Prostitution à Cuba Luxembourg : Favorables au modèle allemand
nov 10

Au cours de l’hiver austral 2005, une prostituée de la pointe du Diable à Saint-Pierre avait été enlevée puis violée par plusieurs individus. Cette affaire sordide avait révélé d’autres agressions particulièrement violentes et gratuites dont celles qui exercent le plus vieux métier du monde le long de l’ancienne RN 1 étaient à l’époque la cible. L’efficacité des gendarmes de la BT et de la BR de Saint-Pierre avait permis de ramener une relative sérénité dans les fourrés en procédant à l’arrestation des deux principaux suspects, Mickaël Técher et Damien Equixor.

INANIMÉE ET EN SANG

L’accalmie aura duré deux bonnes années. Car depuis une dizaine de jours, les agressions se multiplient des abords du rond-point Cadjee jusqu’au fin fond de la pointe du Diable où les filles travaillent jour et nuit. Le dimanche 4 novembre, il est environ 19 h 30 lorsqu’une puissante berline ralentit devant l’arrêt de bus qui fait face à la Direction départementale de l’équipement (DDE). L’homme qui se trouve derrière le volant demande le prix d’une passe. La femme qui s’approche doucement de lui a à peine le temps de donner son tarif que déjà une pluie d’insultes s’abat sur elle. A ce moment, la dame ne se laisse pas impressionner par le malotru. Il faut dire qu’à 60 ans, la doyenne des « filles » qui arpente les abords de la pointe du Diable en a vu d’autres. Mais elle a tort de sous-estimer le grossier personnage. Car celui-ci n’est pas simplement là pour l’humilier. L’homme descend à la hâte de son véhicule et se rue sur elle pour cogner. A coups de poing d’abord. La sexagénaire vacille et s’écroule à terre. Le violent ne s’arrête pas pour autant. Il la crible maintenant de coups de pied dans le corps. Il vise aussi la tête. Quand il s’engouffre dans sa voiture pour fuir, la malheureuse gît en sang et inanimée. Un témoin alerte les secours. Une équipe du Smur conduit la victime au groupe hospitalier Sud Réunion. En état de choc et meurtrie, elle gardera des traces indélébiles de son agression.

LACÉRÉE AU COUTEAU

Défigurée, elle risque notamment de perdre l’usage d’un œil. Fait rare mais courageux de sa part, la prostituée choisit de déposer plainte auprès des gendarmes de la brigade de Saint-Pierre. Elle raconte son calvaire ce soir-là mais aussi les détails d’une précédente agression qui remonte à la dernière semaine d’octobre. Cette nuit-là, elle monte à bord d’une Peugeot 306 sombre après que le client eut accepté le tarif fixé à 40 euros. Comme convenu, le conducteur fait route vers la Ravine-des-Cabris pour s’arrêter derrière l’abattoir. C’est alors qu’un complice tapi sous la banquette arrière se lève pour lui arracher son sac avec la recette du jour. Prise au piège, elle redoute le pire. Dans l’espoir de les apaiser, elle accepte d’avoir des rapports sexuels complets sans se faire payer. Par la suite, la Peugeot 306 volée des agresseurs sera découverte abandonnée. Les indices découverts dans l’habitacle permettront peut-être un jour de confondre les deux individus en fuite. Pas plus tard que mercredi soir, une autre prostituée de la pointe du Diable a été attaquée à coups de galets. L’homme, au volant d’une Peugeot 205, aurait agi sans mobile apparent. Lui a d’ores et déjà été identifié, mais il ne sera sans doute pas poursuivi car la victime refuse de déposer plainte. Une autre prostituée encore, quant à elle, a été défigurée, frappée à mains nues mais aussi lacérée avec la lame d’un couteau en début de semaine. Là encore, l’agression est tombée sous le coup de la loi du silence qui profite aux voyous.

Eric Lainé

- Déjà une série noire en 2005

De 2004 à 2005, un mystérieux agresseur surnommé « le solitaire blanc » sévit à la pointe du Diable mais aussi aux abords du supermarché Cora. Il frappe les filles au visage jusqu’à faire couler le sang. Il reste muet pendant l’agression et ne leur dérobe rien. Le maniaque, plutôt grand et mince, est de race blanche et porte une casquette. Froid et déterminé, il semble régler un vieux compte avec les prostituées. Le 29 mai 2005, une prostituée est rouée de coups et dépouillée à la pointe du Diable. Le visage tuméfié, la mâchoire fracassée, elle est hospitalisée à Saint-Pierre. Le 26 juin, une autre prostituée est enlevée près du « parc à chiens » par cinq individus à bord d’une Clio. Ils la conduisent dans la forêt de l’Etang-Salé où ils la violent tour à tour sous la menace d’une arme de poing. Les suspects sont identifiés puis interpellés en deux vagues. Il s’agit de Jean-Daniel et Mickaël Técher, de Damien Equixor, de David Fulmar et d’Ulrich Siambe. Mis en examen, ils attendent toujours d’être jugés devant la cour d’assises.

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Les prostituées de la pointe du Diable travaillent la peur au ventre depuis le début des agressions fin octobre. Dimanche dernier, la tension est montée d’un cran avec le passage à tabac de la doyenne, retrouvée défigurée et inanimée sur le trottoir. Témoignage.

« Moi, ce que je préfère, ce sont les vieux. Les hommes qui ont 80 ans sont mêmes ceux que j’aime le plus. Ils sont tout simplement plus doux que les jeunes. Ils ne sont pas violents et savent parler aux filles », explique la jeune fille. Elle est assise dans un fourré ombragé, sur le bas-côté de l’ex-RN1, et regarde passer les conducteurs qui la dévisagent. La jeune fille s’appelle Caroline. Elle a la jeunesse lisse de ses 24 ans et la beauté des filles qui n’ont rien à faire là. Parce qu’elle vend tout ça 40 euros. Dans le jargon, ça s’appelle une passe. Car Caroline est une belle-de-nuit. C’est un joli brin de fille à la silhouette de roseau, perdue en eaux troubles. Une prostituée qui bossait jour et nuit pour gagner plus, mais qui rentre désormais en fin d’après-midi. Parce qu’elle est « morte de peur et que désormais la nuit le pire peut lui arriver ». Elle est même terrorisée. Ses copines lui ont raconté ce qui est arrivé à Dominique, la doyenne du sérail, qui s’est fait battre comme plâtre par un individu, le 4 novembre à Saint-Pierre (notre édition d’hier). L’individu a laissé la sexagénaire sur le carreau, inanimée et la face ravalée par une rafale de coups de poings et de pieds. Et ce n’est pas un cas isolé. Depuis une dizaine de jours, une sorte de vindicte s’abat sur les filles de la pointe du Diable qui vivent au rythme des agressions un véritable enfer.

« LA PLUS GRANDE FRAYEUR DE MA VIE »

Chaque jour, c’est l’angoisse à l’idée de voir débouler les fameux quidams qui les confondent avec un sac de frappe. L’angoisse, un sentiment que connaît bien Caroline. Là, dans le taillis, elle raconte le roman vrai de sa vie. Un roman de série noire, en fait. Noire, comme cette fameuse nuit où elle s’est enfuie ventre à terre, coursée par deux jeunes. Elle était assise dans une voiture, côté passager, attendant le client comme d’habitude. Et puis, soudain, elle se fait tamponner le pare-choc arrière par une voiture pleins phares. « Deux types en sortent avec des couteaux ». Des « hommes très jeunes » qui lui demandent son sac à main. La fille, pas bête et surtout pas de taille, le leur remet. Ils veulent alors se payer sur son corps, demandent le beurre et l’argent du beurre en somme. Ni une ni deux, Caroline prend ses jambes à son cou et emmène ses 45 kilos à l’abri, dans les buissons alentour. C’était la deuxième fois. Ce coup-ci comme l’autre, elle en a été quitte pour une grosse frayeur, « la plus grande de (sa) vie », et 500 euros, la recette de la journée.

« DES TYPES DANGEREUX »

Depuis, quand un client pointe son nez dans son antre, elle ne peut s’empêcher parfois de « penser que sa dernière heure est peut-être arrivée ». Avant, ses agresseurs « se contentaient » de faire main basse sur l’argent. « Maintenant, raconte-t-elle, ils s’en prennent aux filles physiquement . Je me suis déjà fait voler mon sac cinq fois, mais avant ça s’arrêtait là ». Elle a bien pensé prévenir la police, mais elle est persuadée « qu’ils ne vont pas la croire ». Parmi elles, ce n’est pas la peur panique, mais les filles restent sur leurs gardes. Du coup, à certains endroits, les marchandes d’amour se serrent les coudes pour éviter de se retrouver seules dans la nature, la nuit notamment. Elles essaient de former de petites unités de trois ou quatre filles pendant la journée, prêtes au combat si un agresseur se présente. Les unes veillant sur les autres. Sauf Caroline, relativement éloignée des autres filles. Elle raconte : « J’ai des clients de tous âges, des jeunes, les plus vieux ont 80 ans, et parfois des drôles de types qu’on sent dangereux ». Dans ce cas-là, « il faut vite faire le travail ». Ils n’ont pas de « profil particulier », pas de traits communs, précise-t-elle. En revanche, chacun vient avec sa petite requête qu’il faut satisfaire sans sourire. Oui, « sans sourire », insiste-t-elle, même lorsque l’un d’eux ramène son sex toy personnel pour pimenter les ébats. Dans ce registre, il y a même beaucoup d’objets usuels, de tous les jours, qui deviennent sexuels et dont elle ne veut pas « trop parler de l’usage, par pudeur ». Les plus mordus sont ceux qui tombent du lit à cinq h du matin pour lui faire une « petite visite ». « Des gens qui font semblant de faire leur jogging, c’est rigolo les précautions qu’ils prennent » . Et puis, il y a ces drôles de clients qui l’emmènent à l’hôtel et la paient grassement pour être écoutés. « On sent bien que certains hommes sont fragiles et que tout ce qu’ils veulent parfois, c’est une petite heure de conversation ». Cela fait deux ans qu’elle est installée à Saint-Pierre et qu’elle « fait ça ». Bien sûr, elle ne voudrait pas que sa famille sache ce qu’elle fait pour vivre. Pour elle, mais surtout pour sa petite fille. A l’endroit où elle exerce, des « gars du coin » viennent souvent lui tenir compagnie. Ils ont 40 ou 50 ans, sont plutôt rabougris et, comme elle, pendant les heures creuses de la journée, ils se sentent seuls. Alors pour meubler le néant qui s’éternise, Caroline et eux font société. « On discute de choses et d’autres ». Des protecteurs, en quelque sorte ? Elle comprend l’allusion, et affirme : « Non, non pas du tout ». Et si des hommes lui cherchent querelle et lui infligent les sévices que ses copines ont subis ?

« JE NE SUIS PAS TAILLÉE POUR ME DÉFENDRE »

« Je ne sais pas comment je pourrais faire face à la situation. En plus, je ne suis pas taillée pour me défendre contre les brutes qui ont agressé Dominique, je n’ai même pas une bombe lacrymogène ». Elle regarde la route qui lui fait face, assise sur sa petite chaise pliante. Dans ses mains, la seule lecture dont elle dispose : le prospectus d’un magasin d’électroménager. Elle reste indifférente à ses clients qui klaxonnent à tue-tête parce qu’elle s’attarde à discuter. Et puis, elle murmure : « Je veux en sortir dans six mois, en décrochant un boulot dans la vente, comme tout le monde… Sauf s’il arrive quelque chose avant ». Textes et photo : Jorge Oliveira

La série d’agressions des dix derniers jours

Ils les battent à coups de poing, les frappent avec des galets, les lacèrent à coups de couteau. Si les moyens employés par les auteurs des terribles agressions sur les prostituées de la pointe du Diable varient, en revanche, ils ont fait preuve du même acharnement sur leur victime et employé le même mode opératoire qui consiste à se faire passer pour un client. C’est précisément ce qui est arrivé à la doyenne des prostituées, le dimanche 4 novembre. La sexagénaire voit une voiture approcher. Au volant, un homme lui demande le prix de la passe. L’individu s’emporte alors subitement et l’insulte copieusement avant de descendre de son véhicule pour la passer à tabac. Défigurée, inanimée, la doyenne sera évacuée au groupe hospitalier Sud Réunion. C’est à cette occasion que la prostituée avait par ailleurs rapporté avoir été victime d’une autre agression, fin octobre. Là encore, la façon d’opérer est la même. Sauf que cette fois, les agresseurs sont deux. Ils exigeront la recette de la doyenne qui se verra contrainte ensuite d’avoir des rapports sexuels gratuits avec eux. A la pointe du Diable, encore, une prostituée a été victime d’une agression particulièrement violente en début de semaine. La victime a ainsi été défigurée, battue à mains nues avant d’endurer les lacérations au couteau de son agresseur. La dernière agression en date a eu lieu mercredi, avec cette autre prostituée attaquée à coups de galets.

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