Dernièrement une prostituée témoignait à visage couvert à la télévision, elle disait :”je suis une merde, une serpillière, une trainée, etc.” (extraits )
Devant mon écran je me disais, en regardant cette femme : Mais qui lui a mis de telles idées dans la tête ? Evidément tu n’es pas une serpillère !
Elle poursuivait “le client pue, il me dégoutte…”. Comment en est elle arrivée à haïr à ce point ses clients ? Et si cette femmes faisait un autre métier exigeant aussi un contact physique avec autrui, infirmière ou Kiné par exemple, serait elle aussi indignée par le corps d’autrui ?
Je formule une hypothèse : Cette femme n’exprime t’ elle pas, tout simplement, l’image qu’elle croit que la société se fait d’elle, intégrant en elle cette image afin de justement, se sentir appartenir à cette société ? Cette idée qu’en tant que prostituée elle est une victime, une traînée, une déviante, une faible, et que les clients sont des porcs, est ce vraiment son idée à elle ? Ou est ce que c’est ce que le système attend qu’elle lui dise et que pour cela elle finit par penser ?
Les philosophes, psychologues et sociologues savent depuis longtemps qu’on devient tel qu’on nous voit. Ce n’est pas systématique mais c’est une processus très fréquent, une des base de la manipulation d’autrui. Considérez autrui comme un salaud, un bandit ou un con, et il vous prouvera qu’il l’est. A contrario, posez un regard tendre et flatteur sur autrui et il se comportera digne de ce regard. Les vieux couples le savent.
L’ État et les médias le savent aussi. Au delà des lois, on régente les gens par la pression sociale, pression qu’il est possible d’amplifier en diffusant massivement des jugements moraux, via les médias et la parole public, afin d’encourager ou de condamner certaines attitudes, actions, manières de vivre, etc. Dévier de ces jugements moraux participe à l’isolement de l’individu, aussi, l’individu, très souvent, préfère alors les faire siens, afin de rester dans le groupe. C’est très subtil, mais c’est aussi très simple. Les sociétés fonctionnent ainsi, c’est dans leur nature, aussi il serait regrettable de dénoncer cet état de fait. Cela peut produire des phénomènes comme les chasses aux sorcières, ou donner du sens civique aux gens, cela peut entraîner le génocide du Rwanda ou la formidable générosité d’un Téléthon. L’individu à l’impression, en adoptant certaines pensées, qu’il appartient au groupe, qu’il n’est plus seul. Et nous avons tous besoin de cela.
La loi et les médias n’ont cessé depuis des décennies de considérer la prostituées comme une irresponsable, une victime, une délinquante ou une idiote (ou les quatre à la fois). Et si la prostituée se considère comme l’inverse de cela, alors c’est qu’elle est encore plus irresponsable, victime, délinquante et idiote qu’on ne l’avait cru. Le « système » aurait pu les considérer autrement, comme des artistes, des thérapeutes ou comme “des filles de joie”. Le système a choisi au contraire de donner une image déplorable de ces femmes, la pire qu’il soit, comme jamais peut être dans l’histoire de l’ Occident ont été perçu ces femmes là. Ce système médiatico-politique est, soulignons le, en décalage avec le bon sens populaire, en dépit du matraquage qui est fait pour imposer cette vision de la prostituées. Ceci explique pourquoi une majorité des gens sont pour que les prostituées soient acceptées normalement, comme le démontre les sondages d’opinion ( CSA ) ainsi et que les nombreux débats qui ont lieu sur le web à ce sujet. Lancez le débat autour de vous, vous verrez…
Ce système suggère qu’il veut le bien des prostituées, en les sortant de la prostitution. Veut on vraiment le bien d’autrui quand on le considère aussi bassement ? Victime-irresponsable-traînée-délinquante ? Est ce comme cela que les gens veulent être considérés ? Les prostituées ne préféreraient t’elles pas être considérées comme des artistes, des thérapeutes, des des filles de joie, comme dit plus haut, ou comme partenaire sociaux essentiels de nos villes, ou comme des artisans libres et indépendantes, ou comme des executives women ambitieuses et courageuses au plan de carrière bien défini, ou comme les garantes d’un art de vivre, etc.
Bien sûr, donner de la fierté aux prostituées est pour beaucoup la chose la plus effrayante que notre société puisse faire. C’est effrayant car c’est incompréhensible. Incompréhensible comme May, qui après dix ans à se prostituer à Bangkok est propriétaire de sa maison et d’une boutique dans son nord natal, elle est fière et tout le monde la respecte dans le village. Elle a réussi. Pour nous c’est incompréhensible. Incompréhensible comme Hiroko qui est hôtesse de bar à Tokyo et qui ne s’en cache à personne. Parfois elle couche avec les hommes qui fréquente son bar, ce n’est pas un secret honteux. Parfois elle parle de son travail et de ses clients. Elle est fière, elle est très demandée, les hommes aiment sa compagnie, ils sont heureux avec elle, elle leur vend du bonheur et elle gagne bien sa vie, c’est un métier qui demande beaucoup de talent, du charme, de l’écoute, du discernement, du courage aussi, c’est un noble métier, elle est bien dans ce qu’elle fait. Ou comme Céline qui finance ses études en couchant parfois pour de l’argent, bien sûr elle ne s’en vante pas car comme tout le monde elle n’aime pas être jugée, mais quand elle en parle sincèrement à ses vrais amis, il y a de la fièreté, la conscience d’avoir de la valeur, d’être reconnu et récompensé pour ce qu’elle est et ce qu’elle fait, d’expérimenter son sens de la débrouillardise, de bien gagner sa vie, de mener sa barque elle même efficacement. Incompréhensible, effrayant, forcément mensonger.
Car ces femmes mentent quand elles sont en compagnie des hommes. Tout le monde le sait, les femmes mentent aux hommes. Elles disent ce que les hommes veulent entendre. Mais disent elles autre chose que ce que la société veut entendre quand elles parlent de leur métier comme d’un enfer ? Leur témoignages sur les sites anti-prostitution et dans les reportages télé, ou lors des procès qu’elles subissent, peuvent-ils être autre chose qu’une complainte de victime ? Le message que l’on veut entendre ? Et même quand l’une d’elle affirme bien se sentir dans sa peau, ou simplement avoir choisi sa vie, ne remet-on pas en question ce qu’elle dit, supposant qu’elle ne cherche qu’à sauver la face et préserver sa dignité ?
Où est la vérité ?
La vérité, hélas, est toute en nuance. Hélas car les idées, pour être bien diffusées, devrait être nettes et précises. Chercher le vrai, dans ce domaine comme dans d’autres, c’est se condamner à la marge. Et bien tant pis. Voici un résumé du vrai : Certaines prostituées n’aiment pas leur métier, d’autres si. C’est une question sociale ; On est libre, reconnues, appréciées, récompensé, ou pas. Si la question sociale est défaillante, on ne peut pas apprécier son métier. Être exploité, ne pas pouvoir progresser ou changer de métier, ne pas gagner assez bien sa vie, être méprisé, subir du harcèlement, etc. Si ce genre de problèmes sociaux surviennent, on ne peut pas aimer se prostituer. C’est aussi une question de croyance : On se sent digne, on a une bonne image de soi, on éprouve de la fièreté, on se sent utile, on sent qu’ autrui à besoin de nous, on s’affirme, etc. Si on croit l’inverse, on ne peut pas aimer son métier.
Le système, avec ses règlements et les idées qu’il diffuse dans les médias ne veut pas que la prostituée aime son métier. Il y a certes la dimension “lutte contre la traite humaine” (contre le proxénétisme) qui devrait se traduire par une amélioration des conditions de travail des prostituées (et s’il faut le préciser ici, l’auteur de ces lignes est contre les mafias, le racket, la contrainte physique, et considère que l’outil de travail de la prostituées et son savoir faire n’appartient qu’à elle), mais cela sert aussi à isoler les prostituées, à leur interdire de se grouper, à leur interdire de se faire aider par des prestataires externe (hôteliers, rabatteurs, publicitaires…) et met en danger leur entourage. Le système ne les aide pas à acquérir une meilleur condition sociale, bien au contraire. Et il ne les aide pas à acquérir des croyances plus positives sur leur propre image aussi, en ne les reconnaissant pas en tant qu’ élément positif de la société, en leur rendant la vie impossible, en ne cherchant uniquement qu’à les dissuader.
Le système, malgré les allégations des lois et des médias, ne veut pas le bien des prostituées, bien au contraire. Imaginez une femme se sentant libre, en pleine progression sociale, gagnant bien sa vie, trouvant à se reconvertir, devenant un exemple pour son entourage par sa réussite, et qui en plus est très fière de son métier, respectée et respectueuse de ses clients, se sentant utile pour la communauté, heureuse d’aller au travail, cherchant à le faire de son mieux, et heureuse tout court… Tout ça en se prostituant ! Mais c’est insupportable comme idée, c’est scandaleux, c’est ignoble ! Il ne faut surtout pas qu’une telle chose survienne ! Qu’une caissière, une secrétaire ou une ouvrière ait ce style d’ambition, oui, mais… une prostituée …!?
Et pourquoi pas ? Sans demander de glorifier la prostituée ou de lui fournir des avantages sociaux particulier, ne pourrait il pas lui offrir un cadre professionnel à peu près normal, comme pour tous les prestataires de services, et ne pourrait il pas leur renvoyer une image d’elles même à peu près normal, c’est à dire autre chose qu’une image de marginale ? Est-ce tellement demander ? N’est ce pas cela, « vouloir le bien aux prostituées » ?
novembre 7th, 2007 at 6:44 pm
oui c’est ce qu’on appelle l’intériorisation du stigmate.