêche toute négociation de salaire, redistribution des profits anormalement bas, etc.). Non, l’esclavage c’est à présent autre chose. La prostituée à beau être majeur, gagner bien sa vie, être indépendante, conserver l’essentiel des profits générés par son activité, affirmer qu’elle a choisi ce travail, etc. les anti-prostitution considèrent malgré tout qu’elle est esclave. On a changé la définissions de l’esclave. Pour les anti-prostitution, l’esclavage est un état d’esprit qui n’est plus lié au revenu et à la dépendance et la vulnérabilité que l’on a vis à vis de son employeur, c’est devenu autre chose, une sorte de maladie mentale, un malaise intérieur qui pousse des gens à investir le marché du sexe. L’esclavage n’est plus une condition sociale mais une pathologie mentale dont certaines personnes en seraient victimes. L’esclavage n’est plus ce qu’ autrui peut nous faire, c’est ce qu’on se fait à soi même. On assiste à un véritable révisionnisme sur la question de l’esclavage.
Pour qualifier les prostituées d’esclave, les anti-prostitution ont aussi besoin de nier la notion de consentement. Quand on lit la littérature des anti-prostitution, on est surpris de voir les efforts intellectuels qui sont fait dans ce sens. Les prostituées sont incapables de donner vraiment leur consentement car elles vivent une situation de détresse, ont eu une enfance chaotique, sont auto-destructive, beaucoup sont droguées et alcooliques, et puis c’est la crise et elles ont besoin d’argent, etc. A les écouter, le consentement serait une sorte de légende, personne n’aurait son libre arbitre, d’ailleurs, si j’écris ces lignes, ce n’est pas vraiment un acte consentant, il est évident que si j’étais né ailleurs, à une autre époque, dans un autre milieu, je ne me serais jamais intéressée à la prostitution, donc, c’est pas moi qui ai vraiment désiré écrire ces lignes, j’ai été conditionné pour, etc. Ils vont jusqu’à refuser aux prostituées le droit d’avoir la capacité de jugement pour savoir ce qu’elles font…
L’autre argument est qu’on empêche bien les gens consentants de se suicider, de se droguer ou de vendre leurs organes. Alors pourquoi ne pas aussi empêcher les gens consentants à frayer dans la prostitution ? Les anti-prostitutions une fois de plus jouent au brouillage sémantique, mixant les notions de bioéthique avec le concept philosophique de « don de soi ». Comme si perdre une partie de ses capacité physique (en se détruisant la santé ou en donnant un organe) était comparable avec le fait de coucher avec quelqu’un. Il jouent là avec une belle idée de l’amour charnel, l’idée qu’on « donne son corps » quand on fait l’amour, qu’on « s’offre à l’autre », qu’on « possède le corps de l’autre », etc. Cette idée du don de soi est bien entendu une métaphore, pour décrire des sentiments et une philosophie de l’amour, mais n’est en aucun cas une réalité physique. On ne se retrouve pas avec un bout de son partenaire après l’acte sexuel, l’intégrité physique du partenaire est respecté (quand il n’y a pas de violence et que les règles d’hygiène sont respectés) , on ne se retrouve pas non plus avec quelques neurones en plus ou en moins. etc. De même qu’on peut décoller et arriver au septième ciel sans quitter son matelas, on ne va pas pour autant appliquer les règles du trafic aérien au sujet du sexe… Dire que la métaphore du « don de soi » dans l’acte sexuel est comparable à une perte physique comme un don d’organe ou à une dégradation du cerveau lors des prises de drogues est une imposture intellectuelle intégrale.
Ce « don de soi » est une croyance. Tout le monde n’est pas obligé de croire qu’il « donne son corps» ou « qu’il prend le corps d’autrui » lorsqu’il couche avec quelqu’un. Quand ils veulent empêcher la prostitution sur ce type d’arguments, en réalité ils ne condamnent pas une déteriorisation physique, ils condamnent un certaine type de relations homme-femme. Ils condamnent le sexe sans sentiment, le plaisir sans amour, etc. Noble condamnation morale, mais alors, pourquoi ne pas demander, aussi, la pénalisation de l’ échangisme, du vagabondage sexuel, du libertinage sur ces mêmes arguments ?
Ainsi, la construction intellectuel qui amène à voir la prostituée comme une esclave n’est en rien une démarche humaniste, contrairement à ce que les adeptes de la prohibition allèguent. Quand on décortique leurs arguments, on est très loin des « droits de l’homme », et très proche du totalitarisme. Il y a chez eux une cécité qui les empêchent de voir la réalité telle qu’elle est car tout part d’un postulat indiscutable pour eux : « la prostitution doit disparaître », limitant considérablement les choix. Ils ont un pouvoir d’influence fort uniquement parce que le système idéologique les soutient, quand bien même la société n’y trouve pas son compte. Il pratiquent l’imposture intellectuelle de se décrire comme « abolitionniste » en référence à l’esclavage, alors qu’ils veulent interdire un métier, et non spécifiquement l’esclavage. Ils s’interdisent de voir la personne qui se prostitue comme un être humain à part entière, juste comme un esclave. Ils vont jusqu’à modifier la signification des mots, l’esclavagisme n’est plus une condition sociale inacceptable, c’est un état psychologique dans lequel on est plongé. Ils refusent l’idée que les personnes puissent donner leur consentement, cette notion étant toute relative pour eux. Ils pratiquent la généralité sur la condition des prostituées, cachant leur condition réelle, avec toutes ses nuances. Ils pratiquent l’imposture intellectuelle en intégrant la prostitution à la bioethique, au même titre que les psychotropes ou la vente d’organes. En réalité, sournoisement, ils condamnent certains moeurs et demandent aux services de l’ État (Police, Justice, etc.) de mettre en pratique cette condamnation. De bout en bout, leur démarche accumulent les signe de despotisme.
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