Que retenir de cette année 2007 ? Si nous devions retenir 10 faits, nous choisirions ceux là :
1 Tout d’abord, la naissance de iprostitution.org en mai 2007. Site devenant rapidement une référence du web sur le sujet. Au bout de 8 mois, nous avons su nous hisser en haut des moteurs de recherche d’information, nous sommes aujourd’hui visités par environ 1000 personnes par jour, nous devenons un outil incontournable pour les journalistes, étudiants, chercheurs, membres associatifs, prostituées, clients, et tous les esprits curieux qui veulent trouver de l’ informations sur cette activité. Grâce à un travail soutenu et quotidien, nous avons pu compiler toutes les informations disponibles sur la prostitution afin de mieux connaître l’état du secteur. iprostitution.org est donc un magazine web à la fois culturel, d’information, d’opinion, et il peut aussi être considéré comme un magazine professionnel, destiné aux prostituées, pour qu’elles s’informent sur l’état de leur secteur. Ce magazine s’est imposé sur le web à un moment où les « abolitionnistes » avaient une sorte de monopole de la parole, et c’est d’ailleurs en réaction contre leur mainmise sur la diffusion de l’information qu’a germé l’idée de créer iprostitution.org. Quand nous cherchions des informations sur le sujet, nous atterrissions systématiquement sur une de ces association « luttant contre la prostitution », dont la spécialité est de réclamer des subventions pour pondre toutes sortes de rapports démontrant que la prostitution est un fléau social et humanitaire. Il y avait manifestement un tronquage de l’information, qui était bien souvent reprise telle quelle par les médias, qui n’avaient comme seuls interlocuteurs que ces professionnels de l’ anti-prostitution. Nous avons choisi de notre côté de répercuter toutes les informations disponibles, même celles très orientée anti-prostitution, qu’il nous arrive de commenter. Nous avons aussi choisi un positionnement « réglementariste », tout simplement parce que l’on n’a rien « contre » la prostitution. Nous sommes contre l’esclavagisme, contre l’exploitation, contre les violences physiques et sociales, contre les pratiques totalitaires, contre l’exclusion sociale forcée, contre les excès de surveillance de la population, et contre bien des principes, mais nous n’avons rien à reprocher à la prostitution en tant que telle.
2 L’évènement 2007 est aussi, bien évidement, l’accession à la présidence de la république de Nicolas Sarkozy. Créateur de la désormais célèbre LSI (Lois sur la Sécurité Intérieure) votée en 2003, cette loi a amplement criminalisé la prostitution, en particulier en prohibant toutes les formes de racolages. Il est depuis cette date interdit de tapiner en France. Face au candidat Sarkozy, il y avait Ségolène Royale, autre grande pourfendeuse de la prostitution, qui avait inscrit la pénalisation du client dans son programme. Il est désormais clair que le système politique Français classique est tout acquis à la cause abolitionniste, qu’il y a aujourd’hui le choix entre la peste et le choléra, c’est à dire, entre les brimades faites aux prostituées et les brimades faites à leurs clients, et que personne, au sommet de l’ État, ne semble prêt à ouvrir le débat sur une réglementation du secteur.
3 Autre événement 2007, la guerre contre le client qui commence à s’engager en France. Interprétant la prohibition du « racolage passif » à leur manière, juges et policiers commencent à distribuer les amendes et lancent des procès contre des clients qui ont eu la mauvaise idée de solliciter les services de prostituées. Le coup d’éclat du juge Montgolfier à Cannes, suivi de l’absence de débat de société sur un tel sujet, démontre que le système a depuis longtemps choisi son camps et qu’il ne compte pas demander son avis à la population.
4 L’année 2007 a aussi été marqué par le procès de Madame Agnès à Bordeaux. Cette prostituée qui organisait des parties fines chez les notables locaux n’a donné aucun noms de ses supposés clients célèbres et très en vue dans la ville. Ouf !
5 On est encore loin, quand il s’agit de s’en prendre aux élites sociale, de ce qui s’est passé à Washington, où la Madame Claude du coin, accusée de proxénétisme, s’amuse à balancer à la presse les membres du congrès appartenant à sa clientèle. En France, on aime bien imiter les USA, sauf quand ça devient embarrassant pour les puissants.
6 L’année 2007 fut aussi marqué par le « phénomène de la prostitution étudiante », rumeur montée de toute pièce par les abolitionnistes, sur le thème « la prostitution pervertie notre jeunesse ». Rumeur reposant sur des rapports bidons, repris par l’ensemble de la presse et à aucun moment démenti.
7 Nous retenons aussi de cette année 2007 la tendance lourde qu’ont eu les médias de s’ intéresser à la prostitution Belge. Il semblerait que les médias découvrent que les bordels n’ont pas été aboli partout dans le monde en avril 1946. Il est surprenant que les médias s’ intéressent de si près au cas Belge. Et pourquoi pas à ce qui se passe en Allemagne, au Danemark, aux Pays-Bas, en Suisse, en Autriche, en Espagne, etc… Comme si le système Belge était une exception, alors que c’est le système Français qui en est une. Tous nos voisins, sauf l’ Italie, autorisent les bordels, les salons de massage sensuels, les bar à filles, etc. Peut être que les médias Français se trouvent plus à l’aise pour faire la leçon à leur voisin Belge, toujours traité avec un peu de condescendance dans nos contrées, alors qu’aller expliquer que les Danois, les Suisses ou les Allemands n’ont pas atteint notre haut degrés de civilisation serait peut être un tantinet risible.
8 L’année 2007 fût aussi marquée par « l’affaire des CRS violeurs ». Cette bande de ripoux couchaient gratuitement avec des prostituées roumaines en échange de « leur protection ». Le procès révéla que ces CRS ne se rendaient pas bien compte de la gravité des faits.
9 L’évènement 2007 fût aussi l’annonce de la fermeture progressive du quartier rouge d’ Amsterdam. Quartier existant depuis la Renaissance, c’était un des symboles de la liberté d’ Amsterdam. Les vitrines seront remplacées par des boutiques pour bobo, ainsi en a voulu le maire de la ville. Un pan de l’histoire européenne disparaît.
10 Enfin, événement de 2007, la manifestation de prostituée contre les lois sur le racolage passif, qui a été un petit événement médiatique puisque pour la première fois depuis très longtemps, on s’est enfin intéressé aux conditions de travail des prostituées, et notamment, de leur exclusion de la cité, et d’une manière générale, de l’ exclusion sociale dans laquelle la loi les plonge.
Voilà ce que nous retiendrons de 2007, parmi des centaines de faits. Mais nous retiendrons aussi une « vision d’ensemble » du secteur, où de multiples indices nous indiquent que la « lutte contre la prostitution » se fait au détriment de citoyens honnête, qui n’ont rien de « délinquants ». L’ essentiel des affaires de proxénétisme dont la presse parle sont dépourvues de contraintes. C’est ce que nous apprend la lecture assidue des faits-divers. Des hôteliers professionnellement foutus pour avoir loué une chambre, des conjoints de prostituées envoyés derrière les barreaux alors que leur compagnes clament qu’elles sont volontaires, des hommes attaqués par l’ État qui se retrouvent dans un tourbillon judiciaire ruineux, traumatisant, pour avoir rendu de menus services à une prostituée, comme la conduire sur son lieu de travail ou avoir réalisé sa page web, des gérants de salons de massage qui ne prennent pas un euro sur les prestations sexuels se retrouvent ruinés et interdit de gérer une entreprise, des libertins qui organisent des soirées payantes qui se retrouvent affublés du qualificatif de « proxénète », des patrons de bar à hôtesse qui laissent leurs employées à aller plus loin avec le client sans prendre un euro sur le prix de la prestation sexuelle qui sont laminés par le système judiciaire, ou le cas de cette personne âgée à qui on confisque le peu qu’elle a, un camping car et 4000 euros d’économie, parce que sa femme se prostitue. La lutte contre le proxénétisme ressemble à une vaste supercherie, visant à faire croire à la population que l’ État lutte contre l’exploitation humaine, alors que dans la très grande majorité des cas de proxénétisme rapportés par les médias, il n’y a pas la moindre trace d’exploitation et de contrainte. La lutte contre le proxénétisme, c’est ce que nous révèle l’observation du réel, n’est qu’un prétexte. Mais alors, si ce n’est pas contre l’exploitation et la contrainte que le système se bat, comme tout semble l’indiquer, alors pourquoi cette lutte acharnée ? Que cache, réellement, cette lutte anti-prostitution ?
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