L’ancien policier tenait une maison de passe Colloque à Lyon le 4/6/2008 : Rapports sexuels et transactions marchandes
dec 02

J’emmenai cette torpeur au lit avec moi. Et avec elle ce que j’avais toujours su : j’aurai dû mourir cette nuit-là - jamais occasion plus belle ne s’était présentée. Et le fait que non ? Que je ne l’avais pas saisie ? Je ne ressentais ni le soulagement ni le réconfort escomptés. Ça ne faisait que retarder l’échéance. Une cruelle supercherie, qui m’obligeait à prendre la décision moi-même”.

Se perdre

Comment et pourquoi une femme tombe dans la prostitution sans se poser de question, sans égard apparent pour son corps ni son esprit, c’est une thèse que l’auteur essaie de développer dans une introspection intéressante d’un personnage hors du commun. La narratrice est ce personnage et son intimité avec le lecteur est l’un des atouts de ce roman. Sans vouloir se justifier ni se déculpabiliser, elle tente tout simplement de raconter sa vie, explorer ses sentiments, ses douleurs et ses joies avec tous ceux qui lui prêtent attention. Ce n’est pas pour rien que le livre s’intitule ainsi, “Attention”. Son attente de la part de ses lecteurs est du même genre : ne jugez pas, ne pleurez pas sur mon sort, ne vous sentez pas obligés de comprendre, ce n’est qu’une vie parmi tant d’autres, rien qu’une vie : “Je n’avais pas cherché à faire ça, mais ça s’était fait si facilement qu’on pourrait aisément prétendre le contraire. Certains l’ont dit. N’empêche, à mes yeux c’était arrivé par hasard. Et si c’est vrai que j’avais besoin de l’argent, ça répondait aussi à un autre besoin chez moi. Je me fiche de ce qu’on raconte. Je comprends pourquoi on dit à des gens qu’on ne le fait que pour l’argent, à des gens qui sont en dehors de tout ça”. Tout commence par une banale rencontre dans un parking près de la gare. L’homme est visiblement à la recherche d’une compagnie féminine, la narratrice est là. Elle a terminé son travail ennuyeux et se dirige vers sa voiture. Un regard et les deux personnages se comprennent. Ils ont besoin l’un de l’autre, pour un moment court peut-être, mais ce besoin est criant. Désormais elle conserve son job pour faire la “séparation commode entre la nuit et le jour”. Elle vit toujours chez ses parents mais le vide qui l’habite doit être comblé. Comment ? Où ? Avec qui ? Elle n’en sait trop rien. Elle doit simplement faire quelque chose. Même si ce quelque chose doit en quelque sorte la détruire et peut-être parce que ce quelque chose la détruira, elle en est certaine. Ne plus vouloir vivre représente diverses formes visibles aux yeux des autres mais c’est un désir qui fait son chemin dans l’esprit de la jeune femme sans qu’elle s’en aperçoive réellement de son importance du moins au début de son entrée dans le métier de la prostitution qu’elle ne considère d’ailleurs pas comme un métier mais plutôt comme une sorte de fuite devant la réalité de sa propre vie et de celle de ceux qui l’entourent, de la société en général.

Les autres

Ce qui est très étonnant dans ce roman c’est le style que l’auteur emploie en allant chercher dans les tréfonds de la description sans donner l’impression de disséquer son personnage principal. C’est peut-être une des clés de l’énigme que l’auteur veut nous exposer : jusqu’où peut-on aller par amertume et par fatigue ? Quel est le moment crucial où le corps cède devant le poids de la vie ? Une autre raison peut être envisagée dans une situation pareille : montrer aux autres leur laideur et leur insuffisance d’intelligence à comprendre leur moi profond : “Je pensais que c’était mon boulot depuis toujours : montrer aux gens quelque chose de laid en eux : les emmener dans un endroit en eux où ils ne voulaient pas aller, mais devaient aller. Les laisser le faire par moi puis les laisser me négliger, m’abandonner. Plus tard, les faire me payer, sans jamais voir comment je payais pour ça moi aussi”. Le raisonnement paraît complexe mais rien de plus simple que de vouloir se comprendre ou du moins s’accepter en comprenant les autres ou en acceptant les autres. Mais la simplicité n’est pas de mise dans ce livre. Tout paraît simple et complexe à la fois et c’est le charme de l’écriture de Heather Lewis. C’est également la raison pour laquelle ce livre ne se lit pas comme un roman érotique alors que rien que les descriptions le sont de façon évidente et parfois troublante.

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