Elle réceptionne les clients dans une agence qui réalise des annonces pour les médias. Elle raconte son quotidien.
Comment se déroulent vos journées?
Avant le gros des clients des annonces immobilières ou d’emploi, c’est «l’heure des putes» le matin jusqu’à 9h. Elles viennent mettre des annonces pour le lendemain, si elles ont fait assez de passes pour en avoir les moyens. Lorsque j’ai commencé dans cette entreprise, c’était un peu choquant, car je ne connaissais pas tous les termes et abréviations qu’elles voulaient insérer dans leurs encarts. Nous disposons d’une charte qui précise ce qui est autorisé ou pas. Nous devons refuser tout ce qui se réfère à la pédophilie ou la zoophilie, par exemple. Au bout d’un moment, on commence à connaître ces femmes et ces transsexuels. C’est un tournus, ces femmes font toute l’Europe. Elles disparaissent parfois pour aller faire une chirurgie esthétique au Brésil et reviennent. La plupart sont étrangères et on sait qu’environ la moitié sont là illégalement. On connaît même des maquerelles, on sait combien elles demandent aux filles pour l’appartement. Aucune ne fait ça pour le plaisir. Elles envoient souvent l’argent à leur famille. Maintenant, je suis habituée mais elles me font toujours pitié.
Quelle est votre réaction face à la situation de ces femmes?
Je n’ai jamais compris pourquoi notre pratique est si laxiste. On ne demande aucune carte d’identité aux prostituées et on les fait payer cash. C’est une partie de notre travail qui est plutôt désagréable. Au début, j’avais posé des questions à mes chefs à ce propos. Et on m’a répondu que c’est du chiffre. Même chose pour les marabouts. On sait très bien qu’ils ne sont pas plus marabouts que vous et moi, et en plus ils sont souvent désagréables car culturellement, ils n’ont aucun respect pour les femmes. Bref, c’est de l’arnaque, mais encore une fois c’est de l’argent. Beaucoup d’argent au final. J’estime à 20% du chiffre que je fais les revenus qui proviennent de la prostitution.
Globalement, êtes-vous satisfaite de votre activité professionnelle?
J’aime beaucoup le contact avec les gens, même par téléphone. En règle générale, j’aime bien mon travail. Mais je trouve qu’il y a trop de niveaux différents de chefs. Il y a des gens à éjecter car ils ne servent à rien! Il n’y a pas assez de contrôles. C’est peut-être dû au copinage. Les supérieurs devraient s’intéresser davantage à savoir pourquoi certains annonceurs ne mettent plus de publicité… Certains courtiers en publicité bossent comme des fous, mais d’autres font juste les pachas dans les agences, au milieu des femmes qui sont à la réception.
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