Représentations sur la peine à imposer à un proxénète : avis divergents sur la démesure du réseau
C’est un réseau de prostitution d’une ampleur impressionnante qu’a dirigé Michel Giguère pendant pas moins de six ans, une durée que l’on ne retrouve pas dans la jurisprudence. Aussi le ministère public a-t-il réclamé, hier, qu’une peine d’au moins deux ans de pénitencier soit imposée au Charlesbourgeois de 64 ans.
Se disant estomaqué par une pareille demande, l’avocat du proxénète, Me Marc Henry, a crié à la démesure. Selon lui, une peine de 12 mois purgée dans la collectivité suffirait amplement.
Après que le sexagénaire eut plaidé coupable à l’accusation d’avoir vécu des produits de la prostitution, on en était hier à la quatrième journée des représentations sur la peine. Et l’on est passé d’un extrême à l’autre, Giguère et son avocat assurant d’abord que son réseau n’était absolument pas rentable, puis les procureures du ministère public, Mes Carmen Rioux et Hélène Mathieu, rappelant ensuite la preuve, dont on déduit que les profits annuels de Giguère s’élevaient à 234 000 $.
L’accusé et son avocat ont longuement épilogué sur les coûts d’exploitation, en particulier les tarifs pour les petites annonces du Journal de Québec, auxquelles Giguère allouait près de 50 000 $ par année. Au sujet de la disposition des annonces dans la rubrique, le proxénète a candidement déclaré : «Avec M. Pédalo, plus on paie cher, plus on est haut!»
Plus tard, Me Henry s’est plaint que les tarifs du journal sont «exorbitants», mais que celui-ci ne se fait jamais «déranger» par les policiers. «Si M. Giguère était un bon client pour lui, le Journal de Québec a été un bon complice!» a lancé ensuite l’avocat.
Ancien franchiseur de Nettoyeur Michon, Giguère dit s’être assuré de la légalité de son agence d’escortes auprès des deux ministères du Revenu. Selon lui, un fonctionnaire lui a conseillé plus tard d’inscrire «chauffeur» à titre d’occupation sur ses déclarations de revenus. «Là, j’suis pogné avec d’autres avocats» s’est-il plaint.
Selon Giguère, seulement quatre ou cinq prostituées travaillaient pour lui, ce qu’a contredit le ministère public. Qui plus est, «la plupart étaient beaucoup plus vieilles que les clients auraient voulu», a déploré le proxénète.
Dans ses annonces, Giguère offrait toute une panoplie de services : Africaines, couples, travestis, culturistes et même transsexuels, sans compter les femmes et les hommes. Dans le portrait presque idyllique des conditions de travail des prostituées que son avocat et lui ont brossé, le proxénète a noté : « La d’moiselle, on traite pas ça avec un fouet!»
En 60 jours, la police a répertorié pas moins de 21 211 appels au numéro de téléphone apparaissant dans l’annonce publiée par Giguère, qui s’est recyclé depuis dans la vente de pneus et de voitures. Pour le seconder, il employait deux chauffeurs et, selon la police, une quinzaine de personnes étaient au service des clients, quoique le proxénète ait été trouvé en possession de 27 fiches décrivant son personnel.
En fin de journée, le juge Alain Morand a ordonné la confiscation de tout ce qui a été saisi chez Giguère au moment de son arrestation, soit 86 180 $ en argent ou en chèques de voyage, deux armes à feu, 2,1 g de cocaïne et une voiture. Aucune date pour le prononcé de la peine n’a été fixée, un procès pour bris d’engagement devant d’abord avoir lieu, le 7 janvier.
Source : http://www.cyberpresse.ca/article/20071121/CPSOLEIL/71121001/6585/CPSOLEIL
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