jul 31

Sexualité et handicap: Une réponse à la solitude des corps

Le droit à une vie affective et sexuelle n’est pas le moindre des combats à mener par et pour les personnes en situation de handicap. Sur ce plan, l’association «Sexualité et handicaps pluriels» s’engage avec-projet pionnier en Suisse romande: l’accompagnement érotique.
Arnaud Gallay

Pour les institutions accueillant les personnes vivant avec un handicap et parfois même pour leur entourage, les handicapés ont longtemps été considérés, presque par définition, comme n’ayant pas de sexualité. Les personnes handicapées elles-même devaient surmonter une immense gêne pour exprimer leurs désirs et leur besoin de sensualité. Mark O’Brien, journaliste et poète américain qui passa une grande partie de sa vie dans un poumon artificiel, écrivait en 1990 de sa sexualité: «[Elle] me semblait totalement dénuée de sens, sinon pour m’humilier au moment où l’on faisait ma toilette. Je n’aurais jamais parlé à mes assistants des orgasmes que je pouvais avoir à ce type d’occasion. Tout ce que je ressentais se résumait à une profonde honte. Et j’imaginais qu’eux aussi devaient me haïr pour cette excitation.» Pourtant, dès les années 80, aux Etats-Unis et en Europe du Nord, le recours à des personnes spécialement formées à l’accompagnement érotique de personnes vivant avec un handicap permet d’apporter quelques réponses à ces situations. Une prestation qui, dans certains pays scandinaves, est même prise en charge par les caisses maladie.

En Suisse, on procède à tous petits pas. Il y a quelques années, Pro Infirmis avait dû abandonner la formation en assistance sexuelle, parce que les donateurs s’étaient alarmés d’entendre les médias parler d’«attoucheuses» ou de «caresseuses»… Depuis, la polémique s’est largement apaisée, et les associations bâloise FABS et romande SEHP ont pris le relais. Le SEHP (pour Sexualité et handicaps pluriels) recueille les demandes de personnes vivant avec des handicaps physiques et/ou mentaux, ainsi que celles atteintes de maladies dégénératives telles que la fibromyalgie ou certaines formes de diabète grave - une démarche prenant pleinement en compte la diversité des désirs et orientations: «En majorité, nous entendons les demandes d’hommes souhaitant l’assistance de femmes», explique la présidente de la SEHP, la sexopédagogue Catherine Agthe Diserens, «mais des demandes homosexuelles existent bien sûr aussi. On ne sait pas toujours s’il s’agit d’une homosexualité d’identité ou de circonstance, mais l’essentiel réside dans la réponse vers un peu plus de mieux-être.»

Tarif unique
A travers les associations Aspasie à Genève et Fleur de pavé à Lausanne la SEHP collabore déjà avec quelques travailleuses et travailleurs du sexe sensibilisé/es aux situations du handicap. Pour autant, les modalités de travail sont différentes de celles pratiquées dans la prostitution: «L’accompagnant ne travaille jamais moins d’une heure, notamment parce que ces personnes ont souvent besoin de plus de temps, d’être aidées dans leurs déplacements et leur déshabillage.» Autre différence, le tarif – unique, indépendamment de la personne, de son handicap et des prestations offertes. «Les besoins ne sont pas que sexuels. La sensualité et l’érotisme prennent une large place: des corps à corps ou pourquoi pas un strip-tease? Tout le monde n’a pas besoin de sexe pour le sexe!» explique Madame Agthe Diserens. «A l’inverse, certaines personnes, surtout dans le handicap physique, nous ont dit «La sensualité à laquelle nous avons accédé peut nous donner l’envie d’aller plus loin, pour découvrir la sexualité aussi!» Cela étant, nous considérons pour notre part que ‘la suite’, la pénétration, sera négociée de cas en cas entre l’assistantle et le/la bénéficiaire. Mais la chaleur humaine, la convivialité et le respect seront de toute façon au rendez-vous!»

Levée de tabous dans les foyers
Pour une part importante des personnes handicapées, cette sexualité s’exprime au sein de l’institution spécialisée. Educateur dans un foyer de Genève accueillant des personnes avec de lourdes infirmités physiques et mentales, Claude souligne qu’en une dizaine d’années, bien des situations ont cessé d’être taboues. Jadis inconcevables, des rencontres affectives et érotiques entre pensionnaires sont considérées aujourd’hui avec plus de bienveillance. Autre exemple, une jeune femme qui se masturbait en employant des moyens de fortune – en se blessant régulièrement – a pu se procurer un instrument adapté et se faire expliquer son fonctionnement.

Il reste toutefois du chemin à faire: «Quand on parle de droit à la sexualité, tout le monde applaudit… Si la demande est explicite, je crois que ça ne pose pas vraiment de problème à l’équipe. Sauf que lorsqu’il s’agit de savoir comment on fait: là, tout le monde baisse les yeux!» Claude relève aussi que dans le domaine des handicaps mentaux, les demandes sont souvent très équivoques: «Comment décrivez-vous le besoin qu’éprouve une pensionnaire à vous tenir la main, le soir, en regardant la télévision…?» Cette perplexité légitime du personnel soignant et éducatif, Catherine Agthe Diserens l’a fréquemment rencontrée au fil de formations (2) dispensées dans certains foyers: «J’ai souvent entendu des éducatrices dire leur réticence lorsqu’elles changeaient les couches de tel ou tel résident polyhandicapé. Si le monsieur avait une érection, la professionnelle pouvait le ressentir comme une provocation! Or, quoi de plus humain qu’une érection, lorsque son sexe est enfin à l’air après avoir été serré dans une couche toute la journée? Il ne s’agit pas forcément de désir, et les professionnels ont donc à se former dans ces domaines pour plus de compréhension.»

Dans de nombreux cas liés au handicap mental, l’écoute et l’observation des personnes par les éducateurs et les soignants est cruciale, rappelle Madame Agthe Diserens. «Lorsqu’une personne dit ‘j’aimerais baiser’, cela peut souvent vouloir dire ‘j’aimerais avoir un ou une amoureuse’ ou ‘j’aimerais embrasser’. Ainsi, il ne faut pas penser que l’accompagnement érotique va être la panacée. C’est une offre parmi d’autres; elle n’est pas la solution, mais une réponse ponctuelle, ‘nourrissante’ et bienfaisante, à la solitude des corps et au désert dans le toucher sensuel.»

Jardin secret
Benjamin Abt-Schiemann a acquis une expérience reconnue en tant que travailleur du sexe auprès d’une clientèle masculine. «Accompagnant érotique», il l’est devenu «en autodidacte». En tant que tel, il devrait prochainement rejoindre l’équipe de formateurs mise en place par le SEHP pour les futurs assistants sexuels.

Le contact avec l’association s’est fait à l’occasion de l’appel lancé par une sexo-pédagogue pour un homme handicapé physique grave: «C’était un monsieur qui avait décidé de vivre sa sexualité à 38 ans, se souvient Benjamin. J’avais trouvé ça très touchant.» Hélas, le contact ne s’est jamais réalisé. L’obstruction exercée par les parents, la difficulté de trouver un lieu
… adapté plus discret que le foyer, mais aussi le manque d’argent à disposition de la personne ont eu raison de ce rêve. «J’imagine combien ce monsieur a été malheureux d’avoir entretenu cet espoir pendant des mois. Il avait envie de garder ça dans son jardin secret.»

Benjamin est sollicité pour assister d’autres hommes vivant avec des handicaps divers, physiques ou mentaux. Comment il perçoit le désir chez les hommes handicapés qu’il rencontre? «Ils ne sont pas si différents des autres clients. Oui, leur manière de communiquer est parfois ambiguë, parce qu’ils ne savent pas s’ils ont droit à ce plaisir. Mais d’autres fois, ils se donnent plus de joie, ils ont moins de réticences… moins peur de moi.» Et Benjamin d’évoquer certains de ses clients réguliers, qu’il doit apprivoiser pas à pas avant qu’ils ne parviennent à parler ou à toucher. «Souvent, une personne handicapée n’a pas ce problème. L’approche est plus terre-à-terre, en dépit du regard des autres, de la société ou de la religion. Quand il y a délire, il y a délire… et tellement de franchise par rapport à ça. C’est pourquoi, les critères entre une personne valide et une personne handicapée sont flous pour moi. Peut-être que la seule différence est que la personne handicapée ne me contacte pas par elle-même.»

Une formation ouverte à tous

Le SEHP est sur le point de mettre en place une formation romande en accompagnement érotique/assistance sexuelle pour des personnes en situation de handicap. Un appel à candidat/es a été lancé vers toute personne motivée, homme ou femme, homo, bi ou hétéro, travailleur/euse du sexe ou professionnel/le;venu/e d’autres horizons.

Parmi les conditions fixées :maintenir une activité principale à 50% au moins(l’accompagnement érotique doit rester une activité accessoire), parler français, avoir plus de 30 ans et surtout, comme le précise Catherine Agthe Diserens: «être au clair sur ses propres limites. Mettre son corps en jeu dans la relation avec dans la relation avec l’autre exige une grande capacité d’écoute de son propre corps et de ses émotions. Il faut également s’assurer que l’assistant/e ait totalement intégré les notions juridiques liées aux abus sexuels.»

Les contenus de la formation relèveront de connaissances dans le champ des handicaps: sexualité et sexologie, approches sexo-corporelles, compréhension des dynamiques institutionnelles, rôle des tiers-soignants et éducatifs et aspects éthiques.

En outre, les assistant/es devront se soumettre à une supervision «afin de pouvoir confronter leurs expériences et leur ressenti face aux situations vécues.» Le SEHP assurera cette supervision. Concrètement, les assistant/es figureront sur des listes mises à la disposition des associations de parents et institutions, tandis qu’ils exerceront en tant qu’indépendants. Sur un plan légal, les assistant/es seront enregistré/es dans la même catégorie que les professionnels de la prostitution.
Plus d’informations: SEHP, Sexualité et handicaps pluriels, tél. 022 36115 29 ou 021 807 43 26 www.sehp-suisse.ch

A lire, «Accompaqnement érotique et handicaps», de C. Aqthe Diserens et F. Vatré. Ed. Chronique sociale www.chroniquesociale.com

(1) Publié par la revue The Sun, www.pacificnews.org/marko/
(2) FormatIon «Du cœur au corps»
pour professionnel/les et parents des personnes en sItuation de handicap
* Nom d’emprunt

Source : http://www.360.ch/presse/2007/07/sexualite_et_handicap_une_reponse_a_la_solitude_des_corps.php

Tags: , ,

jul 30

Suite à l’affaire des opérations anti-prostituées à Lyon, Cabiria, l’association d’aide aux prostituées de Lyon transmet ce message que nous relayons : 

Communiqué de Cabiria :

 « Nettoyage » du quartier Perrache par le nouveau préfet du Rhône : Cabiria réagit aux côtés des personnes prostituées

  L’association lyonnaise Cabiria , qui mène une action de santé communautaire auprès des personnes prostituées depuis 1993, réagit aux interventions brutales et discriminatoires du nouveau préfet Gérault qui veut régler leur sort sans tenir compte ni des accords passés, ni des structures locales existantes, ce qui mène à rien, à zéro, mais au contraire ne peut qu’encourager le proxénétisme.

Depuis son arrivée à Lyon, le nouveau Préfet du Rhône, Jacques Gérault, a fait preuve de sa volonté de régler le « problème » des camionnettes à Perrache de la manière forte. L’opération coup de poing du jeudi 12 juillet, à laquelle l’ensemble des médias avait été convié, n’était qu’un début. D’autres opérations similaires se succèdent depuis, à raison de deux ou trois par semaine. À aucun moment le Préfet n’a daigné informer les associations travaillant avec les personnes prostituées de la mise en place de ce genre d’opérations. Ceci est révélateur de son désir de prendre en main la situation sans l’avis des principales intéressées, qui ont pourtant clamé à plusieurs reprises leur colère d’être ainsi « parquées » dans un site trop petit, d’être ainsi repoussées loin des lieux de passage, au mépris de leur sécurité et de leur droit à exercer librement leur activité.

Sous couvert de mener des opérations contre le stationnement abusif destinées à garantir la sécurité de tou-tes, c’est bien l’éloignement des personnes prostituées qui est programmé par le Préfet. Les personnes font systématiquement l’objet de pressions policières visant à leur faire quitter les lieux. S’ajoutent à ce harcèlement constant les contrôles d’identité envers les migrantes et les gardes à vue, qui se sont intensifiés depuis les élections présidentielles.

Depuis des années, nous sollicitons les pouvoirs publics pour qu’une solution viable soit proposée aux personnes prostituées du quartier Perrache. Depuis des années, nous les interpellons sans relâche sur les dangers d’une politique répressive : ce n’est pas en traitant les personnes prostituées comme des délinquantes qu’on améliorera leur sort. Repousser continuellement les travailleuses du sexe jusqu’à des lieux éloignés de tout passage ne conduit qu’à renforcer l’insécurité de leurs conditions de vie et de travail. Depuis la Loi de Sécurité Intérieure de mars 2003 pénalisant le racolage passif et la succession des arrêtés anti-prostitution, les violences, qu’elles soient physiques ou symboliques, qu’elles soient le fait de passants, de clients, des services de polices ou des institutions, sont en recrudescence.

Les mesures visant à éloigner les personnes prostituées du centre-ville ne font qu’accroître la vulnérabilité des personnes prostituées. Et cette vulnérabilité accrue est un facteur de risque aggravant pour les femmes vis-à-vis du VIH, des hépatites et des autres Infections Sexuellement Transmissibles.

Sous couvert de lutter contre la traite des êtres humains, les mesures pénalisant les personnes prostituées s’avèrent totalement contre-productives : plus les personnes prostituées travaillent dans la clandestinité et l’insécurité, plus elles risquent d’être amenées à solliciter les services d’un quelconque protecteur.

Il est temps désormais de mettre fin aux discriminations dont sont victimes les personnes prostituées.
Il est temps de les considérer comme des citoyennes à part entière.
Il est temps, enfin, d’appeler au débat citoyen sur la place des personnes prostituées en France.

Source : http://rebellyon.info/article4056.html

Tags: , ,

jul 30

Encore une victime de la “lutte contre le proxenetisme”… 2 ans de prison ferme pour avoir donné un coup de main à une prostitué… Lamentable affaire… 

Amoureux d’une prostituée d’origine roumaine, Jean-Luc C., 47 ans, a été condamné mercredi par le tribunal correctionnel pour proxénétisme.

Ce boulanger-pâtissier toulousain avait hébergé chez lui, durant quinze jours, cette jeune femme. Il la conduisait sur son lieu de travail, sur les boulevards. Jamais condamné, ce père de famille qui avait perdu sa première épouse d’un accident de voiture pouvait-il se douter qu’il serait un jour dans le collimateur de la justice ? À charge, des écoutes téléphoniques qui le mettent en cause et surtout la présence d’une autre prostituée de 29 ans, Elena M., apparaissant selon les enquêteurs de la brigade des mœurs comme la « mère maquerelle » de deux filles arpentant le trottoir toulousain. Lors d’une perquisition au domicile du prévenu, les policiers retrouvent un portefeuille appartenant à Elena et comportant l’argent des deux prostituées. Pour le ministère public, les preuves du proxénétisme sont constituées. Le procureur requiert à l’encontre de Jean-Luc C., deux ans de prison et 5 ans contre Elena. Cette dernière est également mise en cause par des conversations téléphoniques au cours desquelles « elle a encouragé les filles à travailler et à ne pas rentrer trop tôt à la maison… », a estimé le procureur.

Ce qu’elle nie. Des éléments insignifiants, selon la défense d’Elena, assurée par Me Muriel Amar-Touboul qui aura réussi à faire baisser la peine de sa cliente d’un an. Le boulanger toulousain, qui a réfuté également les accusations de proxénétisme et défendu par Me Caroline Laplaze, est reparti en prison. Tous les deux ont été condamnés respectivement à 4 ans et 2 ans de prison ferme. F. Ab

Source : Dépêche du midi

Tags: , ,

jul 29

Il s’agit d’être réaliste : Le combat pour la prostitution est dans une phase critique. La loi de sécurité intérieur de 2003 était déjà une offensive forte de la tendance prohibitionniste, en 2007, l’initiative du juge Montgolfier à Nice (pénaliser le client, comme la loi l’y autorise) permet le  pessimisme. Le système a semble t’il envie de passer à la vitesse supérieur, l’opération du juge Montgolfier étant destiné à faire jurisprudence, à tester la prohibition localement et  créer une campagne médiatique. Campagne qui a bien eu lieu, puisque l’information a été reprise par tous les grands quotidiens, où on a pu constater alors la remarquable absence du point de vue des gens et organisations favorables à la normalisation du métier.

L’interview du Juge Montgolfier dans le Parisien était assez emblématique de la façon dont le pouvoir public interprète les lois. La justice française est très inquiétante, quand j’entends dire « j’ai confiance en la justice de mon pays », j’ai tendance à réfreiner un petit rire nerveux. Le juge dit quelque chose comme « Jusqu’ici on s’attaquait au proxénète et à la prostituée, mais jamais au client, or sans client, pas de prostitution ! ». Pour le juge Machin, il faut combattre la prostitution en elle même, la prostitution c’est mal, ça ne devrait pas exister. Cette façon de penser la prostitution, le juge Montgolfier ne la trouve pas dans la loi, la loi n’est pas contre la prostitution, les gens souvent ne le savent pas, et il semble que même un juge célèbre comme le juge Montgolfier ne le sache pas. Alors il est bon de le rappeler encore une fois : La loi, en France et dans la très grande majorité des pays libres, n’interdit pas la prostitution. Elle ne l’interdit pas car cela mènerait à des débats éthiques insolubles où la question de la liberté individuelle devrait être radicalement remise en question. Si demain on interdisait clairement la prostitution en France, c’est à dire si dans les textes on mettrait clairement « La prostitution est une activité illégale », il serait nécessaire alors de retoucher un certain nombre de concepts de notre démocratie. Par exemple, revoir la définition du terme de « libre arbitre » et celui de « domaine privé ». C’est du lourd. Du très lourd. Les Etats qui clairement interdisent la prostitution sont ceux pour qui les notions dont je parle sont du charabia. Les Etats pratiquant la charia, les pays communiste comme la Chine, et quelques uns des Etat les plus puritains d’Amérique du Nord. Si c’est vers cela qu’on veut aller, allons-y, mais qu’on le dise clairement et qu’on ose le débat. S’il y a bien un débat où c’est à la société de choisir, un seul, c’est bien sur ce thème touchant aux moeurs et au style de vie qu’est la prostitution. Par exemple, lancer un référendum. Chiche ? On interdit vraiment comme à Téhéran ou on autorise vraiment comme à Lausanne ? Cochez la case. Puis observons, dans les débat, où se situe le totalitarisme, qui sont les Torquemadas, les Savonaroles  et les commissaires du peuples. Vérifions si nous ne sommes pas dans un état théologiens où ce sont encore les inquisiteurs qui prétendent dicter la conduite des gens. Chiche ?

En France, deux choses sont interdites dans la prostitution : La première, c’est le proxénétisme. La seconde, c’est le désordre public. A l’origine, on interdisait le proxénétisme pour prévenir toutes atteintes aux droits humains, notamment l’exploitation de l’homme par l’homme, l’esclavagisme, l’escroquerie, etc. Le concept de proxénète a pris tant d’ampleur qu’ est considéré comme proxénète quiconque rend service à une prostituée, même gratuitement, même sans le savoir. La loi précise « quiconque favorise l’activité d’une prostituée ». L’ordre public, c’est fait à l’origine pour éviter que les rues soient incontrôlable et que l’espace public se dégrade. Les nouvelles lois interdisent le racolage actif et aussi le racolage passif. Pour la prostituée et le client. Soyons clair encore une fois, parlons le langage du bon sens : Le racolage, de quelque nature qu’il soit, en 2007, est interdit en France. Nous somme dans un pays où, de par la loi, il est illégale d’aller vers une prostituée de rue, et il est illégale à une prostituée d’être dans la rue. Le fait d’être dans la rue est du racolage au moins  passif. Le fait d’aller vers une fille et de demander “c’est combien ?” est du racolage actif.  Alors disons le clairement : La prostitution de rue est interdite en France. Un peu tolérée, de moins en moins, parce que tolérance zéro. Du point de vu de la loi, c’est autorisé de se prostituer, dans la pratique, c’est interdit.

Interdire la prostitution serait tout simplement anti-démocratique. En théorie, la France est une grande démocratie, la preuve, la prostitution n’y est pas interdite. En fait, j’ai le sentiment que la France n’assume pas ses tendances dictatoriales. Parce qu’elle aimerait bien l’interdire la prostitution, elle ne peut pas le faire de manière franche; elle veut se donner les apparences d’un pays vraiment libre, mais veut aussi interdire. Quel dilemne. Reprenons cette histoire de racolage : Donc, la prostituée de rue n’a plus le droit d’exercer, ni le client de s’ intéresser à la prostituée de rue. Les maisons closes sont aussi interdites. Les salons de massage sont aussi interdits. Les bar à hotesses full-service aussi. Faire de la pub est interdit. Racoler, de quelque manière que ça soit est interdit. Louer une chambre est interdit. Baiser dehors ou dans une cage d’escalier est interdit (exhibitionnisme). Les forces public ne se préoccupent même plus de savoir s’il y a trouble à l’ordre public pour pénaliser clients et prostituées. Par exemple à Paris, même dans les zones sans riverains, comme dans le bois de Boulogne, le bois de Vincennes ou dans la rue Pierre Rebière, la police cherche à perturber la prostitution, notamment en distribuant PV et autres vexations.

Qu’on soit clair : La prostitution est devenue, de fait, interdite en France. Personnellement ça m’ennuie, mais après tout, pourquoi pas, la société n’est jamais exactement comme on la rêve. Par contre, ce qui me dérange vraiment, c’est que la société civile n’ai pas été consulté. L’interdiction de la prostitution s’est fait de manière insidieuse, sans demander l’avis de la population et encore moins des prostituées. Aucun débat n’a eu lieu. Pour un sujet de société touchant aux moeurs, c’est plus  qu’ ennuyeux. C’est profondément anormal. En second lieu, ce qui me gène, c’est qu’ interdire la prostitution a une signification philosophique, éthique, politique, qui dépasse le simple débat sur la sécurité ou le sexe tarifé. Il est significatif que les pays ultra-collectivistes comme la Chine, les pays communistes, les pays islamique interdisent la prostitution. Cela fait parti de la logique, ce n’est pas étonnant, tout comme il n’est pas étonnant qu’il y ai des prisonniers politiques, des exécutions sommaires, de la propagande de masse, et que ces pays ne soient pas considérés comme des pays libres. De même que la politique anti-prostitution qui sévit en Amérique du Nord fait parti de cet aspect noir de l’Amérique du Nord, parmi d’autres faits comme : le maccarthysme,l’affaire Lewinsky, le puritanisme, le politiquement correct à l’extrême, les procès pour un rien, les prisons les plus peuplées du monde (par rapport au nombre d’habitant), la télé-réalité la plus lamentable, etc. Cette guerre contre la prostitution fait partie de cet ensemble de tendances, de ce que l’ Amérique a de pire. Enfin, dernière chose gênante dans cette interdiction à la Française de la prostitution, c’est son caractère malhonnête, hypocrite. La France n’assume pas d’ interdire aux personnes de se prostituer ou d’aller voir les prostituées. Elle est consciente, du point de vue de la démocratie, de l’illégitimité de cette interdiction pure et simple, mais a quand même envie d’interdire. Je préférerait qu’elle soit honnête, claire et nette, qu’elle assume et affiche son côté autoritariste, comme les Américains, comme les Chinois, comme les Iraniens. Après tout,  les  démocraties donnent toutes des petits coups de canifs dans leurs grands principes. Pourquoi ne ferait on pas aussi du «totalitarisme positif » sur ce sujet là ?  Mais la France veut faire croire qu’elle est assez libre et ouverte pour laisser les gens exercer un job de prostitué, tout en voulant empêcher les gens de faire ce job en rendant son exercice techniquement impossible. C’est comme si la France, voulant interdire l’ homosexualité sans oser l’assumer, empêchait les gens d’afficher leur homosexualité pour risque de trouble à l’ordre public.

La situation du ni-ni, ni autorisation réglementée, ni interdiction assumée, est certainement la pire des solutions, il est temps de choisir entre ces deux orientations, d’affirmer clairement ce qu’il en est, d’avoir un vrai débat sur la question, d’impliquer la société en général dans ce débat, et les prostituées en particulier. Que la France choisisse, assume ses choix et se regarde en face, au lieu de biaiser.

Tags: , ,

jul 21

Un pas de plus dans la voie de la repression moraliste a été franchit à Nice, lisez plutôt :

Prostitution. Les clients dans le collimateur de la justice

Pour contrer le développement de la prostitution dans les rues de Nice, le parquet a décidé de poursuivre des clients pour « racolage » , une démarche rare en France où la répression du client fait débat.

« J ’ ai demandé que désormais les clients soient placés en garde à vue et se voient proposer une composition pénale, à savoir une convocation devant un délégué du procureur qui leur proposera une sanction, vraisemblablement une amende » , a indiqué le procureur de la République de Nice, Eric de Montgolfier. Sept personnes ont fait l ’ objet de ce type de procédure en juin et juillet et devraient être convoquées après l ’ été devant un représentant du parquet. Les poursuites de clients de prostituées sont très rares en France : en 2002, à Bordeaux, le tribunal de police avait relaxé le premier client jamais poursuivi pour « racolage actif » . Il avait estimé que le fait d ’ interpeller une prostituée sur la voie publique pour lui demander ses tarifs ne suffisait pas à caractériser le délit. « Dans l ’ inconscient collectif, le client serait le plus malheureux, le plus à plaindre. Mais on ne peut pas lutter contre la prostitution sans s ’ en prendre à ceux qui la favorisent et la permettent » , estime Eric de Montgolfier. Les directives qu ’ il a données s ’ appuient sur la loi sur la sécurité intérieure du 18 mars 2003 instituant le délit de racolage passif.
La loi prévoit que « le fait, par tout moyen, y compris par une attitude même passive, de procéder au racolage d ’ autrui en vue de l ’ inciter à des relations sexuelles en échange d ’ une rémunération ou d ’ une promesse de rémunération est puni de deux mois d ’ emprisonnement et de 3.750 euros d ’ amende » .

Tags: , ,

Close
E-mail It