Les filles de la rue Saint Denis ne veulent pas croire à la pénalisation du client. Canada : Débat sur l’ouverture des maison closes lors d’un procès
Dec 08

Pour faire face à des difficultés financières, des milliers d’étudiants vendent leurs charmes pour boucler leurs fins de mois.

La France compte plus de 2 millions d’étudiants, parmi eux, des milliers se prostituent. Solitude affective, besoin d’argent, le pas peut être vite franchi.

« Si j’avais su que venir à Paris c’était si cher, je ne sais pas si j’aurais tellement insisté pour m’y installer. Je rêvais d’étudier à la Sorbonne. C’est tellement mythique… Maintenant je peux plus reculer… toutes mes économies y sont passées… […] Ça a commencé à une soirée il y a pas si longtemps. J’étais avec des potes… on était tous bourrés… j’avais fumé aussi… c’est sûrement ce qui m’a permis de me lâcher un peu plus quand ce type m’a proposé de rentrer avec lui. Au début j’ai tellement rigolé qu’il s’est vexé. Quand il m’a dit combien il me proposait, j’ai pas réfléchi longtemps… […] je pouvais payer mon loyer et continuer à sortir… la belle vie quoi… enfin c’est ce qu’on dit… » Jean, 18 ans, est étudiant à Paris, a raconté son parcours à la Fondation Scelles. Comme lui, des milliers de jeunes, souvent étudiants, se prostituent en France. Jean-Sébastien Mallet, le délégué général de la fondation, reste prudent : ils sont « entre 1 % et un pour mille ». La France compte 2.275.000 étudiants, ils seraient donc entre 2.275 et 22.750 à se prostituer… Autant de drames, de situations délicates, fragiles, précaires pour quelques choix de vie assumés…

« Il m’a glissé un billet »

Noémie a 25 ans et étudie à Bordeaux : « J’ai pas continué les études bien longtemps… […] je suis rentrée dans cet institut assez jeune et puis j’ai appris sur le tas. La première fois qu’un client m’a demandé un petit “plus”, j’étais presque pas choquée… je l’ai fait pour pas qu’il se fâche et puis quand il m’a glissé un billet, j’ai rien dit. Par contre je suis allée m’acheter une jolie paire de chaussures. Je suis pas plus heureuse mais au moins j’peux me faire des cadeaux quand j’en ai envie et ça, ça change… en plus je peux donner de l’argent à mes parents. Du coup j’arrive pas à rencontrer un homme que j’aime […] c’est vrai… j’ai un peu honte quand même… » Autre témoignage recueilli par la Fondation Scelles qui montre la rapidité avec laquelle on peut franchir le pas. La sociologue Eva Clouet, qui a mené une enquête auprès de 138 étudiantes nantaises, explique qu’Internet est un vecteur essentiel dans la prise de rendez-vous avec les clients. L’argent est la principale motivation lorsqu’ils ou elles se trouvent en situation de précarité financière. A côté des étudiants prostitués, on compte également des lycéen(ne)s. Des jeunes filles de 16 ans attendent leurs clients à la sortie du lycée, des cas marginaux mais bien réels…


Sacha Love : escort girl et étudiante

Boucler les fins de mois, trouver une solution… Et si je devenais escort girl ?

Telle fut la pensée de Sacha Love. Pour surmonter des difficultés financières, Sacha s’initie à son second métier. « Au premier rendez-vous, j’étais très intimidée, très stressée. Le client avait amené du champagne, ça m’a détendue ! » Depuis quatre ans, Sacha vend ses charmes. « Je suis devenue moins naïve, je me suis endurcie. Je ne le ferai pas toute ma vie mais je ne regrette pas. » Une nuit lui rapporte 1.200 euros. Le jour, étudiante, elle s’assoit sur les bancs de la fac. « Ici, la prostitution étudiante est très discrète. En revanche, beaucoup d’étrangères profitent d’un statut étudiant pour faire leur business. » Sacha, elle, continue son activité pour sa cause, pour réussir son rêve et enfiler sa robe d’avocate, dans quelques années. « Je suis en pleine période de reconstruction. Une fois que je pourrai vivre de mes activités, je décrocherai. Car cette vie rend très seule. Je n’ai pas de vie privée, parfois c’est très dur. Je fais au mieux. » Depuis deux ans, Sacha a repris ses études de droit et devrait plaider dans quelques années.

http://www.francesoir.fr/dossier/2007/12/08/prostitution-etudiante-ils-seraient-pres-de-23-000-en-france.html

Prostitution : une réalité sur les bancs de la fac
Étudiante en sociologie, Eva Clouet s’est penchée sur la prostitution étudiante par Internet. Son travail sera publié en janvier. Aperçu.
Personne n’en parle ou presque. Mais la prostitution étudiante, Eva Clouet en a fait son sujet de mémoire de quatrième année de sociologie. Une étude succincte qui ne se veut pas représentative. Elle en a parlé jeudi soir à Nantes dans une conférence organisée par le Nid, mouvement qui milite pour la disparition de la prostitution.

Escorts occasionnels

Eva Clouet les a rencontrés après avoir passé des heures à discuter sur des forums en ligne. Prises de contact avec les escorts, la plupart parisiennes. « Escort, c’est le nom repris par toutes les personnes qui se prostituent via le net. Majoritairement des femmes. Elles sont étudiantes en troisième ou quatrième année. Ce n’est pas une activité quotidienne. Elles rencontrent un ou deux clients par mois, des hommes entre 40 et 50 ans, mariés. Les étudiantes disent vivre la prostitution positivement mais toutes veulent arrêter. »

Clients triés sur le volet

« L’étudiante ne propose pas seulement une relation sexuelle, elle accompagne aussi le client dans une soirée, en vacances. Elle est payée à l’heure, en moyenne 200 €. Et la plupart du temps, ce sont des prestations de deux heures. Elle sélectionne rigoureusement le client en échangeant des mails. Elles ont l’impression de fixer les règles du jeu. Internet, c’est vraiment le moyen qui leur a permis de se prostituer. »

Pas que pour de l’argent

Monique Chon, thérapeute de l’association d’Une rive à l’autre a analysé le parcours de ces étudiants aux motivations apparentes très variées. Ils le font pour l’argent, pour payer leurs études quand les parents sont en situation précaire ou quand on s’est endetté. Mais la misère n’est pas que financière. Il y a cette étudiante qui s’ennuyait dans la vie, n’avait pas besoin d’argent « mais depuis six mois, qu’elle se prostitue, elle a pimenté sa vie. » Une autre parle du père parti avec une femme, un autre encore évoque ce « géniteur » avec qui elle n’a plus aucun lien. Enfin, le garçon, le seul rencontré, a grandi sans ses parents. « A commencé à 16 ans après avoir vu une émission à la télé. Il rencontre des hommes riches. » Pour Eva Clouet, ces étudiants ne se sont pas prostitués par hasard. « Tous ont été marqués par ruptures. »

138 étudiants nantais questionnés

Interrogés l’an dernier sur le campus de Nantes, 60 % des étudiants interrogés affirmaient en avoir entendu parler. 70 % des filles, 55 % des garçons. 40 % se sont déclarés pas étonnés. « Les étudiants n’ont pas beaucoup de sous, donc c’est logique. » 59 % ont dit être choqués ou surpris. Ils dressent un portrait type : une femme entre 20 et 24 ans inscrite à l’université. 3 % ont affirmé connaître un étudiant qui se prostituait.

Marylise COURAUD.

(1) D’un côté une étude statistique réalisée sur le campus universitaire de Nantes alors qu’elle effectuait un stage au sein du Nid. De l’autre, des entretiens avec six personnes étudiantes qui se prostituent via internet.

Ouest-France

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2 Réponses à “Prostitution étudiante - Ils seraient près de 23.000 en France”

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