“La loi de 2003 n’a fait que déplacer le problème”
LE MONDE | 07.08.07 | 15h37
Nombre d’associations de défense des prostituées pointent la responsabilité de la loi du 18 mars 2003 pour la sécurité intérieure, dite “loi Sarkozy”, dans le mouvement répressif qui tend à chasser les prostituées des centres-villes. En particulier, l’article qui pénalise le “racolage passif”, notion très difficile à définir. “A cause de ce genre de chose, on peut arrêter n’importe quelle prostituée qui est simplement là sur le trottoir, déplore Janine Mossuz-Lavau, auteur avec Marie-Elisabeth Handman de La Prostitution à Paris (Ed. de La Martinière, 2005, 414 pages). A Paris, la loi a eu pour conséquence de chasser les prostituées des boulevards des Maréchaux. Bien entendu, cela n’a pas résolu le problème, ça n’a fait que le déplacer. Aujourd’hui, les prostituées se sont installées dans les petites rues, les forêts autour de Paris. D’autres ont trouvé refuge sur les parkings des autoroutes ou des routes nationales. Le phénomène est moins visible. Pour les prostituées, le danger est plus grand. On sait qu’elles transportent des grosses sommes d’argent en liquide. Elles risquent davantage d’être victimes de vols et de violences.”
Mme Mossuz-Lavau dit sa crainte que la perspective des élections municipales de mars 2008 n’incite les maires à faire preuve d’une attitude plus répressive encore. “Le schéma est toujours le même, explique-t-elle. Les riverains veulent leur tranquillité. Ils se plaignent à la mairie, et les élus ont toujours tendance à leur donner raison parce qu’ils sont des électeurs potentiels.”
Bernard Lemettre, président de l’association Le Nid, déplore lui aussi que les mairies aient tendance à s’attaquer uniquement à la prostitution sous son aspect le plus visible. “Notre association pointe depuis longtemps les contradictions des politiques publiques. En 1994, la loi a retiré le racolage du code pénal, pour l’y remettre en 2003. Il faut mettre en place des politiques cohérentes, qui s’attaquent à la prostitution sur le fond. C’est très bien de déloger les prostituées d’un endroit, mais cela ne règle rien.” M. Lemettre se montre plus prudent sur le contexte lyonnais. “C’est le problème des camionnettes qui est en cause. Il y en a 150 aujourd’hui. Si l’on ne fait rien, il y en aura un millier.” Du côté des élus, on dément qu’il s’agisse là d’une tendance de fond. Pour Christian Lalu, directeur général de l’Association des maires des grandes villes de France (AMGVF), “les maires savent bien que ce n’est pas en chassant les prostituées des centres-villes qu’on résoudra les problèmes”.
M. Lalu reconnaît que les protestations des riverains ont du poids. Mais, insiste-t-il, “la tendance est plutôt, chez les maires des grandes villes, à vouloir traiter les problèmes sur le fond. Beaucoup essaient de travailler en lien avec les associations pour trouver des solutions qui aillent au-delà de la simple répression.”
Xavier Ternisien
Source : Le Monde
Voir aussi l’article du journal Le Monde sur l’affaire des prostituées de Lyon empéchées d’exercer
Deniers commentaires