Entretien . Jérôme Expuesto, membre de Cabiria, association lyonnaise d’aide aux prostitué(e)s, détaille les raisons de la manifestation devant le Sénat.
Pourquoi cet appel à protester de la part de plusieurs associations de soutien aux prostitué(e)s ?
Jérôme Expuesto. Ce rassemblement marque la date anniversaire des manifestations qui ont eu lieu en 2002, lors des débats parlementaires sur le projet de loi de sécurité intérieure qui visait, entre autres, à pénaliser le racolage passif de deux mois de prison et de 3 750 euros d’amende. Le but est tout simplement de réclamer l’abrogation du texte du 18 mars 2003. Et de rappeler aux politiques que des associations de terrain ne se sont pas laissé endormir par les messages rassurants de l’époque : « Nous allons faire cette loi pour lutter contre les réseaux. » In fine, cette disposition législative a complètement désorganisé la prostitution et ses conditions d’exercices.
Justement, soi-disant créée pour lutter contre le proxénétisme et l’exploitation des femmes, quelles sont en réalité les conséquences de cette loi proposée par Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur ?
Jérôme Expuesto. Immédiatement sur le terrain, on a constaté des arrestations à répétition des prostitué(e)s. Il n’y a pas du tout d’histoire de démantèlement de réseaux. Ces personnes sont arrêtées, mises en garde à vue plusieurs fois par semaine. Aujourd’hui, on les interpelle avant tout pour vérifier la régularité de leur carte de séjour. Depuis 2002, ce n’est plus seulement la police des moeurs qui travaille sur les questions de prostitution, la police municipale, la BAC, les CRS et bien évidemment la police aux frontières sont mises à contribution. Les vraies victimes de la loi de 2003 sont les prostituées, et notamment les étrangères. Autre conséquence : auparavant, l’exercice de la prostitution et celui de notre action de prévention se faisaient dans des conditions relativement pacifiées, ce n’est plus le cas aujourd’hui. En termes de prévention, on pouvait alors faire comprendre aux prostituées qu’elles étaient véritablement des actrices de la santé. Maintenant ce discours est plus difficile à faire passer. De plus, le déplacement de ces populations et leur regroupement dans des lieux « mal famés » ont accru l’insécurité.
Quelle serait une bonne politique en termes de prévention et d’accompagnement ?
Jérôme Expuesto. Une bonne politique publique ne peut fonctionner qu’à partir du moment où l’on considère ces personnes comme des citoyens. Ce débat est clos en France, et ceux qui veulent l’ouvrir - comme nous - sont traités de « pro-proxénètes » ou de « pro-réseaux ». Tant que les prostitué(e)s seront considérées comme des victimes et non comme des citoyens, on ne pourra jamais y arriver. Il faut leur accorder des droits. Notre association existe uniquement parce que le côté victimaire a fait perdre le lien avec les gens qui se prostituent.
Entretien réalisé par Sophie Bouniot
http://www.humanite.fr/2007-11-06_Societe_Les-prostituees-victimes-de-la-loi-sur-le-racolage
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