La jeune femme a raconté hier le « chantage aux papiers » et la « peur d’être expulsée ».
L’ACTE de contrition, grand classique des assises, vaut pour deux paramètres : son contenu et son moment. Les sept policiers accusés de viols sur des prostituées ou de complicité (nos éditions des 8-9 septembre) ont choisi, hier, le deuxième jour de leur procès pour se repentir.
Alors qu’ils faisaient jusqu’alors cavalier seul, et que vendredi dernier, sur Europe 1, l’un d’eux - Cyril Dussart, vite démasqué - déclarait encore sous couvert de l’anonymat qu’il ne se considérait « pas comme un violeur », ils ont tous entonné, hier, à l’unisson, le grand air des remords. Romaric Leclercq : « J’ai commis des viols. Je tiens à m’excuser auprès de toutes les victimes. » Yohann Mahé : « J’ai commis des actes inqualifiables. » Cyril Dussart : « Mes actes ne sont pas inqualifiables, mais qualifiés : ce sont des viols aggravés. »
La date de cette louable prise de conscience n’est pas neutre : la cour entend à présent Lana (1), la jeune Albanaise de 28 ans qui, seule parmi les victimes, ose les affronter. Vêtue de vert, le nez et le menton pointus jaillissant de joues rondes d’adolescente, elle roule fortement les « r » mais s’exprime de manière parfaitement intelligible. Sa déposition énergique, ponctuée de brefs sanglots, est accablante. Lana raconte le « chantage aux papiers » auquel elle est soumise le 9 avril 2003, la « peur d’être expulsée ». Le lieu « tout noir, qui fait peur », où elle est conduite avec son amie Diana.
Se « sentir comme un objet »
Puis viennent les actes interminables et douloureux imposés par un Romaric Leclercq empestant l’alcool, pendant que Mahé et Dussart tourmentent Diana. Les larmes qui coulent et que personne ne voit. L’humiliation de se « sentir comme un objet », alors que d’ordinaire, prostituée par nécessité, Lana choisissait des clients avec lesquels « jamais une chose comme ça n’est arrivée ». La révolte, aussi, d’une femme, qui finit par s’enfuir de la Twingo empruntée par les CRS dévoyés, sa manche arrachée par l’un d’eux : « J’ai pensé : il va me tuer. »
Les accusés ont les yeux rivés au sol. Leurs avocats, naguère si vétilleux avec tel ou tel témoin, n’osent pas poser la moindre question à la partie civile. Devant les assises, Lana a reconquis une dignité que, sans aucun doute, elle n’avait jamais perdue.
(1) Le prénom a été modifié.
http://www.lefigaro.fr/france/20070911.FIG000000274_lesex_crsvioleursface_a_lana_leur_victime.html
Tags: CRS violeurs, France, Paris, Ripou, violence
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