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dec 01

Grosse pression internationale sur Chypre, pays “reglementariste” en matière de prostitution.

On avait promis à Elena, une jeune Russe, le paradis : un salaire dix fois supérieur à ce qu’elle pouvait espérer dans son pays pour un travail de danseuse sous le soleil radieux de Chypre. Mais c’est l’esclavage sexuel qui l’attendait dans une chambre obscure de Nicosie. Chypre reste le seul membre de l’Union européenne à délivrer des visas d’artistes après leur abolition par le Luxembourg en 2004 et l’Autriche en 2006. Selon les chiffres officiels, 3 513 ont été délivrés en 2006 par la République de Chypre qui compte 79 cabarets et 65 boîtes de nuit pour une population d’environ 855 000 personnes.
« Les jeunes filles qui arrivent sur l’île grâce à ces visas ne viennent pas pour danser, mais pour se prostituer. Certaines le font en connaissance de cause, mais un certain nombre d’entre elles sont forcées d’avoir des relations sexuelles avec les clients et parfois battues si elles refusent », explique Nicoletta Charalambidou, membre de Kisa, une ONG d’aide aux victimes. Une situation qui a conduit le département d’État américain à placer Chypre, pour la seconde année consécutive, sur la liste des États à surveiller concernant la traite des femmes. « Chypre est une destination pour un grand nombre de femmes des pays d’Europe de l’Est et d’Europe centrale (…) exploitées à des fins sexuelles », note le rapport du département d’État publié en juin dernier, qui préconise notamment que les autorités chypriotes « abolissent ou réduisent considérablement l’utilisation de la catégorie des permis de travail “artiste”».
Face à ces accusations, le ministère chypriote de l’Intérieur répond que ces visas ont été créés dans les années 90 « pour réguler et protéger ». « Grâce à eux, nous contrôlons le nombre de femmes qui opèrent dans les cabarets car leur délivrance est limitée pour chaque établissement en fonction de sa taille, nous savons où elles travaillent et où elles vivent, ce qui permet à la police d’effectuer des contrôles et de suivre de près la situation », explique Georgios Georgallis, un haut responsable du ministère.
Il précise toutefois qu’une abolition de ces visas « est une piste envisagée par les autorités », même s’il ne pense pas que « leur suppression mettra un terme au trafic ».
Les associations reconnaissent les efforts entrepris depuis l’entrée de Chypre dans l’UE en 2004, notamment pour protéger les victimes et alourdir les peines envers les trafiquants, mais dénoncent « ces permis officiels qui ne font qu’aggraver la vulnérabilité de ces femmes ». « Le visa est délivré pour trois mois, renouvelable une fois, ce qui rend les jeunes filles très dépendantes de leur employeur d’autant qu’elles ne peuvent pas en changer, d’après la loi », explique Mme Charalambidou. Et de citer de nombreux cas où les « artistes » se sont vu confisquer leurs papiers dès l’aéroport, ont été séquestrées et privées de salaire. Cette vulnérabilité est reconnue par les autorités. « Peut-être devrions-nous songer à permettre uniquement à des femmes de l’Union européenne de venir danser dans nos cabarets. Elles sont mieux à même de se défendre et peuvent changer de patron si elles le souhaitent », indique M. Georgallis.
En attendant, malgré les appels à l’abolition de plus en plus fréquents de la communauté internationale et des ONG, ces visas sont maintenus. Près de 3 000 ont été délivrés depuis le 1er janvier dernier, selon le ministère de l’Intérieur. « Le lobby des propriétaires de cabaret est très puissant, il n’acceptera jamais que ces permis de travail disparaissent car cela leur permet de faire venir de la marchandise vivante à moindre coût », résume crûment un ancien officier de police sous le couvert de l’anonymat. « Tout le monde est au courant, mais soit les gens ont peur, soit ils sont impliqués », dit-il, évoquant certains de ses « anciens collègues (qui) reçoivent chaque mois des pots-de-vin contre leur silence ».

Source : http://www.lorient-lejour.com.lb/page.aspx?page=article&id=358932

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Une seule réponse à “Chypre n’est pas assez “abolitionniste” pour la “communauté internationale””

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