Dans les années 60 Edgar Morin a écrit “La rumeur d’ Orleans”, une étude sociologique sur le phénomène de la rumeur, prenant comme point de départ l’une d’entre elle. Une rumeur disait qu’à Orléans, des femmes étaient enlevées dans les cabines d’essayage des boutiques de lingeries pour servir à la traite des blanches…
C’est à la rumeur d’ Orléans qu’on pense en lisant ce genre de “nouvelle” qui circule allègrement sur le web. Pensez : des proxénètes qui recrutent devant les écoles, au Canada ! Dans cet article, que des “on dit”, des “il se pourait que…”, aucun temoignage solide (d’une fille, de la police, d’une personne interpellée…). Bref, l’intox habituelle des militants antiprostitution, toujours aptent à aller chercher le témoignage larmoyant non représentatif ou à fabriquer des histoires glauques, si possible avec une dose de pédophilie et d’esclavage moderne. Les anti-prostitutions sont dans le phantasme et l’idéologie, les pro-prostitutions que nous sommes sont dans le réalisme et le pragmatisme. Elle est là la différence.
Prostitution sur le boulevard Taschereau
Ariane Lacoursière
Catherine Handfield
La Presse
Deux écoles de La Prairie et de Châteauguay ont vécu un épisode troublant il y a quelques semaines. Juste avant la sonnerie annonçant la fin des classes, une camionnette est venue se garer à la limite de la cour de chacune des écoles. Des membres de gangs de rue en sont descendus. «Ils ont recruté des filles, raconte Marcel Vézina, expert en gangs de rue au Centre jeunesse de la Montérégie. Ça, on ne voyait jamais ça avant.»
À Laval comme à Longueuil, les gangs ne se contentent plus de contrôler la vente de drogue dans les écoles. Ils procèdent à du recrutement intensif de jeunes filles pour fins de prostitution. «Sur l’heure du midi, une douzaine d’autos luxueuses viennent souvent se stationner devant les grosses polyvalentes», affirme Pierre Lavoie, agent de relations humaines au Centre jeunesse de Laval.
Depuis peu, les gangs vont chercher des filles de plus en plus âgées pour faire de la «prostitution de luxe», ajoute M. Lavoie. «On a vu des membres recruter des filles au cégep Montmorency. Ces filles sont recherchées pour devenir des escortes spéciales.» Certaines seront envoyées à Niagara Falls, en Ontario. D’autres se retrouvent dans des bars de danseuses d’États américains.
La majorité des filles sont toutefois appelées à se prostituer sur leur territoire. À Laval et Longueuil, elles travaillent dans des motels crasseux le long des grands boulevards. Dans les stationnements, de rutilantes voitures sont stationnées. Et le va-et-vient est incessant.
«Ce qui attire les filles, c’est l’argent, précise Pierre Lavoie. Les gars leur promettent qu’elles seront très, très riches, et ça marche.»
À en croire les intervenants de Longueuil, les gangs ont beaucoup rôdé autour de l’ancien club de danse Planete Master un club réservé aux 14-18 ans où ils cherchaient à recruter. «Des enquêteurs de police venaient souvent me voir pour des cas de disparition de jeunes filles», affirme de son côté Michel Savard, le gérant du dépanneur en face.
Situé au coin de la rue Ste-Foy et du boulevard Taschereau, le Planete Master a fermé ses portes depuis plusieurs mois. L’ancien propriétaire, Alain Servant, assure avoir toujours eu une bonne collaboration avec les policiers de Longueuil. Des agents en civil investissaient régulièrement l’établissement, avec son plein accord.
«Alentour, c’est sûr qu’il y aurait pu y avoir des affaires, a-t-il toutefois indiqué. Je m’occupais de ce qui se passait à l’intérieur de mon club. Je n’allais pas jusqu’au métro et dans les environs.»
La nouvelle administration n’a pas rappelé La Presse.
Source : La Presse (Canada)
Deniers commentaires